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L’ébullition phosphorique qui secoue le petit monde de la kinésithérapie, depuis un quinquennat, laisse songeur. 

D’un syndicat à l’autre, de l’Ordre aux sociétés savantes de la kinésithérapie, c’est l’escalade aux effets d’annonces, la course exaltée à celui qui édifiera le bidule abstrus le plus brinquebalant, l’usine à gaz la moins intelligible, le tapir à roulettes qui fait coin-coin lorsqu’on lui tire la queue, pour épater la galerie…

Ordre, EPP, LMD, aides-kiné… tout le petit gratin, tout ce qui porte galon, veut « en être ».

Comme si nous n’avions pas déjà suffisamment à faire avec les blindés d’État, la récession drastique en acte, les référentiels, la sectorisation à venir, le gel de nos honoraires depuis onze ans ?

Non, assurément.

Il faut jouer aux apprentis sorciers…

Avant, il y a vingt ans, les choses étaient simples. Nous étions fiers (et nous pouvions l’être) de notre profession et de nos compétences. Nous avions un bon diplôme, durement acquis, une formation de qualité, et nous ne nous posions aucune interrogation métaphysique sur le rôle social que nous jouions – puisqu’il était évident – donc sur notre avenir.

Les syndicats signataires de la Convention ne cherchaient pas midi à quatorze heures. La revendication était quasi monosyllabique, donc d’une grande percussion : la réévaluation régulière de nos honoraires. Les brutes marchaient, les intellos coupaient les citrons sur la touche. Point/barre.

Malgré l’absence du « haut débit » et de son Inter pas toujours très Net, le peuple kiné comprenait fort bien un discours syndical primitif et fonctionnel ; celui du beurre dans la gamelle aux épinards. On le mobilisait donc avec moins de difficultés. On faisait de belles manifestations.

A présent, à moins d’avoir fait nippon première langue, bien malin le praticien qui pipe quid à la notice. Se mobiliser ? Mais à quel propos ? Sur quel sujet ? Avec qui ?!?

Les manifestations,  aujourd’hui, ont tout de la congrégation des lépreux à crécelles qui vont passer dimanche aux fraises…

Il y a vingt ans, on ne se syndiquait pas, car tout allait bien, donc on s’en balançait. L’AMM augmentait plaisamment et ordinairement. On se délestait moelleusement sur une bande de lascars qui, à grands coups de bourres-pifs fratricides, s’écharpaient joyeusement dans les MJC, chapi-chapeau de la Fédé ou du SN, mais, bon an mal an, savaient encore tenir la baraque à frites conventionnelle.

De nos jours, on se syndique encore moins, mais parce que l’on ne fait plus confiance à personne.

La profession, plus que jamais, plonge dans l’individualisme forcené. On ne croit plus à une sortie de crise collective ni à une solution « globale ». Il n’y a plus de leader charismatique ni d’institution de référence. Seule une bande d’augustes – dont plus personne n’est dupe – faisant la roue devant Sir Hâtier et son ascenseur social champagnisé…

On ne compte plus que sur ses propres ressources, et sa manière (certes de courte vue) d’être un délinquant conventionnel au quotidien, sans se faire pé-cho par les caisses. C’est l’empilage des actes, des dépassements d’honoraires, la compaction des patients, la grande valse des mémés à domicile, la marchothérapie pour tous et non hiérarchisée…

Seules les petite lavandières poursuivent, à l’acte individuel par demi-heure sans dépassement d’honoraires, leur petit chemin de croix. Elles, elles cherchent le petit Jésus dans la kinésithérapie, c’est autre chose. Respect gardé. On ne fait pas le même métier. Moi, je n’ai pas prononcé mes vœux.

La crise de notre profession est avant tout morale, puisque institutionnelle.

