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Trop de débat tue le débat.

La diarrhée médiatique autours d’une affaire pourtant simple – faut-il se vacciner ou non contre la grippe A ? – a pris des allures de grand complot des concombres masqués et de génocides patentés des multinationales pharmaceutiques sur les populations.

On nous cache tout, on nous dit rien ! C’est l’alliance pharmaco-gouvernementale pour s’en mettre plein les fouilles ! On nous manipule ! Nous ne sommes que des rats de laboratoire pour leurs expériences militaires !

Entre discours alarmistes des soubrettes d’un Etat ayant 60 millions de piqûres sur les bras, et névropathes de tous poils qui se pendent au signal d’alarme à la vue de la moindre seringue, l’hystérie collective est à son comble. Jour après jour, et depuis six mois, partisans du « pour » et artisans du « contre » s’écharpent à la Une. Même le panier de nos basketteurs tricolores contre l’Irlande n’y a rien changé…

Scully et Fox Mulder ne le renieraient pas ; la vérité est forcément ailleurs…

Fort heureusement votre serviteur, et il remercie machin-N1 de son empressement, n’a plus ce genre d’Etat d’âme. Il l’a choppé l’hideuse bestiole, et dès octobre s’il vous plait ! La facture est simple : trois semaine de vie de merde, de choriza à parler comme Duffy Duck, de mouchoirs gluants dans les poches, de bronchite purulente, de jambes coupées, de souffle court, de draps dégoulinants qu’il faut changer chaque matin, et cette asthénie insupportable qui vous donne une envie irrépressible de palmiers et d’envoyer bouler le moindre pilier de cabinet ou la petite vieille qui traverse en gastéropode le passage clouté.

Certes, ce n’est pas un truc qui vous plaque définitivement au plancher des vaches genre mole gallois, mais un sale petit mal-être qui vous burine la couenne et vous colle à la peau comme taxe professionnelle sur le bas-libéral…

Piquera ? Piquera pas ?

 

Une fois n’est pas coutume, le gouvernement – et là est tout le sel de l’affaire - a cette fois péché par excès d’honnêteté. Trop de transparence. Trop de principe de précaution.

Eclaboussé par le scandale du sang contaminé, échaudé par la canicule et sa gestion désastreuse, atomisé par les retombées médiatiques de Tchernobyl (puisque celles du nuage toxique auront eu l’extrême amabilité de s’arrêter nettes à nos frontières), l’Etat est devenu radio(hyper)actif et omniprésent dans les logorrhées de l’entubage cathodique.

Cette fois – juré-craché ! – on ne l’y reprendrait plus la main dans le sac à embourbage des secrets d’Etat ! Roseline, pour le coup, a sérieusement bacheloté son sujet…

Trop de transparence ?

Pour la première fois – et fait peu banal dans l’histoire habituellement plutôt aseptisée et pasteurisée des sérothérapies – la ménagère audiovisuelle a assisté d’un bout à l’autre de la chaîne à l’avènement d’un vaccin. De sa conception à son usinage, en passant par ses autorisations de mise sur le marché, aucune étape ne lui aura été épargnée ni discutée de long en large au grand-messe du 20 heures par des assemblées radoteuses de tempes grises. De même, et puisque pour une fois, questions modalités, on la faisait participer à l’unisson des biologistes, elle ne s’en est pas privée et a donné son avis hautement éclairé sur tout. Adjuvants ou non ? Mono ou pluri-injections ? Doit-on vacciner les seules populations à risque ? Faut-il rendre la vaccination obligatoire ? Fermer les aéroports ? Porter le masque à la piscine municipale ? Passer le niveau d’alerte de l’OMS au stade 6 ?

Or, chemin faisant – et là est bien tout le schisme d’avec les scientifiques – notre apprentie-chimiste du PAF s’est prise sur le pif une réalité qu’elle avait jusqu’alors que peu soupçonnée : la notion de différentiel entre risque encouru et bénéfice engrangé. Un produit actif, qu’il soit sous la forme de petites pilules roses ou bien de vaccins, présente intrinsèquement une part de danger. Il y aura des effets secondaires, des réactions allergiques post-vaccinales, probablement même des décès médicamenteux, le tout étant de savoir si la balance de la santé publique penche davantage vers la prise de risques pharmacopées ou vers l’abstinence.

Ce type d’interrogation, inhérent à toute création pharmaceutique et qui fait le quotidien de nos chercheurs, est tombé comme une massue sur les carafes béotiennes et a crée une immédiate et profonde anxiété populaire. Celle-là même qui prend aujourd’hui des proportions aussi schizophréniques qu’extraordinaires…

Trop de principe de précaution ?

