Depuis trente ans déjà le « real-syndicalisme » a pris le pas sur le réalisme syndical.
50% de baisse notre niveau de vie en trois décennies, nous connaissons au quotidien – surtout les vétérans – les conséquences de cette inconséquence sur notre im-pouvoir d’achat.
Nous avons travaillé toujours plus, tiré sur les bouts de ficelle, compacté nos clientèles, pratiqué le D.E. massif, ou sacrifié aux muses lucratives et assez dévalorisantes de l’esthétique pour faite la Mère Michelle. Mais rien n’y fait. Là, plus que jamais, on est au taquet et nos officines vrillent en quenouilles…
Un kinésithérapeute libéral en 1980 (et pourquoi partir du postulat réducteur qu’il sabotait davantage le travail ?) possédait un confort financier deux fois supérieur au nôtre actuel. Ce sont des chiffres qui pleurent d’eux-mêmes…
Certes – chose que jugent obscènes certains rédempteurs jansénistes sur terre pour en baver et gagner à la sueur de leurs menottes besogneuses leurs petites parcelles de Paradis – la confrérie partait en vacances aux Antilles, offraient de bonnes études et des loisirs à leurs enfants, un pavillon souvent spacieux, une grosse voiture qui fait vroum-vroum, parfois même un lévrier-afghan. Mais également, corollaire de l’axiome, elle investissait lourdement dans la substance cérébrale et la formation post graduée, dans des matériels de qualité pour leurs patients, et leurs consacrait, dans la plus part des cas, une attention et une présence bien supérieure à celle d’aujourd’hui.
Lorsque j’ai commencé à travailler il y a plus de vingt ans, d’abord assistant fourre-tout dans un cabinet, mes confrères quadras de l’époque, Méziéristes vertueux et moraux s’il en est, considéraient comme indécent de « voir » plus de 75 patients par semaines. Plusieurs années après l’un d’eux m’a appelé en mon humble officine pour me demander si j’avais quelques filières avec l’équarrisseur de cellulite, Lou-Pol Gulitzer, m’expliquant que même à 110 rdv/semaine il ne parvenait plus à endiguer ses charges. Le Méziérisme devenue Mizérabiliste et trois quart d’heure passé au chevet d’un AMK7 ne payaient plus son homme ni l’EDF…
Nous ne sommes pas – cela se saurait et nous serions tous dans le commerce – des femmes et des hommes « d’argent » tannés par leur Porsche ni leurs vacances à Saint-barth, mais des paramédicaux lucides, soucieux d’être respectés dans leur utilité sociale et leur outil de travail préservé. Ni plus ni moins. Poursuivre de gagner sa vie honorablement, fruit de son labeur, ce n’est pas inconvenant.
Boutefeux de la « faute originelle » passez donc votre chemin, lâchez-nous le goupillon moral et la leçon de choses et regagnez les lamaseries tibétaines. Ca recrute dur ces temps-ci, il paraît. Là-bas au moins, outre une amélioration très conséquente de votre garde-robe et de votre régime alimentaire, vous y serez exploités pour pas un rond et vous gambaderez en tongs hors des chemins battus.
Nous, comme Bouddha souriant, on a déjà fort à faire avec notre Van Requiem…
Ici, qu’on le regrette ou non (vaste débat) nous sommes sous la coupe d’un système capitaliste dont le moteur principal est « l’argent ». Sans « argent », rien n’y est faisable. Ni cabinet « propre », ni matériel high-tech, ni formation continue coûteuse.
Impossible de rêvasser à Baudelaire même sous le pont Mirabeau, lorsqu’on dort dans des cartons…
Qu’est-ce que le « real-syndicalisme » ?
C’est un savant mélange, un truc pour ballerines chevronnées, entre plaire à sa « base » (le nombre de cotisants étant le nerf de la guerre et seule manière de rester ou de devenir « signataire »), complaire à l’Etat (et surtout aux mannes colossales de ses subsides), d’ego intra-oligarchiques, d’ascenseur social, d’usines à pétrodollars à poursuivre de faire suinter (presse, Agas, formations continues) et ses troupeaux de salariés à savoir continuer de payer, mâtinés d’un (très) léger saupoudrage, et – lorsque le planning le permet – d’intérêts collectifs de primo-intention.
Il faut poursuivre de donner l’apparence de façade d’être un syndicat « combatif » pour être racoleur tout en ne l’étant pas trop, afin de ne pas déplaire au Prince au risque sonnant et trébuchant de ne plus être son favori…
Il y a encore, le nier serait sot, quelques « encartés » sincères, des âmes bien-nées (mais avec 30 ans de retard) ayant foi en l’avenir de la profession et y travaillant sur leur temps personnel, voir même de leurs propres deniers. Ils ne dépassent que rarement la pôle-position des cotisants du soubassement et les réunions fiévreuses de MJC. Pour le reste, dans les hautes-sphères décisionnelles, il y a long-feu que « l’esprit et la conscience syndicales », celle des barricades et de Jaurès, se sont encanaillés en un boulier mercanto-pragmatique et cristallisés en une défense becs et ongles des prérogatives claniques sous les arcanes moelleuses et hypocoristiques des travées du Pouvoir.
