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Nous avons entendu (et parfois, hélas, de sources officielles) les élucubrations les plus fantaisistes au sujet des « référentiels-kiné », allant du propos apocalyptique à celui d’une totale désinvolture. Or, de la désinformation naît l’obscurantisme, de l’obscurantisme le fantasme, et du fantasme les peurs les plus irrationnelles envers l’inconnu.

Une mise au point s’impose donc.

Le mythe de l’hyper-contrôle

 

Depuis le 28 mai 2010, six référentiels « opposables » sont au Journal Officiel, donc applicables. C’est-à-dire que six pathologies sont à présent codifiées en nombre maximum d’actes.

La prothèse totale de hanche, par exemple, c’est 15 séances. Si, pour une raison quelconque, un patient en nécessite davantage, il faudra alors revêtir sa petite robe de ténor du barreau pour aller défendre sa cause auprès du médecin contrôleur de la CPAM. Nous devrons faire un « dossier » de motivation. Le médecin contrôleur, en dernier ressort, reste celui qui tranche. Bien qu’il ait contre lui en amont l’avis (et l’ordonnance) d’un médecin prescripteur et l’opinion supposée éclairée d’un masseur-kinésithérapeute, que cela devrait induire chez lui un minimum de modestie, il n’a pas à justifier de sa décision. Pas de « dossier » pour lui. C’est donc une plaidoirie à charge.

Les six référentiels ont été établis de manière presque artificielle, tout du moins sur des bases statistiques qu’aujourd’hui nous savons assez peu sincères – pour ne pas dire foncièrement orientées – par l’UNCAM. L’UNCAM n’ayant pas en ce dossier – à l’évidence – le moindre souci d’exactitude ni de santé publique, mais purement bancaire.

La HAS a approuvé illico cinq de ces référentiels. Cela peut ne pas vraiment surprendre puisque, de longs feux, la HAS n’est plus une structure pédagogique morale ni indépendante de la Santé, mais le faire-valoir des budgets d’Etat, le label « honorifique » et « scientiste » des oukases gouvernementaux.

Pour autant la HAS, afin de conserver un semblant de crédibilité, a émis un (timide) avis défavorable sur le sixième référentiel. Il faut dire que nous gratifier d’un « zéro séance » de rééducation pour une opération du canal carpien frise l’indécence et fleure-bon le hold-up financier de l’UNCAM sur la santé de ses concitoyens.

L’UNCAM, égale à elle-même, n’eût que nife de l’avis vaguement consultatif de la noble institution vassalisée, ce qui n’est que justice puisque, en la matière, au-delà de ses moulinets verbeux, la HAS n’en a pas. L’UNCAM s’est assis, comme il se doit en un pays de droit, sur l’opinion des intellectuels de « la Haute ». Le « sixième amendement » est donc passé en force et sans base scientifique aucune, voire même en complet antagoniste avec toute réalité médicale connue et reconnue sur le terrain.

Nous pouvons donc pronostiquer qu’à l’avenir, par souci d’économie, de nombreux opérés du canal carpien poursuivront leur existence avec un handicap certain.

Nos syndicats représentatifs, FFMKR et UNION, en dépit d’un engagement préalable de la part de l’UNCAM (mais qui peut encore croire en la parole à géométrie variable de cette louvoyante institution ?) n’ont pas été conviés à l’élaboration d’un dossier pourtant lourd et conséquent pour la profession. L’UNCAM, sans doute par trop empressée de réaliser de substantielles économies, n’a pas souhaité prendre le chemin, certes ardu et peut-être un poil trop démocratique pour elle, de la négociation corporative, ni jouer le jeu des règles républicaines.

L’UNCAM a le pouvoir, donc elle en abuse, comme pour l’ASV, comme pour notre non-revalorisation depuis 11 ans.

L’Ordre des kinésithérapeutes, passé un temps, a bien tenté de ramener sa truffe dans le dossier des référentiels pour avis déontologique, et plus si affinité. Mais L’UNCAM et la HAS lui sont allègrement passés par-dessus l’épaule pour s’entendre comme larrons en foire dans son dos.

Le premier constat, c’est de dire que l’État, lui-même, ne respecte pas l’Ordre.

Aujourd’hui, trois nouveaux référentiels (lombalgie, méniscectomie, rupture de la coiffe des rotateurs) sont proposés par L’UNCAM à la HAS pour validation (pour mémoire, la HAS est subventionnée à 40% par les deniers de l’État…).

Pourquoi des référentiels ?

Nous emprunterons les mots de la bouche même de Frédéric Von Requiem, directeur reconduit de l’UNCAM : « Pour faire l’économie annuelle de 50 millions d’euros sur les dépenses de la kinésithérapie ».

