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Le chaînon (financier) manquant

L’État – l’œil de Moscou – omnipotent, omniprésent, omniscient, est en toute chose.

Normal, direz-vous, nous sommes en démocratie, donc en pays de libertés.

Riches de cet axiome, nous pouvons commencer à réfléchir.

Il convient tout d’abord de se rappeler que la sécurité sociale est un « mammouth » – doux euphémisme – un sumotori élevé aux hormones de croissance et body-buildé dans les succur-sales de l’ENA. Son budget, à lui seul, est égal ( et même un poil supérieur) à tous ceux, confondus, de la Nation (éducation nationale, armée, etc.).

Nous parlons donc ici d’un État dans l’État. D’une seconde douce France, pays de mon enfance…

Eric Van Roeckeghem, le « patron » de la Sécu, est l’un des financiers les plus puissants, les plus intransigeants de l’Hexagone. C’est un lycanthrope, dont le seul rugissement peut pétrifier illico des milliers de thérapeutes et leurs pauvres patients. Un homme avec qui il faut « compter » et, surtout, qui « compte » sur nous. Nous avons donc tout intérêt – pardonnez l’expression – à ne pas trop lui faire dans les bottes budgétaires – ce que nos syndicats, éminemment intuitifs, ont promptement compris. Car nos syndicats – et cela n’est plus à démontrer – ont en la matière (justement celle que l’on ne doit pas mettre dans les bottes du budget) une sorte de sixième sens.

La sécurité sociale – et malgré l’air de Madone et le mal qu’elle se donne – est en maldonne. Elle est d’un fondement structurellement inégalitaire, car, en France, il existe trois grands régimes (plus quelques broutilles) face auxquels ni cotisants ni ayants droit ne sont logés à la même enseigne. C’est ce que l’on appelle (comme pour la retraite) les niches sociales, non pas issues de la justice sociale (ça se saurait) mais du plus grand pouvoir à savoir défendre ses prérogatives de caste, donc à coller les Mickettes à l’Etat. Et, à ce jeu, les kinés sont vraiment des petits Mickeys…

  • Le Régime général : salariés et travailleurs assimilés à des salariés soit environ 80% de la population.
  • Le Régime des travailleurs non salariés non agricoles (appelé Régime social des indépendants ou RSI): artisans, commerçants et professions libérales. À compter du 1er juillet 2006, les régimes de retraite des commerçants (ex Organic), de retraite des artisans (ex Cancava), de maladie des non-salariés non agricoles (ex Canam) sont fusionnés au sein du Régime social des indépendants (RSI). Depuis le 1er janvier 2008, ces travailleurs indépendants bénéficient d’un Interlocuteur social unique (ISU) pour lequel les URSSAF sont centres de paiement.
  • Le Régime agricole (au sein de la Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci a la particularité de couvrir des employeurs (exploitants agricoles) et des salariés (salariés agricoles).

Régimes spéciaux
Les petits carotteurs du système

C’est la politique de « roi nègre », seul en son royaume, avec seulement des droits mais aucun devoirs envers la collectivité. On profite à son aise des mannes du Régime Générale (compensations financières, délégation administrative, dégraissement de ses salariés gestionnaires) sans en retourner les incommodités. Quel kinésithérapeute n’est pas en bute avec les tracasseries administratives de la Caisse des Commerçants, la « Mutuelle Bleue » ou la MSA ? Ces petites caisses tatillonnes, malhonnêtes qui, dès que l’on réclame son juste droit, enterrent les dossiers et vous opposent cohortes de processus épistolaires ?

