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D’aussi loin que remontent nos écrits, nous l’avons toujours pronostiqué ; l’Ordre des kinésithérapeutes – tout du moins cet Ordre-là – loin d’être la locomotive de la profession, devrait, tôt ou tard, l’envoyer irrévocablement dans les décors.

Ce que nous ne savions pas alors, c’est que cela se ferait au pas de charge et avec la régularité du métronome.

Entendons-nous bien : nous ne parlons pas de la très grande majorité des élus ordinaux, petites fées du logis oeuvrant, de la base, de manière souvent méritoire et parfaitement bénévole au chevet de la profession, mais d’un quarteron, somme toute très compté, de Grands Ordinateurs en place, indéboulonnables du haut de leur pyramide oligarchique, à qui revient – et à eux seuls – la responsabilité de faire la pluie et le beau temps sur l’avenir de notre métier.

Car – et personne ne peut plus en douter – bureau du CNO (Ordre national), de la FFMKR et du SNMKR/OK (nos syndicats signataires de la Convention), ne font plus qu’un, en une fusion d’intérêts communs, sans plus rien de distinctif.

L’Ordre, aujourd’hui, est un cartel intouchable, car d’obédience et de protection rapprochée syndicales. 

La base syndicale (à même titre que la base ordinale) assiste – impuissante – à la dérive progressive de leurs institutions réciproques vers l’autocratie confraternelle.

Pour autant, l’Ordre, selon nous, est loin d’avoir atteint sa maturité ploutocratique ni son plus grand pouvoir toxique sur la profession. Car l’Ordre, bien que parfaitement décentrée de sa mission première, n’en a cure. Que le « verrouillage » de la head-office sur la base est total. Seule une révolution de palais pourrait inverser le cours des choses, au plus grand bénéfice de notre profession.

Petite historique d’un coup d’État syndical

Tout a commencé, il y a quatre ans, par un putsch joyeux et bon-enfant, une instauration à la schlague, des coups de pompes dans la tronche du grand tout professionnel amorphe (supposé être plus con que fraternel) d’une minorité de syndicalistes désireux (version officielle) d’être serviables et d’apporter leur petite pierre à l’édifice. On apprendra, par la suite, que les intentions étaient peut-être moins limpides, et qu’il s’agit en vérité d’assurer une retraite honorable, peut-être un poil champagnisée, à un groupuscule d’ayants droit en faim de carrière, issus des grandes centrales signataires de notre Convention.

Tout cela, bien sûr, sans le moindre esprit – ni surtout volonté d’esprit – consultatif. Des fois que la masse ait un cerveau et qu’elle prenne vent de l’entourloupe. Il est vrai qu’une loi vichyste, toujours en application et de validité constitutionnelle dans notre pays, autorise aux Ordres se genre de tour de passe-passe anti-démocratique.

Comme Mao, comme Staline, on allait faire le bonheur du peuple usinant (et cotisant) malgré lui. Et, pour pouvoir instaurer ce nouvel Éden, il fallait, comme il se doit, commencer par un petit génocide, histoire de faire place nette.

Puis vint le hold-up rigolard sur nos bourses – sans équivalant dans le médical – au service d’un délire de dépenses somptuaires (locaux ahurissants du CNO, indemnités scandaleuses, parties de champagne en l’air, etc.). Là encore, partagé entre dégoût et rigolade, le « peuple », servile et par trop habitué à se laver les mains de tout ce qui dépasse le seuil de son échoppe ego centrée et de sa calculette à AMK, n’a moufté mot…

L’Ordre, comme tout autocrate qui se respecte, a fait son lit sur le silence, l’indifférence, et l’absence totale de solidarité professionnelle.

La dictature des idées n’est que la forme cristallisée et supra-segmentaire de l’anarchisme individuel arrivé en son point ultime. En ce sens, l’Ordre n’est que le reflet « historiquement inéluctable » de ce que notre profession d’individualistes forcenés précipite depuis des décennies.

Puis, de nature hégémonique envahissante, l’Ordre, comme moule sous échalote, s’est mis à dégorger de ses frontières pour chasser, massue en bandoulière, sur les terres de ses frères syndicaux, leur volant la vedette et le mammouth signataire à tous propos.

Normal, direz-vous – pourquoi s’en priver ? – lorsque ces syndicats sont vos soubrettes, groupies faméliques collées à vos basques, et que votre unique fonction – celle que, bien entendu, l’on réfutera en jurant sur la Bible – c’est de recycler « sur recommandation » les plus fidèles et les plus corvéables du corpus.

L’on ne peut pas être juge et partie. Or, ceux qui, aujourd’hui, seraient en mesure d’arbitrer et de museler l’Ordre à sa juste valeur, n’ont d’aspirations secrètes qu’à bénéficier de son ascenseur social vers les hautes sphères juteuses et ses maisons de retraites bonifiées. Tout du moins à savoir, diplomatiquement, se taire pour ne pas compromettre sa carrière.