Ce chiffre peut apparaître astronomique, mais, en vérité, il représente tout juste plus de 2% de la masse des dépenses allouées chaque année aux soins de la rééducation libérale (2 344 millions en 2008) soit à peine une année de « gel » de notre « enveloppe globale », nonobstant l’arrivé sur le marché de près de 1500 collègues, belgos ou primo-diplômés faméliques, pour encore très peu de départs compensatoires à la retraite.

Nous pouvons donc estimer à plus ou moins 1%/l’an l’effort d’économie sollicité.

Pour autant, il faut replacer ce chiffre dans sa cruelle relativité :

  • 3.1%, c’est la progression des dépenses de la kinésithérapie libérale entre 2007/2008, soit 67 millions d’euros.
  • 56491 millions,  c’est le chiffre des dépenses de santé globales (toutes professions médicales confondues) de la médecine de ville en 2008.
  • 215 milliard, soit 11% du PIB – l’attribution pour la médecine la plus forte au monde en part de budgets – c’est le chèque total alloué à la santé (privée/publique) en 2008, médecine/gestion de la médecine y compris. La France – quoi que l’on en pense – reste le leader incontesté en matière de richesses propres accordées à la santé de ses concitoyens. Mais – entendons-nous bien – en aucun cas celui du meilleur rendement.
  • 11 années, c’est le gel – inadmissible – de notre lettre-clé.
  • 20.66%, c’est la perte du pouvoir d’achat – inadmissible – du kinésithérapeute en 11 ans.
  • 31.2%, c’est l’augmentation de la consultation du généraliste de ville en 12 ans.
  • 0, c’est le nombre de kinésithérapeutes à l’Assemblée Nationale, au Sénat ou au gouvernement, ni encore dans la moindre commission discutant de l’attribution des enveloppes financières médicales (ceci expliquant sans doute cela).
  • 7.2%, c’est l’évolution du chiffre d’affaires des infirmiers libéraux en 2008 (du fait, mécanique, de leur augmentation de 5.2% pour avoir accepté la « sectorisation »).
  • 1.7%, c’est celui des généralistes.
  • 3.2%, c’est celui des spécialistes (d’où l’évident échec du circuit « médicalisé » et du « généraliste-orienteur »).

Les limites du système

Axiome : pour contrôler, il faut des contrôleurs.

Nous ne pensons pas, en l’état, que les référentiels auront un grand impact à moyen/long terme sur le chiffre d’affaires du kinésithérapeute, ni donc, par voie de conséquence, sur la santé de nos concitoyens, et c’est heureux. Mais, à court terme, ce sera indubitablement la bérézina.

Certains météorologues des syndicats, un brin foutranciers (auxquels, avant analyse approfondie, nous avons cru nous-mêmes) annoncent une chute drastique de près de 30% des prescriptions. Même si cela est peut-être envisageable en primo intention (le temps de la régulation) en une seconde période c’est, évidemment, un poil alarmiste.

Plusieurs raisons à cela :

Très rapidement, le bureau de nos médecins contrôleurs va se retrouver inondé de dossiers en litige. Or, comme Frédéric Van Roekeghem, directeur de l’UNCAM, a dégrossi à grands coups de nitroglycérine ses rangs de fonctionnaires, il n’y a plus personne pour assumer le boulot. L’engorgement administratif, en un très bref délai, va donc être total.

Comme il en fut en son temps pour la DEP (trop nombreuses pour être contrôlées) il en sera ainsi pour les référentiels.

Trois dossiers par mois émis par 65 000 kinésithérapeutes, c’est 2 340 000 contentieux à assumer par an par moins d’une centaine de médecins contrôleurs. Voyez la farce…

Intuitivement, nous comprenons bien que le succès des référentiels ne peut pas reposer sur le seul bon vouloir du kinésithérapeute, sur sa volonté de dire « stop ou encore » à l’arrivée d’une nouvelle ordonnance et de se couper lui-même un bras. De plus, hiérarchiquement – et même juridiquement – il n’appartient pas au kinésithérapeute de s’opposer à un avis médical supposé prévalant sur le sien ni, déontologiquement, de pouvoir refuser un soin à un malade.

L’UNCAM ira donc au-delà.

Et, comme il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints, il sera fait appel, une fois de plus, au sens régulateur du médecin prescripteur qui, toujours davantage, devient le pivot-contrôleur et le bras financier armé des caisses – et donc de la médecine libérale (peut-être est-ce pourquoi il a été tant réévalué en 12 ans ?).

Nous supposons que nos toubibs des villes subiront à l’avenir une forte pression officielle, un possible intéressement pécuniaire, voir des tourments administratifs (pour les plus rebelles) à savoir appliquer ad hoc les référentiels.

