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Comme chaque fin d’année pour la profession, l’heure est au bilan.

Triste bilan en vérité. L’année qui s’achève restera – une fois de plus – de sinistre mémoire pour le genre kiné. Mais, pour autant, un bilan mitigé.

Aucune réévaluation de nos honoraires. Mais, çà, c’est redondance depuis onze ans. Le dossier financier est, semble-t-il, le parent pauvre des négociations. A en parler encore, on paraît presque indécent et vénal. On insupporte.

Le pli, donc, celui de la paupérisation progressive de la profession et de son décrochage graduel vers les classes moyennes-inférieures, du « travailler toujours plus pour gagner la même chose » et de devoir sauver à grands coups d’expédients son chiffre d’affaire, est pris – et bien pris – dans les mentalités tant populaires, qu’hélas syndicales.

Pour la première fois de notre Histoire, sans que mouche ne décolle du tarmac ni qu’apparaisse l’ombre d’une barricade de rue (hormis le « jeudi de la colère »), la profession accuse la première « croissance négative » de son chiffre d’affaire.

Et tout cela n’est qu’amuse-gueule puisque le plat de résistance, c’est pour 2010 que l’UNCAM nous le concocte…

Egrainons un instant, afin de frapper l’imaginaire, les années de stagnation de notre lettre-clé : 1999 – 2000 – 2001 – 2002 – 2003 – 2004 – 2005 – 2006 – 2007 – 2008 – 2009…

Chez les médecins, cela aurait été émeutes et bains de sang depuis belle-lurette ! Que dis-je ? Apocalypse ! Sous l’opprobre général(istes), Madame le Ministre aurait probablement rendu son petit tablier Rose…

Mais, c’est à croire que le monde entier a le droit fort naturel de s’accrocher à la remorque du train de vie… sauf nous ! Nous pour qui, en raison d’une obscure logique ou d’un sortilège vaudou, cela doit rester dans le registre de l’exceptionnel et du bi-décennal.

Durant ce temps, et à grands flots d’inflation annuelle de 2% en moyenne, la baguette de pain, la cantine de nos mioches, mais aussi un voyage aux Antilles, s’envolent loin de nos bourses.

Toutes choses étant égales par ailleurs, vivre nous « coûte » 25% de plus qu’en 1998…

Quelles raisons de rester vigilants ?

 
Le début de la faim
 

Selon les premiers chiffres, non-totalement définitifs il est vrai, la profession connaîtrait donc cette année – pour la première fois en 60 années d’existence – une baisse de – 2 à – 3% des dépenses de santé-kiné, donc de son activité, par rapport à l’année 2008, et ceci en dépit de l’inflation des prix et des services, de l’impôt, de « l’absorption » de plus ou moins 1 500 nouveaux primo-diplômés, de l’immigration des collègues étrangers et, n’y revenons pas, de onze années de stagnation de sa lettre-clé.

Le départ à la retraite des « papy-boumers » n’est pas encore suffisamment significatif pour équilibrer le flux toujours exponentiel des praticiens dans l’hexagone.

Donc, toujours plus de souris pour toujours moins de fromage…

D’une manière sectorielle, certains d’entre-nous jouent d’une malchance particulière et « encaissent » tant bien que mal, et sans autre raison répertoriée que la Politique d’Etat, une chute de 10 à 20% de leur activité depuis janvier 2009. D’autres sont toujours florissants, donc indifférents au marasme collectif, pour le moment.

Or – et c’est bien cela qui est alarmant – les « référentiels » ne sont pas encore véritablement opérationnels. Pourtant les études convergent ; lorsqu’ils le seront (c’est à dire probablement courant 2010) un effondrement de près de 30% de l’activité en masso-kinésithérapie sur l’ensemble du territoire est à craindre.

Ca va donc commencer à être du lourd de chez lourd et à tailler dans le vif…

Toujours plus de « destinées individuelles » au détriment du collectif 

Une carrière ne s’analyse pas sur une ou deux années, mais sur 42.5.

Ceux d’entre-nous qui « s’en sortent » aujourd’hui encore honorablement sont en décalage complet avec la réalité des situations et l’avenir UNCAMien qui les attend au coin du bois, massue en pogne.