Nous ne souffrons pas tant du corps médical que de sa tête…

Entre Ordre et syndicats, seuls 10% « d’activistes » galopent encore comme des dératés derrière un pot aux roses qui toujours leur échappe. Une « vérité » que plus personne ne détient. Alors, on suit, bêlant, le bouc le plus burné, des fois qu’il ait – lui – un semblant de boussole…

C’est la grande pâmoison des complots de coursive. Pas un syndicat qui ne présente en son sein son petit Brutus.

On démissionne, on se missionne, on s’affectionne, on s’additionne. C’est la foire au carnet d’adresses.

Ils y ont cru à « leur » Ordre. Sincères, sûrement, pour beaucoup. Mais, ils se réveillent en une réalité douloureuse. Rêve cassé. L’aéronef de l’Ordre, arche de Noé supposée nous entraîner vers les terres fertiles, n’était qu’un ballon d’hélium dégonflé, oreilles de Mickey pendantes, à peine revenu de Disneyland…

La crise identitaire est absolue. Celle des vocations suivra.

L’Ordre devra bientôt recruter en Roumanie.

Et tout laisse à penser que les syndicats qui s’y cramponnent, aussi…

***

Certains font un lien entre avènement de l’Ordre des kinésithérapeutes et déliquescence de notre profession. Sans être totalement inexact, ce raccourci semble pourtant un poil empressé.

(photo non contractuelle)

L’Ordre n’a fait que précipiter (au sens électrolytique) un phénomène de complexification spéculative et idéologique, donc de participer à l’inhibition intellectuelle généralisée, en apportant au débat, non ses clartés, mais sa part d’obscurantisme ego centrée. Ce que d’autres (et nous pensons notamment à certains Pierrots tombés de la lune avec escale par la HAS) avaient, de longue date, anticipé.

L’Ordre, indiscutablement, ne serait-ce que par l’implosion syndicale dont il est directement responsable (nous pensons, évidemment, à la création du syndicat Alizé, mais également à l’émasculation revendicatrice de nos centrales historiques), ou encore par son besoin de créer sans cesse de nouvelles chimères d’avenir professionnel pour légitimer une existence plus que chicanée, a largement participé au phénomène de désagrégation identitaire de notre profession. Ce qui peut sembler être un comble, voire même être l’antithèse de sa mission première.

En vérité, le pouvoir décisionnel, en s’atomisant en une constellation d’électrons libres, en autant d’unités devenues autarciques et supposées purgatives (syndicats signataires, Ordre, HAS) a gagné en complexité, en blocage du système, ce qu’il a perdu en pragmatisme et en efficacité.

Mais, l’Ordre n’est pas le seul à avoir joué à Jo l’embrouille dans cette affaire, tant s’en faut…

Quand Eve-la-prude tacle grave Adam-le-tâcheron

Les kinésithérapeutes, qui vivaient plutôt bien (et à raison) de leur état professionnel dans les années 1980, à force d’être incessamment stigmatisés de l’intérieur par leurs propres « confrères », sont devenus, peu à peu, des névropathes complexés, persuadés d’être des délinquants médicaux de grand chemin. Ils « volent » sur la bête pathologique leur droit à respirer l’air frais des faubourgs et à nourrir honorablement leur famille.

Selon Tru-tru (l’homme qui n’a pas vu l’ombre d’un ours qui a vu l’ombre d’un patient, depuis dix ans, malgré ses « vacations » en phtisiologie) et sa clique d’affriolés de la HAS, nous serions tous des brigands sans foi ni loi, des incapables faisant notre lit sur la détresse humaine et sur la manne budgétaire.

Notre honte doit être si grande, l’induction coupable si lourde, le doigt pointeur si accusateur, qu’on nous propose même, comme à l’infâme reptile, de muer, en une sorte de purification cathartique, de notre chrysalide originelle de vils « kinésithérapeutes » en la désignation bien plus papillonnante de « physiothérapeutes »…

Certains intellectuels de la profession (et nous revenons à l’astre sélénite précédemment cité) ont introduit dans la profession, comme lombric dans la pomme, une théorie pernicieuse et tout à fait édifiante : celle que notre paupérisation progressive, le gel de nos honoraires, sont le fruit de notre incompétence, donc d’une logique économique implacable.

