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Foin de grand discours, il convient parfois d’être simple pour faire entendre clairement comment, depuis 1998, l’État conduit à grands coups de non-réévaluation le génocide programmé de la profession de masseur-kinésithérapeute, vécue comme secondaire et non plus alternative (ou auxiliaire, si l’on préfère) de la médecine.

Une déliquescence voulue, budgétisée, et menée tambour battant par les gouvernances successives depuis plus de onze ans, et contre laquelle, loin de savoir l’endiguer, nos syndicats représentatifs poursuivent de pratiquer la politique de l’autruche signataire, la minauderie contestataire, et le double langage électoraliste, afin de sauvegarder leurs séants mandatés et leurs échoppes en berne.

Le dévoiement caractérisé d’un Ordre des kinésithérapeutes de sa mission première, chassant bien loin de ses terres originelles, et vécu par les intéressés comme le nouvel hygiaphone et plan de carrière syndical, n’a en rien arrangé les choses, mais, au contraire, nous précipite, plus grand-train que jamais, vers le chaos. Car, loin de participer au renouveau et à la promotion de la profession, l’Ordre polit jusqu’à l’inaudible le discours syndical et tétanise l’oligarchie protestataire. Tout président ou membre honoraire d’une quelconque centrale qui s’aventurerait à tenir le discours ici présent se verrait (ou s’est vu, car nous parlons, hélas, par empirisme) immédiatement reconduit au ban de toute promotion ordinale, et donc, par voie d’inféodation, syndicale.

Personne, à ce jour, ne peut prétendre jouer un rôle de premier plan dans l’un de nos deux syndicats signataires (FFMKR et UNION) si ses intérêts ne sont pas en relation ad hoc avec ceux de l’Ordre, ou si, pour le moins, il ne sait pas tenir sa langue. Ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés populistes.

 

Des chiffres sans appel

1980 (AMM) = 7.10 francs

1983 = 10 f

1986 = 10.95 f

1991 = 11.55 f

1994 (AMK) = 12,50 f

1995 = 12.75 f

1997 = 13.00 f

1998 = 13.30 f

1999 = 2.04 eus (soit 13.38 f)

2010 = 2.04 eus (soit 13.38 f) 

Évolution du tarif de la consultation du médecin généraliste

1998 = 17.53 eus (moyenne pondérée de l’année)

2010 (juin) = 23 eus

Soit une augmentation de 31,2 % en 12 ans. Pour autant leurs syndicats, s’estimant toujours floués, ne décolèrent pas et enchaînent grève sur grève, tant des cabinets de ville que des services hospitaliers, collant une vigoureuse pression au gouvernement. Ce dernier, de son propre aveu, déclare avoir perdu le scrutin régional 2010 par la fuite de son socle électoral traditionnel, paysannerie et médical (pas paramédical ?) et assure (avec perspicacité) qu’il lui faudra « lâcher du lest » s’il ne veut pas reprendre une fessouillette aux élections présidentielles.

Voilà ce qui s’appelle savoir faire entendre sa voix. Voilà ce que sont des syndicats lorsqu’ils se préoccupent davantage de la défense de leur profession que de leurs intérêts de castes mandatées ou de leur prochaine réélection.

Si nous avions des syndicats aussi combatifs, aussi clairvoyants, que ceux de nos amis médecins, et que nous avions suivi leur exemple et l’évolution de leurs honoraires depuis 1998, notre lettre-clé serait à 17.05 euros.

Valeurs de l’indice des prix à la consommation, métropole et DOM (base 100 en 1998)

Durant ce temps le coût de la vie, lui, poursuit son échappée belle, « décrochant » inexorablement au train le peloton des masseurs-kinésithérapeutes hors d’haleine, relégués peu à peu des classes moyennes-supérieures aux classes moyennes-moyennes, puis, pour très bientôt, inférieures.

