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Nous avons évoqué l’historique de la Sécurité Sociale (chapitre I), son organisation (chapitre II). Parlons, aujourd’hui, de son financement.

La vache à lait n’en peut mais… 

Colbert (qui n’était pas la moitié d’un œuf fiscal) disait : « l’art de lever l’impôt consiste à plumer les oies sans trop les faire crier ».

Le Pouvoir politique a en effet toujours eu pour préoccupation de s’assurer que ses prérogatives fiscales ne soient pas contestées. Cela l’a conduit à multiplier impôts indirects et taxes de toutes natures qui tendent à rendre l’impôt invisible, car totalement intégré aux prix des biens et des services. Le Pouvoir actuel (mais cela ne lui est pas propre) dans ses effets d’annonces très médiatisés où il claironne à qui veut l’entendre qu’il baissera l’impôt direct et la taxe professionnelle (oubliant pieusement au passage de mentionner la flambée sans précédant de l’impôt social, des taxes aux services – cartes d’identité, passeports, de l’écotaxe, etc.) ne fait que participer en cela à cet État d’esprit séculaire et à la duperie savamment entretenue à l’adresse des masses laborieuses.

En réalité, il s’agit purement et simplement d’un maquillage habile et progressif – d’un transfert stratégique - des prélèvements fiscaux vers les prélèvements sociaux. En aucun cas d’un allègement quelconque – bien au contraire – de la pression fiscale.

En ce sens – du moins est-ce ainsi vécu par les populations – l’impôt social (CSG, RDS, allocations familiales, assurances maladie, forfait hospitalier, forfait médical, cotisation retraite, cotisation chômage, etc.) de par son rôle moins allergisant, voir culpabilisant sur le citoyen (qui voudrait voir son système santé ou vieillesse s’effondrer ?), contrairement à l’impôt fiscal (TVA, impôts directs, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe sur les sociétés, etc.) moins bien toléré (qui souhaiterait payer toujours plus de voyages « présidentiels » à notre Nicolaï 1er, de radars sur nos routes, ou d’inspecteurs des impôts ?) joue à plein son rôle d’écran de fumée.

La sangsue fiscale se déguise pour nous plaire en « l’ami qui nous veut du bien » de nos retraites et de notre santé, camouflant au passage que, chaque jour davantage, notre pouvoir d’achat s’effondre au bénéfice des caisses de l’État.

La Sécurité sociale (et donc l’impôt social) à ce jour représente à elle seule la moitié des prélèvements obligatoires acquittés par les Français, 395 milliards d’euros, soit 22 ,2 % du PIB : pour la première fois, plus de la moitié de l’impôt (44 % du PIB) qu’acquittent les contribuables français sont perçus par la seule Sécurité sociale. À lui seul, le budget de la Sécurité sociale s’élève à 373,7 milliards d’euros, contre 276,3 milliards pour le budget de l’État. Nous comprenons mieux l’importance de ce haut personnage de l’État qu’est Monsieur Frédéric Van Roekeghem (actuel président reconduit de l’UNCAM) en tant que premier banquier de l’hexagone, et combien il convient de s’entendre davantage avec lui qu’avec son Ministre des Finances. Nous comprenons également la place tristement privilégiée (car de première tranchée) du médical en tant que fer de lance et victime patentée des négociations budgétaires.

Fidèle à la maxime de Colbert, l’État initie donc un glissement graduel et incolore d’une forme d’impôt vers une autre. Pour autant les ponctions sur la masse usinant et la pressurisation du contribuable n’en restent pas moins prégnantes et exponentielles, faisant de nous le pays le plus taxé au monde.

