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Libre-installation

Le marché de dupes

Le chantier pharaonique des « référentiels » étant encore dans tous ses « Etats », l’œil glauque, la fondation branlant aux quatre-vents et le Grand Ordinateur pointant aux abonnés absents, que déjà se dessinent les prémices d’un nouvel ouvrage tonitruant et non moins périlleux pour la profession, celui de la libre-installation du kinésithérapeute sur le territoire français.

A croire que notre « copain de trente ans », l’UNCAM (Union Nationale des Caisses Maladie) et son directeur au nom décidément imprononçable et fleurant-bon l’oreille coupée, ont décidé d’avoir la peau de la kinésithérapie au « finish » et sans lui laisser le loisir d’une respiration.

Il n’est évidemment plus question de « tact et mesure » ni de se laisser le temps d’étudier les retombées (probablement thermonucléaire) d’une politique uncamiènne à la va-comme-je-te pousse sur le système de soins paramédical. On enchaîne au pas de charge, sabre au clair, puisque le bon Roy Nicolaï assure l’intendance et le blanc-seing.

Curieusement, notre habituel « guette au trou » d’Ordre, concierge attitrée des faits et gestes syndicaux (aurait-il retrouvé ses pénates ou lui a-t-on enfin fait lire son Code de Déontologie ?) semble être la grande carpe aphone d’une négociation qui, comme toujours, ne sera qu’une dictée césarienne pour bons-élèves pétrifiés et en Ordre disséminé…


Les faits

Ce 17 septembre 2009, Monsieur Alain Bergeau, président de la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR), monsieur Xavier Gallo, président de l’Union nationale des syndicats de masseurs-kinésithérapeutes libéraux (UNSMKL) regroupant Objectif kiné (OK) et le Syndicat national des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (SNMKR) et monsieur Frédéric Van Roekeghem, directeur de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM) ont signé un protocole relatif aux thèmes de négociations entre l’UNCAM et les syndicats représentatifs des masseurs-kinésithérapeutes libéraux.

Par ce protocole, les parties s’entendent (entre autres) sur le principe suivant :

Améliorer la répartition démographique des masseurs-kinésithérapeutes en fonction des besoins et de l’offre globale de soins.

De notre côté nous avons joint le responsable de la communication et des relations institutionnelles de la FFMKR pour de plus amples explications. La réponse à nos interrogations fut la suivante :

« (…) le débat sur la démographie chez les masseurs-kinésithérapeutes vient tout juste de s’ouvrir avec l’UNCAM. Il est encore bien trop tôt pour vous en dire plus mais bien entendu vous en serez informé (…). Permettez-moi également de vous préciser que monsieur Alain Bergeau, président s’opposera formellement à un « copier coller » de ce qui a été fait pour les infirmières*. Par ailleurs, la signature de la FFMKR ne s’apposera qu’en cas d’accord équilibré qui passera nécessairement et indubitablement par une nette revalorisation des actes de masso-kinésithérapie ».

*Nb : Les infirmiers, pour une revalorisation modique d’un peu plus de 5% de leurs honoraires, ont récemment « accepté » le contrôle sur leur démographie territoriale. Cette mesure est aujourd’hui en application et d’ors et déjà très opérationnelle.

Nous prenons acte de cette position.

Par ailleurs, nous n’avons pas encore à ce jour d’informations clairement exploitables (en ont-ils seulement eux-même ?) de la part d’UNION ni du « grand frère » SNMKR. Ni sur leurs intentions, ni sur leurs non-intentions, ni sur rien d’ailleurs. Nous savons seulement qu’ils projètent (cette fois-ci c’est promis !) de ne plus revenir à la table des négociations… entre deux signatures.

Aujourd’hui trois écoles de pensée s’opposent

Les défenseurs du « tout libéralisme » qui estiment inacceptable et non-fondée cette nouvelle atteinte de l’Etat sur les libertés individuelles et jugent le professionnel suffisamment adulte pour faire des choix de bon-sens. Ils argumentent que le « marché » et la concurrence font office de régulateur naturel. C’est une vision idéaliste et plutôt sympathique du système (en plus d’être juste) mais peu en lien avec la réalité des budgets d’Etat et du syndicalisme en berne. Ils pensent encore que « pognon » rime avec « raison », alors que la plus pertinente des versifications serait avec « mouton » (à tondre ou à équarrir, au choix)…

Les tenants, et c’est une forme de psychologie très en vogue ces temps-ci, du « libéralisme contrôlé », désireux de réglementer l’offre et la demande des soins sur le territoire. Du moins est-ce ainsi qu’ils présentent les choses. Nous verrons que derrière le discours de façade, et évidemment celui de l’UNCAM, des motivations moins cristallines pointent leur bout de nez.