Autant dire qu’il n’y a pas d’opposition possible au fascisme idéologique ambiant, puisque tout le monde « en croque » ou « en tremble » dans un silence d’épiscopaux sous bromure face à leur camembert.

Bien sûr – réponse du berger à Bergeau – car en démocratie huilée il existe toujours un contre-balancier aux abus de certains – un syndicat anti-ordinal est né, Alizé. Mais il fut très simple à l’Ordre (car le rapport de force est loin d’être identique) de diaboliser ce nouveau syndicat, pour tenter de le marginaliser et de le faire taire.

Il est amusant, depuis, d’assister aux sempiternelles joutes épistolaires. Les uns (issus d’une organisation ordinale aux fondements démocratiques plus que douteux) traitant les autres (un syndicat d’extraction pourtant populaire) de poujadistes et de délinquants constitutionnels.

Bien sûr encore que l’Ordre, organisant statutairement le renouvellement par un tiers de ses membres, s’imagine à présent être d’extraction et de suffrage universel. C’est la politique du tyran en son pays, qui, après son coup d’état sanglant, parodie une élection « libre et populaire » afin de légitimer ses exactions et son culte de la personnalité.

Pour autant, personne n’est dupe : aucun renouvellement de l’Ordre n’en décramponnera les écornifleurs de la head-office. Même si l’on vide toute l’eau frelatée de l’aquarium ordinal, il resteront planqués dans la vase…

Toujours dans l’erreur, jamais dans le doute…

Quel avenir pour la pieuvre ordinale ?

Nous n’imaginons pas que cette farce « constitutionnelle » puisse poursuivre sur ce pied vaudevillesque sans de lourds dégâts collatéraux.

Car l’Ordre, si rien ne change, va désagréger de manière irrévocable le peu de cohésion professionnelle et syndicale que nous possédions, fragilisant d’autant l’avenir d’un métier déjà en perdition.

Après avoir créé un schisme idéologique sans précédent dans la profession (les pros et les antis), avoir opposé artificiellement le gentil libéral cochon-payeur au vilain salarié râleur, voilà, à présent, que ses propres troupes fondamentalistes, FFMKR/UNION/OK, se vitrifient mutuellement au sein du sérail, se rejetant dos à dos la paternité de ce Frankenstein devenu à présent autarcique et incontrôlable.

La raison de leur ire ? « L’aide-kiné ». La FFMKR reprochant (fort justement) à l’Ordre (et donc au SN/OK qui le noyaute de longue date) de s’emparer d’un dossier de facture syndicale et d’imposer à la profession un avenir suicidaire, sans n’avoir consulté personne.

Mais, rassurons-nous, ce dossier n’est que prétexte à ouvrir un nouveau champ de bataille. Le divorce, depuis des décennies, est consommé de manière irrévocable entre ces syndicats fratricides.

L’ordre se devait d’être le « lien », « l’union sacrée », de nos forces réformatrices et revendicatives ; il n’en est rien. Ce n’est qu’un ring de boxe syndical où s’affrontent les poids-lourds, dits représentatifs, en lisse pour le stylo d’or signataire.

Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’Ordre, sous sa forme actuelle, touche à sa fin. Car il est pris sous les faisceaux concordants d’une opposition devenu par trop prégnante et efficace :

  • Une base populaire qui – très unanimement – ne l’a jamais aimé, le rejette, renâcle à sa cotisation honteuse et se gausse de toutes ses décisions. Or, l’histoire démontre que de régner par l’autoritarisme n’est pas un socle stable ni viable.
  • Une incompétence, une opacité (peut-être même quelques relents de corruption ?), et un goût de luxe dont plus personne ne peut douter. Les « affaires » vont donc, immanquablement, s’accumuler.
  • Un syndicat d’opposants fédérés – Alizé – particulièrement tenace, dont la popularité croît de jour en jour au coeur d’une profession excédée, car faisant son lit sur l’incohérence d’un Ordre qui additionne les bévues, les démonstrations d’autocratie, et qui ouvre volontiers le flanc à la critique.
  • Une implosion interne, par le détachement très probable, à terme, d’un des syndicats constitutifs de l’Ordre. Nous misons volontiers sur la Fédé, car incessamment flouée par un SN/OK goguenard, au sein du sérail.
  • Enfin – et c’est sans doute ce qu’il y a de plus dommageable – car l’Ordre, par ses frasques hégémoniques, polarise et divise les énergies syndicales, leur coupe les jarrets, et les détourne sans cesse des véritables dossiers de la profession, bien plus salutaires et cruciaux pour l’avenir .

Mais, trop isolé dans sa funeste tour d’ivoire, nous ne pensons pas que le bureau du CNO soit capable d’anticiper clairement sa décadence, s’il ne fait pas, en un délai très bref, machine arrière, démonstration d’ouverture, de mesure et de bon sens. Tout cela, hélas, se finira probablement par une atomisation généralisée, dont le métier de kinésithérapeute sortira grand perdant…

Petite piqûre de rappel

Nous rappelons, à toutes fins utiles, qu’un Ordre a pour uniques missions :

  • D’enregistrer les diplômes
  • De régler les litiges juridiques intra et extra professionnels
  • D’édicter un Code de déontologie et de veiller à son application
  • De lutter contre l’exercice illégal de la profession et de nous en protéger (esthéticiennes, STAPS, etc.)
  • De participer au rayonnement du métier de kinésithérapeute.

