Nous avons évoqué l’historique de la Sécurité Sociale (chapitre I), son organisation (chapitre II). Parlons, aujourd’hui, de son financement.
La vache à lait n’en peut mais… 
Colbert (qui n’était pas la moitié d’un œuf fiscal) disait : « l’art de lever l’impôt consiste à plumer les oies sans trop les faire crier ».
Le Pouvoir politique a en effet toujours eu pour préoccupation de s’assurer que ses prérogatives fiscales ne soient pas contestées. Cela l’a conduit à multiplier impôts indirects et taxes de toutes natures qui tendent à rendre l’impôt invisible, car totalement intégré aux prix des biens et des services. Le Pouvoir actuel (mais cela ne lui est pas propre) dans ses effets d’annonces très médiatisés où il claironne à qui veut l’entendre qu’il baissera l’impôt direct et la taxe professionnelle (oubliant pieusement au passage de mentionner la flambée sans précédant de l’impôt social, des taxes aux services – cartes d’identité, passeports, de l’écotaxe, etc.) ne fait que participer en cela à cet État d’esprit séculaire et à la duperie savamment entretenue à l’adresse des masses laborieuses.
En réalité, il s’agit purement et simplement d’un maquillage habile et progressif – d’un transfert stratégique - des prélèvements fiscaux vers les prélèvements sociaux. En aucun cas d’un allègement quelconque – bien au contraire – de la pression fiscale.
En ce sens – du moins est-ce ainsi vécu par les populations – l’impôt social (CSG, RDS, allocations familiales, assurances maladie, forfait hospitalier, forfait médical, cotisation retraite, cotisation chômage, etc.) de par son rôle moins allergisant, voir culpabilisant sur le citoyen (qui voudrait voir son système santé ou vieillesse s’effondrer ?), contrairement à l’impôt fiscal (TVA, impôts directs, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe sur les sociétés, etc.) moins bien toléré (qui souhaiterait payer toujours plus de voyages « présidentiels » à notre Nicolaï 1er, de radars sur nos routes, ou d’inspecteurs des impôts ?) joue à plein son rôle d’écran de fumée.
La sangsue fiscale se déguise pour nous plaire en « l’ami qui nous veut du bien » de nos retraites et de notre santé, camouflant au passage que, chaque jour davantage, notre pouvoir d’achat s’effondre au bénéfice des caisses de l’État.
La Sécurité sociale (et donc l’impôt social) à ce jour représente à elle seule la moitié des prélèvements obligatoires acquittés par les Français, 395 milliards d’euros, soit 22 ,2 % du PIB : pour la première fois, plus de la moitié de l’impôt (44 % du PIB) qu’acquittent les contribuables français sont perçus par la seule Sécurité sociale. À lui seul, le budget de la Sécurité sociale s’élève à 373,7 milliards d’euros, contre 276,3 milliards pour le budget de l’État. Nous comprenons mieux l’importance de ce haut personnage de l’État qu’est Monsieur Frédéric Van Roekeghem (actuel président reconduit de l’UNCAM) en tant que premier banquier de l’hexagone, et combien il convient de s’entendre davantage avec lui qu’avec son Ministre des Finances. Nous comprenons également la place tristement privilégiée (car de première tranchée) du médical en tant que fer de lance et victime patentée des négociations budgétaires.
Fidèle à la maxime de Colbert, l’État initie donc un glissement graduel et incolore d’une forme d’impôt vers une autre. Pour autant les ponctions sur la masse usinant et la pressurisation du contribuable n’en restent pas moins prégnantes et exponentielles, faisant de nous le pays le plus taxé au monde.
