Depuis quelques temps, je lis, sur certains tchats professionnels, la détresse de consœurs et confrères qui (de plus en plus nombreux) font part de leurs angoisses face à la chute, parfois vertigineuse, de leur activité, et donc, de leur chiffre d’affaires. Et ce, parfois, après des décennies de ballade en mer pénarde.
Il s’agit, pour eux, d’une véritable angoisse puisque, derrière cette descente vers des abîmes inconnus, se pose la question de leur survie économique, tant pour eux-même que pour leurs proches. De quoi sera fait demain ? Vais-je pouvoir continuer d’assurer subsistance et confort aux miens ? Quelle décision prendre ?
Ce qui ajoute à leur inquiétude et amplifie leur sentiment d’impuissance, c’est que, bien souvent, ils ont la perception (et, notez que je parle de « perception ») de n’avoir aucune prise sur cette déliquescence de leur activité. Ils pensent – et peut-être à raison ? – avoir « tiré sur toutes les ficelles » pour redresser la barre du Titanic et éviter l’iceberg. Pour autant, inexorablement, il poursuit sa route délétère…
Il ne semble donc pas totalement inutile de discuter autour de ce problème, puisque de taille pour certains.
La chute d’activité est-elle une fatalité conjoncturelle ?
Globalement, nous pouvons répondre que « oui ».
Individuellement, nous dirons que « non ».
Aux cas particuliers (concurrence des nouveaux collègues, absence de remise en question, habitus et routines thérapeutiques) s’ajoute un contexte hautement récessif, de la part des Pouvoirs Publics, à l’égard de la kinésithérapie (chute des prescriptions). Contexte que tout le monde connaît suffisamment pour qu’il soit nécessaire d’épiloguer.
Relativisons !
Tout d’abord, rappelons que bien peu d’activités professionnelles humaines franchissent les décennies sans avoir, tôt ou tard, à devoir sérieusement se remettre en question, voire, à dépérir pour renaître sous une autre forme, ou disparaître tout simplement.
Rares sont les femmes et les hommes de ce Monde qui « font carrière » d’une seule traite, sorte de « Voie Royale » inscrite ad vitam dans le marbre de la non-évolution et du confort intellectuel.
Peu, en vérité, sont épargnés par la nécessaire transfiguration, dérangeante, bouleversante, parfois douloureuse, mais si nécessaire à l’Humain.
Cela, sans doute, peut paraître être un truisme, mais relativise nos prétentions et réconforte notre sentiment de solitude face à l’adversité. On se sent moins seul, puisque, au final, il n’y a rien de plus banal, de plus universel, que de devoir se remettre en question de fond en comble, de manière récurrente, et d’apercevoir ses belles certitudes existentielles – et, en l’occurrence, professionnelles – s’abattre comme le chêne du conte.
(Déjà, peut-être, chez certains qui me lisent, qu’au chêne fait écho le roseau ? ;-)
Rappelons encore que – au-delà de son aspect inconfortable sur le moment – le changement (donc le mouvement) ouvre sur d’autres portes, d’autres curiosités, enrichit la pensée, les émotions, et développe, élargit, notre perception du Monde.
En grossissant le trait ; si vous ne bougez jamais de votre fauteuil (ou de votre cabinet), comment connaître l’existence des forêts, des montagnes, des océans, autrement « qu’intellectuellement » ou par le canal réducteur de votre téléviseur ? Donc, pas.
Bien loin de son conformisme douillet et immuable, la « mise en danger » de soi-même, au travers de ses certitudes ébranlées, vous offre une nouvelle « grille de lecture » de l’univers qui vous entoure, et, donc, de vous-même.
Ajoutons à cela qu’un « changement » peut-être l’occasion de « remettre les pendules à l’heure », d’aller vers une autre activité humaine, peut-être plus proche de nos aspirations profondes, de notre sensibilité présente, de nos rêves d’enfants, d’être enfin en phase avec soi-même. Alors, après tout, que de voir se « casser la gueule » une activité à laquelle l’on adhérait que par habitus, par suite existentielle « logique » (être, par exemple, kiné plutôt que cuisinier, car on était en BAC « S »), est la meilleure chose qui puisse arriver à notre devenir.
L’heure (ou, leurre ?) des solutions
Il peut y avoir, bien évidemment, des causes purement « conjoncturelles » à l’effondrement de son activité professionnelle (hyper-concurrence locale, disparition des prescripteurs, etc.). En ce cas, la plus banale des propositions est de savoir faire preuve de souplesse, de, peut-être, allier un poste salarial à un poste libéral, de contrôler mieux ses charges, d’éviter les prises de risques financières périlleuses ou « compulsives », de savoir « relancer » ses prescripteurs (mailings, communication), voire, au final, d’envisager « d’émigrer » vers des zones plus propices.
En tous les cas, soyez « analytiques » et précis dans le diagnostic de votre situation, de manière à y apporter « la » solution.
Pour exemple, un chiffre d’affaire en régression depuis un an peut ne rien signifier du tout (installation, sans conséquence future, d’un confrère, mouvance du « marché », etc.). Au-delà de deux/trois ans, il y a systématisation, donc problème. Si vous n’anticipez pas le phénomène, vous vous retrouverez, un jour ou l’autre, au « pied du mur », et sans alternative…
Mais, pour les autres, ceux qui (du moins l’imaginent-ils) ont « tirés sur toutes les ficelles » ?
