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Nous sommes des êtres éminemment sociables. Plus, çà en deviendrait presque indécent.

Nous n’étripons plus ni ne répandons la barbaque, bave aux lèvres et plastrons sanglants, à la hache sur les champs de bataille, nous y préférons le stylo signataire, Mont Blanc de préférence. L’index, quitte à se le prendre (b)analement, est manucuré.

L’arène, les combats de gladiateurs, le mano à mano, les pognes dans la tripaille, n’ont plus cours, civisme oblige. Aujourd’hui, un décret d’énarque famélique vitrifie en quelques lignes bien plus d’êtres qu’aucune légion de Huns ne saurait le faire en un siècle.
Des centaines de milliers d’enfants meurent chaque année en Afrique, cuisses de moineaux faméliques, bide de buveur de bière teutons, non plus des guerres tribales, mais de l’indice CAC 40 et des spéculateurs sur l’orge et sur le blé. C’est le retour de la fourrure. À Manhattan, l’on se paie ses Ferrari en peau de Mauritaniens.

A Bercy, c’est en poil de kinés.
Étrangler une famille de kinésithérapeute à main nue, c’est toujours embarrassant et assez difficile à expliquer autour du gigot dominical à Marie-Chantal et aux trois gosses au retour de la messe. Mais en anéantir quelques milliers d’un arrêté, cela n’empêche personne de se coucher au soir dans ses petits draps (de Madame) roses…

 

L’objectif du gouvernement via l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie) et de son président « Rocky », Frédéric Van de Roekeghem, est clairement identifié : équarrir jusqu’à la moelle et sans État d’âme la profession de masseur-kinésithérapeute.

Car cette profession peu réactive, peu fédérée, d’une opposition négligeable et si mal protégée par des syndicats presque inaudibles, est considérée comme une source potentielle d’économie particulièrement aisée à mettre sous le boisseau.

Au sein des budgets généraux de la Santé, nous bénéficions d’une place unique et peu recommandable, celle d’une activité humaine considérée comme de « confort », donc secondaire, dont l’avenir, quitte à nous être fatal, importe peu.

Ce qui illustre bien ce mépris d’État à notre égard – tel le Géant Vert Cassegrain écrasant les fourmis non biologiques – c’est que nous pesons pinuts sur les dépenses médicales (plus ou moins 3%) et qu’il peut sembler assez dérisoire (rien que par l’idée en soi) de mettre sur la paille 65 000 professionnels et leurs familles – et quoi dire des patients ? – avec les drames humains, mais aussi économiques que cela représente, pour ne finalement presque rien empocher qu’une goutte d’euros dérisoires dans le grand bain du marasme financier de la Sécurité Sociale. Mais c’est de l’argent si facilement gagné, pourquoi se l’interdire ?…

Nous sommes en territoire carnassier. L’on ne s’attaque qu’aux plus faibles du troupeau. Et les plus faibles, c’est nous.

Le temps des galériens

Évidemment, l’on se dit qu’il suffirait de commander aux cliniques – secret de Polichinelle – de ne plus tarifer deux fois la journée d’hospitalisation (entre malades qui quittent la chambre le matin et ceux qui y entrent l’après-midi) pour couvrir notre maigre existence financière, mais çà, ce simple (et honnête) constat pragmatique, c’est déjà bien trop demander aux raisonneurs d’État.

Il ne peut échapper à personne d’un tant soit peu spectateur qu’aujourd’hui la Politique de Santé n’est plus un « partenariat conventionnel » ni même l’art de savoir comment contenir le masseur-kinésithérapeute dans une enveloppe financière adulte et respectueuse des intérêts réciproques – celle de la survie de tous – mais de l’éradiquer de la planète soignante sans soulever barricades, bains de sang et émeutes de rue.

Nos syndicats imaginent encore – d’où leurs désillusions chroniques et les ratatouilles magistrales qu’ils prennent avec une remarquable constance de majorettes – qu’avec l’UNCAM nous parlons entre « gentlemen », alors qu’en vérité nous sommes confrontés à l’oppresseur le plus primitif qui soit, que seuls de vagues scrupules moraux, les réminiscences balbutiantes d’un vague État de droit dans les encéphales embués, lui interdisent encore de nous ratatiner comme lombric sous le crissement des chenilles de son char budgétaire.

Sinon, comment justifier qu’en 2009 la profession ait connue sa première « croissance négative » (le kinésithérapeute a dépensé moins d’argent – et donc prodigué moins de soins – en 2009 qu’en 2008) en dépit de l’arrivée massive sur le territoire de près de 2 000 nouveaux faméliques, primo-diplômés ou immigrants, venus ripailler à l’auge commune ?

