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Du myhte à la réalité


Le « trou de la Sécu » est-il un mythe ? Si oui, à qui ce « mythe » sert-il ?

Le médical – bouc-émissaire tout désigné par les pouvoirs publics – en est-il réellement le seul responsable ? Existe-t-il des manières – une fois pour toutes – de colmater ce fichu « trou » afin de revenir à l’équilibre financier ? Pourquoi ne sont-elles pas mises en œuvre ?

Autant d’énigmes qui trottent dans l’imaginaire collectif sans jamais rencontrer de réponse ni de certitude fiable. Juste de « l’on-dit ».

Sur les semaines à venir, à travers plusieurs thématiques, Physioscope vous propose de revêtir votre petit costume de spéléologue et de venir sonder avec nous le gouffre abyssal, afin de mieux appréhender les enjeux financiers et les méandres oniriques de la « Maison Sécu », un État dans l’État, au budget à lui seul supérieur à tous ceux, confondus, de la Nation.

Nous démontrerons ainsi que les acteurs de santé et leurs ayant droits patients ne sont pas les seuls responsables – tant s’en faut – du déficit devenu chronique de la Sécu – mais d’une chronicité savamment entretenue et en laquelle la responsabilité de l’État ne peut plus faire de doute. Nous établirons que les caisses de l’assurance maladie via l’URSSAF – le percepteur en chef de l’impôt social – sont devenues les « caisses noires » du train de vie des gouvernements, où ces derniers pillent sans vergogne en stigmatisant incessamment malades et thérapeutes, en appauvrissant pour leur seul bénéfice le salaire des praticiens, la qualité des soins – et donc le confort et l’espérance de vie de nos concitoyens – afin de mieux éponger la dette publique et les errances du corpus boursier.

Nous établirons le glissement progressif et insidieux de l’impôt fiscal vers l’impôt social, car bien mieux toléré par une population française toujours plus surtaxée et au bord de la crise de nerfs. Mais également le glissement de la médecine sociale vers la médecine comptable.

Nous affirmerons que la culpabilisation des populations sur le coût de la santé et les faux déficits de la sécurité sociale (dont les fonds servent les gouvernements, leur politique et non pleinement les assurés sociaux) est un leurre habilement entretenu par les dirigeants successifs depuis des décennies afin de mieux prélever l’impôt.

Enfin, nous illustrerons qu’il existe des alternatives simples et peu astreignantes pour les populations afin de revenir à « l’équilibre des comptes », en réclamant à ce que l’État paie enfin ses dettes à la sécurité sociale, en osant toucher aux dividendes colossaux du CAC 40 ou aux bénéfices de « l’argent défiscalisé » sans pour autant faire fuir les capitaux à l’étranger, mais que ces solutions n’intéressent personne, ni surtout nos dirigeants.

Le sujet, certes un peu technique par nature (nous essaierons, tant que faire ce peut, d’en rendre la lecture digeste), sera composé de plusieurs modules, que vous pourrez aisément « sauter » en fonction de votre intérêt :

  • Historique de la Sécurité sociale
  • Organigramme gestionnaire & banquier.
  • Qui et que finance exactement la Sécurité sociale ?
  • Les raisons (volontaires ?) d’un « trou » structurel.
  • Les raisons (d’État) de ne surtout pas le combler.
  • La santé des populations doit-elle servir à financer la dette de l’État ?
  • De l’illogisme surprenant du financement de la Sécu.
  • La déflagration des soins de santé : 2015, l’année de tous les dangers.
  • Possédons-nous, comme l’on nous en rebat les oreilles, le meilleur système de couverture sociale au monde et au meilleur rendement ? Petite étude comparative avec nos voisins.
  • Peut-on combler le « trou » de la Sécu ? Propositions faites pour en finir avec ce mythe.

Chapitre I

Bref historique de la Sécu

« Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient »

Comme en toutes choses l’homo sapiens modernus se pense au centre du Monde et à la genèse de tous concepts. Avant lui, les barbares. Après lui, le déluge…

Pour autant, la Sécurité sociale puise ses origines dans le Moyen-Age, à l’époque où l’on s’étripait gaiement à la hache.

Du balbutiement à la solidarité

Dès ce Moyen Âge, certaines corporations organisent une assistance, limitée, entre les professionnels qui y adhèrent. L’abolition des corporations par le décret d’Allarde, en 1791, met fin à ce premier dispositif d’entraide, professionnel et privé. Il est néanmoins remplacé par des « sociétés de secours mutuel » qui seront reconnues et strictement règlementées par une loi Humann du 22 juin 1835. Elles seront par la suite libérées du contrôle de l’administration et encouragées par la loi du 1er avril 1998 (qui n’était pas un poisson) également appelée « Chartre de la mutualité ». Cette loi fonde les principes du mutualisme, tels qu’on les retrouve aujourd’hui dans le code de la mutualité. Les mutuelles peuvent dès lors proposer des prestations à tous, bien qu’elles restent trop coûteuses (ce qui n’a guère changé) pour les populations.

