Page d'accueil

L’Ordre des kinésithérapeutes, comme vierges à confiteor, a été soupiré et porté aux pinacles des verroteries dévotes et des images pieuses par les seuls syndicats signataires. Une fois de plus, une fois encore, « entre soi » de bon-aloi, de pouvoir et de bon-entendement, une poignée d’hommes ont fait notre bonheur malgré nous.

Béotiens, s’abstenir…

Faire le bonheur des autres malgré eux…

Combien de dérives autocratiques, de génocides sanglants, de dénis des libertés individuelles, se sont drapés d’une telle humaniste et funeste pensée ?…

Sommes-nous donc seuls à abhorrer ce genre de postulat, sous-entendu celui des masses informes et décérébrées usinant dans les méandres glauques de la sub-conscience ? « L’autre » étant, nécessairement, un abêtie sans voix au chapitre…

Nous regretterons bien sûr (et avant tout pour lui et envers sa propre pérennité) une assise de l’Ordre si peu démocratique, voir franchement dictatoriale, qui prêtera à jamais le flanc commode à ses détracteurs (à peine 10% de la profession a participé à son événement, les seuls syndiqués, et encore furent-ils tout juste plus de 50% à le cautionner). Ce type de calcul est, bien sûr, une erreur stratégique de base. Mais nous avons aussi conscience que pour « oser » la démocratie encore faut-il être certain de son fait, de la limpidité et de la pertinence de son acte, et de ne pas violenter l’opinion publique.

L’Ordre n’a pas « osé » la démocratie, car il est avant tout de fondement et de conscience claniques. Il a peur de son propre reflet césarien, que lui renverraient à coup sûr ses pairs…

L’Ordre est un veule institutionnel qui a peur d’apprendre par l’urne qu’il n’est pas (ou peu) aimé et qu’on le juge superfétatoire.

Mais bon, « il » est là.

Brinquebalant, hésitant, velléitaire, incertain, replié en lui-même comme le poulpe en son repère, crachant son encre à grands coups de missives tyranniques, chassant incessamment sur les terres syndicales à défaut des siennes propres (dont il n’a pas encore eu connaissance ?), mais « il » est là…

L’heure n’est donc plus – combats devenus d’arrière-garde – a ruer dans les brancards ni même à se demander encore s’« il » sert véritablement à quelque chose, mais comment vivre à présent avec « lui », avec cette verrue onéreuse sur notre chiffre d’affaire, et quoi faire de ce colifichet rutilant et particulièrement dispendieux ?

Objet de luxe ou de première nécessité ? L’avenir le dira. Il convient à présent de lui trouver une utilité quelconque et une place sur le piano.

Reste pour lui de se justifier de 280 euros de racket annuel et par tête de bétail. Vaste programme s’il en est…

Il y a là une vision presque prophétique, presque altruiste, un don de soi pour âmes lucides et résignées. Il s’agit presque d’une « supra-conscience » pour gens de cognition au-delà de leur propre sérail et caste d’appartenance.

L’Ordre, voulu en tant que « supra-syndicat », devrait pourtant pétrir de honte toute âme un tant soit peu lucide du biotope revendicateur. C’est un fourvoiement du système. Mais, en ce contexte de disette, comment exiger autrement, ou, devons-nous dire, « d’avantage » ? L’Ordre omnipotent, c’est le désaveu du syndicalisme conquérant. Mais, après tout, pourquoi ne pas se désavouer lorsque la profession elle-même se désavoue sans cesse ? Est-il meilleure solution qu’une « bonne vieille dictature » lorsqu’il n’y a plus la moindre cohésion dans la défense du métier et qu’aucun rempart ne protège encore la « maison kiné » des ouragans d’Etat ?…

Pour avoir croisé le fer ou la merguez occasionnelle avec tels ou tels présidents d’un groupuscule quelconque, l’idée de la lassitude de concert et la fatigue des yeux de la vie du monde me vinrent presque à l’unisson. Inutile d’insister, voies sans issue, parler est perte d’énergie, telles furent mes pensées premières à leur contact…

Pour autant, j’ai tenté, bouteille à la mer, d’évoquer l’idée d’une « confédération syndicale » de parole unique face à un Etat plénipotentiaire jouant de nos fractures. On m’a – mais toujours très spirituellement – gaussé au nez…

Chacun en ses veillées de feux de camp et ses farandoles de boys-scout, chérifien d’infortune saoulé à sa propre logorrhée, a de bonnes-mauvaises raisons de se penser, une fois de plus, une fois encore, « différent » des autres.