A l’évidence, ils ne feront pas l’économie d’une profonde remise en question.
Le « choix des armes » ou « des larmes » leur appartient alors ; la feront-ils en « souplesse », en accord avec leur « moi » profond, avec tendresse envers leurs aspirations, comme une « évidence », presque une chance, offerte à leur devenir, ou bien subiront-ils, dans la violence, la frustration, à « grands coups de pieds dans le fion » ?…
Tout est affaire de posture.
Voici celle que j’aimerais (en toute humilité) vous proposer :
Agir.
Initier la notion de mouvement (rappelons – grand concept ostéopathique – que le mouvement, c’est la vie !). Car, il n’y a rien de plus fatal que de ne rien faire, de laisser faire les « choses », d’attendre, immobile, de tomber de l’arbre comme une vieille figue asséchée.
Vous aimeriez ouvrir – en souriant intérieurement de votre hardiesse de pensée – un restaurant ? Mais, tout cela vous apparaît si flou, si distant ? Et bien, inscrivez-vous à des cours de cuisine. Peut-être pour rien, peut-être pour rire ? Mais, êtes-vous vraiment certain de là où cela vous mènera ou ne vous mènera pas ? Ce tout premier pas ? Qui sera – peut-être ? – l’initiateur de tant d’autres, à la suite, que vous ne connaissez pas encore, ni ne pouvez même – en cet instant – appréhender…
Vous souhaitez poursuivre votre profession de kiné ?
Alors, faite un bilan – sincère ! – de compétences. Posez-vous les bonnes questions. Suis-je toujours aussi « niackeur » qu’il y a quinze ans, dix ans ? N’ai-je pas – de manière peut-être insensible, au jour le jour – laissé un peu « filer » mes compétences, mon « envie », ma présence, ma disponibilité aux patients, à mon travail ? Ne suis-je pas entré, peu à peu, dans une sorte de routine somnolente, un confort de pratique, dans de la « facilité », qui, au final, m’ont distancié, graduellement, des autres ?
N’oubliez jamais que les gens dépérissent de l’évolution qui les entourent, et dont ils ne prennent pas le train ! Ils « s’auto rayent » de la carte de l’avenir du Monde, qui, de décennies en décennies, ré-invente ses codes.
Peut-être devriez-vous alors songer (si cela n’est pas encore fait) à passer à « l’acte individuel », à consacrer une demi-heure à chaque personne, à vous offrir, à « leur » offrir, une respiration, un espace plus ample, pour que chacun se retrouve enfin ? Un tempo plus calme de présence à « l’autre » et à vous même.
Avez-vous vraiment besoin de la nouvelle Audi, dont le crédit vous fera cavaler toute l’année ? De partir si loin en vacances ?
Peut-être, à vous former d’avantage ? Une, ou des formations, qui vous conviennent. Non pas forcément parce qu’elles « répondent » à un effet de mode, à un projet que vous pensez « porteur » (vous prendriez le risque de vous adjoindre des techniques « gadgets », que vous « n’habitez pas », et qui vous iraient comme un costume de clown à un notaire). Mais des techniques, des méthodes, des écoles de pensées, qui vous correspondent, qui prolongent l’être que vous soupçonnez (ou, connaissez peut-être ?) en vous. Là, vous pourrez alors être certain d’apprendre « utile », à vous-même, donc aux autres.
Idem pour l’investissement dans les matériels : optez seulement pour ceux qui prolongent votre action, votre « mental », votre « coloration ». Pour ma part, un appareil d’électrothérapie dans mon cabinet – aussi « high-tech » soit-il – me ferait la sensation d’un nez de clown (toujours le même). Un bel aquarium, des CD d’ambiance, seraient plus fluides… pour moi !
Un conseil, cependant ; dans le contexte actuel, évitee les emprunts « lourds » sur ce qui n’est qu’investissement « matériel », et non « intellectuel ». Ne chargez pas la mule de vos finances. Conservez de la « souplesse » et de la liberté d’action.
Rompez définitivement avec cette croyance qu’un investissement en matériels vous maintient « dans la course ». Bien au contraire, il peut être la porte ouverte sur bien des facilités, des « conforts » périlleux et sans avenir, tant envers vous-même qu’envers les autres…
Puis, laisser venir...
Laisser aux « choses » le temps de se mettre en place, de s’installer doucement, lentement, de manière sans doute un peu confuse au départ, mais – au final – structurée. Souvent à son insu, et à son étonnement.
Et, cela tombe merveilleusement puisque, dans votre désarroi actuel (la chute de votre activité), il n’y a tout de même peut-être pas encore une urgence urgente au point de tout devoir bouleversifier dans l’instant ?…
En quelques mots ; faite confiance à cet « instinct de vie », qui, jusqu’à présent, vous a mené là où vous êtes ( et, ça n’est pas si mal, non ?) et qui – n’en doutons pas – poursuivra de savoir conduire vos pas là où ils doivent être conduits.
Vous êtes inquiets ? Vous avez du mal à trouver le sommeil ? C’est bien. Cela signifie que votre « radar » vital est en éveil, et que – déjà – il envisage des directions, des évolutions nécessaires, des solutions alternatives.
La pire des solutions serait de ne RIEN faire.

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