Soit, ils sont encore « simples » kinés mais bénéficient d’une conjoncture locale toujours favorable (qui ne perdurera sans doute pas) soit, ils ne sont plus en lien avec les basiques de la masso-kinésithérapie (hors-nomenclature, ostéopathie, esthétique). En ce cas, c’est d’une part ne pas reconnaître que l’on n’est plus fondamentalement kinésithérapeute (puisque la kinésithérapie conventionnelle n’est plus la base de ses revenus) mais esthéticienne, ostéopathe ou que l’on a atteint un niveau de formation post-graduée sans commune mesure avec le métier originel, mais également ne pas entrevoir que même ces secteurs de relative liberté seront bientôt pris d’assaut par une cohorte d’affamés balancés du fourgon conventionnel. La part aux lions s’en trouvera donc inéluctablement réduite à peau de chagrin.

Le Radeau de la Méduse du « hors-Sécu » ça n’est pas l’arche de Noé, elle n’accueillera pas toutes les espèces…

Aussi, avant que de se lancer dans l’aventure individuelle (et individualiste) du « hors-nomenclature » et de quitter le navire conventionnel et ses petits camarades galériens, il convient de bien peser ses cacahouètes et de raisonner de manière pragmatique sur les chances de s’en sortir tout seul à la nage. A moins de 50% aujourd’hui du chiffre d’affaire hors-prescription, nous crions « au suicidaire ! » car nous pensons que le taux de survie sur le long-terme est plus qu’hypothétique. Croyez-en un vieux kiné/ostéopathe sympa…

Mais le problème majeur de cette situation, ce miroir aux alouettes des prairies où l’herbe serait plus verte, c’est que cela nourrit le fantasme irrationnel (on s’en sortira toujours !) et donc l’indifférence individuelle à la cause commune. Cela développe également le sentiment du « chacun pour soi et D.E. pour tous », et dilapide les énergies de protestation et de résistance face au rouleau-compresseur d’Etat, plutôt que de savoir les focaliser.

Cette attitude de fuite des cerveaux et du sauve-qui-peut général nuit foncièrement à la solidarité corporative et appauvrit la profession. Or, l’on n’existe pas sans esprit corporatif.

Pour autant, êtes-vous si sûr de ne pas faire partie, tôt ou tard, de la prochaine petite charrette pour l’échafaud ?…

 

Des vessies prises pour des lanternes

 

Les leurres conventionnels jouent à plein leur rôle de poudre aux yeux et mystifient les esprits. D’où la léthargie revendicative ambiante.

Etonnamment, la « NGAP 2 000 » à été vécue par l’ensemble de la profession comme une sorte de « réévaluation » indirecte de nos honoraires. Peu d’entre-nous ont analysé, syndicats y compris (ce qui est plus regrettable) qu’en fait, loin d’être un progrès pécuniaire, il s’agit en réalité d’un recul sans précédent de notre taux/horaire. Certes, de prime-abord et en primo-lecture grossière, certains coefficients s’en trouvent majorés (7.5 au lieu de 7 ou 9.5 au lieu de 9) mais pour des observateurs plus attentifs il apparaît clairement que cela n’est qu’un rideau de fumée. La « NGAP 2 000 » nous contraint (si l’on respecte l’esprit de la Convention, or nous y sommes tenus) à un tiers de présence supplémentaire auprès de nos patients. De trois patients/heure selon l’autorisation de la précédente NGAP, nous passons à deux… pour seulement deux euros vingt de plus ! Cela fait donc, en relativité horaire, que nous sommes payés de nos efforts supplémentaires à 2,20 euros les vingt minutes, soit, rapportés à l’heure : 6.60 euros avant charges. Donc (à considérer ces charges à 50% en moyenne nationale) : 3.30 euros nets.

3.30 euros nets de l’heure, ça vous cause, les enfants ?…

Réévaluation de nos honoraires avez-vous dit ?…

Bien sûr, et c’est cela qui nous sauve, peu d’entre-nous respectent la NGAP ni n’ont changé leurs habitudes sans jamais devoir rendre de compte à personne. Mais si un jour cela se devait ?…

La grosse farce des BDK (bilans).

Evidemment c’est une aubaine. Rares les pratiquent avec conscience, nombreux les encaissent avec constance. 8.10 ou 10.10 – coupons la poire en deux à 9.10 soit 20.30 euros – au mieux c’est un gribouillis dans un coin de l’ordinateur, au pire, rien. Là encore j’entends de-ci de-là qu’il s’agirait d’une « réévaluation » indirecte de nos honoraires ?…

Le BDK, à condition qu’il respecte l’esprit de la NGAP est un acte par nature foncièrement individuel, réclamant pour être bien mené (analyse, transcription) ¾ d’heure de notre temps. Cela fait donc, rapporté à l’heure, 27 euros avant charges, soit 13.5 euros TTC.

