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En 2008, Nicolaï 1er signifiait son entrée tonitruante en gouvernance par un acte d’une rare gredinerie envers le médical: l’abolition autoritaire et non négociée de l’ASV (Allocations Supplémentaires de Vieillesse). Autant dire – tel en son temps médiéval - Sa Sainteté le pape avec le trésor des templiers; le pillage en règle de nos noisettes cotisantes et l’autodafé de nos points retraites.

Cet acte de haute flibusterie gouvernementale, digne des heures les plus sombres de notre Histoire, s’est assis allégrement sur toutes considérations du Droit français et sur ce que la Vème  République tient pour plus sacré :  le respect de la parole d’État et de la démocratie.

Car (et Nicolaï est pourtant avocat) nul ne peut trahir, interpréter ou aménager, unilatéralement la Convention tripartite unissant le médical, l’UNCAM (Union des Caisses d’Assurance Maladie) et l’État, sans un avenant conventionnel dûment cosigné.

En l’absence d’entente collégiale, et si chacun campe sur sa position, la Convention est dite « caduque », « gelée », ou l’avenant est « rejeté » et la vie conventionnelle poursuit son petit bonhomme de chemin. Toute autre manière de procéder relève de l’abus de pouvoir.

Bien qu’indirect, ce rapt caractérisé de fonds propres (nos retraites) au bénéfice des caisses du Pouvoir,  relève,  à l’évidence, de la justice internationale (cour européenne) puisque la nôtre, hexagonale, ne semble pas s’en émouvoir. Mais, hélas, aucun syndicat professionnel ne fut suffisamment téméraire jusqu’alors pour en tenter l’aventure.

Pour autant, nous comprenons fort bien qu’il s’agit là d’un précepte de plus haute envergure ; celui du bon fonctionnement de la démocratie et du respect des règles de droit commun, également applicables aux gouvernements, car garde-fous indispensables empêchant tout État de verser insidieusement sur les pentes glissantes et séduisantes du césarisme.

Car, comme qui vole un œuf vole un bœuf, il n’y a pas de « petite » entorse au Droit.

Qui vole un ASV, volera quoi demain ? Un suffrage universel ?

Qui bafoue un droit en bafouera quel autre ?…

Question…

Qu’est-ce que l’ASV ?

1962

Le régime des Allocations Supplémentaires de Vieillesse (ASV) est conçu pour inciter les professionnels de santé libéraux à adhérer aux conventions passées entre leurs syndicats et les caisses d’assurance maladie, notamment pour encadrer leurs honoraires.

En 1962 le nombre de médecins conventionnés est assez bas et l’Etat est très désireux de favoriser l’accès facile aux soins à tous les Français. A la recherche de mécanismes d’incitation au conventionnement pour les médecins, il crée l’ASV (Avantage social vieillesse) qui promet un doublement de la retraite des praticiens contre leur adhésion à des tarifs dits «conventionnels et opposables». Ceci grâce à une prise en charge des deux tiers du budget de l’ ASV par les caisses d’assurance maladie. La gestion de l’ ASV, régime optionnel et par capitalisation à sa création, est confiée à la CARMF.

Il est établi par un décret du 13 juillet 1962 avec effet au 1er janvier 1960. Destiné aux médecins, chirurgiens dentistes, auxiliaires médicaux, sages-femmes et biologistes, il est un régime de retraite complémentaire facultatif dont l’assurance maladie prend en charge les deux tiers de la cotisation, l’autre tiers étant à la charge du praticien conventionné.

1972

Le ministre chargé de la Sécurité Sociale, Monsieur Robert Boulin, dans une lettre du 19 mai 1972, propose aux médecins conventionnés de transformer ce régime en un régime obligatoire ce qui, tout en maintenant le paiement des deux tiers de la cotisation par les caisses d’assurance maladie permet un doublement de la retraite. Cet engagement ministériel très précis, soumis à un référendum, obtint l’accord de 84 % des votants.

Ainsi, le régime est officiellement rendu obligatoire par un décret du 27 octobre 1972 signé de Monsieur Edgar FAURE, ministre chargé des Affaires Sociales, de Monsieur Valéry Giscard d’Estaing, ministre des Finances, qui précise qu’est assurée aux affiliés après 35 années de cotisations, une prestation supplémentaire annuelle correspondant à 844 C. Il est également mentionné dans cet article « à cet effet la cotisation des médecins conventionnés pourra faire l’objet d’une réduction ou d’une majoration ; dans ce cas la cotisation des organismes d’assurance maladie sera réduite ou majorée dans la même proportion ».

2005

Le rapport 2005 de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale consacre un chapitre à l’ASV. Ce rapport ne préconise pas la fermeture de ce régime, mais recommande de procéder d’urgence à une réforme de ce régime.

24 octobre 2005 le rapport sur le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale 2006 est présenté à l’Assemblée Nationale.

2 novembre 2005 le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale est adopté par l’Assemblée Nationale.

