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À la lecture du projet de loi du 24 février 2010 portant sur diverses dispositions relatives à l’ostéopathie et à la chiropraxie, présenté à la présidence de l’Assemblée nationale et porté par un nombre assez (in)conséquent de députés, il apparaît un essai littéraire mal transformé, une notable confusion des genres, une diabolisation à peine voilée du kinésithérapeute qui – le vilain ! – tenterait de s’émanciper de sa condition crasse de paramédical et, évidemment – un grand classique du genre conservateur – l’on y secoue le spectre de la terreur, du chaos, de l’anarchie, et des barbares en blouses blanches lâchés sur les populations.

Projet de loi pour l’ostéopathie et la chiropraxie

Pour autant, à mesure qu’on lit entre les lignes, il est symptomatique dans ce texte, tout à la gloire du « Dr en quelque chose » – médecin, sage-femme, et même cette petite cocasserie du chirurgien-dentiste et du pharmacien – que le kinésithérapeute est « l’ennemi » indicible à abattre. Celui par qui l’ostéopathie ne doit pas passer.

Le haro contre l’ostéopathe « non médical », rebaptisé pour la cause « ostéopathe non professionnel de santé » – bonjour la pub incitative sur les plaques ! – n’est qu’un rideau de fumée, dont personne n’est dupe, et derrière lequel on aime à voiler des intentions plus insidieuses et plus coercitives, que l’on souhaiterait voir s’appliquer à terme – de manière plus large – à tous non-médecins, et particulièrement aux kinésithérapeutes.

Bien entendu, pesant de tout son poids « doctoral », l’on agite à tort et à travers le « principe de précaution » si chers à nos amis médecins dès l’instant qu’ils ne veulent pas partager un fromage trop goûteux. Et, l’ostéopathie, est un fromage l’on ne peut plus goûteux…

En une époque plus sombre, vers les années 80-90, les laboratoires pharmaceutiques et leurs colossaux dividendes financiers, craignant la propagation d’une médecine non médicamenteuse, avaient déjà pratiqué de la sorte l’ostracisme, trouvant champions dans les rangs doctoraux pour défendre leur « cause », forcément humaniste et désintéressée. Une époque où l’on traînait sans vergogne l’ostéopathe non médecin devant les tribunaux, et où l’on réclamait sa tête et sa destitution publique en place de Grève, le tout – avocats y compris – financé par la manne chimique, oubliant au passage de se souvenir que l’ostéopathie a été importée en France, et enseignée aux omnipraticiens, par des kinésithérapeutes. Que, sans le kiné, le médecin d’aujourd’hui, à la traîne du corpus mondial, ne saurait toujours rien d’une lésion de premier degré de L5 ou d’un side bending rotation.

Curieusement, un certain député Debré était déjà en tête de liste des parapheurs anti-kinés. Entêtement, quand tu nous tiens…

Kiné-ostéo : la bête noire

L’on peut s’interroger sur les raisons qui poussent nos amis médecins – en notable antinomie avec tant de pays européens, forcément stupides et rétrogrades – à vouloir interdire à tout prix, même à celui des pieux mensonges et des salades députatives, la pratique de l’ostéopathie aux non-médecins et, par voie de conséquence (puisque telle est la cible réelle), aux kinésithérapeutes. La réponse est limpide ; c’est parce qu’ils flippent grave de perdre leur goûteux fromage, et que leurs compétences ne se suffisent pas à elles-mêmes pour lâcher au train le peloton des morpions paramédicaux.

A l’évidence, tant dans son avènement en France vers la fin des années 1960, que dans sa primo-initiation aux médecins, ou dans sa pratique quotidienne, l’ostéopathie « made in kiné » truste le marché. Le médecin, alors, ne sait plus jouer que de son influence de prédateur médical en haut de chaîne alimentaire, de ses relations politiques, pour interdite la « concurrence ». En vérité, il est un très mauvais perdant, du genre qui vous tire cinq as de sa manche car il a une mauvaise main…

Maintenant, dans un esprit qui se voudrait magnanime, faire mine d’autoriser aux sage-femmes, aux dentistes ou aux pharmaciens (quid d’ailleurs des vétérinaires?) la pratique de l’ostéopathie, c’est la jouer grands seigneurs à moindres frais. Car nous doutons fortement que l’officine d’à côté ou l’équarrisseur de tartre fassent un jour de l’ombre ostéopathique à nos amis médecins…

Nous, kinésithérapeutes, assurément.