And the winner is…
La France est considérée comme le pays du monde le moins accueillant fiscalement selon le classement 2009 de la pression fiscale établi par Forbes Asia. Chaque année, le magazine calcule le niveau de pression fiscale en additionnant les impôts sur les sociétés et sur le revenu, les charges patronales et salariales et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Le total est censé déterminer si le pays a plutôt tendance à attirer ou à faire fuir talents et capitaux. Sur les 50 pays du monde présents dans le classement, la France arrive donc en tête avec un impôt sur les sociétés qui atteint 34,4%, l’impôt sur le revenu 52,1%, charges patronales 45%, les charges salariales 14% et la TVA 19,6%. À l’inverse, l’émirat du Qatar, qui lève uniquement un impôt sur les sociétés, est le pays jugé le plus accueillant du monde, talonné par les Émirats Arabes Unis qui ne prélèvent que des contributions pour la sécurité sociale. En outre, le magazine Forbes constate que huit des dix pays du monde jugés les moins accueillants sont des États européens.
Source : le Figaro du 02/04/2009.
Qui paie quoi ? 
Tout d’abord (44%) le salarié du secteur « privé » et son patron (23.5 millions d’actifs).
À proportion, égale, les « ménages » relevant de l’impôt – autant dire le bord de l’assiette, puisqu’à peine 10% de la population – mais assurant à eux seuls 44% de l’ardoise.
Le « fonctionnaire » enfin, à hauteur de 12% de participation pour une population active (salariés financés par l’argent public) de près de 7 millions de personnes.
L’ACOSS (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale) chargée de la trésorerie du régime général de la Sécurité sociale et qui pilote les 99 URSSAF, collecte les cotisations sociales.
A la lecture de ce simple diagramme, nous comprenons mieux la difficulté de quelques-uns – et surtout de nos entreprises – à rester concurrentiels sur le plan international - car écrasés par une taxation débridée (et sommes toutes très sectaire) et le pourquoi de bon nombre de délocalisations vers des terres plus clémentes, entraînant à sa suite la fuite vers l’étranger des emplois, et donc des cotisations. C’est le serpent qui se mord la queue…
Sans être nous mêmes économistes, l’asphyxie du système fiscale en notre pays est donc une donnée économique plus que prévisible, et l’État – qui a usé et abusé de ce système, car confortable, depuis des décennies – est aujourd’hui au pied du mur et mis en demeure de devoir le changer dans les plus brefs délais.
Certains nous opposeront que cette surcharge fiscale est le prix à payer pour avoir le « meilleur système social du monde ». Or, au-delà de l’endoctrinement politico-médiatique et de l’image d’Épinal, les choses ne sont pas si simples. Nous démontrerons dans les éditoriaux à venir que notre système de couverture sociale, outre le fait d’être d’un taux de rendement (coût/service rendu) parmi les plus médiocres de la Communauté Européenne, n’est également plus depuis des lustres – et de beaucoup il s’en faut – l’un des meilleurs systèmes de protection au monde. Un exemple ni à suivre, ni suivi, sur le plan international.
La vache à lait se rebelle
Comme nous le précisions un peu plus haut, le système de taxation est proche de son point de rupture. De toute part dans le pays s’élève le « ras-le-bol » de la pression fiscale et les jacqueries face à un taux de prélèvement jugé par d’aucuns (et les chiffres mondiaux sont là pour donner raison) comme devenu usurier et extrêmement dissuasif pour l’emploi. Mais – surtout – n’endigant pas pour autant l’effondrement structurel de notre système de santé et de retraite, qui poursuivent de partir à vau-l’eau.
Un régime fiscal considéré donc – d’opinion internationale – comme particulièrement onéreux et contre-productif.
Le médical, en ce sens, a largement participé à payer la note sociale et la récente déroute des holdings banquiers et boursiers. En un mot comme en cent, la santé des Français, donc leur espérance de vie et leur confort vital – car financés et annexée à la bonne tenue de la courbe de l’emploi, donc des rentrées sociales – ont servi de « tampon » aux déficits budgétaires. Là où, face à la crise mondiale, bon nombre de pays ont choisi de « geler » les avoir boursiers et banquiers, nous, français, nous avons décidé de « geler » la santé de nos concitoyens…
Échaudées par le rapt inadmissible, anticonstitutionnel, et surtout anticonventionnel de Nicolaï 1er sur l’ASV et nos retraites en 2008, les blouses blanches ne décolèrent plus. Car cette trahison unilatérale – et sans précédent – du Pacte Républicain, donc de la Parole d’État, montre à quel point, face à un système financier engorgé, le Pouvoir n’y répond toujours que d’identique et monotone manières : en chargeant toujours plus la mule fiscale.