Fondement : en raison de « contrats » mieux négociés, force de frappe oblige (paralyser un pays en TGV est bien plus efficace que de voir croupir, faute de soin, des milliers de petits vieux ou claudiquer des pieds-bots) ils sont infiniment plus riches (en prestations sociales, non en argent, puisque leur argent c’est souvent le nôtre) que le Régime Générale et entendent bien le rester. Ils bénéficient classiquement – pour certains, un actif pour trois retraités – de reversement très avantageux et « hors-cadre » de caisse à caisse au nom de la sacro-sainte « solidarité », qui toujours – il s’entend – est strictement unilatérale à leur unique avantage et au détriment des « autres ». Cela ne les empêche absolument (toujours) pas de partir à la retraite à 50 ans en raison de la « grande pénibilité » de leur activité (il est vrai que conduire en roupillant un train douillet, chauffé et entièrement automatisé, ça use son homme autrement que de bosser sur un chantier, la truffe dans le plâtre, par – 5°) ou de voir cette retraite calculée sur leur dernière année de cotisation (contre 25 pour le Régime Général).

C’est l’injustice sociale, mais que l’on doit bien supporter, puisque ces gens, qui appauvrissent tout un pays pour leur seul ego bénéfice, sont capables en instant de couper l’électricité dans tout l’Hexagone, ou de paralyser le réseau ferroviaire et ses millions d’usagers.

Les régimes spéciaux de retraite représentent environ cinq millions de personnes. Ils regroupent des bénéficiaires hors régime général. Cette spécificité devait être transitoire avant une migration progressive (mais très très hypothétique) vers le régime général. La situation (et pour cause) est longtemps restée bloquée depuis la promulgation du décret du 8 juin 1946 définissant la liste des régimes spéciaux, jusqu’en 2004, date à laquelle certains régimes spéciaux commencent à être intégrés au régime général. Ce fut le cas des allocataires du régime spécial de la Poste qui ont été rattachés au régime général des Allocations Familiales en 2004, suivis par les agents de France Telecom. Au cours de l’année 2005, les fonctionnaires de l’État (en deux temps, hors Éducation nationale, puis de l’Éducation Nationale) ont rejoint la branche famille du régime général. Puis ce sera le régime retraite d’EDF/GDF.

Bref, c’est le retour progressif, mais en ordre dispersé et freinant des quatre fers, de cinq millions de cotisants, maugréant et pestant tant qu’ils peuvent, à l’esprit de solidarité et d’égalité nationale.

Le régime général de la sécurité sociale (soit 80% de la population)
Les bénis oui-oui

La Sécu n’est pas une administration, mais une organisation de droit privé ayant une délégation de service public. Les « caisses » sont même parfois dépourvues de toute personnalité morale (ni association, ni mutuelle, ni entreprise), simple émanation d’une autre entité. Seule une demi-douzaine de structures nationales relèvent du droit public (essentiellement les caisses nationales).

Contrairement à une idée fort répandue, les employés de la sécurité sociale ne sont donc pas des fonctionnaires (pour la très grande majorité, voire pour la totalité) mais ils relèvent d’une convention collective nationale de branche. Leur rémunération est d’ailleurs strictement assujettie aux mêmes cotisations et ils bénéficient du même niveau de protection sociale que tout autre salarié français.

Les structures nationales, elles, sont des organisations de droit public – des établissements publics à caractère administratif (EPA). Certains de leurs employés ont le statut de fonctionnaire.

Les structures départementales sont également des entreprises de droit privé. Aucun de leurs employés n’a le statut de fonctionnaire (CCNT de 1957 pour les employés et cadres, de 1968 pour les agents de direction).

Les « caisses » sont les organismes financiers qui matérialisent la « Sécu ». Pour des raisons historiques, chaque caisse est liée à un régime et à un seul. Par contre, un même régime est souvent appliqué par de très nombreuses caisses (pas toutes, d’où l’injustice sociale) et même par des assureurs (donc des faiseurs de frics) agissant dans le cadre d’un accord avec la « Sécu » (le cas le plus connu – et le plus regrettable – étant celui des mutuelles de santé étudiantes, et on peut également citer RAM et GAMEX connus – ô combien ! – des commerçants et agriculteurs). Les régimes spéciaux ont chacun leur propre caisse, et leur manière très personnelle de la gérer….