Or, d’échecs en déconvenues, de dérapages gargantuesques en gamelles retentissantes, une seule chose apparaît clairement aujourd’hui aux yeux de toute une profession, c’est que l’Ordre, loin de rassembler, divise, et qu’il n’existe que pour lui-même.

Mais, que pouvions-nous espérer d’autre ? L’Ordre des kinésithérapeutes s’est imposé par des baffes dans la tronche. Comment pouvons-nous attendre de lui qu’il devienne subitement romantique ? Aucun dictateur anthropophage n’a empalé de l’opposant en glaçon dans son frigo pour devenir, par la suite, un Mandela à l’humanisme épidermique.

L’Ordre – du moins cet Ordre-là – ne peut rien pour nous. Renié et son barbichu de diablotin sur l’épaule n’ont rien de nécessaire.

Nous vivions mieux avant eux.

C’est regrettable car, l’Ordre, ce n’était pas une mauvaise idée, avant que de devenir cela…

4 réponses à to “Les Blues Broth’Ordre”

  • chivas dit :

    Pas mieux!!! juste dans l’attente d’un remaniement ministériel au sein du cno…ou d’une chutte…au fait les décideurs de l’époque pourraient-ils être tenus responsables de l’endettement de cette structure?
    Les indemnités ordinales cumulées ne peuvent-elles pes être requalifiées de salaires par le fisc???
    A quand une intervention de Dame Bachelot afin de limiter ces détournements de fonds à un smic?
    A oui plus dure sera la chute!!!

  • Lantzelot dit :

    Que dire de plus?
    Que j’aurai aimé écrire cet article!
    Que l’essentiel est dit!
    Que l’avenir est sombre si cette structure, que nous avions proposé de modifier pour avoir des garanties quant à son fonctionnement, reste en l’état!
    Que notre filière n’avait pas besoin d’un « machin » pareil!
    Que plus nombreux seront ceux qui mettront en avant les dérives ordinales, et c’est au sein de la structure que se trouvent les mieux placés pour fournir les éléments de preuves que nous communiquerons aux ministères concernés, aux parlementaires et à la justice, plus vite nous aurons la solution pour faire cesser ce massacre de notre profession!
    Que l’espoir de faire un changement démocratique de l’intérieur est utopique et dépassé!
    Que pour que cela change il faut quitter cette galère et rejoindre les seuls opposants en réelle capacité de démanteler ce système dictatorial!Que pour que cela change il faut que la représentativité syndicale change et que celle-ci ne changera que par l’afflux d’adhérents libéraux à ALIZE afin de pouvoir investir les différentes instances verrouillées actuellement par les syndicats constitutifs, et créateurs, de l’ordre!

  • Christine dit :

    « des élus ordinaux…parfaitement bénévole » avec des indemnités quand meme,bon certains vont dire que je suis jalouse !

    « Des fois que la masse est un cerveau » plutot « ait » et elle en a un, alors qu’elle s’en serve pour sauver ce qui peut encore l’etre.

    « Mais, trop isolé dans sa funeste tour d’ivoire »
    Je ne comprends toujours pas comment 19 elus peuvent prendre des decisions débiles au nez et à la barbe des elus cdo-cro pour l’ensemble d’une profession, sans que personne ne « moufte »à par Alizé et quelques autres…

  • cyrano dit :

    Bon. Plus ça va, plus tout le monde est d’accord : la CONnerie c’est SN/OK plus FN, alors qu’elle s’est toujours défendue de revendiquer une quelconque prérogative syndicale, contradiction un.
    Avec ses idées à la mords-moi le noeud(de vipères), genre aides-kinés et campagne de pub, elle mène le métier vers une déchéance au lieu de le promouvoir, contradiction deux.
    En opposant salariés-râleurs et libéraux vaches-à-lait, elle divise la profession au lieu de l’unifier, contradiction trois.
    Ah bon, ce n’était pas forcément une mauvaise idée, à la base ? C’est ça qui demanderait à être développé. COrporatisme, dans notre monde de la marchandisation-rentabilisation, dans notre monde des chiffres et du paraître, ça commence comme COpinage. Le mauvais côté des sociétés secrètes, quoi. Petits arrangements entre amis. C’était quoi, la bonne idée à la base ? Que le CO se donne le rôle d’un COmpagnonage ? Avec les maîtres et les apprentis ? Avec chef d’oeuvre au bout d’un tour de France, comme au moyen-âge ? Ben voyons…
    Non. Décidément, qu’on en finisse ! Vivement la grande braderie, que tout disparaisse,pour solde de tout compte.

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…