Bien sûr, Roseline, en un élan humaniste et inconsidéré, en a fait des masses et a acheté pour 1% de la population 10% des réserves mondiales de vaccins. Soit, calcul hautement pragmatique, un vaccin par tête de pipe. Cela peut paraître excessif, mais peut-on le lui reprocher ?

Il est aisé de railler à présent que le vent du boulet est passé au-dessus de nos têtes…

Que serait-il advenu si son « principe de précaution » avait joué à plein face à une pandémie meurtrière et sauvé des milliers de vies ? On lui aurait baisé les pieds à la Roselyne, et on l’aurait porté aux pinacles des exemples d’Etats à suivre. On l’aurait canonisé…

N’oublions pas que toutes les décisions ont été prises en avril, à un moment ou personnes – scientifiques y compris – ne savaient strictement rien envisager de l’avenir et du devenir de la pandémie. D’ailleurs, le sait-on seulement aujourd’hui encore ?

A tous ceux qui la joue gouailleur, je demande de considérer ce qu’il serait advenu de leurs glousseries si jamais l’actualité avait donné raison à la ministre ?

Moi, Roseline, je te tire mon chapi-chapeau.

Carton rouge pour le médical

 
De son coté le médical (et nous ne sommes pas certains que ce soient là ses plus hautes lettres de noblesse) a largement participé à l’incurie générale en refusant massivement de se faire vacciner (seulement 10% selon les sources officielles, bien moins en réalité). En effet, comment ne pas fantasmer le pire sur ce vaccin fait « à la va-vite » puisque même les blouses blanches s’en défient ?…

Or, et là est notre tort incompressible, nos raisons ne sont pas exactement identiques à celle des masses béotiennes. Beaucoup d’entre-nous ne se sont pas vaccinés non pas par crainte du sérum – que nous savons être de dangerosité strictement égale à celui de la grippe saisonnière, c’est à dire proche du néant – mais par laxisme soit par calcul des risques face à ce que d’aucun considère n’être qu’une simple grippette à faible virulence. Certes de grandes chances de l’attraper, mais bien peu d’en mourir. Juste un sale petit moment à passer.

Or, si l’on fait un calcul pour soi que l’on peut penser à priori raisonnable et couru « sa » propre part de risque, on a juste oublié au passage que l’on entraînait derrière soit celle des « autres » et principalement celle de nos patients, souvent bien plus faibles et exposés que nous.

Là, le calcul, et pardonnez du peu, n’est plus du tout raisonnable…

Un bilan bien peu rutilant

 

Les conséquences implicites d’une telle « gestion du risque » sur le plan hexagonale et l’image populaire navrante qu’il en ressort seront, à notre sens, hautement regrettables et doubles.

Il est à supposer que le gouvernement, piégé à son propre jeu de la franchise, embourbé jusqu’à la truffe dans d’interminables palabres et justifications, en tirera les leçons et reviendra à son Etat normal, c’est à dire à celui du silence de plomb genre Tchernobyl, et considèrera que l’on ne peut pas tout dire à une population tenue pour immature. Et le fait est…

Il est donc probable qu’à l’avenir, face à toutes nouvelles menaces sur nos populations, quelles soient d’ordres bactériologiques, industrielles, voir guerrières, le discours officiel soit de re-chef un brin mâtiné de langue de bois…

L’autre incidence, tout aussi péjorative, est le reflet inquiétant que projette l’immobilisme et la pusillanimité d’une population face à un risque majeur qu’aurait pu être un véritable fléau pandémique. Or, et ne l’oublions pas, en moyenne une calamité de ce genre apparaît tous les huit mois en un quelconque point du globe…

Nonobstant que la grippe A peut encore devenir ce fléau. Cette semaine en Hollande le virus a « muté » (ô pardon ! C’est « recombiné ») pour la première fois chez trois personnes, dont deux en sont mortes…

Quelques contre-vérités

 

  • Les laboratoires font du blé sur le dos des malades ! Oui, indiscutablement. Et toi, pomme, tu fais quoi dans ton officine ?…
  • Les laboratoires font de l’intox publicitaire ! Cette assertion me vient d’un de mes confrères à la plaque professionnelle de deux mètres-carrés, clignotante de jour et fluorescente la nuit…
  • Roselyne a 60 millions de dope sur le rade à refourguer d’urgence ! Oui, à cela près qu’elle les « refourgue » gratos et qu’il convient davantage d’y voir un geste citoyen que mercantile. Tu en connais beaucoup, toi, des vaccins que l’on distribue gracieusement ?…
  • Les médecins libéraux ne sont pas conviés à la vaccination. Ca n’est pas un signe, çà, de grosse fourberie ? Non. C’est juste oublier que la grippe A, dès avril, a été conçue préventivement comme une pandémie hautement meurtrière. Que les mécanismes soignants et l’oligarchie thérapeutique a été mise en place conséquemment sur le modèle du « pied de guerre » et de la « vaccination de masse ». En ce sens, foin de finasserie, les centres de vaccinations, hautement plus contrôlables et d’une logistique plus souple, sont la réponse ad oc. Pour les subtilités de ville, prévoir un délai…
  • On ne sait rien de ce qu « ils » mettent dans leur « potion magique » ! Au contraire – et bien là est le gap – on ne la jamais tant su. Pour la première fois de l’histoire vaccinale la population a entre les mains tous les tenants et les aboutissants, et donc sa responsabilité citoyenne. Ors, de responsabilité, nous voyons bien le résultat…
  • Je n’appartiens pas à une population « à risque », pourquoi donc me faire vacciner ? Toi, sans doute pas, gros égocentrique (bien que des adultes jeunes et en bonne santé sont d’ors et déjà morts de la grippe A) mais tes proches, peut-être ? Es-tu disposé à leur faire courir inutilement ce risque ?

