La nature a horreur du vide. L’Ordre des kinésithérapeutes, comme le prophète, est apparu dans un ciel syndical vide de sens et de substance.
Depuis vingt ans, l’imagination était au pourvoir…
Le cahot spirituel entraîne toujours – c’est un fait sociologique constant – l’avènement de nouveaux cul-tes, sa petite cohorte de prédicateurs hallucinés et de lèches cul-te. Sans parler des enculteurs de mouches.
Les païens cotisants, tétanisés par deux décades de traversée de désert syndical, se sont mis à adorer le Veau d’Or-dre.
Il faut dire que Moïse, le guide des petites équipées syndicales, faisait son lourd et tardait à descendre, avec de bonnes nouvelles, du mont Conventionnel. Le larron, bien au chaud dans son Tricostéryl à jetons de présence, prenait son temps pour conter bluettes à Dame UNCAM. Il baguenaudait de-ci de-là, tel le belon chinois cramponné au stylo signataire.
Une crise identitaire profonde frappait alors dans les rangs, déjà bien clairsemés, des tribus dites « représentatives ». Tribus qui, au fond, ne représentaient plus qu’elles-mêmes.
Moïse (qui n’était pas la moitié d’un œuf) comprit que, cette fois, il ne s’en tirerait plus par une pirouette épistolaire ou par quelques fadaises populistes. Afin de ne pas redescendre les sacoches vides, de redynamiser une foi contestataire un poil flageolante et de faire revenir dans la Bergeaurie les brebis cotisantes, il devenait donc urgent de sortir presto un lapin du chapeau. Par un éclair de génie, il fit donc graver les tables de la Loi. L’idée l’Ordre était née !
Les conte$ de Pergeau
Pour certains, de vocation syndicale sincère, l’Ordre serait la Pax Romana, une manière d’en finir avec les luttes fratricides FFMKR/SNOK, profondément dévastatrices, depuis des lustres, pour la profession. Une sorte d’union sacrée (un Union qui ne ferait pas pleurer, cette fois), de concept polarisant, où les ego claniques se désagrégeraient dans un grand tout qui les dépasse. Un peu comme, en son temps, l’idée de l’Europe pour le chancelier Kohl, et une Allemagne qu’il savait hégémonique envahissante, toujours prête à dégorger de ses frontières, si l’on ne sait lui offrir suffisamment d’espace pour égailler sa joie teutonne.
L’on y voyait aussi – sans doute – une sorte de vitrine honorifique pour la profession, partant du présupposé (pas tout à fait infondé) que tous les grands corps de métiers (avocats, architectes, médecins, etc.) présentent, dans leur grand ensemble, un Ordre (dont – pour la petite histoire – un nombre non négligeable finit de manière récurrente en correctionnel, pour corruption et détournement de fonds).
Mais, c’était oublier un peu vite qu’on a un Ordre, car on est une profession adulte. On ne devient pas adulte, parce qu’on a un Ordre. La profession, de toutes évidences, n’était pas suffisamment adulte pour avoir un Ordre adulte.
Pour d’autres – ceux justement à l’ego hypertrophié – l’Ordre serait un nouveau terrain de « je », plus vaste et plus puissant, répondant davantage à leurs besoins d’albatros, que des ailes de géants empêchent de marcher sur leurs frêles esquifs syndicaux.
De fait, éminemment commode et non négligeable, il ne devenait plus utile, dès lors, de faire la danse du ventre ni son numéro de claquettes syndicales pour attirer à soi le chaland cotisant puisque, avec l’Ordre, la cotisation devenait de facto obligatoire. On aurait donc – enfin ! – les moyens de sa politique, à défaut de la politique de ses moyens…
Bref, dans les centrales, du candide au calculateur, du coupeur de citron au vieux goupil dont les canines rayent les beaux parquets d’époque de la rue Réaumur, tout le monde y trouvait son conte, ou son compte, moral pour les premiers, sonnant et trébuchant pour les autres. La messe était dite, à l’avenir, l’on déposerait donc son petit missel syndical dans le jardin ordinal.
Pour autant, au-delà de cette belle ovation d’ensemble, personne n’a su anticiper que l’Ordre, devenu adulte (tout du moins de « taille adulte », car « adulte », nous ne pensons pas qu’il le sera un jour), ne répondrait nullement aux attentes escomptées, ni qu’il ferait un bras d’honneur à sa petite assemblée génitrice.