De son côté, Napoléon III a souhaité instaurer, dans les années 1850, une mutualité impériale, sous le contrôle de l’administration.

En marge du mouvement mutuel, privé, volontaire et libre, le législateur crée également des dispositifs d’aide sociale, subjectifs et personnels, qui tendent à créer un principe de solidarité nationale. La loi du 15 juillet 1893 (art. 3) institue une assistance médicale gratuite pour tout français malade et privé de ressources (il reçoit gratuitement de la commune, du département et de l’État l’assistance médicale à domicile, ou, s’il y a impossibilité de le soigner utilement à domicile, dans un établissement hospitalier.

La loi du 9 avril 1998 facilitera considérablement l’indemnisation des victimes d’un accident du travail. La loi du 27 juin 1904 crée le service départemental d’aide sociale  à l’enfance, tandis que la loi du 14 juillet 1905 crée un dispositif d’assistance aux personnes âgées infirmes et incurables.

En marge de ces deux mouvements, d’autres initiatives privées se mettent en place, comme la création en janvier 1918 d’une « caisse de compensation » par Émile Marcesche, embryon des futures caisses d’allocations familiales. Elles seront mises en place plus tard, par la loi du 11 mars 1932 qui prévoit des allocations couvrant les charges familiales, financées par des versements patronaux.

Le développement des assurances au début du XXe siècle est encouragé par le législateur. Organisations de droit privé comme les mutuelles, les assurances s’en distinguent cependant par leur but lucratif. La loi du 9 avril 1898 encourage l’employeur à s’assurer pour faire face aux demandes d’indemnisations de ses salariés accidentés. Un premier système d’assurance vieillesse devient obligatoire pour les salariés par la loi du 5 avril 1910, mais le montant des retraites demeure très bas et l’âge de la retraite, 65 ans, est très élevé par rapport à l’espérance de vie des ouvriers de cette époque.

Par les lois du 5 avril 1928 et du 30 avril 1930, les salariés bénéficient d’une assurance maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès, adaptée par la loi du 30 avril 1928 aux agriculteurs. On parle même de rendre l’assurance obligatoire, et de donner à l’État le monopole de cette assurance.

Vers une sécurité sociale moderne

En empruntant au lyrisme épistolaire de Johnny Hallyday, nous noterons combien les guerres sont souvent l’occasion de se rappeler que « les coups, ça fait mal ». L’Homme, sans doute un brin fatigué de l’autolyse collective, de pleurer ses proches, semble à chaque fois (mais pour un temps, hélas, toujours compté) comprendre de re-chef l’intérêt pour le mieux-vivre de tous de la « solidarité ».

La fin de l’Apocalypse 39-45 n’échappera pas à la règle, et fut, pour la sécurité sociale, un tournant décisif vers le modernisme.

La Seconde Guerre mondiale a fait prendre conscience de l’importance d’une solidarité nationale. Pendant la guerre, à l’initiative du général de Gaulle, le Conseil National de la Résistance intègre à son programme « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». Au Royaume-Uni, le premier rapport Beveridge jette les grands principes de l’unification de la sécurité sociale. Ce plan est mis en œuvre par les ordonnances du4 et 19 octobre 1945 : il généralise et uniformise les prestations, sans toutefois remettre en cause les structures.

La sécurité sociale moderne est organisée selon un mode « bismarckien » paritaire :

  • elle est financée par les cotisations des employeurs et des salariés.
  • Elle est gérée par l’ensemble des partenaires sociaux (syndicat et patronat).

Rapidement après, la Constitution de la IVe République, adoptée par référendum, crée dans son préambule une obligation constitutionnelle d’assistance financière de la collectivité envers les citoyens, et notamment les personnes exposées aux risques sociaux les plus importants (femmes, enfants, vieux travailleurs).

Néanmoins, l’unification de la sécurité sociale est limitée. Le programme du CNR avait pour ambition de créer un unique régime de sécurité sociale. Cependant, les salariés déjà couverts étaient attachés à leurs régimes particuliers (mineurs, marins, fonctionnaires, agriculteurs, artisans, commerçants, cadres). Finalement, la loi du 22 mai 1946 limite le « régime général » aux salariés de l’industrie et du commerce.