Nous comprenons qu’il soit un véritable casse-tête chinois, pour les gouvernements, de tenter de rééquilibrer des budgets d’État hautement déficitaires et endettés jusqu’aux narines sans attenter à quelques avantages sociaux acquis lors d’époques plus favorables, mais, nous ne saisissons pas – comme ce fut le cas pour l’ASV – que cela se fasse sans la moindre négociation et dans un mépris à ce point affiché du cochon-tirelire que nous sommes.
Également, nous ne concevons pas, alors qu’il suffirait d’une taxation de moins de 0.1% des produits financiers colossaux générés par les ayant-droits du CAC 40 et les niches « défiscalisées », donc de l’argent du « dormant », qu’on se laisse aller, une fois encore, à la facilité du pressuriser toujours plus l’argent de « l’actif ». Là encore, on nous oppose que cela ferait fuir les capitaux étrangers. Alors, quoi dire de notre pression fiscale actuelle sur les entreprises ? N’est-elle pas, à elle seule, bien plus dissuasive ? Quelle manufacture étrangère, un tant soit peu lucide, installerait aujourd’hui ses usines – donc ses emplois et ses cotisations sociales – dans un pays aussi sinistré fiscalement que l’est aujourd’hui la France, alors, qu’à quelques encablures, vingt-quatre pays européens sur vingt-cinq proposent de biens meilleures conditions financières et productives ? Même Renault, l’un des fleurons de l’industrie française, sans les intimidations ministérielles (voyez à quoi nous en sommes rendus!) songeait dernièrement à prendre la poudre d’escampette…
Lorsque le médical « soigne » les tares structurelles des gouvernements
Mettre la pression sur l’État – comme le font aujourd’hui les dix signataires de la CARPIMKO (dont la FFMKR et UNION pour la kinésithérapie) – en refusant de cosigner un avenant (autant dire un oukase conventionnel non négocié) officialisant un larcin d’État inadmissible sur l’ASV et donc sur 20% de nos retraites, est un acte de résistance courageux, mais surtout citoyen, car il contraint le Pouvoir à ne plus se laisser aller à son penchant usurier naturel -celui des prélèvements aveugles – mais à rechercher d’autres causalités à ses problèmes financiers, donc à entreprendre – enfin! – une réforme en profondeur de son système fiscal et à libérer les purs-sangs de la libre entreprise et du talent créatif.
Nous savons que, dans cette « thérapie gouvernementale », nos amis médecins, mais aussi chirurgiens-dentistes, pharmaciens, infirmiers, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, etc., partagent notre action et notre réflexion de masseurs-kinésithérapeutes.
C’est peut-être cela, après tout, le « corps médical » ; c’est de savoir « faire corps » face à l’adversité, et de participer à faire changer les mentalités et les règles d’un habitus gouvernemental qui, de longs feux, ont démontré leurs limites économiques et sociales.
Le droit à la santé, à une espérance de vie raisonnable, aux meilleurs fruits de la recherche fondamentale, mais également à l’éducation de nos enfants, et à une justice pour tous non bradée pour cause de déficits en moyens, sont les indicateurs moraux incontournables d’une Sociétés respectueuse d’elle-même et de ses concitoyens, mais aussi d’un niveau élevé de conscience morale. C’est un droit inaliénable, face auquel les consortiums boursiers et banquiers – sans pour autant minimiser leur importance économique – doivent plier. Et non l’inverse…



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