And the winner is…

La France est considérée comme le pays du monde le moins accueillant fiscalement selon le classement 2009 de la pression fiscale établi par Forbes Asia. Chaque année, le magazine calcule le niveau de pression fiscale en additionnant les impôts sur les sociétés et sur le revenu, les charges patronales et salariales et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Le total est censé déterminer si le pays a plutôt tendance à attirer ou à faire fuir talents et capitaux. Sur les 50 pays du monde présents dans le classement, la France arrive donc en tête avec un impôt sur les sociétés qui atteint 34,4%, l’impôt sur le revenu 52,1%, charges patronales 45%, les charges salariales 14% et la TVA 19,6%. À l’inverse, l’émirat du Qatar, qui lève uniquement un impôt sur les sociétés, est le pays jugé le plus accueillant du monde, talonné par les Émirats Arabes Unis qui ne prélèvent que des contributions pour la sécurité sociale. En outre, le magazine Forbes constate que huit des dix pays du monde jugés les moins accueillants sont des États européens.

Source : le Figaro du 02/04/2009.

Qui paie quoi ? 

Tout d’abord (44%) le salarié du secteur « privé » et son patron (23.5 millions d’actifs).

À proportion, égale, les « ménages » relevant de l’impôt – autant dire le bord de l’assiette, puisqu’à peine 10% de la population – mais assurant à eux seuls 44% de l’ardoise.

Le « fonctionnaire » enfin, à hauteur de 12% de participation pour une population active (salariés financés par l’argent public) de près de 7 millions de personnes.

L’ACOSS (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale) chargée de la trésorerie du régime général de la Sécurité sociale et qui pilote les 99 URSSAF, collecte les cotisations sociales. 

A la lecture de ce simple diagramme, nous comprenons mieux la difficulté de quelques-uns – et surtout de nos entreprises – à rester concurrentiels sur le plan international - car écrasés par une taxation débridée (et sommes toutes très sectaire) et le pourquoi de bon nombre de délocalisations vers des terres plus clémentes, entraînant à sa suite la fuite vers l’étranger des emplois, et donc des cotisations. C’est le serpent qui se mord la queue…

Sans être nous mêmes économistes, l’asphyxie du système fiscale en notre pays est donc une donnée économique plus que prévisible, et l’État – qui a usé et abusé de ce système, car confortable, depuis des décennies – est aujourd’hui au pied du mur et mis en demeure de devoir le changer dans les plus brefs délais.

Certains nous opposeront que cette surcharge fiscale est le prix à payer pour avoir le « meilleur système social du monde ». Or, au-delà de l’endoctrinement politico-médiatique et de l’image d’Épinal, les choses ne sont pas si simples. Nous démontrerons dans les éditoriaux à venir que notre système de couverture sociale, outre le fait d’être d’un taux de rendement (coût/service rendu) parmi les plus médiocres de la Communauté Européenne, n’est également plus depuis des lustres – et de beaucoup il s’en faut – l’un des meilleurs systèmes de protection au monde. Un exemple ni à suivre, ni suivi, sur le plan international.

La vache à lait se rebelle

Comme nous le précisions un peu plus haut, le système de taxation est proche de son point de rupture. De toute part dans le pays s’élève le « ras-le-bol » de la pression fiscale et les jacqueries face à un taux de prélèvement jugé par d’aucuns (et les chiffres mondiaux sont là pour donner raison) comme devenu usurier et extrêmement dissuasif pour l’emploi. Mais – surtout – n’endigant pas pour autant l’effondrement structurel de notre système de santé et de retraite, qui poursuivent de partir à vau-l’eau.

Un régime fiscal considéré donc – d’opinion internationale – comme particulièrement onéreux et contre-productif.

Le médical, en ce sens, a largement participé à payer la note sociale et la récente déroute des holdings banquiers et boursiers. En un mot comme en cent, la santé des Français, donc leur espérance de vie et leur confort vital – car financés et annexée à la bonne tenue de la courbe de l’emploi, donc des rentrées sociales – ont servi de « tampon » aux déficits budgétaires. Là où, face à la crise mondiale, bon nombre de pays ont choisi de « geler » les avoir boursiers et banquiers, nous, français, nous avons décidé de « geler » la santé de nos concitoyens…

Échaudées par le rapt inadmissible, anticonstitutionnel, et surtout anticonventionnel de Nicolaï 1er sur l’ASV et nos retraites en 2008, les blouses blanches ne décolèrent plus. Car cette trahison unilatérale – et sans précédent – du Pacte Républicain, donc de la Parole d’État, montre à quel point, face à un système financier engorgé, le Pouvoir n’y répond toujours que d’identique et monotone manières : en chargeant toujours plus la mule fiscale.