Si cela n’est pas du mépris d’Etat, qu’est-ce donc ?…

Mais à se battre avec leurs aiguilles à tricoter contre les masses d’armes des hussards gouvernementaux, il ne faut pas s’étonner que nos dentellières syndicales finissent invariablement embrochées, comme dindons de la farce.

Le « généraliste » et sa crinière flamboyante flottant aux quatre vents, à Frédéric, lui font passer son chemin et raser les murs, la truffe basse. Sa survie et sa carrière à la CNAM en dépendent. « Sa » Politique de Santé repose sur eux, le stylo ordonnancier. D’ailleurs, une fois encore, une fois de plus, tremblant sous leur rugissement, il vient sans coup férir d’augmenter le tarif de leur consultation. Le « généraliste », caressé dans le bon sens du poil, intéressé, empressé comme il se doit de répondre aux « profils » prescripteurs, est le nouveau banquier-contrôleur de la sécurité sociale, le pivot sur lequel s’articule la disette programmée en soins, le moins bien vivre des patients. Frédéric le sait, et il sait flatter la croupe de ses bestiaux serviles.

Nous, ça fait onze ans que nous avons les sabots dans la même fange non revalorisatrice et le blaze dans la crème paupérisée. Ça laisse, évidemment, un brin entrevoir la conception de « justice sociale » en laquelle nous sommes entendus au plus niveau de l’État.

Un hominidé capable d’avoir pour primo feuille de route celle de « liquider » 50% de son propre cheptel humain, mères, pères de famille, et donc enfants (cf. l’éditorial sur le génocide programmé par Frédéric de ses fonctionnaires de caisses) ne peut pas avoir pour autre objet qu’une calculette en pierre à la place du cœur.

Un polytechnicien, apôtre qui plus est du libéralisme débridé, pour s’occuper de cette chose si volatile, si subtile, si supérieure, qu’est la Santé et le bonheur de ses concitoyens – donc altruiste par essence – pensez donc ! Autant recommander à Attila la broderie et le point de croix pour ses longues soirées d’hiver entre deux carnages !

Or nous pensons que lier le budget de la Santé aux fluctuations des rentrées de l’impôt social, donc que d’amarrer le mieux-être et l’espérance de vie d’une population à la richesse du PNB d’un pays est le meilleur curseur pour jouer au yo-yo du progrès social.

Aussi novateur que puisse sembler cet axiome, les dépenses de la branche maladie ne doivent pas être ligotées aux « rentrées » sociales. Il ne doit pas être question de « pourcentage » du PNB, mais d’enveloppes financières clairement identifiées et reconduites chaque année à la hausse (pour raison de vieillissement de la population, d’accroissement du corpus soignant, et d’améliorations coûteuses des techniques médicales), sinon, comprenons-le bien, c’est ouvrir la porte à l’indicible, à l’horrifique, au fait que la santé de nos concitoyens, leur morbidité, la perte de leur confort de vie, servent en réalité à amortir les déficits du budget d’État et les errances bancaires des « surprimes ».

Je suis de ceux qui pensent que l’honneur d’une Nation, la preuve de sa maturité, c’est de savoir privilégier Santé et Éducation avant dividendes courtiers.

Attention ! Nous ne sommes pas en train d’avancer l’hypothèse (qui serait inconsciente et économiquement suicidaire) qu’il faille accorder sur la Société un « chèque en blanc aux hommes en blancs », qu’ils se pensent échapper à tout contrôle, tout budget ou tout système de régulation, mais que le corps soignant, surtout pour les plus fragiles d’entres eux, ne peut pas servir de « caisse noire » et de bas de laine aux déficits d’État.

Et c’est bien cela qu’il nous arrive, kinésithérapeutes d’aujourd’hui (et à nos ayant droits patients), nous essuyons les « invendus » de l’impôt social.

Est-ce réellement l’objectif de la santé que d’amortir les vicissitudes de la Bourse ?

N’est-ce pas aux « produits financiers », aux actionnaires, d’assumer leur propre incurie ?

Ni a-t-il pas quelques Jaguars ou quelques Porches a accepter de ne pas voir rouler pour la meilleure survie de nos contemporains et non par désir d’économie médicale ?

Le bonheur, selon vous Frédéric, l’idée que vous vous faites de votre haute-mission, sont-ils que quelques-uns roulent en voitures de luxe ou que l’ensemble de la Nation, cette Nation qui vous a mandaté, vive mieux et plus longtemps ?

Question…

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…