D’aussi loin que remontent nos écrits, nous l’avons toujours pronostiqué ; l’Ordre des kinésithérapeutes – tout du moins cet Ordre-là – loin d’être la locomotive de la profession, devrait, tôt ou tard, l’envoyer irrévocablement dans les décors.
Ce que nous ne savions pas alors, c’est que cela se ferait au pas de charge et avec la régularité du métronome.
Entendons-nous bien : nous ne parlons pas de la très grande majorité des élus ordinaux, petites fées du logis oeuvrant, de la base, de manière souvent méritoire et parfaitement bénévole au chevet de la profession, mais d’un quarteron, somme toute très compté, de Grands Ordinateurs en place, indéboulonnables du haut de leur pyramide oligarchique, à qui revient – et à eux seuls – la responsabilité de faire la pluie et le beau temps sur l’avenir de notre métier.
Car – et personne ne peut plus en douter – bureau du CNO (Ordre national), de la FFMKR et du SNMKR/OK (nos syndicats signataires de la Convention), ne font plus qu’un, en une fusion d’intérêts communs, sans plus rien de distinctif.
L’Ordre, aujourd’hui, est un cartel intouchable, car d’obédience et de protection rapprochée syndicales.
La base syndicale (à même titre que la base ordinale) assiste – impuissante – à la dérive progressive de leurs institutions réciproques vers l’autocratie confraternelle.
Pour autant, l’Ordre, selon nous, est loin d’avoir atteint sa maturité ploutocratique ni son plus grand pouvoir toxique sur la profession. Car l’Ordre, bien que parfaitement décentrée de sa mission première, n’en a cure. Que le « verrouillage » de la head-office sur la base est total. Seule une révolution de palais pourrait inverser le cours des choses, au plus grand bénéfice de notre profession.
Petite historique d’un coup d’État syndical
Tout a commencé, il y a quatre ans, par un putsch joyeux et bon-enfant, une instauration à la schlague, des coups de pompes dans la tronche du grand tout professionnel amorphe (supposé être plus con que fraternel) d’une minorité de syndicalistes désireux (version officielle) d’être serviables et d’apporter leur petite pierre à l’édifice. On apprendra, par la suite, que les intentions étaient peut-être moins limpides, et qu’il s’agit en vérité d’assurer une retraite honorable, peut-être un poil champagnisée, à un groupuscule d’ayants droit en faim de carrière, issus des grandes centrales signataires de notre Convention.
Tout cela, bien sûr, sans le moindre esprit – ni surtout volonté d’esprit – consultatif. Des fois que la masse ait un cerveau et qu’elle prenne vent de l’entourloupe. Il est vrai qu’une loi vichyste, toujours en application et de validité constitutionnelle dans notre pays, autorise aux Ordres se genre de tour de passe-passe anti-démocratique.
Comme Mao, comme Staline, on allait faire le bonheur du peuple usinant (et cotisant) malgré lui. Et, pour pouvoir instaurer ce nouvel Éden, il fallait, comme il se doit, commencer par un petit génocide, histoire de faire place nette.
Puis vint le hold-up rigolard sur nos bourses – sans équivalant dans le médical – au service d’un délire de dépenses somptuaires (locaux ahurissants du CNO, indemnités scandaleuses, parties de champagne en l’air, etc.). Là encore, partagé entre dégoût et rigolade, le « peuple », servile et par trop habitué à se laver les mains de tout ce qui dépasse le seuil de son échoppe ego centrée et de sa calculette à AMK, n’a moufté mot…
L’Ordre, comme tout autocrate qui se respecte, a fait son lit sur le silence, l’indifférence, et l’absence totale de solidarité professionnelle.
La dictature des idées n’est que la forme cristallisée et supra-segmentaire de l’anarchisme individuel arrivé en son point ultime. En ce sens, l’Ordre n’est que le reflet « historiquement inéluctable » de ce que notre profession d’individualistes forcenés précipite depuis des décennies.
Puis, de nature hégémonique envahissante, l’Ordre, comme moule sous échalote, s’est mis à dégorger de ses frontières pour chasser, massue en bandoulière, sur les terres de ses frères syndicaux, leur volant la vedette et le mammouth signataire à tous propos.
Normal, direz-vous – pourquoi s’en priver ? – lorsque ces syndicats sont vos soubrettes, groupies faméliques collées à vos basques, et que votre unique fonction – celle que, bien entendu, l’on réfutera en jurant sur la Bible – c’est de recycler « sur recommandation » les plus fidèles et les plus corvéables du corpus.
L’on ne peut pas être juge et partie. Or, ceux qui, aujourd’hui, seraient en mesure d’arbitrer et de museler l’Ordre à sa juste valeur, n’ont d’aspirations secrètes qu’à bénéficier de son ascenseur social vers les hautes sphères juteuses et ses maisons de retraites bonifiées. Tout du moins à savoir, diplomatiquement, se taire pour ne pas compromettre sa carrière.