Personne ne sait plus bien d’ailleurs, dans ce cœur des forains translucides, pourquoi l’on abhorre si épidermiquement « l’autre » le syndicat « ennemi » ? La réponse est pourtant laconique ; on le déteste juste pour exister par « opposition tribale » d’avantage que pour faire exister la « proposition globale ». Pour être en « filiation » et en « ascension » mieux que de savoir être en « imagination » et en « création ».
On ne se caractérise plus, faute de matière grise et d’inventivité conquérante, par esprit de « construction » que par celui de « destruction ».
Les presses corporatives, par ailleurs si imaginatives en ricanements de toutes sortes, n’offrent que rarement des propositions alternatives, ni même un projet d’avenir. Seule l’UNCAM mène la danse à la schlague face à une cohorte de lièvres en Ordre dispersés…
Et l’Ordre dans tout ce fatras ?
Entre intérêts corporatifs et enjeux claniques, l’équilibre était déjà particulièrement névrotique. L’apparition en sus d’un Ordre superfétatoire, plénipotentiaire et énième niveau décisionnel, a compliqué la donne à l’excès et la rendu parfaitement schizophrénique.
Il convient à présent, outre les coutumiers pics-assiette gamelans à l’auge commune, de satisfaire à cet Ordre mouche du coche et de lui donner une importance là où il y a encore cinq ans il n’en avait strictement aucune. Il faut donc déshabiller Alain pour habiller René. Position intenable sur le long terme…
Pourtant cet Ordre, bien que vécu et désiré ainsi par certains nonces syndicaux soucieux d’y jouer tôt ou tard un rôle prépondérant, n’a jamais été « la » solution ni le « meilleur compromis » entre les velléités divergentes. Comme Miss Monde n’a évidemment jamais été la plus belle femme du Monde mais le résultat médian et le « moins pire » des accommodements entre les goûts indigènes et particulièrement antinomiques du cambodgien, de l’aborigène et du Bobo du 16ème…
Le fourvoiement avec l’Ordre c’est bien qu’on lui demande de jouer un rôle qui, institutionnellement, ne devrait pas être le sien, celui d’être l’arbitre des errances syndicales et de leur perte de matière, voir même de « re-dynamiser » et « d’unifier » une charpente revendicative qui n’est plus que l’ombre de sa main, l’ombre de son chien…
L’Ordre – nous parlons évidemment de celui des hauts-plateaux – n’est pas un « super-syndicat » mais un recyclage de fin de carrière et un tri sélectif pour syndicalistes de noble-lignées, le repos fort mérité du guerrier harassé, et c’est parce qu’« ils » n’en ont pas encore parfaitement conscience qu’« ils » tergiversent tant à trouver leur Agora et à être aimé de nous. Ors, par penchant naturel, nous aimons plutôt les vieux, nos aînés, et être patriarche et rassasié n’est pas une tare en soi, tant et aussi longtemps qu’« ils » en ont conscience et qu’« ils » savent place et raison garder, et cesser de nous brouter le chou sur la tête…
Le courage de dire « non » pour nos prélats signataires est donc perdu de longue haleine.
C’est l’andropause syndicale, les fuites urne-inaires dans la couche contestataire et – décemment et tout respect gardé – l’on ne peut demander à une colonie sous Viagra revendicateur, l’Ordre en l’occurrence, de monter aux créneaux hyper-testostéronisés des luttes corporatives en lieu et place des centrales pour palier au déficit sphinctérien.
Qu’il soit entendu que nous posons là une observation et non pas un jugement de valeur. En vos places (peu enviables) messieurs nos plénipotentiaires coincés entre les réalités de terrains, nous ne ferions sans doute pas mieux. Cependant, rien d’interdit de regretter qu’en trois décennies le syndicalisme et la défense de la profession se soient laissés manœuvrer de la sorte, compromettre en des liens financiers faméliques et une course à la « représentativité » coûte que coûte, se laissant progressivement mettre la main au col contestataire comme un vulgaire cabot d’Etat.
Sans vouloir préconiser quoi que ce soit, nous vous rappellerons la fable du loup et du chien de Jean de la fontaine : on ne peut pas mordre la main de qui vous nourrie ni poursuivre d’aboyer sous collier-étrangleur…


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J’ai beaucoup aimé ton article « Grosse fatigue ». Je ne bosse que depuis 2 ans mais j’ai l’impression que les gens sont vraiment sans gêne parfois. Continue à poster.
Chtite Blonde
Tout le plaisir est pour moi Chtite Blonde, ton blog est vraiment drôle.
Je peux te mettre en lien sur le mien?
Pollux
Of course.