La gestion des caisses est en partie assurée par les syndicats considérés comme représentatifs. Depuis 1967, la gestion est « normalement » paritaire entre les représentations syndicales (CGT, CFDT, CGC, CGT-FO, CFTC) et patronales (MEDEF, CGPME, UPA, CNPL). Toutefois, des caisses comme la MSA sont composés de délégués élus par les employeurs et

salariés.

L’adhésion est obligatoire. Le droit français assure à la collectivité le droit de « sécurité sociale ». Ce bénéfice est accordé à toute personne, quelle que soit sa situation, son état de santé. Sans être fondé sur la nationalité, le droit à la protection sociale est dérivé du fait de la vie commune : qu’elle soit dotée de la nationalité française ou non, toute personne qui réside de manière régulière en France et cotise à la Sécurité sociale a le droit à la protection sociale (qui doit être distingué du droit à l’aide sociale, non fondée sur les cotisations).

Afin de pourvoir à cette assurance, la collectivité (personne physique et personne morale) en contrepartie adhère au système de Sécurité sociale et paye des cotisations (salariales, patronales, etc.). En termes juridiques, on dit que ce paiement répond à une « obligation d’ordre public ».

Nous – mais cela est notre propre analyse – nous considérons que ce paiement correspond plutôt à une obligation « d’ordre fiscal » que « d’ordre public », tant l’argent de la Santé est détourné de sa mission première…

Le droit de l’Union européenne influe sur le droit français

Tiens ? Nous qui nous pensions le meilleur système de protection social et la « lumière du Monde béotien » ?…

Le principe de l’affiliation obligatoire à un régime de soins de santé permet d’éviter que des personnes concernées par l’éventualité ne puissent bénéficier des prestations nécessaires, faute d’appartenir à un tel régime et de disposer des moyens financiers suffisants pour faire face aux coûts.

Cette notion doit être rapprochée de celles de solidarité et d’universalité qui fondent la sécurité sociale. Cette dernière est notamment prescrite par l’article 22 de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » qui prévoit que toute personne a droit à la sécurité sociale.

Si le principe normalement accepté est celui de l’affiliation obligatoire, l’affiliation facultative a été acceptée comme solution subsidiaire, car certains États disposent de régimes de soins de santé non obligatoires satisfaisant aux conditions de contrôle et de champ d’application prévues par la convention nº 102 de l’OIT (Organisation internationale du travail) largement reprise par le Code Européen de la sécurité sociale.

L’Organisation

D’un point de vue fonctionnel, la sécurité sociale est destinée à assister financièrement ses bénéficiaires qui rencontrent différents événements coûteux de la vie. On en distingue quatre types (appelés risques) qui forment les quatre branches de la sécurité sociale :

  1. La branche maladie (maladie, maternité, invalidité, décès).
  2. La branche accidents du travail et maladies professionnelles.
  3. La branche vieillesse et veuvage (retraite).
  4. La branche famille (handicap, logement, RSA, etc.).

Enfin, un service « percepteur » : l’Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale (ACOSS) créée pour coordonner les organismes de la branche « recouvrement » (URSSAF) ainsi que d’assurer la gestion centralisée et commune de la trésorerie du régime général.

Organigramme de l’étatisation de l’UNCAM

Comme nous le pressentions quelque peu, l’État est au centre de toutes choses. Que ce soit l’UNCAM (dont Frédéric est le patron) ou la HAS (Haute Autorité de la Santé) qui avalise « scientifiquement » et servilement toutes décisions, seul leur est accordé le droit de jouer avec leur hochet financier, dans un parc hautement sous miradors, et dans les limites oukasifiées d’un budget de la Santé qui leur échappe totalement, et dont ils sont les laquais. Leur mission « consultative » n’est qu’un leurre.