Autant dire qu’il n’y a pas d’opposition possible au fascisme idéologique ambiant, puisque tout le monde « en croque » ou « en tremble » dans un silence d’épiscopaux sous bromure face à leur camembert.
Bien sûr – réponse du berger à Bergeau – car en démocratie huilée il existe toujours un contre-balancier aux abus de certains – un syndicat anti-ordinal est né, Alizé. Mais il fut très simple à l’Ordre (car le rapport de force est loin d’être identique) de diaboliser ce nouveau syndicat, pour tenter de le marginaliser et de le faire taire.
Il est amusant, depuis, d’assister aux sempiternelles joutes épistolaires. Les uns (issus d’une organisation ordinale aux fondements démocratiques plus que douteux) traitant les autres (un syndicat d’extraction pourtant populaire) de poujadistes et de délinquants constitutionnels.
Bien sûr encore que l’Ordre, organisant statutairement le renouvellement par un tiers de ses membres, s’imagine à présent être d’extraction et de suffrage universel. C’est la politique du tyran en son pays, qui, après son coup d’état sanglant, parodie une élection « libre et populaire » afin de légitimer ses exactions et son culte de la personnalité.
Pour autant, personne n’est dupe : aucun renouvellement de l’Ordre n’en décramponnera les écornifleurs de la head-office. Même si l’on vide toute l’eau frelatée de l’aquarium ordinal, il resteront planqués dans la vase…
Toujours dans l’erreur, jamais dans le doute…
Quel avenir pour la pieuvre ordinale ?
Nous n’imaginons pas que cette farce « constitutionnelle » puisse poursuivre sur ce pied vaudevillesque sans de lourds dégâts collatéraux.
Car l’Ordre, si rien ne change, va désagréger de manière irrévocable le peu de cohésion professionnelle et syndicale que nous possédions, fragilisant d’autant l’avenir d’un métier déjà en perdition.
Après avoir créé un schisme idéologique sans précédent dans la profession (les pros et les antis), avoir opposé artificiellement le gentil libéral cochon-payeur au vilain salarié râleur, voilà, à présent, que ses propres troupes fondamentalistes, FFMKR/UNION/OK, se vitrifient mutuellement au sein du sérail, se rejetant dos à dos la paternité de ce Frankenstein devenu à présent autarcique et incontrôlable.
La raison de leur ire ? « L’aide-kiné ». La FFMKR reprochant (fort justement) à l’Ordre (et donc au SN/OK qui le noyaute de longue date) de s’emparer d’un dossier de facture syndicale et d’imposer à la profession un avenir suicidaire, sans n’avoir consulté personne.
Mais, rassurons-nous, ce dossier n’est que prétexte à ouvrir un nouveau champ de bataille. Le divorce, depuis des décennies, est consommé de manière irrévocable entre ces syndicats fratricides.
L’ordre se devait d’être le « lien », « l’union sacrée », de nos forces réformatrices et revendicatives ; il n’en est rien. Ce n’est qu’un ring de boxe syndical où s’affrontent les poids-lourds, dits représentatifs, en lisse pour le stylo d’or signataire.
Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’Ordre, sous sa forme actuelle, touche à sa fin. Car il est pris sous les faisceaux concordants d’une opposition devenu par trop prégnante et efficace :
- Une base populaire qui – très unanimement – ne l’a jamais aimé, le rejette, renâcle à sa cotisation honteuse et se gausse de toutes ses décisions. Or, l’histoire démontre que de régner par l’autoritarisme n’est pas un socle stable ni viable.
- Une incompétence, une opacité (peut-être même quelques relents de corruption ?), et un goût de luxe dont plus personne ne peut douter. Les « affaires » vont donc, immanquablement, s’accumuler.
- Un syndicat d’opposants fédérés – Alizé – particulièrement tenace, dont la popularité croît de jour en jour au coeur d’une profession excédée, car faisant son lit sur l’incohérence d’un Ordre qui additionne les bévues, les démonstrations d’autocratie, et qui ouvre volontiers le flanc à la critique.
- Une implosion interne, par le détachement très probable, à terme, d’un des syndicats constitutifs de l’Ordre. Nous misons volontiers sur la Fédé, car incessamment flouée par un SN/OK goguenard, au sein du sérail.
- Enfin – et c’est sans doute ce qu’il y a de plus dommageable – car l’Ordre, par ses frasques hégémoniques, polarise et divise les énergies syndicales, leur coupe les jarrets, et les détourne sans cesse des véritables dossiers de la profession, bien plus salutaires et cruciaux pour l’avenir .