Ceux qui pensent que la volonté d’Etat, en ce domaine de « régulation » comme en tant d’autres, est inexpugnable. Que tout cela, ce Waterloo morne plaine, n’est qu’une question de temps, et qu’il convient juste en ce dossier de « sauver les meubles » et de jouer, une fois de plus, aux « pompiers de service ». C’est le real-syndicalisme, centré en lui-même, et conscient de ses mythes et de ses limites.

Pourtant le débat de fond (pour autant qu’il y ait débat) n’est pas dénué de sens :

Les « plus » d’un tel dispositif

A l’évidence la dyschromie du paysage soignant peut poser problème tant aux patient qu’au praticien.
En 2006, en France métropolitaine comptait 102 kinésithérapeutes pour 100 000h. 62 pour la Haute-Normandie, 65 pour la Champagne-Ardenne, 142 pour la Corse, 143 pour le Languedoc-Roussillon, 149 pour PACA (source Egora).

Cela pose évidemment, outre le problème de l’accès dysharmonique aux soins pour les patients, celui de la survie du praticien. Les chiffres d’affaires les plus faibles de la profession se retrouvent aux deux pôles du paysage urbain, les mégapoles où la concurrence fait rage et les déserts champêtres où l’on se transforme volontiers en routards bucoliques du « dom » d’avantage qu’en pilier de cabinet.

Même dans les villes de moyennes importances (celles qui « s’en tirent » le mieux en général) il n’est pas rare de voir un ancien cabinet vaciller sur ses fondations après vingt ans de bons et loyaux services car deux ou trois jeunes écervelés, soucieux de se rapprocher de la mer, du berceau natal ou de l’élu de leur cœur, ont jeté leur plaque sur un mur sans avoir sacrifié à la moindre étude de marché préalable. La « saine concurrence » et la « qualité des soins » ne justifient pas toujours de tous les effondrements.

Sans vouloir faire du « protectionnisme » à tous crins, il est important de veiller à ne pas mettre en péril de manière désinvolte des carrières professionnelles et des investissements souvent lourds.
Les pharmacies le font, pourquoi pas nous ?
La valeur ajoutée à nos cabinets.

Il y a encore vingt ans, la clientèle d’un cabinet se « revendait » une annuité de chiffre d’affaire. Cela permettait à nombre de prétendants à la retraite de « partir » avec un petit pécule qui mettait bien du beurre dans des haricots.

Aujourd’hui, à moins d’avoir la chance d’être sur un « spot » (sommet de la Tour Effel, bureau ovale de l’Elysée, ou Promenade des Anglais) nos clientèles, pourtant fruit d’années de labeur, de fidélisation et de réputation, ne « valent » plus un kopeck. Double-zéro la tête à Toto…

La régulation des installations donnera de facto un coup de brosse à reluire à nos vieilles officines, les rendant à nouveau attractives pour les jeunes prétendants, car seul choix potentiel.

Nous conjecturons par ailleurs que la nouvelle modélisation de répartition des thérapeutes sur le territoire restera sommes toute mesurée et pointée au sceau du bon-sens, et qu’elle n’enverra que très rarement un auvergnat de cœur et de souche usiner en fulminant à Saint-Pierre-et-Miquelon. Tout au plus il est à supposer que, de son choix de prédilection, quelques kilomètres en transport soient à prendre en considération.

Les « moins » d’un tel dispositif

Son aspect jeunophobe.

De toute évidence, pour l’écrasante majorité, les seuls primo-diplômés prendront de face l’aspect contraignant du nouveau décret. Les autres, les dinosaures de la profession, ayant depuis long-feu pognon sur rue, regarderont passer son train de mesures en se tapant sur le ventre et en tirant sur leur cigare. Mais cela, plus pernicieux encore, concernera également la frange, certes marginales mais pas tant que cela, des « fragilisés » d’âge mûr du métier, ceux pour qui, à l’occasion d’un accident de la vie quelconque (divorce, déplacement professionnel du conjoint, chute d’activité, burn out) le déplacement d’activité est non-plus un choix mais une nécessité.