Pour autant – et c’est bien là le point faible du système – un médecin reste prisonnier (du moins, nous l’espérons) de sa vertu soignante, au pire, de son clientélisme. Un prescripteur par trop soucieux de répondre avec zèle aux sirènes de l’UNCAM se retrouvera vite sur la touche et mis au banc de la société soignante.

Le médical de ville est un système interactif. Déshabiller Jean-Claude pour habiller Marcel c’est, en finalité, se retrouver tous à poil dans les plus brefs délais. Par expérience, et pour ce que j’en conclus de vingt années d’activité communale, un médecin qui ne prescrit pas de kinésithérapie (soit par choix, soit par désir de complaire aux objectifs administratifs) végète, car il n’est pas de taille à résister durablement au « lobbying » des patients et des paramédicaux prescrits. Dans l’imaginaire collectif, un généraliste est supposé palier aux affres existentielles de ses concitoyens, non pas jouer les banquiers de l’État.

De plus, il ne faut pas oublier que si les référentiels insultent l’intégrité et le libre arbitre du  kinésithérapeute, ils ne le font pas moins de ceux du prescripteur. Nous devrions donc, rapidement, faire cause commune.

Le meilleur des mondes ?

L’objectif de l’UNCAM, c’est de référencer chaque acte de notre nomenclature jusque dans ses moindres recoins, tel que le connaissent déjà les cliniques. Une quelconque maladie ce sera « tant », à nous de nous démerder (ou non) dans l’enveloppe financière allouée. Et au patient, qui serait par trop alambiqué, d’aller au diable vauvert.

Il n’est pas en ce dossier – évidemment – question de Santé publique ni de consensus soignant, mais d’économie budgétaire.

Le patient de l’avenir – tout du moins dans la vision anglo-saxonne de l’UNCAM et si personne ne vient y mettre un frein – présentera un « ticket » de prise en charge PTH  ou un « ticket » Parkinson. Sortir de ce « ticket » deviendra, à l’usage – et sans doute assez rapidement – presque mission impossible. Au-delà, interviendront ou non les mutuelles, ou bien le patient règlera, s’il en a les moyens, le surplus de sa poche.

A visage découvert, une médecine « à deux vitesses » verra un événement progressif, d’une manière bien plus « ultra-libérale » qu’à ce jour.

A nouveau les bossus, les chaussures orthopédiques, les boiteux – d’abord de manière insensible, puis plus coutumière – envahiront derechef nos paysages urbains et champêtres.

Les « vieux », laissés pour compte dans leur fauteuil-télé, cesseront d’aller acheter leur baguette de pain de peur – fort légitime – de se casser la binette au premier virage venu. Ils le feront donc entre la table et le frigo. A la Société d’assumer ensuite les frais de PTH.

Les lombalgiques, les opérés du canal carpien – car insuffisamment soignés – se colleront rapidement en maladie au long cours, pesant d’autant plus sur les prestations sociales.

Rapidement, la nomenclature « acte par acte » deviendra obsolète. Car, en effet, il n’y a plus de sens commun à maintenir des coefficients saucisonnés face à la « globalisation » des pathologies. Evidemment, l’on perd en finesse ce que l’on gagne en efficacité. Certains appellent çà l’évolution…

Seule chose positive, il y aura alors, pour nous tous, une probable simplification administrative, la maladie perdant au passage sa notion de complexité et d’individualité au service d’un diagramme économique plus réducteur et plus linéaire. La DEP disparaîtra. Tout sera bien plus facile à contrôler, donc à gérer.

Un logarithme informatique, implacable, car étalonné, prendra le relais du médecin contrôleur. L’ordinateur hululera à chaque « profil » un poil divergeant, dépêchant alors vers le patient ou le cabinet incriminé sa petite cohorte d’inspecteurs.

On ne contrôlera plus la « masse » diffuse, mais le réfractaire hors cadre. Un jeu d’enfant.

Évidemment, personne – et surtout pas à l’UNCAM – n’a anticipé l’impact, peut-être majeur, de ces mesures sur le corpus paramédical. 10, 20 ou 30% des cabinets libéraux, courant 2011/2012, se retrouveront-ils en situation de dépôt de bilan ? Personne ne peut le prévoir avec réalisme. D’autant que le numerus clausus des écoles – supposé protéger la pérennité économique des professionnels en place – n’a pas été une seconde, dans l’empressement thésaurisant, mis à l’ordre du jour. 

Discussion autour d’un système « référentiel »

Tout d’abord, nous ne pouvons pas réfuter en bloc le désir de mettre en adéquation les besoins du malade et son coût juste et mesuré sur la Société, en harmonie avec les ressources nationales dont nous disposons, donc forcément castratrices. Car la Société, c’est aussi les retraites, le chômage, l’éducation, et autant de budgets difficiles à boucler et en dramatique déficit. Il y a des choix – forcément cruels – à faire. Et, je suppose, que personne n’aime à devoir les faire.