Nous comprenons qu’il soit un véritable casse-tête chinois, pour les gouvernements, de tenter de rééquilibrer des budgets d’État hautement déficitaires et endettés jusqu’aux narines sans attenter à quelques avantages sociaux acquis lors d’époques plus favorables, mais, nous ne saisissons pas – comme ce fut le cas pour l’ASV – que cela se fasse sans la moindre négociation et dans un mépris à ce point affiché du cochon-tirelire que nous sommes.

Également, nous ne concevons pas, alors qu’il suffirait d’une taxation de moins de 0.1% des produits financiers colossaux générés par les ayant-droits du CAC 40 et les niches « défiscalisées », donc de l’argent du « dormant », qu’on se laisse aller, une fois encore, à la facilité du pressuriser toujours plus l’argent de « l’actif ». Là encore, on nous oppose que cela ferait fuir les capitaux étrangers. Alors, quoi dire de notre pression fiscale actuelle sur les entreprises ? N’est-elle pas, à elle seule, bien plus dissuasive ? Quelle manufacture étrangère, un tant soit peu lucide, installerait aujourd’hui ses usines – donc ses emplois et ses cotisations sociales – dans un pays aussi sinistré fiscalement que l’est aujourd’hui la France, alors, qu’à quelques encablures, vingt-quatre pays européens sur vingt-cinq proposent de biens meilleures conditions financières et productives ? Même Renault, l’un des fleurons de l’industrie française, sans les intimidations ministérielles (voyez à quoi nous en sommes rendus!) songeait dernièrement à prendre la poudre d’escampette…

Lorsque le médical « soigne » les tares structurelles des gouvernements

Mettre la pression sur l’État – comme le font aujourd’hui les dix signataires de la CARPIMKO (dont la FFMKR et UNION pour la kinésithérapie) – en refusant de cosigner un avenant (autant dire un oukase conventionnel non négocié) officialisant un larcin d’État inadmissible sur l’ASV et donc sur 20% de nos retraites, est un acte de résistance courageux, mais surtout citoyen, car il contraint le Pouvoir à ne plus se laisser aller à son penchant usurier naturel -celui des prélèvements aveugles – mais à rechercher d’autres causalités à ses problèmes financiers, donc à entreprendre – enfin! – une réforme en profondeur de son système fiscal et à libérer les purs-sangs de la libre entreprise et du talent créatif.

Nous savons que, dans cette « thérapie gouvernementale », nos amis médecins, mais aussi chirurgiens-dentistes, pharmaciens, infirmiers, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, etc., partagent notre action et notre réflexion de masseurs-kinésithérapeutes.

C’est peut-être cela, après tout, le « corps médical » ; c’est de savoir « faire corps » face à l’adversité, et de participer à faire changer les mentalités et les règles d’un habitus gouvernemental qui, de longs feux, ont démontré leurs limites économiques et sociales.

Le droit à la santé, à une espérance de vie raisonnable, aux meilleurs fruits de la recherche fondamentale, mais également à l’éducation de nos enfants, et à une justice pour tous non bradée pour cause de déficits en moyens, sont les indicateurs moraux incontournables d’une Sociétés respectueuse d’elle-même et de ses concitoyens, mais aussi d’un niveau élevé de conscience morale. C’est un droit inaliénable, face auquel les consortiums boursiers et banquiers – sans pour autant minimiser leur importance économique – doivent plier. Et non l’inverse…

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…