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Apparaîtra ? 

N’apparaîtra pas? 

Voilà des décennies que la DEP (Demande d’Entente Préalable) et ses frasques aquatiques font jaser le landernau. Nos syndicats signataires, en rang d’oignons, télé-objectifs en bandoulière, depuis des lustres immémoriaux poireautent sur les bords du lac Conventionnel à l’affût de la moindre risée (doux euphémisme) à la surface des flots ministériels impavides. 

Mais le facétieux saurien UNCAMien infiniment se joue de toutes attentes, de toutes prévisions, de toutes promesses, et surtout de toutes signatures officielles. On le voit par ici, on le voit par-là, lorsqu’on le pensait à jamais disparu dans les gouffres abyssaux de son Loch, il pointe de re-chef son chef. Bref, de disparaître pour ré apparaître de nouveau, sous une forme hybride ou une autre, il ne cesse… 

EPP (Évaluation des Pratiques Professionnelles), référentiel, seul son petit sobriquet à travers les décennies change… 

 

Pour autant, ce fossile moyenâgeux vient du tréfonds des âges. D’une époque, presque demi-séculaire, où l’administration française n’avait rien à envier à celle des romans de Kafka. 

Nous-mêmes, kinésithérapeutes d’aujourd’hui, nous ne nous séparions qu’à peine de la branche néandertalienne des « infirmières-masseuses » , se dénommant ainsi, car elles ne se délestaient que très rarement de leur massue. 

 

A ce jour tout scientifique un tant soit peu rationnel ne peut que s’étonner de l’insolite survivance de cet archétype ancestral si loin de son biotope originel. Comment la DEP fait-elle pour subsister ? De quoi se nourrit-elle ? Comment se reproduit-elle ? Où pond-t-elle ses œufs ? Comment n’a-t-elle pas disparu, à l’instar de ses monstrueux congénères, à l’avènement de l’Aire Informatique ? 

Voilà bien le mystère que nous allons tenter de percer aujourd’hui. 

Du biotope de la DEP
La DEP est née sous un climat très particulier – je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans (d’exercice) ne peuvent pas connaître. Une atmosphère bien plus chaleureuse qu’aujourd’hui où chacun gambadait nu à travers champs et forêts, telle la gaie libellule, croquant des pommes en veux-tu en voilà sans se prendre un méchant coup de pied au derche hors du Paradis Terrestre. Celui de la gestion du médical à la bonne franquette. 

Le médecin-conseil de l’époque, sorte de papy-gâteaux, n’avait strictement rien à voir avec celui d’aujourd’hui, robot binaire, raie gominée, pompes cirées, glacial, calculateur, l’œil rivé en permanence sur sa calculette, ses obligations de résultat et sur sa carrière. 

Le Sarkozyland et ses clameurs de bottes n’avaient pas encore cours. Madame Rose et l’OMS ne rêvaient pas de faire fructifier les avoirs boursiers d’Adventis. On vivait alors – heureuse félicité – en un semblant de démocratie bon-enfant. 

Le médecin-conseil d’alors gérait son petit cheptel médical et paramédical en patriarche, appelant l’un, négociant comme vendeur de tapis tel coefficient avec l’autre, un nombre de séances prescrites avec un troisième. De même, il était très aisé de le joindre au téléphone (aujourd’hui, autant s’adresser à Jeanne d’Arc par ses voix). Bref, il avait dans l’air cette chose à présent devenue curiosité troglodyte ; le sens de la « communication ». 

C’était le médecin-conseil de famille. Rien à voir avec le banquier-conseil d’aujourd’hui, au cochon-tirelire qui couine sous le bureau. 

De plus, pour les férus de sociologie, nous sortions à peine de l’après-guerre, du Gaullisme, et de l’économie « dirigée » (sur laquelle Nicolaï 1er nous fait, quoi qu’à rebrousse-poil, un nostalgique flash-back). 