Mais « juste », qu’est-ce que cela veut dire et qui en décide ? Un généraliste augmenté de plus de 30% en 12 ans ? Un kinésithérapeute « gelé » depuis 11 ans ?

Par ailleurs, il n’apparaît pas déraisonnable d’émettre une « norme normative » à laquelle toute pathologie et tout praticien doivent répondrent en vertu d’une statistique implacable, car significative. Il y a çà de cruel en ces statistiques qu’elles ne sont jamais tant éloignées que cela d’une certaine vérité. En ce sens, l’UNCAM, si elle n’était pas si mercantile dans ses  requêtes, est dans le « juste ». Les référentiels, en tant que concept – et non pas en tant que concepts UNCAMiens, car vilement corompus à l’aune des budgets d’État – ne sont pas infondés.

On ne peut décemment pas laisser un chèque en blanc aux hommes en blanc, sur la Société.

Nous avons, aujourd’hui, de manière incontournable, les outils statistiques et informatiques pour savoir combien « coûte » en moyenne l’accident PTH, comme combien « vaut », en rendement pondéré, une assurance auto. Il est juste que l’on réclame des comptes à ceux qui, de manière outrancière, émargent des soins, comme il est raisonnable, pour une mutuelle, de demander à un conducteur de se justifier de son cinquième accident-responsable en un an.

Nous parlons d’argent collectif, donc de charges sociales que chacun d’entre- nous supporte. Nous parlons également d’une médecine hors d’haleine, que nous vivons au-dessus de nos moyens, et qui ne poura plus perdurer durablement dans cette situation de déficit chronique.

Pour autant – et ce sera notre plus grand reproche fait à l’UNCAM – c’est que ses statistiques sont sciemment malhonnêtes. Elles ne comportent aucune vérité scientifique connue ou reconnue, mais sont le reflet d’un calcul interne et opaque, d’un désir prégnant d’économie, quoiqu’il advienne des patients, de la Santé publique, et des thérapeutes. Ce n’est pas l’œuvre d’une institution vertueuse ni crédible au service de la collectivité, mais d’une manufacture bancaire tapant sur le plus faible et le moins représentatif politiquement.

Qui trop embrasse mal étreint 

Tout d’abord, les référentiels n’avaient, en la situation actuelle, aucune raison expresse d’exister. La kinésithérapie, de 2008 à ce jour, a démontré sa capacité mature à savoir rester dans l’enveloppe des dépenses annuelles qui lui est allouée, même un brin en-deçà.

Aucune mesure d’accompagnement – et c’est bien cela qui est dramatique – n’a été prévue avec les référentiels:

Ni augmentation de la lettre-clé, ni de ses coefficients.

L’impact à terme des référentiels sur l’activité  de la profession n’a aucunement été mesuré. Pas la moindre statistique projective à ce sujet. Car l’UNCAM , en la matière, n’a fait aucune étude préventive.

Aucun « signal d’alarme » n’a été mis en place pour stopper le train des mesures au cas où celui-ci, par trop efficace, outre-dépasse ses objectif en propulsant la kinésithérapie vers le néant prescripteur. Pas le moindre système régulateur d’un génocide professionnel possible.

Nous estimons à trois ou quatre années le délai d’impaction de ces mesures sur notre quotidien soignant et financier. Soit le temps d’une promotion d’élèves en masso-kinésithérapie. A-t-on prévu de baisser en conséquence le numerus clausus des écoles – dès aujourd’hui – afin de préserver l’avenir et la viabilité économique des praticiens en place ou à venir ?

En vérité – et c’est bien cela qui est inadmissible – l’UNCAM joue aux apprentis sorciers, sans filet aucun, avec l’avenir de 65 000 professionnels et 200 000 ayants droit (leurs familles). Sans parler des conséquences sur des millions de patients et sur la Santé publique.

Ce dossier – pourtant majeur – a été « ficelé » à la va-vite, sans consultation avec les professionnels, sans garantie aucune de fiabilité ou de viabilité, ni la moindre étude socio-économique crédible. On pilote « à vue ».

Voilà pourquoi en l’état, face à ces mesures bâclées, il est permis de redouter le pire, qu’il faut combattre la notion même de « référentiel » et soutenir nos syndicats en ce combat. Non pas que les référentiels soient intrinsèquement infondés, mais parce qu’il nous appartient – pour nos patients, pour l’avenir de nos familles – de faire preuve d’une raison que la raison d’État ignore ; la modération.

Car, le risque majeur est bien celui-là : celui du dérapage incontrôlé, car mené par des gens incontrôlables.

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…