Le concept de base n’était pas idiot, voir intéressant : contrôler, donc harmoniser, la compétence du kinésithérapeute tout au long de sa carrière pour une meilleure reconnaissance de ses aptitudes, donc de son statut social, donc de ses honoraires.
Pour ce faire, l’EPP (Evaluation des Pratiques Professionnelles), très en lien d’affaires avec la HAS, voir dînant aux même gamelles, instaurait un collège de Têtes Bien-pleines pour scanner la corporation sur le mode du volontariat. Pour faire bonne mesure et table-rase du passé (allez, on oublie tout et on recommence !) on envisagea même un temps de changer d’appellation contrôlée, le « kinésithérapeute » devenant le « physiothérapeute », dénomination ô combien plus high-tech et anglophile dans le texte.
C’était la Grande Rédemption par la technologie.
C’était surtout un projet dégoulinant de bonnes intentions comme les chemins de l’Enfer en sont pavés et une méconnaissance profonde des méandres de l’âme humaine, en général, et de celles de l’UNCAM, en particulier.
En premier lieu, imaginer que le kinésithérapeute, sur le mode du « volontariat » et comme investi d’une « supra-conscience soignante » se rendrait en rangs d’oignons serrés à son petit examen EPP alors qu’il ne le fait déjà pas (ou si peu) pour la Formation Continue (pourtant, elle, obligatoire et rémunérée) est un brin candide. Notons d’ailleurs que, sur le tard, papa-EPP eut le mérite d’en prendre conscience puisqu’il fit dés lors des pieds et des mains pour inscrire son rejeton au Code des obligations déontologiques édictées par l’Ordre des kinésithérapeutes.
Penser ensuite que l’UNCAM, au naturel si revêche à nous revaloriser même contre « bonne-conduite » ou en échange de nouvelles mesures aliénantes, applaudirait des deux mains le nouveau-né et se courberait sur le berceau avec attendrissement en lançant des confettis d’euros sonnants et trébuchants, c’est être un brin à côté de la plaque. L’UNCAM, c’est plutôt Carabosse que fée Viviane. Lorsqu’elle se penche sur vous, c’est pour vous piquer votre hochet.
Enfin, quand-bien même la probité de ses géniteurs ne peut (sans doute pas) être mise en cause en ce dossier, qu’adviendra-t-il du petit-monstre ? N’ira-t-il pas, la croissance venant, frayer avec les hydres d’Etat, ses frères ? Se retourner contre ses créateurs, et jeter aux fers les derniers espaces de libertés d’une profession ? Ne sera-t-il pas rattrapé par l’ogre d’Etat pour devenir son âme-damnée ?
Que se passera t’il à terme si l’on « échoue » aux évaluations ? Car, ne soyons pas naïfs, qui dit évaluation dit examen, et qui dit examen dit échec potentiel… et donc sanctions? Rien aujourd’hui ne laisse présager du contraire.
Ecoperons-nous d’une simple recommandation confraternelle et amicale ? D’une obligation de devoir « recouvrer sa compétence » car, comment peut-on accepter durablement l’idée de lâcher dans la nature et sur le rade du patient un professionnel qui ne répond plus « aux normes d’efficience et de sécurité » ? Ira t’on jusqu’à nous déconventionner ? A nous interdire de pratiquer ? A nous faire repasser le DE sur le mode du permis à points ? Et qui se chargera et sous quelle forme de nous aider à redevenir de petits « thérapeutes modèles » ? La Formation Continue ? Enfin, question subsidiaire, qui désignera et sur quelles bases les « super-contrôleurs » en charge de nous « contrôler » ? Qui « contrôlera » les « contrôleurs » ?…
L’EPP, nous le voyons, a donc presque tous les ingrédients de la formule magique pour transformer la citrouille en carrosse de cristal, mais dans le mauvais Ordre. Le risque majeur étant de faire sortir de ses laboratoires un petit Frankenstein d’avantage que la Déesse Aphrodite…
Sans avoir l’outrecuidance (loin de nous cette idée !) de nous immiscer dans le Collège des Têtes Bien-pleines, nous avancerons pourtant quelques recommandations.
L’EPP est un bon concept. C’est une garantie d’efficience et de maturité professionnelle, car il semble illusoire d’imaginer qu’après vingt ans de carrière le kinésithérapeute n’ait pas à minima « décroché » de l’évolution des connaissances voir même de l’aptitude à usiner encore. Dans d’autres corporations médicales, et notamment chez nos amis médecins, l’évaluation régulière est obligatoire de longue date, et c’est tout à leur honneur. Mais il convient de l’encadrer d’une manière plus rigoureuse.
- D’avoir le courage de ses opinions et d’annoncer aux professionnels son caractère probablement obligataire à terme.
- D’indiquer clairement les conséquences sur le quotidien du professionnel en cas d’évaluation insatisfaisante.
- Et surtout – surtout ! – de savoir monnayer avec l’UNCAM par une revalorisation de nos actes immédiate et corollaire à l’application de l’EPP, d’une manière dûment signée, cette nouvelle contrainte exercée sur une profession qui en est déjà percluse.
Il est temps que l’UNCAM cesse d’engranger les bénéfices de ses décrets coercitifs sans jamais nous renvoyer in fine les fruits de notre labeur. Il est temps que nous cessions de lui donner le bâton pour nous faire battre.
Quant au changement « d’appellation contrôlée », Messieurs, gardez-donc cela au frais dans vos cartons, je ne pense pas que vous feriez un buzz dans l’immédiat…

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