Aujourd’hui les choses de la DEP sont très différentes. Tout d’abord parce que le mépris interpartenaires Conventionnels est de mise (c’est à celui qui grugera l’autre et s’assoira sur la parole d’Etat), que la quantité d’actes médicaux a littéralement explosé, et qu’enfin, par souci d’économie, la sécurité sociale a drastiquement lessivé son personnel. Nous en arrivons donc à cette curiosité que, pour raison d’engorgement du système contrôleur, à peine 1/10ème de nos DEP étaient visionnées en l’an 2000… 

L’absurdité de la paperasserie absurde était donc à son comble et vécu d’égale manière par tous. Le système devenait inintelligible… 

De l’Ere Informatique

Il est évident que l’UNCAM ne nécessite plus de « support papier » pour contrôler ad hoc et au poil de grenouille près notre activité. Diagrammes, courbes, volutes logarithmiques ; à l’heure de « l’outil informatique » la DEP papier n’est plus qu’une sorte d’aimable coutume aborigène qui ne perdure que par anthropomorphisme. Pour autant, en toute rationalité et, car elle est un pavé dans le système contrôleur, elle est destinée à disparaître. Le facteur humain est,  par nature,  limitatif et source d’erreur. 

Aujourd’hui « l’outil informatique », pour peu qu’il soit adroitement étalonné, crible l’activité de chacun à la virgule près et en temps réel. La norme normative, une fois inscrite dans la base de données binaires, décide des profils, de la bonne conduite à tenir, décapite les abus (ou vécus comme tels par le juge numérique) et informe en lettres de feu de toutes dérives. Au-delà, lorsque l’un d’entre nous s’émancipe (trop d’acte, coefficients trop élevés, piliers de cabinet) de la moyenne pondérée, les ordinateurs s’affolent, les gyrophares hululent et les pompiers de service n’ont plus qu’à s’emparer de la lance à incendie contrôleuse pour circonscrire le brasier d’actes. 

« L’outil informatique » n’expertise pas le kinésithérapeute au détail près, mais – et c’est cela sa force – sur sa capacité à savoir rester ou non dans la norme du paysage budgétaire. 

Pour l’UNCAM il n’est plus question – et de long feu – du « meilleur soin au meilleur prix », mais de la « meilleure courbe logarithmique qu’importe le soin ». La profession de masseur-kinésithérapeute n’est plus entendue comme un ensemble de soignants et de soignés (vision étique et humanisée), mais comme des 0 et des 1 qui s’harmonisent ou s’entrechoquent dans la charpente mathématique d’un logiciel sans fantaisie ni
sens adaptatif (vision macro-économique et normative). 

En ce sens, l’UNCAM peut engager toutes les réformes qu’elle souhaite avec une prise de risque mineure puisqu’elle possède un retour d’information presque instantané et d’une fiabilité sans égal. 

Voilà pourquoi le retrait définitif de la DEP ne peut pas véritablement l’inquiéter. Voilà pourquoi sa frilosité en ce dossier est suspecte et, donc, puise son inquiétude en d’autres sources… 

En quoi la DEP nous interdit-elle toute évolution?

La DEP est notre enclume psychologique. C’est la marque au fer rouge faite à jamais au front de l’ignominieux. 

C’est sur la DEP que s’articule notre condition obscène – car non-évolutive – de paramédical, mais également notre perception « introspective » de paramédical, tant en nous qu’autour de nous. 

Un gros, même s’il fait un régime draconien et perd 30 kilos, garde une mentalité de gros. 

Elle interdit aux syndicats signataires toute audace. 

En effet, comment pouvoir prétendre à l’émancipation, à l’accès en « première intention » aux soins de kinésithérapie, lorsque l’on ne nous juge pas même capables d’aller aux latrines sans devoir lever la main ? 