Selon eux, nous n’avons que ce que nous méritons.

Pour recouvrir les fastes du passé, il conviendra de démontrer, et de démontrer encore, et toujours, et sans fin, que nous allons devenir les Rambos sur formés du massouillage. Évaluation des pratiques professionnelles, formation continue obligatoire, cours d’anglais accélérés, etc.…

L’idée, en soi, n’est pas complètement dénuée de raison, au sens simiesque du terme.

Bien sûr, nous opposerons à ces luniens (mais, de si haut, sont-ils seulement en mesure de nous entendre ?) que si nous n’avions pas de « valeur intrinsèque » en parfaite adéquation avec l’exigence en soins de nos concitoyens, l’État n’aurait certainement pas à limiter artificiellement nos actes par le biais de « l’enveloppe globale » ou des « référentiels », ni de geler nos honoraires afin de noyauter en quantité et en qualité notre essor ?

Nous opposerons ensuite que notre « décrochage » du coût de la vie date des années 9o. Il serait donc plus que surprenant, qu’après bientôt cinquante années d’existence, justement ces années-là, subitement et irrémédiablement, nous aillions perdu toute compétence, comme par un coup de baguette magique de la fée Clochette ?…

Les intellos de la HAS, donc de l’Ordre, donc des syndicats dits représentatifs – blancs benêts et benêts blancs – se trompent joyeusement de cible. L’État n’a pas vraiment souci à ce que l’on améliore nos compétences – peut-être même qu’il le redoute ? – puisque sa seule préoccupation est financière : nous payer moins. 

Pour autant, nous ne pouvons pas aller totalement contre l’idée, celle des Pierrots lunaires, qu’une profession de premier plan, sachant se rendre indispensable de par sa compétence avérée, a moins de chance de partir aux égouts avec l’eau de la grande vaisselle budgétaire.

Mais, n’étions-nous pas déjà une profession de premier plan ? Qu’y a-t-il de vraiment changé à part l’idée que l’on se fait de soi ? A part l’absence de syndicat pour la défendre, cette idée-là ? Ou du fait qu’une cohorte d’intellos, sans doute frustrés d’avoir loupé médecine, nous le font payer à bras raccourcis ?…

Bien sûr la formation continue, bien sûr le LMD, bien sûr encore que l’EPP, ou le vélocipède à betteraves, mais, dans notre chronologie évolutive, l’on ne peut pas faire l’impasse sur le fait – indéniable – qu’avant tout, les raisons d’État sont d’ordre (lapsus révélateur ?) pécuniaires, et qu’elles s’entrechoquent avec les nôtres, morales. 

Car la morale est justement notre talon d’Achille, faiblesse sur laquelle surfent allégrement les banquiers d’Etat pour réussir leur coup (budgétaire). Combien de professions se laisseraient culpabiliser – manœuvrer – à leur faire croire qu’ils ne méritent pas leur salaire ? Qu’il faut qu’ils « démontrent » tant et plus qu’ils en sont dignes ? Les cheminots ? Les agents de la RATP ?…

Foutaise que tout cela.

Riche de ce constat, nous devons donc envisager avec la plus grande circonspection tous partenariats avec les institutions officielles (UNCAM, HAS, et, bien sûr, l’Ordre) particulièrement polarisées cochon-tirelire en ce dossier. À coup sûr, si l’on n’y prend garde, ils engrangeront notre sueur sans la payer de retour.

Voilà pourquoi, il importe de ne pas faire feu de tous bois, de ne pas empiler les dossiers théologiques, mais avancer de manière franciscaine.

Voilà pourquoi l’on ne peut pas aimer un syndicat, par trop copine comme cochonne, avec l’Ordre ou avec la HAS.

