L’Ordre des kinésithérapeutes, comme vierges à confiteor, a été soupiré et porté aux pinacles des verroteries dévotes et des images pieuses par les seuls syndicats signataires. Une fois de plus, une fois encore, « entre soi » de bon-aloi, de pouvoir et de bon-entendement, une poignée d’hommes ont fait notre bonheur malgré nous.
Béotiens, s’abstenir…
Faire le bonheur des autres malgré eux…
Combien de dérives autocratiques, de génocides sanglants, de dénis des libertés individuelles, se sont drapés d’une telle humaniste et funeste pensée ?…
Sommes-nous donc seuls à abhorrer ce genre de postulat, sous-entendu celui des masses informes et décérébrées usinant dans les méandres glauques de la sub-conscience ? « L’autre » étant, nécessairement, un abêtie sans voix au chapitre…
Nous regretterons bien sûr (et avant tout pour lui et envers sa propre pérennité) une assise de l’Ordre si peu démocratique, voir franchement dictatoriale, qui prêtera à jamais le flanc commode à ses détracteurs (à peine 10% de la profession a participé à son événement, les seuls syndiqués, et encore furent-ils tout juste plus de 50% à le cautionner). Ce type de calcul est, bien sûr, une erreur stratégique de base. Mais nous avons aussi conscience que pour « oser » la démocratie encore faut-il être certain de son fait, de la limpidité et de la pertinence de son acte, et de ne pas violenter l’opinion publique.
L’Ordre n’a pas « osé » la démocratie, car il est avant tout de fondement et de conscience claniques. Il a peur de son propre reflet césarien, que lui renverraient à coup sûr ses pairs…
L’Ordre est un veule institutionnel qui a peur d’apprendre par l’urne qu’il n’est pas (ou peu) aimé et qu’on le juge superfétatoire.
Mais bon, « il » est là.
Brinquebalant, hésitant, velléitaire, incertain, replié en lui-même comme le poulpe en son repère, crachant son encre à grands coups de missives tyranniques, chassant incessamment sur les terres syndicales à défaut des siennes propres (dont il n’a pas encore eu connaissance ?), mais « il » est là…
L’heure n’est donc plus – combats devenus d’arrière-garde – a ruer dans les brancards ni même à se demander encore s’« il » sert véritablement à quelque chose, mais comment vivre à présent avec « lui », avec cette verrue onéreuse sur notre chiffre d’affaire, et quoi faire de ce colifichet rutilant et particulièrement dispendieux ?
Objet de luxe ou de première nécessité ? L’avenir le dira. Il convient à présent de lui trouver une utilité quelconque et une place sur le piano.
Reste pour lui de se justifier de 280 euros de racket annuel et par tête de bétail. Vaste programme s’il en est…
Il y a là une vision presque prophétique, presque altruiste, un don de soi pour âmes lucides et résignées. Il s’agit presque d’une « supra-conscience » pour gens de cognition au-delà de leur propre sérail et caste d’appartenance.
L’Ordre, voulu en tant que « supra-syndicat », devrait pourtant pétrir de honte toute âme un tant soit peu lucide du biotope revendicateur. C’est un fourvoiement du système. Mais, en ce contexte de disette, comment exiger autrement, ou, devons-nous dire, « d’avantage » ? L’Ordre omnipotent, c’est le désaveu du syndicalisme conquérant. Mais, après tout, pourquoi ne pas se désavouer lorsque la profession elle-même se désavoue sans cesse ? Est-il meilleure solution qu’une « bonne vieille dictature » lorsqu’il n’y a plus la moindre cohésion dans la défense du métier et qu’aucun rempart ne protège encore la « maison kiné » des ouragans d’Etat ?…
Pour avoir croisé le fer ou la merguez occasionnelle avec tels ou tels présidents d’un groupuscule quelconque, l’idée de la lassitude de concert et la fatigue des yeux de la vie du monde me vinrent presque à l’unisson. Inutile d’insister, voies sans issue, parler est perte d’énergie, telles furent mes pensées premières à leur contact…
Pour autant, j’ai tenté, bouteille à la mer, d’évoquer l’idée d’une « confédération syndicale » de parole unique face à un Etat plénipotentiaire jouant de nos fractures. On m’a – mais toujours très spirituellement – gaussé au nez…
Chacun en ses veillées de feux de camp et ses farandoles de boys-scout, chérifien d’infortune saoulé à sa propre logorrhée, a de bonnes-mauvaises raisons de se penser, une fois de plus, une fois encore, « différent » des autres.