Le « real-syndicalisme », hélas, tôt ou tard ensevelira tout le monde…
Soudain, l’idée d’un Ordre comme la meilleur des plus mauvaises solutions m’a semblé s’imposer en filigrane de ce parterre phagocytaire sans avenir. J’ai parfois presque fini de m’y résoudre s’il n’y avait, à chaque fois, comme ce retour saumâtre en bouche, le vague sentiment de participer à devenir vichyste…

Mais comment faire autrement pour taire une fois pour toutes ce quadrilatère d’égotistes qui plombe la profession de leur ego-carrière et de leur libido clanique ?…

La démocratie et le pluralisme des idées sont pourtant les seuls chemins qui vaille, même s’ils semblent plus fastidieux, plus décourageant et moins immédiat que le dictat.

J’ai donc dis à certains présidents que l’Ordre doit-être rendu à la « société civile » afin que cesse la confusion des genres, nuisible à tous. L’on m’a écouté avec attention, voir avec compréhension, mais ils supposent que cela n’est pas possible…

J’ai exprimé que le syndicalisme, pour sa propre pérennité de combattants du progrès social, doit se dégager de l’Ordre. L’on m’a écouté avec attention, mais ils supposent que…

J’ai expliqué que syndicat et Ordre présentent une antinomie de fond – l’un progressiste et imaginatif se battant pour l’avancée sociale et progressant donc par transgression des règles établies, l’autre conservateur et nécessairement dépourvu de fantaisie oeuvrant au respect bête et choux de leur application - et qu’il semble impossible en une seule cervelle, aussi bien conformée soit-elle, de ne pas vivre ces deux « projets de société » de manière schizophrénique. L’on m’a écouté avec attention…

Démocratie et Ordre : l’équilibre précaire

De toute évidence, le « champion de la déontologie » semble juste avoir oublié de se l’appliquer à lui-même…

Infiltrer le cœur des centrales « représentatives » jusqu’en leurs sommets oligarchiques est une démarche syndicophage et liberticide. Prohiber par pressions tout azimut le jugement sur soi et sa structure (et qui saurait le faire autres que les syndicats ?), opprimer la « parole », sont des attitudes condamnables sur le plan de l’éthique.

Il en va de l’Ordre comme de la politique générale de la santé ou de celle de l’UNCAM ; c’est un chantier syndical que de devoir et de pouvoir analyser, contester, et s’en expliquer. Un « encarté » doit savoir conserver son libre-arbitre et s’exprimer librement sur l’Ordre au sein de sa propre structure sans être instantanément montré du nez par une cohorte de sbires « aux Ordres » et mis au ban de sa communauté.

Il en est évidemment bien autrement. L’Ordre impose l’omerta dans les rangs syndicaux. Et malheur à qui déroge de la règle !

La petite mésaventure arrivée lors du GICARE dernier au président du SN75, « patron » de la formation continue Ile-de-France du SNMKR (ORREK), en dit long sur la mentalité ambiante. Alain Abbeys est bien connu dans la profession pour ses idées indépendantes, bien qu’en en étant sociétaire, sur l’Ordre. Tout comme nous et pour les mêmes raisons, il considère (en espérant ne pas trahir sa pensée ?) que le syndicalisme doit se détacher de l’Ordre, ce qui lui vaut les foudres chroniques du « sérail ». Didier Evenou, n°2 de l’Ordre, lui réservait donc de longue date un petit coup de pied de mule. L’occasion se présenta lors des rencontres de l’ORREK au Mondial de la rééducation. Par une missive assassine que nous qualifierons pour le moins de navrante (document officiel que vous retrouverez sur le blog du SN75) Didier Evenou exige entre les lignes à ce que les conférenciers intervenant soient interdis de parole s’ils ne sont pas… inscrits au Tableau de l’Ordre !

Nous nous disons heureusement que le micro des orateurs n’a pas lâché en pleine séance ! Qui alors serait donc intervenu pour le réparer ? Car je doute fort que l’appariteur de service du Parc Floral soit inscrit au registre…

Nous voyons bien à quel point, sans garde-fous, tous les dérapages, même individuels, sont envisageables.

Un tel comportement ouvre la porte à tous les débordements autocratiques et à toutes les ingérences, puisqu’il n’existe plus de contre-pouvoir, et nuit gravement à l’idée que l’on se fait de l’indépendance des syndicats.

Je sais que certains, même au plus haut niveau décisionnel, partagent notre vision et « vivent » l’Ordre comme nous le vivons, d’autres le pensent en toute sincérité être voie des « Lettres de Noblesse » de notre profession, d’autres encore comme ascenseur social de leur navrante carrière ou simplement s’en acommodent comme moutons bêlants, qui bêleront de toutes les manières, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente…

Aujourd’hui, lorsque l’on voit le chaos syndical, l’Ordre peut apparaître à certain comme une alternative alléchante, celle « par défaut ». Mais ce ne sont que chants des sirènes…

Laisser un commentaire

Newsletter
De vous à nous
Pollux

Nous contacter
Nous féliciter
Nous engueuler
physioscope@wanadoo.fr

Visites totales
L’image du jour
mordillo_TRAIN

Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

Coup de coeur
mandela-pienaar-952

« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…