Nos syndicats sont des obèses souhaitant s’inscrire à un cours de danse classique… 

Et quoi dire de ces risibles bilans (BDK) dont toute la planète soignante se gausse et se fout (à raison) comme de sa première chemise ? Comment ? Une profession sous haute tutelle d’État, des manouvriers, qui s’autorisent à se hausser du col et à émettre une opinion médicale ? Risible… 

Et pourquoi nos médecins prescripteurs cesseraient-ils un jour leurs ordonnances « quantifiées » tant et aussi longtemps qu’ils nous perçoivent comme une profession subalterne sous surveillance ? 

La DEP nous place de facto dans l’errance identitaire, le no man’s land évolutif, au ban et sous la coupe de l’oligarchie thérapeutique. 

Car la DEP – et cela n’échappe à personne – fait de nous une activité humaine vassalisée et donc immature, vécue comme telle par tous. 

Nous sommes des délinquants en puissance ou – au mieux – des incompétents, sur qui il convient de garder l’œil… 

De l’Onirique survivance de la DEP

Arrivés à ce stade de notre raisonnement, la question est de comprendre pourquoi la DEP – dont tout démontre qu’elle est une aberration – persiste-t-elle encore ? 

Il y a dans la DEP, et nous venons d’en discuter, un fort impact psychologique. 

Pour l’UNCAM ; paramédical tu es, paramédical tu resteras – pour raison de pure économie. Ou (pour être plus exact) de présomption d’économie. Car, finalement, personne ne sait rien à rien en ce domaine, ni surtout nos remarquables économistes de Bercy. Les chiffres de nos voisins européens – ceux qui ont abandonné la DEP et instauré l’accès à la kinésithérapie (physiothérapie) en première intention – seraient même plutôt en faveur d’une nette déflation des soins suite à cette mesure. Mais ce sont forcément des abrutis, puisqu’ils ne sont pas Français… 

Ce qu’il faut comprendre en matière d’UNCAM, c’est qu’il n’importe pas pour elle d’être cohérente, mais de ne surtout pas perdre le « contrôle » de la situation. Or un manœuvre se « contrôle » bien mieux qu’un chef de chantier. 

Il en est ainsi de bons nombres de règles séculaires dont l’utilité pragmatique et logique s’est perdue dans le méandre des décennies, et qui n’ont pour seule raison de survivance que celle de poursuivre de maintenir une activité socioprofessionnelle sous le boisseau et d’asseoir sur elle son autorité. 

La DEP ne demeure pas parce qu’elle est raisonnable, mais parce qu’elle est utile à la vassalisation. 

De plus, il faut entendre que d’un point de vue sociétal le fait de souhaiter « tout contrôler » échappe à la rationalité. C’est un Etat d’esprit, non pas une logique. La ville de Londres possède près d’un million de caméras pour surveiller ses rues. Or à peine un millième des enregistrements peut être visualisé en temps réel – et donc, prévenir de la délinquance, puisque tel est le but originel – faute de personnel humain. 

« Big Brother » a certes l’œil partout, mais il ne peut pas regarder en tous lieux à la fois… 

De la méprise des syndicats

Une fois n’est pas coutume, en ce dossier je ne lapiderai pourtant pas l’UNCAM. 

En apprenant qu’elle n’abandonnait pas la DEP, mais la repoussait au-delà des 30 séances annuelles par patient et par pathologie, ma primoréaction, sans doute comme celle de beaucoup d’entre-vous, fut la révolte légitime : « Comment ? On n’en finira donc jamais avec cette aberration ! ». 

Pour autant, à froid et après réflexion, je me suis dit que les piliers de cabinet dépassant les 30 séances annuelles ne représentent pas plus de 20% de mon labeur quotidien. En d’autres termes, l’UNCAM venait de me donner blanc-seing sur 80% de mon activité… 

80% free of charge ! Pour un ballon d’essai (car c’est un ballon d’essai) ça n’est pas pinuts ! 

Indiscutablement, subconsciente des réalités de terrain sur le plan européen, l’UNCAM a tenté un « désengagement » progressif du système de contrôle que représente la DEP. Un désengagement prudent, velléitaire, avec cinq parachutes de secours, mais un désengagement tout de même. 