Novembre 2005 la FMF est reçue (Dr. Regi, Dr. Cacault, Dr. Leopold) par Monsieur Stéphane Bonnet, conseiller de Monsieur Xavier Bertrand. Il est affirmé contre toute évidence et avec cynisme que l’État s’est engagé à la prise en charge des deux tiers de la cotisation des médecins, mais pas à la prise en charge de leur retraite en cas de défaillance du régime ASV.

19 décembre 2005 la loi de financement de la sécurité sociale comportant la réforme du régime ASV est promulguée.

2006

17 janvier 2006, lettre de Monsieur Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités, annonçant une large concertation sur la réforme du régime ASV à laquelle la CARMF sera pleinement associée.

A ce jour, aucune réunion n’a été organisée. Les médecins ont la sensation d’être victimes d’un abus de confiance : après toute une vie de respect des tarifs conventionnels, ils sont dépossédés d’une part importante de leur retraite. Le régime ASV représente 40% de la retraite moyenne des médecins. La diminution envisagée de 50% de sa valeur fait chuter la retraite des praticiens conventionnés de 20%.

Cette rupture de contrat altèrera durablement la nécessaire confiance sur laquelle toute politique conventionnelle doit être assise.

Plus que nos yeux pour pleurer ?

En fait, cela dépendra du courage de nos syndicats.

Nicolaï, après bientôt deux années d’atermoiements (et à mi-mandat ?) semble se souvenir que la France est un pays de Droit, et que l’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi avec le Code Civil sans risquer de perdre sa crédibilité, sa légitimité et sa base électorale (dont le médical est un fort pivot).

Dans un récent courrier (plus exactement un oukase) adressé aux dix syndicats des cinq professions paramédicales concernées par la gestion de la Carpimko (notre caisse de retraite), il invite « chaleureusement » tout un chacun à apposer dans les plus brefs délais son petit paraphe en bas de page d’un avenant peu avenant, ratifiant « démocratiquement » l’anéantissement de l’ASV.

Manque de fortune, le jeu démocratique – qui n’en espérait pas moins – a rattrapé illico Nicolaï, et c’est dans un bel ensemble, qu’unanimement et courageusement, les dix syndicats concernés (dont la FFMKR et UNION en ce qui concerne la kinésithérapie) ont refusé catégoriquement de signer cet avenant imposé et non concerté.

Le chantier de l’ASV n’est donc pas encore tout à fait forclos.

Le repos du guerrier 

L’on nous oppose que l’ASV est un régime particulièrement avantageux pour le médical.

C’est exact, mais – petit retour historique – le médical d’alors, sorte d’électron libre parfaitement maître de sa destinée et de ses honoraires, aurait-il accepté la subordination, de se livrer pieds et poings liés aux exigences pécuniaire de la Sécurité Sociale, sans, en échange, un privilège de taille ?

Nous avons, en 1962, troqué notre liberté d’agir contre un avantage social; l’ASV. Nous avons accepté – et seulement en contrepartie de cet avantage – la férule de l’État sur notre activité.

Bien sûr, nous avons conscience que la société (contrairement à nos honoraires) évolue, que notre système de retraite frôle la faillite, que l’on ne peut pas rester « crispé » sur des prérogatives d’un autre temps : cela s’appelle la négociation.

L’État, fourbement, use et abuse depuis trop longtemps de ce traité, faisant de nos honoraires (ce qui n’était pas prévu) une charpie indécente. Aujourd’hui, loin d’être rassasié, il se défausse en toute illégalité de ses obligations financières à notre égard, tout en voulant conserver sa mainmise sur le médical.

Après 42.5 années de bons et loyaux services auprès de nos patients, à plus de 50 heures d’activité hebdomadaire et à moins de trois semaines de vacances annuelles (en moyenne nationale), nous n’avons nullement à rougir de réclamer un juste retour sur investissement.

La FFMKR et Union, nos deux syndicats signataires, ont une carte d’importance à jouer : celle de s’opposer fermement à ce que tout le monde pensait pourtant acquis; l’abolition de l’ASV.

Leur arme ? La menace de rompre la Convention et tous dialogues avec l’UNCAM.

Or, près onze années de non-réévaluation, des référentiels indécents, de pression tous azimuts des caisses sur le prescripteur, de mépris patenté à notre égard, nous ne pensons pas perdre grand-chose à dénoncer cette grosse farce signataire, ni que nous y serions les plus évidents perdants.

Nos syndicats auront-ils ce genre de courage ? Nous imaginons volontiers combien alors les pressions d’État seront grandes sur leurs frêles épaules. Nous ne pouvons que leur souhaiter bravoure et détermination et, une fois encore, faire bloc et ranger la profession derrière eux, sans vision partisane ni querelles de clocher.

Notre retraite en dépend, et – croyez-en un vieux routier sympa – on la croit si lointaine, mais elle arrive si vite…

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…