Voilà encore pourquoi, tout nouvel effort intellectuel ou factuel réclamé à une profession déjà exsangue suite à onze années de non-réévaluation, ne peut s’entendre qu’en un corollaire d’application immédiate : l’augmentation in petto de nos honoraires. Sans cela, il serait évident que l’on nous prend pour des pigeons à plumer…

L’EPP, c’est tant. Ou pas d’EPP.

Les référentiels, c’est tant. Ou pas de référentiel.

La sectorisation, c’est tant. Ou pas.

Le LMD, pareil.

On ne peut pas réclamer à son pâtissier une pièce montée en lui payant le prix d’une religieuse, à moins d’aller la chercher aux carmélites…

Nous reprendrons (une fois n’est pas coutume) les propos d’il y a quelques jours, et fort raisonnables, de notre chef de l’État, Nicolaï 1er : « Qu’est-ce donc que ce dégoût affiché de l’argent, que l’on rencontre dans certains milieux bien-pensants ? L’argent, ce serait laid ! Mais l’argent, ce n’est pas laid ! L’argent permet à tous citoyens d’améliorer ses conditions de vie, de progresser dans l’échelle sociale, d’offrir un meilleur avenir à sa famille, à ses enfants. Je me méfie autant des gens qui détestent l’argent que de ceux qui l’aiment trop ; dans les deux cas, c’est un rapport malsain à l’argent… ».

Alors là, je dis bravo !

Nicolaï, puisque tu nous y invites : changeons de cap ! 

Nous allons évoluer, vers le LMD ou vers autre chose d’aussi pieux, non pas dans l’espoir de mieux gagner notre vie, mais parce que l’État va nous financer, pas à pas, pour y parvenir. Donnant-donnant. Parce que c’est un service que l’on rend aux malades et donc à la Nation, que de savoir apporter une plus grande compétence à la souffrance. Parce qu’il n’y a pas marqué « la poste » sur notre front. Parce que, pour nous aussi, c’est intellectuellement gratifiant, et que cela suit le cours évolutif des choses. Que notre métier est riche de sens et d’aptitudes, de techniques innovantes, et qu’il convient de savoir enfin les fédérer au sein d’une formation « diplômante » et qualifiante.

Nous ne nous engageons pas dans une telle réforme de la profession, la queue basse, parce que nous avons peur de notre avenir, mais parce que nous aimons notre avenir.

Nous n’avons pas à souscrire aux discours alarmistes – marche ou crève ! – de certains qui, en bons opportunistes, font leur lit sur l’angoisse et la morosité ambiante.

Nous allons procéder par étapes. Et, lorsque  – mais uniquement lorsque ! – chaque étape sera validée de manière sonnante et trébuchante, nous passerons à la suivante.

De gros chantiers nous attendent. Il serait suicidaire de les précipiter :