Janvier 1999 = 99.7

Février 2010 = 120.36

(Référence INSEE)

20.66 %, c’est donc la baisse réelle du pouvoir d’achat du kinésithérapeute (à qualité et à temps de travail égaux) depuis 1999. Et quoi dire depuis 1980 ?…

Adieu donc veaux, vaches, cochons, couvées, et vacances aux Antilles qui, toujours, s’éloignent un peu plus chaque jour de nos escarcelles…

Notons pour exemple (mais, évidemment, c’est un exemple purement fortuit) qu’en 1990 il fallait 215.072 AMK pour payer la cotisation retraite de la CARPIMKO, en 2000 il en faut 457.412 pour régler ladite contribution. Et tout cela bien avant (2008) que Nicolaï 1er fasse main basse sur notre ASV (avantage social vieillesse) et donc sur 20% de nos retraites, aux « points » vendus à présent au prix du kilo de caviar…

Nous comprenons bien que l’enjeu de la kinésithérapie, sa survivance aujourd’hui, n’est plus tant dans la fioriture, les subtilités philistines de gentilhommières, le pince-doigt rince-nez, ni uniquement (nous disons bien, uniquement) dans l’évolution de nos connaissances et de nos pratiques professionnelles – dont l’État se moque comme de son premier mandat – que dans la barricade de rue (vision imagée, bien sûr ?) et la préservation maquisarde contre l’oppresseur, le hussard gouvernemental sans foi ni loi, ni surtout sans limite décente. Car – et comment cela peut-il échapper ? – encore dix années de ce régime drastique où nous serons pris pour les bananes, et ce sera la sortie de route pour la moitié de notre cheptel masseur, où – si nous travaillons tous encore – cela se fera peu ou prou au SMIC/horaire, pour finir avec des retraites de mendigotes…

Le véritable problème, c’est que la politique de notre profession est menée – et donc conceptualisée – par des tempes grises ayant trusté – voir créé de toutes pièces en sur-mesure – les mandatures et les postes honorifiques, qui ont amassé depuis des lustres leurs petites cacahouètes, et trouvé de longue date leur rocking-chair au soleil. Lorsque nous voyons les émoluments versés au quarteron ordinal – assez honteux, il faut dire – nous ne pouvons décemment pas nous inquiéter pour leur avenir, mais davantage pour le nôtre, car, comment imaginer une seconde que ces hauts dignitaires souhaitent bouleverser le système, un système qui leur sert la messe ?

Cependant, personne, semble-t-il, ne se place du point de vue du primodiplômé, et des terres sinistrées que nous lui laisserons en partant, en guise de profession.

Mais cela, cet « après moi, le déluge », est inscrit dans le génome humain. Il en est également ainsi, sur un plan plus sociétal, de la planète « bleue » que nous abandonnons en héritage à nos enfants…

L’enjeu d’un syndicat digne de ce nom, aujourd’hui, ne devrait plus tant être dans ses sempiternelles querelles de clocher intracorporatif, ou avec le frère ennemi ostéopathe, ou qui sais-je encore ? Ni dans sa dévotion amblyope, son obséquiosité face à un Ordre plénipotentiaire et superfétatoire, ni encore dans toutes ces niaiseries grandiloquentes d’une para-grenouille qui voudrait se souffler plus grosse que le bœuf médical

mais dans le fait d’assumer pleinement et fièrement son statut d’auxiliaire médical et qu’on intègre enfin l’information que la survie de la kinésithérapie réside en sa seule, immédiate, et très conséquente réévaluation financière, sans contre-partie autre que celle du respect dû à une profession – aux praticiens tant qu’à leurs ayants droit patients – et aux engagements conventionnels, foulés aux pieds par l’État depuis plus de vingt ans, sans la moindre vergogne.

Que l’on ne peut pas poursuivre plus avant de brader notre vertu déontologique, jouer incessamment border-ligne avec les souplesses de la NGAP, abaisser le curseur de notre qualité de travail, ni le temps unitaire consacré au patient, sous la pression monétaire, pour parvenir encore à faire la farce d’un chiffre d’affaires qui nous fuit par tous les pores de la peau, sans devenir ce que l’on nous reproche déjà d’être ; une para médecine de moindre aptitude. D’autant – et comment cela ne crépite-t-il pas en lettres de feu dans les cervelles syndicales ? – que les référentiels kinés, dans leur limitation draconienne du nombre des séances prescrites, frappent à notre porte et se font chaque jour plus pressants à notre seuil.