Seuls les banquiers de Bercy sont consultatifs. Et Frédéric est leur percepteur et leur bras armé.

L’UNCAM et la HAS n’ont pour mission, d’une manière ou d’une autre, qu’à être des rideaux de fumée, des « intermédiaires-tampons » avec le monde médical – dont ils se moquent comme de leur première chemise – pour justifier des coupes sombres du désengagement pécuniaire progressif des gouvernements (déremboursement progressif, augmentation des prélèvements) sur la médecine, et de savoir agrémenter l’impôt social en lieu et place de l’impôt fiscal. Ils sont là pour apporter le label « scientifique et moral », pour faire l’interface de façade et rentrer les ronds de jambe du budget dans cubes des besoins médicaux. Bref, à servir (asservir?) à un calcul financier qui n’est surtout « ni scientifique ni moral ».

Il n’y a qu’à observer avec quel empressement la HAS a entériné les cinq premiers référentiels de la kinésithérapie imposés par l’UNCAM, qui, elle-même, ce les est vu ordonner par le Ministère de la Santé, pour comprendre qu’il n’y a aucune doctrine « soignante » en tout ce système.

Seule prime la logique économique.

La réponse totalement édifiante (et déshonorant) de la HAS aux référentiels : « Nous n’avons rien trouvé dans la littérature scientifique qui puisse s’y opposer » montre à quel point nous n’avons plus qu’affaire à de viles marionnettes aux ordres d’un État éminemment centralisateur, des scientifiques dévoyés de leur mission humanitaire première, à des historiens prospectant dans les archives, et non plus à des chercheurs.

Or, science sans conscience n’est que ruine de l’âme.
Il n’appartient pas ici de juger ou non si l’État à tort ou à raison d’agir ainsi ou de savoir s’il a seulement le choix, mais de comprendre les mécanismes de la mystification « de masse » et de la désinformation. Car si l’on veut avoir une population un tant soit peu « adulte », s’impliquant dans les réalités économiques de son pays et y apportant son entier soutien, la première des étapes c’est de savoir l’éduquer dans le sens de la Vérité.

Nous savons que la France est sur endettée. Nous avons conscience que nous ne pouvons pas nous soigner, ni même nous éduquer ou protéger nos frontières, au-delà de notre richesse nationale. Mais pourquoi ce discours infantilisant, ces petits-pas de danse pathétiques ? Ne peut-on pas expliquer les choses simplement, entre majeurs consentants, et permettre à chacun de concevoir et de décider, en toute connaissance, de cause, de son avenir et de celui de sa famille ? Plutôt que de laisser tout le monde, un à un en aveugle, se fracasser le crâne contre le mur de la « real-économie » ?…

Le projet de l’UNCAM, via Frédéric, est clairement identifié : faire bosser le kiné au salaire de manut et supprimer la moitié de son effectif.

Soit, mais cessons donc de fina(n)sser et de nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Si la kinésithérapie doit se « dégraisser » de 50% de ses professionnels pour que survivent les autres et les budgets d’État, autant annoncer la couleur et cessons de produire du kiné « à la chaîne » dans les écoles. C’est la moindre des choses morales que l’on doit à ses futurs martyres, à ces concitoyens laissés pour compte, qui ont en charge des familles. Donnons-leur au moins, avec une feuille de route clairement identifiée, l’occasion de rebondir et de sauver leur peau.

N’est-ce pas çà, la solidarité ? Respecter l’autre comme l’on aimerait qu’il nous respecte ?

Frédéric, si je devais décider de ta mise à pied prochaine, ne serais-tu pas heureux que je t’en prévienne quelque peu à l’avance, plutôt que de t’entretenir faussement dans un fantasme de survie ?…

Ce mythe savamment entretenu du « trou » de la Sécu est affaire détestable, non pas tant par son réalisme budgétaire, que de part le mépris affiché en lequel il tient les populations, tant soignantes que soignées.

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…