En finalité, l’on nous prend, et l’on prend l’Assemblée nationale – si nous pouvons oser une telle liberté d’expression – un peu pour des nouilles…

Un Debré, sinon rien…

Pour autant, l’on ne peut pas, raisonnablement, s’opposer à tous passages de cet improbable texte de loi, qui sait à merveille marier raison et déraison, pour mieux nous enfumer.

  • Il est vrai que le statut d’ostéopathe reste flou pour les populations et que cela ouvre la porte au charlatanisme ou aux praticiens border-line.

Mais, c’est oublier de dire que le cadre législatif existe, et que seule son application – travers tout hexagonal – reste dans les cartons.

C’est omettre que cette opacité n’est pas du fait du kinésithérapeute, qu’il existe une loi du 4 mars 2002 autorisant la pratique de l’ostéopathie et de la chiropraxie aux non-médecins (il faudra, pour la petite histoire, attendre cinq ans pour sa parution au journal officiel) puis le décret du 25 mars 2007 prévoyant le dépôt d’un dossier en préfecture pour obtenir le titre « d’ostéopathe » pour les non-médecins au regard de conditions de formations et d’expériences professionnelles (décret qui, lui, connaîtra curieusement une application presque immédiate). « Diplômes non diplômant, mais diplômant tout de même » délivrés à discrétion par un préfet qui ne connaît de la médecine que ce que le Dr House veut bien lui en compter le mardi soir sur TF1…

  • Il est indéniable que l’absence d’un cursus clairement identifié et d’une finalisation d’études par un diplôme d’état autorisent l’arborescence « d’écoles » privées peu ou mal identifiées et, pour certaines, d’une probable sous-qualification, voir dangerosité.

Mais, c’est négliger le fait que, depuis huit ans, ce sont les médecins eux-mêmes qui freinent des quatre fers pour que la moralisation de l’ostéopathie ne se réalise pas, appuyant de tout leur poids organique pour qu’un cadre légal et clairement identifié ne s’installe jamais, qui font lanterner les commissions réglementaires (pourtant imposées à la France par l’hémicycle européen depuis 2002) n’accréditant pas leur mise en place ni ne les laissent financer par les deniers de l’État. Le but – celui qui a toujours été pour nos amis médecins – étant d’interdire ou de ralentir l’émergence d’une ostéopathie non médicale.

  • Il est indiscutable que l’absence d’un numerus clausus en ostéopathie relève du delirium très mince. Que les écoles d’ostéopathie, incapables en ce domaine, par appâts du gain (appelons un chat un chat), de s’autocensurer et de pérenniser l’avenir de leurs étudiants et de la profession, font démonstration d’une immaturité coupable. Qu’ils délitent l’avenir de l’ostéopathie, la possibilité d’en vivre honorablement, par surcharge pondérale.

Les quelques « vrais », donc rares, médecins-ostéopathes ont raison de s’en alarmer, comme nous nous en alarmons.

  • Il est probable – ne soyons pas plus prudes que nécessaire – que pour portion marginale et principalement durant leur temps de formation, certains kinésithérapeutes « passent » l’ostéopathie sous couvert de séances de rééducation prescrites et remboursées par la Sécurité Sociale.

Mais, nos amis médecins, tellement chastes semble-t-il en ce domaine, font-ils seulement autrement ? Ne facturent-ils pas également leurs soins ostéopathiques – et souvent bien au-delà de leur période de formation et dans des proportions tellement plus conséquentes – sous couvert de consultations ? Qui ne connaît pas dans sa ville un médecin du sport, un acuponcteur ou un rhumatologue manipulant sous couvert d’honoraires remboursés ?

Ce procès d’intention n’honore personne.

De plus, davantage que de tirer à boulets rouges sur l’escroc patenté que serait le kiné (en s’oubliant pieusement soi-même, car médecin, donc, forcément, au-dessus de tous soupçons), il existe une manière très simple d’éradiquer la problématique (à défaut des ostéopathes non-médecins) : que la Sécurité Sociale consente enfin à rembourser une pratique médicale de notoriété mondiale, reconnue d’utilité publique et probable source d’une immense économie pour les caisses de l’État.