Annexée à la dévalorisation sans précédent (où à la stagnation, si l’on préfère) de la valeur de l’AMK, la chute drastique des prescriptions est en chemin. Effondrement du taux horaire, de la quotité de travail à se partager ; la chandelle de nos revenus est donc brûlée par les deux bouts, et le soi-disant vil rongeur des budgets médicaux que nous sommes est dans la souricière. Comment croire encore, à moins d’être d’une naïveté baroque, que la prochaine décennie ne sonnera pas le glas de notre profession ? Comment tant d’insouciance ? De discours insipides et lénifiants ? Pense-t-on sortir, à la dernière minute, un lapin du chapeau ? Il a intérêt à être maous, le lapin…

Pourtant, à la lecture des éditoriaux courants de nos syndicats représentatifs et signataires, des blogs, des sites, ou des UNES officiels, l’on est véritablement abasourdis par le discours analgésique, décentré, volatil, presque résigné, où, à de très rares exceptions près, l’on aborde qu’épisodiquement ce scandale du gel de nos honoraires, de son impact délétère sur notre qualité de travail et sur l’avenir – à très court terme – du professionnel. Et quid des solutions à y apporter ? C’est la grande braderie du y’a qu’à faut qu’on…

Et si, par taquinerie, l’on interroge ces syndicats sur leur impotence structurelle et bientôt bidécennale à savoir enrayer la faillite programmée d’une profession, l’on nous pondra que l’État est méchant, que la crise est mondiale, que le kinésithérapeute est individualiste et peu mobilisable, qu’il faut réévaluer nos compétences et faire mousser nos mérites à la Trudello-sauce de la rédemption technologique, de préférence anglo-saxonne dans le texte. Bref, devenir les BACS +12 du massage au reblochon…

Pour autant, l’on ne percute pas une seconde qu’en fait d’être syndicat prétendument « représentatif », de belle lurette on ne l’est plus que dans son pré carré. Qu’au mieux (FFMKR), on enrégimente 2 à 3% de la population active. Qu’il y a long feu que le professionnel, lassé de la danse des voiles et des effets de manche creux et sans lendemain, a décroché d’un discours déconnecté des réalités de terrain et – ce qui est sans doute plus grave – vécu comme fataliste. Que l’on y croit plus. L’on en est même à imaginer un syndicalisme cotisant obligatoire pour tous et non hiérarchisé (loi HTPS) tant la déroute des centrales « représentatives » est patente !

Pourtant, messieurs-dames les présidents de centrales, comment faisaient vos aîné(e)s en politique pour avoir su, eux – et en des années tout aussi rudes – maintenir, tant bien que mal, le cap de notre reconnaissance sociale et de nos honoraires ? Qu’avaient-ils de plus qui, d’évidence, vous échappe ?

Comment s’étonner alors de la débandade généralisée des marins d’eau douce du Titanic syndical vers le torpilleur ordinal et ses canots de sauvetage douillets à souhait, avec jetons de présence dorés sur tronche?

Le mythe du « petit toubib »

Nous éprouvons le plus grand respect – tout du moins une saine curiosité – pour ces doux rêveurs, ces Pierrots de la lune, qui fomentent l’idée abscondoïde que la réévaluation financière de la profession passera par sa « rédemption technologique » et son « mieux savoir-faire ». Que c’est à cause de notre incurie technique que nous sommes si mal (et de plus en plus mal) rémunérés. Nous opposerons, à notre sens, qu’elle passera davantage par son « mieux le faire savoir », et nous pensons tout particulièrement à notre mécontentement et aux moyens de le faire entendre.

Comment ne pas trouver ces têtes bien pleines (sans doute déprimées d’avoir loupé médecine et souvent satellites obséquieux de la HAS ?) un brin candides et dangereuses pour notre avenir collectif ?

Candides, car pourquoi aurions-nous brusquement « décroché » de nos compétences depuis 1999, justifiant en cela le gel de nos honoraires ?