13.5 euros TTC de l’heure…

Réévaluation de nos honoraires, dites-vous encore ?…

Bis repetita : bien sûr, et c’est cela qui nous sauve, peu d’entre-nous respectent la NGAP ni n’ont changé leurs…

 

Oui, mais justement, si un jour cela se devait ? Si les caisses venaient à vérifier scrupuleusement le respect des temps individuels consacrés aux patients ou à réclamer nos arriérés de bilan sur trois ans ? Pour peu qu’on soit sincère, j’en connais plus d’un d’entre-nous qui seraient bien empêtrés…

On comprend bien que l’on ne peut pas indéfiniment jouer border-ligne ou s’infiltrer au travers des permissivités passagères de la Convention sans que le réalisme financier de l’UNCAM, tôt ou tard, nous rattrape. Il suffit d’un décret, d’un contrôle, ou d’un revirement de mentalité des caisses… ou de l’application ad oc des référentiels.

Réfléchissez à cela. N’hypothéquez pas l’avenir professionnel sur une vision amblyope, une « débrouille » individuelle à la petite-semaine. La NGAP et ses limites tangibles doivent être notre unique mode de raisonnement. Non pas la manière de savoir la détourner.

Le vrac 2009

Une cotisation ordinale qui ne baisse pas, malgré le dégoût populaire que cela soulève.

Mais, de ce côté-là, je crois bien qu’il n’y a plus rien à espérer de nos prélats déontologues. On ne passe pas d’un palais de 700 mètres-carrés Rue Réaumur, à 43 500 euros de loyer mensuel , à un deux-pièces/cuisine en banlieue…

Des esthéti-chiennes qui n’aboient même plus au passage de la caravane ordinale. Elles ne « massent » plus, certes, mais elles « modèlent ». Sans doute moins pointilleuses sur la linguistique que notre bon Roy Renié, il n’est pas certain que leur activité quotidienne en fera l’immédiat distinguo ni n’apprécie à sa juste valeur toute la finesse du haut-verbe Réaumurien. Nous,  non plus, d’ailleurs…

Des ostéopathes qui se gaussent du bon tour fait aux gueux rééducateurs, et qui prennent, enfin déchargés de leur enclume paramédicale, leur envol vers le firmament.

Une UNCAM plus que jamais goguenarde et maîtresse en notre royaume, qui passera en force ses premiers référentiels (donc le retour déguisé de la DEP et des quotas) et bientôt, n’en doutons pas, la fin de la libre-installation du kinésithérapeute sur le territoire français. Et tout cela, et c’est bien en quoi Vent de Requiem est balaise et sonnera bientôt notre oraison funèbre, sans délier bourse ni nous augmenter d’un fifrelin…

Quelles raisons d’être optimiste ?

Il est à noter, en cette toute fin d’année, une variation microscopique mais substantielle dans les mentalités de nos dignitaires représentatifs. Cela, bien sûr, est encore trop récent et fragile pour que l’on puisse véritablement parler de réforme des consciences, ni savoir dire si ça perdurera ou non, mais au moins cela a le mérite d’exister, ce qui n’était plus le cas depuis 15 ans.

2010 confirmera ou infirmera…

Le réveil de la belle aux syndicats dormants

Le 46ème congrès de la FFMKR à Angers fin octobre a été, n’en disconvenons pas, d’une clairvoyance exemplaire. Les thèmes de fond de la kinésithérapie et les raisons de son appauvrissement progressif (tant professionnel que socio-économique) y ont été débattus avec intelligence et des solutions plutôt courageuses et frondeuses envers l’Etat y ont été proposées. Le problème avec la Fédé, c’est que de longue date elle nous a habitué à un discours peu en lien avec sa réalité de terrain. Face à l’UNCAM, et donc face à l’Etat, la montagne protestataire accouche bien souvent d’une souris docile et hautement subordonnée.

Pour autant, cette fois-ci, elle a bel et bien claqué la porte de l’UNCAM.

Egalement, un « coup de gueule » sans précédent de son directoire – et la profession momentanément épargnée peut vivement l’en remercier – a stoppé-net le train ô combien délétère des putrides référentiels.