  • Premier chantier (et le seul qui vaille, tant qu’il n’aboutira pas) : réclamer une augmentation immédiate et sans contrepartie de nos honoraires. Car, après onze années de vaches maigres, il ne faut tout de même pas pousser mémère dans les orties !
  • Voyons, ensuite, ce que donneront les « référentiels ». Quel pourcentage d’activité allons-nous perdre sur les cinq ans à venir ? Combien d’entre-nous, au final, finiront à la benne ? Où l’Etat compte-t-il s’arrêter, si jamais il y compte ? Pouvons-nous encore nous opposer à ces référentiels ? Avons-nous des syndicats dignes de ce nom pour savoir le faire ?
  • L’ASV (avantage social retraite). Y a-t-il encore une possibilité – même infime – de se coaliser (par exemple avec les autres professions médicales ?) pour faire revenir l’État sur son hold-up inqualifiable ? Pour offrir à nos anciens (et à nous-mêmes) une retraite décente, celle que nous méritions, avant ce vol gouvernemental manifeste ?
  • Aidons l’Ordre des kinésithérapeutes à savoir enfin place trouver, ou bien, s’il poursuit d’y rechigner, de nous sucer la couenne, dissolvons-le pour mieux le rebâtir, sur des bases, cette fois-ci, saines, populaires, et démocratiques. Un Ordre qu’on aime !
  • Déclipsons les syndicats de l’Ordre. Ne cautionnons plus ceux qui s’y cramponnent. Afin de retrouver une force revendicative libre et crédible, qui n’a plus à satisfaire à l’Ordre, donc à l’État, mais aux souffrances de la profession.
  • En parallèle – et puisque rien ne l’interdit – préparons en douceur le LMD, avec la certitude d’un engagement paraphé de l’État : celui qu’à niveau de formation supérieure, rémunération supérieure. Donc, augmentation de nos honoraires et modification de la grille salariale, de manière appropriée et conséquente. Je rappelle, pour info, que dans la conception hospitalière, nous sommes toujours des « BAC + 2 ». Donc, de là à faire mousser un « master » – que dis-je ? Un doctorat ! – laissez-moi doucement sourire. L’exode de Moïse à travers la Mer Rouge, à côté, c’était un pique-nique… 
  • Laissons de côté, au moins pour une décennie, le dossier des « aides-kinés », nouvelle danseuse ordinale. Attendons que sortent (si jamais ils sortent) les premiers contingents de LMDistes, afin de voir à quoi ressemblera alors le métier ? Que pourrons-nous véritablement déléguer ? Aurons-nous encore suffisamment de boulot (après le tremblement de terre des référentiels) pour nous-mêmes, avant que de l’éparpiller aux quatre vents ? N’avons-nous pas déjà été plus que généreux (et je reste poli) envers les STAPS, les ergos, les podologues, les esthéticiennes, etc., tous ces moineaux faméliques aux serres crochues contre lesquels l’Ordre ne sait nous défendre, et qui, peu à peu, nous démembrent ?…
  • Quant à l’évaluation de nos pratiques professionnelles (EPP, rebaptisée entre-temps EPB, puis je ne sais plus trop quoi) – inévitablement assortie à terme d’un volet coercitif et disciplinaire (Pierrot, il faut que tu cesses de nous prendre pour des décérébrés !) – l’on ne peut pas accepter cette nouvelle contrainte sans qu’elle soit liée de facto à une augmentation tarifaire. Or, Pierrot, de l’augmentation tarifaire, il se fout. L’EPP, c’est sa marotte, sa grenouille en peluche. Tiens, il n’a même pas songé à la négocier, l’augmentation…
  • Il en est de même pour la future sectorisation et perte de notre liberté d’installation : pas de sucette, pas de signature. Et, il ne saurait s’agir, comme pour les infirmiers qui se sont fait flouer, d’une augmentation globale de notre lettre-clé (dont profiteraient encore nos vieux vermoulus, sans sortir la truffe de leur échoppe), car vite rattrapée par cinq années de « gel », mais d’une incitation financière régionalisée. Une frappe chirurgicale. Que l’on ne me répète pas que c’est, constitutionnellement, impossible ! J’en ai longuement parlé avec Monsieur numéro 1 de la santé de mon département ; ch’est pochible ! Seule la volonté politique est absente.

Alors, messieurs, arrêtons donc de phosphorer à vide et de marquer contre notre camp. Faites donc comme dans la pub : plutôt que de tout changer, changez de lunettes !

5 réponses à to “Tous sur la photo !”

  • chris dit :

    J’ai bien compris que les syndicats en perte de vitesse devaient résister et s’imposer,bras de fer avec l’uncam and co,là je suis d’accord, mais je serais curieuse d’entendre ta méthode pour y parvenir!

  • Pollux dit :

    Salut Chris,

    Cela ferait l’objet d’un long débat, et nous y avons déjà longuement répondu entre les lignes au travers de nombreux éditoriaux.