Il n’est pas formellement interdit d’être moins borné

Pasteur à lui seul a sauvé cent fois plus de vies qu’en ont tué Hitler, Staline, Mussolini et Franco réunis. Il conviendrait non pas d’élever une statue à ce gars-là, mais un Institut.

Un courant de pensée anti-vaccinal – très bobo et Paris-à-vélo-pissenlits-sur-le-guidon – a vu le jour depuis quelques années, curieusement en étroite corrélation avec la prise de conscience écolo et ses poubelles aux couvercles jaunes/bleus/verts. On trie sélectif et donc, par voix d’une ténébreuse inconséquence, on ne vaccine plus ses enfants.

Or, selon nous, il doit être possible d’aimer manger des pommes non-trafiquées, de mettre sa petite bouteille en plastoc dans le récipient couleur cocu, sans pour autant être planté bas de la frondaison ni réouvrir la porte aux ravageurs d’humains, aux 200 millions de morts annuels, que furent les grandes épidémies anciennes.

Tétanos, poliomyélite and so on, ont pratiquement disparu de nos paysages urbains grâce à quelques piquouzes bien-pensées.

Seule la tuberculose – et en raison unique d’un net recul vaccinal – a regagné en dynamisme au travers d’une population à haute précarité ou immunodépressive.

L’hépatite B, le fossoyeur de l’amour, tue chaque année bien plus de personnes que le Sida, même et surtout en France. Pourtant la rumeur et quelques suspicions de cause à effet non-établies de SEP post-vaccinales ont eu raison de la campagne salutaire et nationale de prévention publique. Bilan, sous la pression populaire, pourtant non-fondée, la vaccination de masse a connu son coup de grâce. Des gens, près de 20 000 dans l’hexagone, continuent donc de mourir annuellement pour une dés-information aussi tronquée que fantaisiste et sous la houlette de quelques affriolés du complot pharmacopée.

Pour autant je ne juge pas – qui suis-je pour le faire ? – je demande simplement aux petits croisés de l’anti-vaccination de prendre – enfin ! – leur responsabilité et de bien concevoir l’impacte ô combien délétère qu’ils ont sur l’opinion publique. Des gens – et pas qu’un peu – meurent chaque année par tombereaux, influencés qu’ils sont par ces conceptions quasi-sectaires et d’un autre siècle.

Or, et nous le savons bien, les conceptions anti-vaccinales reposent non pas sur des faits avérés et indiscutables, mais la plus part du temps sur une intuition toute existentialiste, pour ne pas dire un « mode de vie ».

Alors, tous paranos ?


 

Assurément.

Mais, fait curieux – entre ceux qui feraient picouzer même leur poisson rouge et les autres qui, même asphyxiant des branchies et sous intubateur refuseraient la moindre injection – les agités du bocal semblent équitablement répartis dans les deux camps.

Bon-sens et sang-froid s’abstenir…

 

Pourtant la problématique est d’une simplicité évangélique.

Se vacciner est un devoir citoyen, humain – pour ne pas dire humanitaire – et avant tout un acte lucide de professionnel de la santé. C’est participer à faire barrage de sa hauteur de petite fourmi à l’ingression d’une contagion planétaire qui fera, nous le savons à présent, des milliers de morts à travers le monde, surtout le tiers-monde, et probablement près de 1500 en France.

Ors, et nous le savon également, la particularité du virus H1N1 c’est que, contrairement à la grippe saisonnière qui n’assassine « que » les personnes faibles et âgées (4 à 6 000 par an dans l’hexagone) ce spore-là emporte avec lui une population d’adultes jeunes et parfois en excellente santé.
L’ambiguïté des gens qui ne se vaccinent pas c’est que la plus part du temps s’ils ne choppent rien, c’est grâce à d’autres qui ont eu le civisme de le faire à leur place…

Se vacciner, c’est dire : « La grippe A, elle ne passera pas par moi ! ».

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…