A suivre donc…

De son côté UNION (SNMKR/OK) bien qu’en grand péril de « pilote dans l’avion », semble emboîter le pas à la Fédé. A son tour elle a quitté la table des fourbes « négociations ». D’un naturel plus combatif que la FFMKR, mais hélas toujours à la singer, sa présence en « contre-pouvoir » est pourtant fondamentale à la vie conventionnelle. Souhaitons-lui, et souhaitons surtout au SNMKR, de savoir surmonter ses querelles internes et retrouver une cohésion d’ensemble.

Par ailleurs, UNION semble trouver enfin son rythme de croisière et une véritable consistance d’intersyndicale, et n’être plus la carcasse vide en copier-coller du SNMKR que nous lui connaissions.

Alizé, par une présidence devenue cette année « libérale », plus que jamais s’infiltre et infiltre son esprit indocile dans un quarteron syndical jusqu’alors consensuel et compassé. Hélas, trop peu encore de cotisants « de ville » pour pouvoir  prétendre à véritablement peser sur les décisions conventionnelles. Pour autant, son « poids » n’en devient pas moins incontestable de jour en jour et ses pensées frondeuses ont indiscutablement re-dynamisée l’esprit contestataire en berne des centrales « historiques ». Dès qu’Alizé aura franchi (s’il y parvient ?) ce lourd handicap de la représentativité cotisante au sein du monde libéral, gageons que ce sera un atout majeur et très entreprenant pour la défense de la profession.

Cependant, rappelons pour info que l’accès au stylo « signataire » c’est 2 000 adhérents libéraux. Que, selon la Convention, deux syndicats seulement sont habilités à représenter la profession.

Les deux poids-lourd que sont la FFMKR et le SNMKR possèdent approximativement et respectivement près de 3 000 adhérents et un peu plus de 2 500. Alizé approche difficilement les 500 (libéraux). Donc, prévoir un délai…

Le dégel de l’Ordre

L’Ordre, enfin, semble se dé-rigidifier et affiche les premiers soubresauts d’une démocratisation qui, jusqu’alors, ne fut pas sa plus distinctive marque de fabrique. En effet, en lançant une grande enquête en ligne auprès du professionnel sur le thème : « Masseurs-kinésithérapeutes : quelle image et quels messages pour la communication de notre profession ? » il démontre pour la première fois de sa carrière un souci de participatif et d’interaction avec le métier. Le kinésithérapeute devient enfin autre chose qu’un cotisant sonnant et trébuchant.

Les esprits taquins diront, il est vrai, que son premier cavalier-seul avec la campagne publicitaire « Céline » sous les abribus et sa gaufre mémorable et rocambolesque auprès de la profession et des médias ne sont pas entièrement étrangers à ce revirement de mentalité…

Pour autant, il convient de recevoir avec un bel enthousiasme, mais une grande circonspection, ce premier signe timide « d’ouverture » de l’Ordre, en tant que gage d’un dialogue enfin trouvé avec le métier ?

Retour à l’équilibre ?

En conclusion, si l’année 2009 a commencé – à l’image de ce que fut 2008 – d’une manière désastreuse et fort inquiétante pour le métier, son dernier trimestre témoigne des signes très encourageants d’une « reprise en main » de la vie conventionnelle par nos syndicats. Cela pour autant, nous le répétons, reste hautement fragile.

Pour l’heure, évidemment, nous sommes encore loin du courage et de la puissance de feu des centrales de médecins et de leur capacité à mobiliser le professionnel et les médias.

Mais nous revenons également de très très loin…

Pour autant, ne nous le cachons pas, des brisants particulièrement acérés attendent nos centrales signataires cette année (référentiels, libre-installation, revalorisation, DEP) et la mer UNCAMienne promet d’être particulièrement houleuse. Les galériens n’en ont pas fini de ramer…

Souhaitons donc à notre frêle flottille protestataire courage et ténacité, rangeons la profession à ses côtés, et faisons bloc face à l’adversité d’Etat. Alors, peut-être que l’avenir de la kinésithérapie ne sera plus si noir qu’on a pu, à raison, le craindre ses dernières années et particulièrement au début de celle qui vient de s’achever. Croisons les doigts ?…

Bonne année à toutes et à tous, et rendez-vous au bilan 2010 !

2 réponses à to “L’année 2009 au scanner”

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…