    La solution? En gros: la représentativité. Encore et toujours la représentativité. Rien n’est possible sans fédérer massivement derrière soi la profession, car l’on répondrait avec REALISME à ses attentes.

    Or, comme il est tout à fait impossible d’imaginer entre ces centrales à forte obédiance clanique une quelconque entente, un tant soi peu durable, ni une inter-syndicale d’intérêt général, l’on ne peut que miser sur l’avénement d’un seul syndicat, fort, que l’on souhaiterait lucide et pragmatique, tout du moins au service de la collectivité et non de lui-même.

    Dans l’instant, c’est peu probable, car chaque syndicat a ses raisons intrinséques de ne pas séduire, lorsqu’il n’est pas tout simplement répulsif pour la très grande majorité de la profession (à peine une grosse dizaine de pour cent de syndiqués). Et, pour aucun de ces syndicats, le diagnostic n’est tout à fait le même.

    Le but de nos écrits (puisque, nous-même, nous n’avons aucun pouvoir décisionnel) c’est d’aider, de les aider (en toute humilité), à en prendre conscience. Car nous espérons un avenir serein pour un métier que l’on aime. Mais, on ne peut pas faire le boulot d’instropection à leur place, ni changer leur « logique de l’échec » s’ils s’y refusent obstinément eux-même…

    A dire vrai, nous misons beaucoup moins sur une prise de conscience des cadres de ces syndicats, qui verrouillent un systéme qui leur sert la soupe (puisqu’ils sont en haut de l’oligarchie et qu’ils ont donc tout à gagner à ce que rien ne change – CQFD), que de celle de la « masse anonyme », masse dont nous faisons partie, qu’elle soit syndiquée ou non.

    Voili-voila.

    Pollux

  • KAGB dit :

    Salut Pollux,
    Je suis tout à fait d’accord avec tes propos, là où tu te plantes, je pense, c’est qu’il n’y aura pas besoin de cinq ans pour voir les résultats des référentiels. Les résultats sont déjà visibles et le seront encore mieux au premier trimestre 2011. Car, et de source sure, les référentiels entrainent avec eux une diminution déjà importante des prescriptions dans les secteurs non référencés sur toile de fond d’amalgame « médico-généralistique ».
    Les lavandières, si elles gardent leur position, pourront aller s’habiller chez tati ou alors aller voir l’abbé Pierre.
    Il est plus qu’urgent que nous soyons rasseblés avec une adtion forte avec en prmière mesure une revalorisation conséquente, car une fois mort à quoi bon se battre ?

  • chivas dit :

    Tout à fait d’accord avec vous.
    Il faut secouer le cocotier, retrouver une représentavité forte pour négocier…encore faut-il être d’accord sur notre revalorisation…
    En effet, combien de nos confères ne se syndiquent plus à cause du manque de clairvoyance de nos « représentants » (qui a décidé de se désunir de la revalorisation des médecins il y a qques années???)? Combien en ont assez de payer pour des ronds de cuir sachant les miséreux centimes d’augmentation obtenus ces dernières années!!! Merci qui…1 er qui signe 1er à se gausser d’une aumone…

    Arrêtons de nous prendre le chou sur ce que nous valons…osons demander une juste revalorisation sans contrepartie vu qu’il y a déjà les référentiels, l’asv !!!

    Arrêtons d’être les gentils moutons, les manifs qui ressemblent à une ballade de santé…

  • Lantzelot dit :

    Je vais oser!
    Aidez un nouveaux syndicat à devenir représentatif, engagez-vous dans ses rangs, déjà pour les URPS, et vous aurez la parole, et la donne changera.
    Et bénéficier de la collaboration, de l’échange d’idées, de points de vue entre libéraux et salariés est une valeur ajoutée.
    Valeur ajoutée également que de ne pas avoir d’antécédent syndical et donc rien à perdre!
    N’ayant rien à perdre notre seul objectif est de faire « gagner » la profession!

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

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Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…