C’était une erreur de taille. L’Ordre, très rapidement, s’est mis à « rouler » pour lui et pour sa propre gamelle.
Gamelles qu’il ne fit, par ailleurs, qu’enchaîner :
Avènement au forceps, instauration à grands coups de pompe, d’une poignée de prélats issus des centrales dites « représentatives », dans le cul-te d’une profession qui, dans sa très grande majorité, l’honnit. Esprit consultatif, négociations, démocratie, s’abstenir, bien sûr. Bon sang ne saurait trahir, les Ordres ne relèvent-ils pas des derniers relents d’une loi vichyste ?
Cotisation honteuse. De loin la plus humiliante (pour l’Ordre) du corps para et médical, car tellement significative de sa vénalité ambiante.
Cinq années d’une gestation éléphantesque pour accoucher d’une souris famélique, le Code de Déconologie, pamphlet superfétatoire, conspué unanimement, car truffé de lieux communs que tout professionnel un brin sensé, de longs feux, s’avait appliquer d’instinct, sans qu’on ait à lui expliquer où il doit lever la patte.
Conflit fratricide et sans fin avec le monde salarié. Un antagonisme contre nature, tombé de nulle part, et dont nul – ni surtout pas la profession – n’avait besoin.
Procès malencontreux contre les « résistants de Toulouse », les non-inscrits à l’Ordre (ou, à mieux dire, les non-cotisants, puisque « l’argent » était bel et bien la problématique de fond). Vingt martyrs choisis au « presque hasard » pour être fusillés en place de Grève et faire exemple, afin que les foules sonnantes et trébuchantes se tiennent à Carreau. Procédés qui ne furent pas sans rappeler, une fois encore, une certaine ville thermale, que nous évoquions plus haut…
Prise de locaux somptuaires (600 mètres carrés près de la Bourse – plus près de toi Seigneur !) au loyer mensuel prohibitif de 43 500 euros pour le CNO, auxquels viennent s’ajouter, dernièrement (mais en foncier, cette fois), les 200 mètres carrés du XIVe arrondissement pour le CDO de Paris (comme s’il n’était pas possible de lui faire une petite place dans le hangar à diplodo-culs du CNO ?).
Publicité sexiste et dévalorisante pour la profession (Céline sous les abribus), particulièrement envers les femmes de notre métier, comparées indirectement à des péripatéticiennes.
Ratification « déontologique » du principe des référentiels. En vérité, nous ne voyons pas ce qu’il y a de « déontologique » à castrer le libre arbitre des praticiens, à demander l’arbitrage d’une instance financière, type UNCAM (supposée tellement plus morale ?), en partant du présupposé que le kinésithérapeute et son prescripteur sont des délinquants conventionnels patentés et qu’il convient de les « normaliser » à la schlague ?
Saisine du ministère de la Santé en lieu et place des syndicats (sans consultation aucune de ces derniers) pour la création de 50 000 postes d’aides-kinés, larbins sous-payés et corvéables à merci, supposés, à terme, nous remplacer dans le cœur en cochon-tirelire de l’UNCAM, des hôpitaux et des centres de rééducation. Aberration conceptuelle et fossoyage en règle de la profession, sur lesquels nous ne reviendrons pas, tant, à discourir du ridicule, nous nous refusons plus avant.
En finalité, loin d’être la « Pax Romana » ou la vitrine « honorifique » d’une profession, il apparaît donc que l’Ordre, en vérité, s’est avéré n’être qu’un charnier syndical – un de plus – où s’affrontent à l’arme lourde les ego claniques FFMKR/SNOK, l’incompétence débridée – puisqu’à présent sans contrôle aucun – de certains, le désir d’évanescence oligarchique de quelques autres (souvent les mêmes), pour le plus grand obscurantisme – qui n’y voyait pourtant déjà plus grand-chose – d’une profession, déjà genou à terre.
Y a-t-il encore un Pilate dans l’avion ? 
Cette forme de démission des centrales dites « représentatives » (se délester de leurs responsabilités revendicatives sur l’Ordre, vécu comme un « supra-syndicat », n’est-il pas un aveu patent d’impuissance ?) ne se suffisait pas à elle-même : il fallait – afin de définitivement « s’en laver les mains » – trouver un autre concept, plus séduisant encore, afin de justifier de vingt années d’incurie signataires, d’impuissance à savoir mettre un quelconque frein aux blindés meurtriers d’État, ou de ne pas pouvoir obtenir la simple et naturelle préservation de notre pouvoir d’achat.