1960

La rupture d’un mythe social

Les beaux jours de la Sécu et de sa formidable impulsion en progrès social ont très rapidement trouvé leurs limites d’eux-mêmes. Une limite que d’aucuns, dans ce primo-élan de générosité, n’avaient pu anticiper : l’argent.

Et c’est ainsi, dans la seconde moitié du XXe Siècle, que l’on découvre brutalement que la misère humaine a un coût – et donc une limite à pouvoir l’éponger – car ce coût ne peut être couvert que par la richesse nationale (PNB) et par la capacité de ses travailleurs à savoir la produire. Et, à l’horreur de l’indifférence séculaire de l’Homme pour l’Homme, a fait place insidieusement un nouveau concept, un concept « moderne » : l’indifférence de l’Argent pour l’Homme.

Une nouvelle Ere, pour la pourtant si juvénile sécurité sociale, vient de naître ; celle de la « real-santé » et de son cahier des charges comptable. Celle de la spéculation financière sur la morbidité, où il faut accepter de voir sa population renoncer (en partie) aux progrès galopants de la médecine – et donc au prolongement de son confort et de son espérance de vie – en échange de « l’équilibre budgétaire ».

C’est un tournant psychologique majeur dans l’esprit de nos dirigeants : le stylo signataire n’est plus celui, gratifiant, du progrès social à tout-va, mais celui bien plus âcre de la politique des moindres dégâts collatéraux. De chaque nouvelle « loi sur la sécurité sociale » – et par nécessité économique – il ne convient plus, sans garde-fous, de sauver banalement des vies ou d’améliorer le confort médical de sa population, mais d’en accepter les « coupes sombres » – et donc, les victimes, tant chez les malades que chez leurs thérapeutes, des « exclus » du progrès technologique – pour pérenniser le système.

On n’est plus en marche vers le progrès social, mais en lutte contre son effondrement.
« La » question n’est plus : « Que doit-on dépenser pour le bonheur de notre communauté ? » mais : « Qui devra mourir ou vivre dans la sous-France pour que tous n’y basculent pas ? ».

Limiter à un frottis tous les deux ans la prévention du cancer de l’utérus chez la femme de plus de cinquante ans, c’est, on le sait, les chiffres sont sur le bureau du Ministère de la Santé, condamner plusieurs centaines d’entres-elles à une mort certaine dans l’année. Mais, ne pas le faire, c’est  peut-être ne plus pouvoir poursuivre de doter raisonnablement en finances les chirurgies cardiaques ou les services de pédiatrie…

C’est un choix cornélien (et sans doute douloureux) en lequel ni philosophe, ni sociologue – ni aucun humaniste pour ainsi dire – ne peut plus prendre place.

C’est ainsi que, peu à peu et conséquemment, prennent résidence au sommet des oligarchies soignantes non plus des idéologues du progrès social, mais des doctrinaires de la finance, au cœur en boulier de pierre. Des technocrates, non pas qu’ils soient pires ou meilleurs que d’autres hommes, mais qui depuis fort longtemps ont perdu lien avec la notion de « service public » ou, pour être plus exact, de « service au public » tant l’État, volontairement, les a sectorisés dans leurs obligations de résultats financiers.

En marche, donc, vers le déremboursement progressif :

  • Dans les années 1960, les remboursements dentaires et optiques ont été fortement réduits.
  • Le remboursement des soins courants est passé progressivement de 80 % à 65 % (augmentation du ticket modérateur).
  • Un forfait hospitalier a été mis en place et régulièrement augmenté jusqu’à atteindre près de 20 euros.
  • Des médicaments de « confort » ont vu leur taux de remboursement réduit ou supprimé.
  • Une participation forfaitaire (laissée à la charge de certains assurés) a été mise en place pour chaque visite chez le médecin et pour chaque acte médical de radiologie ou de biologie.
  • Une franchise a été instituée sur le remboursement de chaque boîte de médicaments, d’un acte paramédical ou d’un transport sanitaire.

Dans le secteur privé, les retraites sont calculées sur les 25 meilleures années (précédemment sur les 10 meilleures), demandent à ce jour 160 trimestres de cotisation (précédemment 150), et sont désormais revalorisées d’après l’indice des prix.

Malgré ces déremboursements réguliers qui donnent une impression générale de faible couverture des coûts, la sécurité sociale rembourse encore en 2007, 76,6 % du total des dépenses de santé contre seulement 7,9 % pour les mutuelles. Ces proportions n’ont d’ailleurs que peu évoluées ces 12 dernières années.

Parallèlement, les prélèvements financiers de la Sécurité sociale ont connu depuis 1978 une forte croissance, passant de 16 % du PIB (Produit Intérieur Brut) en 1978 à plus de 22 % en 2006.

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…