* * *

En résumé, nous comprenons fort bien que ce projet de loi est malhonnête, tant dans la forme que dans le fond, et qu’il « balade » le néophyte législateur au travers de doctes vocables. Que, sous couvert de « protection médicale des populations », il n’est conçu que pour protéger et renforcer le statut du médecin, sa fiche de paie, en « évacuant » au possible la concurrence, c’est-à-dire toute personne non-médecin susceptible de lui faire de l’ombre.

Que ce texte, savamment élaboré, organise la confusion entre kiné-ostéopathes parfaitement formés (et de valeur thérapeutique égale à n’importe quel médecin-ostéopathe) et rebouteux de tous poils.

Car – ne nous y trompons pas – ce dont il est question dans ce projet, c’est bel et bien de concurrence et de part de marché, en aucun cas de l’intérêt supérieur du patient, forcément crétin et incapable de jugement, qui, pourtant, de longs feux, plébiscite l’ostéopathie « made in kiné » ou « made in ni-ni », plus rarement celle « made in toubib »… 

L’on ne combat avec véhémence que ce que l’on craint : la morgue du médecin à notre encontre, plutôt que nous galvauder, nous galvanise, car elle est, de sa part, un aveu d’impuissance et flatte nos compétences. Un texte de loi à la Debré, c’est une reconnaissance implicite de notre valeur sociale.

Je regrette simplement, chère Madame Chantal Brunel, si vous me lisez (et je m’engage à vous faire parvenir cet éditorial par nos connaissances communes), vous qui êtes ma députée au pays des betteraviers et qui m’écrivez si souvent pour participer à vos réunions, que vous vous soyez laissé entraîner - d’habitude si prudente et si modérée - dans cette vile farce suintant à plein nez l’intérêt et la spéculation corporatifs…

* * *

Pour terminer – à tout seigneur tout honneur – nous donnerons la parole à nos amis médecins et à leurs enseignants en ostéopathie, des professionnels selon notre cœur :

« Suivant l’achèvement de ses études de médecine, le médecin ostéopathe a suivi une formation complémentaire en médecine manuelle-ostéopathie pour au moins 680 heures. Cette formation doit être délivrée ou homologuée par une association de Médecine Manuelle Ostéopathie du pays d’origine. Cette formation post-universitaire peut être menée conjointement à une activité professionnelle et s’étalera au moins sur 4 années.

En France, Ostéo-Formations est la première structure de formation à avoir adhéré à l’EROP, et à avoir adapté son enseignement ostéopathique au système français existant (DIU et FMC) de manière à souscrire aux exigences européennes. Ainsi, un médecin détenteur du DIU de médecine manuelle-ostéopathie (MM-O) peut obtenir le titre de médecin ostéopathe et être membre du Registre Européen en validant quatre séminaires par an de FMC (obligatoire en France), pendant une durée de quatre ans, dans la même structure Ostéo-Formations.

Il est à noter que si l’obtention du DIU de MM-O est légalement nécessaire à l’exercice de l’ostéopathie, il n’est pas suffisant pour en maîtriser toutes les facettes et répondre aux demandes de patients qui connaissent de mieux en mieux cette pratique.

D’autre part, la formation d’un médecin ostéopathe, telle que définie ci-dessus, est comparable – d’un point de vue strictement ostéopathique – à celles dispensées dans les meilleures écoles d’ostéopathie pour les professionnels de santé non médecins, à temps partiel, en 6 ans ».

(Référence : OstéoFormations.fr – Devenir médecin ostéopathe).

Alors, médecins-ostéopathes, les rois du monde ?

Nb : nous tenons à porter à votre connaissance une initiative fort intéressante et pleine de bon sens de la part de Monsieur Michel Gourgues, en la matière d’un courrier adressé aux députés. Nous supposons, et avec l’accord de l’intéressé qui nous a fait l’honneur de cet envoi, qu’il ne serait pas inutile de l’ériger en pétition. Nous lui en laissons l’initiative, mais nous serons, avec plaisir, son hygiaphone. 

Lettre aux députés

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…