Candides, car le médecin généraliste, de son coté, a-t-il fait démonstration d’une telle « rédemption technologique » qu’il a su, contrairement à nous, se faire augmenter de 31.2 % en 12 ans ?…

Candides, car comment imaginer une seconde que l’État n’empochera pas, en toute duplicité, les bénéfices d’une profession toujours mieux formée, hypercontrôlée, et encore plus sous le boisseau, sans oublier pieusement de verser au dossier le moindre fifrelin ? Avons-nous (l’a-t-on seulement réclamé ?) le plus minimaliste engagement signataire de la part de l’UNCAM ou la certitude qu’une nouvelle sueur de notre part (EPP, référentiels) sera payée de retour ? Aucun ! Et, en langage UNCAMien, aucun, veut dire jamais…

Zéro la tête à Toto ! Tru-Tru, notre petit physiothérapeute anglo-saxon à nous, si, par inconséquence, l’on te suivait dans ton argumentation, tu nous ferais bosser toujours plus, comme des forçats, pour pas un kopeck en prime. Aujourd’hui, usant de ta position avantageuse à la HAS, tu conduis au pas de charge la profession vers toujours plus de devoirs, sans jamais réclamer ses droits ; voilà bien la limite de ton raisonnement et la raison de ton divorce intellectuel d’avec tes pairs.

Dangereux, car ces petits Jésus-Christ de la mano-technologie, loin de mettre l’accent sur la genèse véritable de la déliquescence de la masso-kinésithérapie (la pusillanimité de nos syndicats signataires depuis quinze ans et – ce qui va de pair – leur faiblesse représentative) sont l’arbre qui cache la forêt et  qui dispersent les énergies contestataires en entretenant la folklorique idée (mais – pire que cela ! – la disséminent au plus haut niveau de l’État et font ainsi son jeu) que c’est à cause de cette soi-disant « médiocrité ambiante », dont ils nous rebattent les oreilles à longueur d’éditoriaux, que la kinésithérapie mérite son sort de va-nu-pieds.

Souhaiter l’évolution technique et morale d’une profession est sensé, même visionnaire.

Avancer l’idée que c’est par ce biais qu’elle a perdu (mais recouvrera ?) un statut financier et social de qualité, c’est à la fois naïf, dangereux (car offrant le flanc à nos ennemis et le bâton pour nous faire battre), et surtout méconnaître profondément les rouages du Pouvoir et de l’Économie.

Un plombier qui prend 50 euros par déplacement (contre 4 euros pour nous) n’a pas une plus grosse cylindrée ni ne paye l’essence plus cher ; il n’a juste pas l’UNCAM sur le rade. Nous conceptualisons alors qu’un salaire, dans son grand ensemble, ne dépend pas uniquement du nombre d’années d’études.

Aujourd’hui, la seule manière de retrouver un statut affaibli par quinze années d’incompétences et de veuleries signataires, de dérobades face à l’État, c’est de repenser en profondeur le syndicalisme de la profession, de le rendre derechef attractif, charismatique et redouté, en plaçant à sa tête des personnes lucides et combattives, mais – surtout ! – dés engoncés des sirènes carriéristes ordinales. Également, que l’on cesse de s’autoflageller, de faire son petit chemin de croix, en se décrivant à qui veut l’entendre comme une profession de seconde zone qui mérite, par voie de conséquences, d’être sous-payée. Car cela ne tombe assurément pas dans l’oreille d’un sourd UNCAMien…

Nous sommes compétents, bien au-delà de la valeur actuelle de notre AMK. Seuls nos émissaires syndicaux et « notre » Ordre, par leur comportement poltron, laissent entendre, et laissent faire entendre, que nous ne le sommes pas.

La déroute de notre profession n’est pas tant celle de notre « savoir-faire », que celle de notre incapacité à le « faire savoir ». Allons-nous poursuivre longtemps encore cette politique syndicale suicidaire, ou l’autruche va-t-elle enfin montrer les dents ?

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mandela-pienaar-952

« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…