Le « real-syndicalisme », hélas, tôt ou tard ensevelira tout le monde…
Soudain, l’idée d’un Ordre comme la meilleur des plus mauvaises solutions m’a semblé s’imposer en filigrane de ce parterre phagocytaire sans avenir. J’ai parfois presque fini de m’y résoudre s’il n’y avait, à chaque fois, comme ce retour saumâtre en bouche, le vague sentiment de participer à devenir vichyste…
Mais comment faire autrement pour taire une fois pour toutes ce quadrilatère d’égotistes qui plombe la profession de leur ego-carrière et de leur libido clanique ?…
La démocratie et le pluralisme des idées sont pourtant les seuls chemins qui vaille, même s’ils semblent plus fastidieux, plus décourageant et moins immédiat que le dictat.
J’ai donc dis à certains présidents que l’Ordre doit-être rendu à la « société civile » afin que cesse la confusion des genres, nuisible à tous. L’on m’a écouté avec attention, voir avec compréhension, mais ils supposent que cela n’est pas possible…
J’ai exprimé que le syndicalisme, pour sa propre pérennité de combattants du progrès social, doit se dégager de l’Ordre. L’on m’a écouté avec attention, mais ils supposent que…
J’ai expliqué que syndicat et Ordre présentent une antinomie de fond – l’un progressiste et imaginatif se battant pour l’avancée sociale et progressant donc par transgression des règles établies, l’autre conservateur et nécessairement dépourvu de fantaisie oeuvrant au respect bête et choux de leur application - et qu’il semble impossible en une seule cervelle, aussi bien conformée soit-elle, de ne pas vivre ces deux « projets de société » de manière schizophrénique. L’on m’a écouté avec attention…
Démocratie et Ordre : l’équilibre précaire
De toute évidence, le « champion de la déontologie » semble juste avoir oublié de se l’appliquer à lui-même…
Infiltrer le cœur des centrales « représentatives » jusqu’en leurs sommets oligarchiques est une démarche syndicophage et liberticide. Prohiber par pressions tout azimut le jugement sur soi et sa structure (et qui saurait le faire autres que les syndicats ?), opprimer la « parole », sont des attitudes condamnables sur le plan de l’éthique.
Il en va de l’Ordre comme de la politique générale de la santé ou de celle de l’UNCAM ; c’est un chantier syndical que de devoir et de pouvoir analyser, contester, et s’en expliquer. Un « encarté » doit savoir conserver son libre-arbitre et s’exprimer librement sur l’Ordre au sein de sa propre structure sans être instantanément montré du nez par une cohorte de sbires « aux Ordres » et mis au ban de sa communauté.
Il en est évidemment bien autrement. L’Ordre impose l’omerta dans les rangs syndicaux. Et malheur à qui déroge de la règle !
La petite mésaventure arrivée lors du GICARE dernier au président du SN75, « patron » de la formation continue Ile-de-France du SNMKR (ORREK), en dit long sur la mentalité ambiante. Alain Abbeys est bien connu dans la profession pour ses idées indépendantes, bien qu’en en étant sociétaire, sur l’Ordre. Tout comme nous et pour les mêmes raisons, il considère (en espérant ne pas trahir sa pensée ?) que le syndicalisme doit se détacher de l’Ordre, ce qui lui vaut les foudres chroniques du « sérail ». Didier Evenou, n°2 de l’Ordre, lui réservait donc de longue date un petit coup de pied de mule. L’occasion se présenta lors des rencontres de l’ORREK au Mondial de la rééducation. Par une missive assassine que nous qualifierons pour le moins de navrante (document officiel que vous retrouverez sur le blog du SN75) Didier Evenou exige entre les lignes à ce que les conférenciers intervenant soient interdis de parole s’ils ne sont pas… inscrits au Tableau de l’Ordre !
Nous nous disons heureusement que le micro des orateurs n’a pas lâché en pleine séance ! Qui alors serait donc intervenu pour le réparer ? Car je doute fort que l’appariteur de service du Parc Floral soit inscrit au registre…
Nous voyons bien à quel point, sans garde-fous, tous les dérapages, même individuels, sont envisageables.
Un tel comportement ouvre la porte à tous les débordements autocratiques et à toutes les ingérences, puisqu’il n’existe plus de contre-pouvoir, et nuit gravement à l’idée que l’on se fait de l’indépendance des syndicats.
Je sais que certains, même au plus haut niveau décisionnel, partagent notre vision et « vivent » l’Ordre comme nous le vivons, d’autres le pensent en toute sincérité être voie des « Lettres de Noblesse » de notre profession, d’autres encore comme ascenseur social de leur navrante carrière ou simplement s’en acommodent comme moutons bêlants, qui bêleront de toutes les manières, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente…
Aujourd’hui, lorsque l’on voit le chaos syndical, l’Ordre peut apparaître à certain comme une alternative alléchante, celle « par défaut ». Mais ce ne sont que chants des sirènes…



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