Mais, trop isolé dans sa funeste tour d’ivoire, nous ne pensons pas que le bureau du CNO soit capable d’anticiper clairement sa décadence, s’il ne fait pas, en un délai très bref, machine arrière, démonstration d’ouverture, de mesure et de bon sens. Tout cela, hélas, se finira probablement par une atomisation généralisée, dont le métier de kinésithérapeute sortira grand perdant…
Petite piqûre de rappel
Nous rappelons, à toutes fins utiles, qu’un Ordre a pour uniques missions :
- D’enregistrer les diplômes
- De régler les litiges juridiques intra et extra professionnels
- D’édicter un Code de déontologie et de veiller à son application
- De lutter contre l’exercice illégal de la profession et de nous en protéger (esthéticiennes, STAPS, etc.)
- De participer au rayonnement du métier de kinésithérapeute.
Or, d’échecs en déconvenues, de dérapages gargantuesques en gamelles retentissantes, une seule chose apparaît clairement aujourd’hui aux yeux de toute une profession, c’est que l’Ordre, loin de rassembler, divise, et qu’il n’existe que pour lui-même.
Mais, que pouvions-nous espérer d’autre ? L’Ordre des kinésithérapeutes s’est imposé par des baffes dans la tronche. Comment pouvons-nous attendre de lui qu’il devienne subitement romantique ? Aucun dictateur anthropophage n’a empalé de l’opposant en glaçon dans son frigo pour devenir, par la suite, un Mandela à l’humanisme épidermique.
L’Ordre – du moins cet Ordre-là – ne peut rien pour nous. Renié et son barbichu de diablotin sur l’épaule n’ont rien de nécessaire.
Nous vivions mieux avant eux.
C’est regrettable car, l’Ordre, ce n’était pas une mauvaise idée, avant que de devenir cela…







Pas mieux!!! juste dans l’attente d’un remaniement ministériel au sein du cno…ou d’une chutte…au fait les décideurs de l’époque pourraient-ils être tenus responsables de l’endettement de cette structure?
Les indemnités ordinales cumulées ne peuvent-elles pes être requalifiées de salaires par le fisc???
A quand une intervention de Dame Bachelot afin de limiter ces détournements de fonds à un smic?
A oui plus dure sera la chute!!!
Que dire de plus?
Que j’aurai aimé écrire cet article!
Que l’essentiel est dit!
Que l’avenir est sombre si cette structure, que nous avions proposé de modifier pour avoir des garanties quant à son fonctionnement, reste en l’état!
Que notre filière n’avait pas besoin d’un « machin » pareil!
Que plus nombreux seront ceux qui mettront en avant les dérives ordinales, et c’est au sein de la structure que se trouvent les mieux placés pour fournir les éléments de preuves que nous communiquerons aux ministères concernés, aux parlementaires et à la justice, plus vite nous aurons la solution pour faire cesser ce massacre de notre profession!
Que l’espoir de faire un changement démocratique de l’intérieur est utopique et dépassé!
Que pour que cela change il faut quitter cette galère et rejoindre les seuls opposants en réelle capacité de démanteler ce système dictatorial!Que pour que cela change il faut que la représentativité syndicale change et que celle-ci ne changera que par l’afflux d’adhérents libéraux à ALIZE afin de pouvoir investir les différentes instances verrouillées actuellement par les syndicats constitutifs, et créateurs, de l’ordre!
« des élus ordinaux…parfaitement bénévole » avec des indemnités quand meme,bon certains vont dire que je suis jalouse !
« Des fois que la masse est un cerveau » plutot « ait » et elle en a un, alors qu’elle s’en serve pour sauver ce qui peut encore l’etre.
« Mais, trop isolé dans sa funeste tour d’ivoire »
Je ne comprends toujours pas comment 19 elus peuvent prendre des decisions débiles au nez et à la barbe des elus cdo-cro pour l’ensemble d’une profession, sans que personne ne « moufte »à par Alizé et quelques autres…
Bon. Plus ça va, plus tout le monde est d’accord : la CONnerie c’est SN/OK plus FN, alors qu’elle s’est toujours défendue de revendiquer une quelconque prérogative syndicale, contradiction un.
Avec ses idées à la mords-moi le noeud(de vipères), genre aides-kinés et campagne de pub, elle mène le métier vers une déchéance au lieu de le promouvoir, contradiction deux.
En opposant salariés-râleurs et libéraux vaches-à-lait, elle divise la profession au lieu de l’unifier, contradiction trois.
Ah bon, ce n’était pas forcément une mauvaise idée, à la base ? C’est ça qui demanderait à être développé. COrporatisme, dans notre monde de la marchandisation-rentabilisation, dans notre monde des chiffres et du paraître, ça commence comme COpinage. Le mauvais côté des sociétés secrètes, quoi. Petits arrangements entre amis. C’était quoi, la bonne idée à la base ? Que le CO se donne le rôle d’un COmpagnonage ? Avec les maîtres et les apprentis ? Avec chef d’oeuvre au bout d’un tour de France, comme au moyen-âge ? Ben voyons…
Non. Décidément, qu’on en finisse ! Vivement la grande braderie, que tout disparaisse,pour solde de tout compte.