Nos syndicats n’ont rien pipé. 

Plutôt que de se draper dans leur fierté supposée bafouée et de crier « au scandale ! », d’être jusqu’au-boutistes, ils auraient mieux fait de saisir la main qui leur était tendue et d’accompagner utilement cette mesure particulièrement inauguratrice. De trente séances sans DEP nous serions sans doute passés un de ces quatre matins à cinquante, puis de cinquante à plus de DEP du tout… 

Paris, et surtout un tel pari, ne s’est pas fait en un jour… 

DEP
Pneu mieux faire

 

Il faut en finir avec cette inconvenance moyenâgeuse. 

Pour nous, en premier lieu, tenus au rédactionnel d’un document abscons que personne, de toutes les manières, ne lira jamais (ou si rarement). De plus, la plus part des centres d’accueil de la Sécurité Sociale de proximité ayant fermé (pour raison d’économie), cela nous oblige à un délire de timbres et d’enveloppes. Perso, mon poste « affranchissement » a littéralement explosé depuis deux ans… 

Pour les caisses maladie et les médecins contrôleurs ensuite, noyées sous un tombereau de paperasseries invérifiables (faute de personnel) et alimentant ainsi leur petite frustration d’inspecteurs superfétatoires réduits à la doctrine peu productive du « contrôle aléatoire ». 

A vouloir trop « contrôler » le Système ne contrôle plus rien, ou de manière si dévoyée. 

L’informatique n’est pas l’humain… 

La DEP « électronique »
Un coup DEPée dans l’eau…

Pour faire court, il s’agit de la possibilité de télétransmettre à la sécurité sociale les demandes d’entente préalable via Internet. Donc, plus de support papier. 

Ce dossier, fort intéressant, a été défendu en 2009 par le SNMKR dans Kiné.presse. 

Pour autant, aussi alléchante que soit de prime abord cette proposition de par la très appréciable économie en consommable (encre, papier) et en énergie humaine (rédacteur et contrôleur) elle ne modifie en rien les problématiques « métapsychiques » de la DEP, tel que nous les avons évoquées dans les chapitres précédents. C’est un pisa lé. 

La DEP électronique touche à la « forme » et non au « fond ». 

Une fois de plus sont confondues idéologie et technologie. 

Nous retiendrons cependant le principe de sobriété, le gain considérable en temps et en argent, que cette mesure peut nous apporter à tous. En aucun cas le sens évolutif et émancipateur, car elle n’en possède aucun. 


Proposition faite à l’UNCAM (dans un intérêt réciproque)
pour en finir avec la DEP
 

Nous proposons le retrait total et sans arrière-pensées de la DEP durant 3 mois. Si au bout de ces 3 mois nos confrères ont eu la clairvoyance de ne pas abuser de la situation et que l’inflation significative des soins n’est pas au RDV (prévoir un temps d’adaptation et de « frénésie libertaire ») nous engageons à proroger cette mesure jusqu’à 6 mois, puis un an. 

En parallèle, et afin que l’expérience soit définitivement concluante, durant cette période d’essai l’UNCAM s’engage à faire pression de manière efficiente et sincère sur le prescripteur pour que s’applique enfin – ce qui devrait l’être depuis des lustres (puisque dans les textes) – l’ordonnance non quantitative des actes en masso-kinésithérapie. Car force est de reconnaître que ces modalités sont aujourd’hui sur le terrain d’une réalité quasi inexistante, et donc n’autorisent à aucun feedback un tant soit peu analysable. 

En vertu de quoi le kinésithérapeute sera tenu d’archiver (sur une durée qu’il reste à définir) ses prescriptions et ses bilans (BDK) afin de pouvoir les présenter en cas de contrôle. 

Au bout de 3 ans d’expérience concluante, la DEP sera dite définitivement forclose. 

Tout le monde – et je suis prêt à y gager mes bretelles de premier communiant – y fera des économies, et de temps et d’argent.

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…