Le risque majeur de « rattrapage » de ces mesures par l’UNCAM est également hautement à considérer, non plus comme le souci d’une santé publique équitable et mieux harmonisée sur le territoire, mais comme un nouvel avatar de contrôle de la santé « comptable » sur notre activité, avec pour projectif sibyllin davantage de « s’attaquer » à l’hyperactivité des mégapoles qu’au tarissement en soins des campagnes. Nous préconisons donc d’être particulièrement circonspect envers l’UNCAM, dont le passé de « philanthrope » de la kinésithérapie ne plaide pas en sa faveur, loin de là (cf. les référentiels).
Le fait que, sans mesure incitative d’accompagnement, il faudra « écrêter » très fortement, voir drastiquement, l’hyperactivité des villes pour parvenir à l’exode rural des praticiens. Il est utopique de penser que sans aménagement financier conséquent le kinésithérapeute et sa famille déguerpiront la fleur au fusil des zones « peuplées » ou de leur périphérie immédiate. A moins de mesures parfaitement autoritaires, le désert rural n’y gagnera rien, ou presque rien, en thérapeutes.
Ce décret à venir – et que nos émissaires syndicaux le garde à l’esprit à l’instant d’en « discuter » avec l’UNCAM – est avant tout vécu et souhaité par l’Etat comme un nouvel assommoir de l’hyperactivité citadine davantage qu’un sponsoring rural.

Un peu d’anthropomorphisme

La désertification des campagnes n’est pas un phénomène touchant par prédilection le paramédical. L’entassement des populations autours des métropoles d’activité est un fait de société touchant toute la planète. La notion de survie économique, le désir de ne pas crever la bouche ouverte, étant fort curieusement un des moteurs communs à tous. L’industrie, le commerce, même et surtout l’Etat, participent largement à ce phénomène, ce dernier n’étant pas en reste à manquer à sa mission pourtant première de « couverture » du territoire français en fermant à tours de bras ses postes, ses écoles, ses gares, ses centres d’accueil CPAM, lorsqu’il ne s’agit pas tout bonnement de ses hôpitaux ou de ses tribunaux.

La politique actuelle du gouvernement, du moins pour ce que nous pensons en comprendre, s’illustre davantage par un souci d’économie et une centralisation progressive de ses outils et dépenses d’Etat – coûte que coûte en drames humains et de bourgades – que par son souhait de faire « subsister » le tissu rural. Ca se saurait, et le 13h de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 en prendrait un sacré coup dans le reblochon…

Nous ne sommes pas assez férus d’économie pour porter un jugement de valeur ni de fond, mais peut-on décemment demander aux kinésithérapeutes, sans forte contribution financière en retour, d’assumer en lieu et place d’un Etat, lui-même démissionnaire en la circonstance, une mission de « service public » ?

Dans le fait d’envoyer vers la ruralité et les terres hostiles à défricher de nouveaux pionniers du médical et leurs familles, il convient de prendre en compte la difficulté posée. Aujourd’hui la gageure pour un couple, quel que soit l’effet de mode, l’attrait du « retour aux sources » et des salades bios, ne se situe pas toujours tant dans l’absence de clientèle indigène potentielle que dans le fait de savoir où trouver un emploi pour le conjoint, une école pour les enfants, où aller chercher ses si (et bien trop) nombreux recommandés, ou simplement acheter son pain ? Comment travailler sans se transformer en « taxi-brousse » à un tarif défiant toute concurrence ?…

La pression coercitive, de toute évidence, déplacera le problème en proche banlieue, pas en campagne…

Le consensus mou

Comme en toutes choses la vérité est souvent à l’équilibre des excès. Au centre.

Si l’harmonisation de l’activité sur le territoire est réellement l’enjeu de ces négociations et la sincère préoccupation de l’UNCAM (ce dont nous doutons fortement) il convient de se doter des moyens de sa politique.

Voici quelques pistes :

Inciter
Une « prime à l’installation » en zone sinistrée.
A défaut de réévaluer l’IFD (Indemnité Forfaitaire de Déplacement) de ville, que l’on rende au moins attractive celle du « hors-agglomération », qu’elle soit en plaine, en montagne, à pied, à ski ou à cheval, histoire que nos « taxis-brousse » cessent d’y être de leur gazole et d’aller visiter les troglodytes en traînant le sabot.
La lettre-clé à « deux vitesses », l’une plus attractive en zones sinistrées, l’autre moins pour les régions surmédicalisées, serait certainement un remarquable moteur de l’harmonisation des soins sur le territoire. Cependant (nous explique-t-on) cela n’est pas possible du point de vue de la Constitution. Reste donc à appliquer son pendant ; le « zéro taxe ». Là encore, « on » nous rétorque que cela existe déjà (ah bon ?) et ne porte pas ses fruits. Qu’« on » nous retire donc les impôts directs et locaux, les taxes professionnelles et foncières, nous verrons bien si cela reste toujours non-incitatif !

La création de « pôles médicaux » pluridisciplinaires regroupant les différents acteurs médicaux et paramédicaux du libéral au sein d’une même structure. Ces locaux seraient mis à la disposition gracieuse des thérapeutes et leur construction à la charge de la ville ou du département.

Réguler

Cette régulation se doit d’être prudente et de ne concerner que les zone d’hyperactivité patente. De plus, elle doit être ciblée quartier par quartier dans les grandes métropoles, ou ville par ville dans le tissu sub-urbain. La frappe se doit d’être « chirurgicale ». Pour exemple, définir une hyper activité « PACA » serait idiot et irréaliste, l’arrière-pays étant souvent « sinistré » à peine les premiers faubourgs et touristes passés.

Cette régularisation se doit d’être souple et progressive dans son application et réversible dans le temps. Aucun système « idéal » sur le papier, aussi scrupuleux soit-il, peut se prévaloir de ne jamais se heurter aux réalités de terrain.

Il faut définir sur quel ratio l’on décidera d’une hyper ou d’une hypo activité ?

Le nombre de médecins par kinésithérapeute ? Ce serait absurde, ils souffrent du même mal.

La densité de la population ? Pas plus perspicace. On comprend bien qu’entre 10 patients répartis sur le département de la Creuse ou 10 entassés dans le HLM d’en face, la logistique professionnelle ne peut pas être la même.

Le chiffre d’affaire ? Idem et pour les mêmes raisons.

En conclusion

Nous entrevoyons bien que la régulation de l’installation du kinésithérapeute sur le territoire français est probablement vécue par l’UNCAM comme un nouvel avatar de sa politique comptable de santé.

Qu’une « négociation » sans filet et sans un maximum de garanties dûment paraphées serait à haut-risque pour notre profession.

Que la base des calculs, surtout si elle est aux seules mains de l’UNCAM (dont la mauvaise-foi en ce domaine – cf. celle des « référentiels » – est d’usage) se doit d’être réaliste, étudiée et discuté collégialement. Toute l’attention des syndicats signataires doit porter là-dessus.

Que sans un pan « incitatif » dans le décret, les campagnes ne gagneront strictement rien en kinésithérapeutes.

En outre, nous engageons les syndicats à ne pas se laisser charmer par le chant des sirènes ni à troquer notre liberté d’installation et notre esprit « libéral » contre la seule promesse d’une réévaluation « sucette ». 5% ou même 7% seraient très vite « amortis » par l’UNCAM au travers des 3 ans à suivre de non-revalorisation. Citons pour mémoire que cela lui est extrêmement aisé. Notre lettre-clé, à ce jour, n’a pas été réévaluée depuis 11 ans, et sans raison valable aucune.

Nous rappellerons enfin qu’un autre chantier « brûlant » et loin d’être résolu est déjà en cours, celui des « référentiels-kiné ». Personne aujourd’hui, et l’UNCAM moins que quiconque, n’est en mesure d’en apprécier les retombées sur l’activité de la profession (certains parlent d’une baisse de 30%). Dans ce contexte de séisme à venir, il apparaît raisonnable de se doter du temps de l’observation et de la réflexion. Il est urgent d’attendre.

L’avenir de la kinésithérapie et des soins paramédicaux, nous aimons à le rappeler à l’UNCAM et à son directoire, ne se jouent pas à la roulette russe…

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

Coup de coeur
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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…