Car, s’il est un fait incontestable depuis deux décades, c’est que ni FFMKR ni SNOK ne savent emplir leur primo-mission, celle, finalement, pour laquelle ils sont élus : pérenniser à minima le niveau de vie d’une profession.
Moins 23% (à labeur égal) de pouvoir d’achat en onze années (ramenée à vingt-cinq ans, nous chutons sous les 40%). Quoi qu’ils s’en blanchissent incessamment, c’est le triste bilan de la « représentativité » FFMKR/SNOK…
Dans les esprits syndico-effervescents, la « culpabilité » du professionnel lambda envers son destin maudit commença donc à faire son chemin :
L’axiome : « Tu n’es pas réévalué depuis onze ans, car tu ne le mérites pas ! » était né.
Le corollaire de l’axiome : « Tu n’as qu’à te bouger les fesses, devenir plus performant, si tu veux que les choses changent et mériter ta pitance ! » n’allait pas tarder à suivre…
D’ex-membres de notre corporation (car devenus, depuis lors, de courageux physiothérapeutes anglo-saxons fuyant le navire franchouillard « kiné » en perdition), virevoltant comme les gais papillons de nuit autour des feux flagorneurs de la HAS (Haute Autorité de la Santé) ou des sociétés savantes (comme ils aiment à se les baptiser eux-mêmes), se sont faits les champions et les pédagogues de cette théorie imprécatrice et particulièrement offensante à notre égard. D’autant que leur propre vertu, à ces montreurs du nez, est loin d’être établie…
Dans cette brèche salutaire de la grande lessive déculpabilisante, du « c’est pas nous, c’est vous ! » se sont alors engouffrés, en rangs d’UNION, tous les petits Ponce Pilate des corpus syndicaux historiques. La farce était trop belle de pouvoir enfin se dégager de la pesette désastreuse de vingt années protestataires sous bromure.
La stagnation de notre lettre-clé ? La faute à votre incurie !
La rebuffade de notre statut social ? Du fait de votre incompétence !
Le gel absolu de tous dossiers traitant un tant soit peu de notre émancipation ? Idoine !…
Dès lors, il devint bien plus confortable de stigmatiser le professionnel, son incapacité à se mobiliser, à travailler autrement que comme un pourceau, d’avantage que d’introspecter un réseau syndical d’une incompétence deux fois décennale.
La kinésithérapie de deux mains
Elle sera cérébrale, ou ne sera pas – dixit.
Nous allons, par un glissement subtil des mentalités ambiantes, passer de l’état de « travailleurs manuels » à celui « d’intellectuels à vocation manuelle ».
C’est fin, très fin, çà se mange sans faim…
De ces personnes, nous ne remettons pas forcément en cause la sincérité (les chemins de l’enfer ne sont-ils pas pavés de bonnes intentions ?) mais la clairvoyance, proche du cyclope amblyope qui aurait chopé la cataracte. Nous avons également conscience que certains ont tout intérêt à pérenniser un système – aussi préjudiciable soit-il – afin de conserver leurs petits postes commissionnés et honorifiques. Il ne faut certainement pas s’attendre à ce qu’ils bouleversent, dans un vent de folie suicidaire, une donne qui leur sert la soupe courtisane et cotisante.
Gens d’élite, sans doute un brin amignonnés dans leurs ego superlatifs par les parfums entêtants de l’auto satisfecit, de « l’entre soi », celles des castes ou de l’ascenseur social, ils en oublient peu à peu leur extraction roturière paramédicale pour se penser au-delà de la nasse plébéienne, en joyeux paladins éthérés de la bonne parole.
On ne parle plus – oh ! Le vil mot qui fleure bon la fange suante et usinant ! – d’argent et de revalorisation pour une profession exsangue, affamée par onze années de disette, mais de cabrioles spirituelles, d’intellectualisme suranné, vers un hypothétique « ailleurs » où le kinésithérapeute serait un petit Einstein paramédical BAC + 8 payé au salaire de laborantin BEPC. C’est « l’absolu » à la portée des caniches…
Bien entendu, dans cet univers d’idéocratie ploutocrate, l’on ne pense plus à la « plèbe ». Car, on est tant isolé, missionné, cautionné, rémunéré, auréolé, jetonisé, champagnisé, d’une commission à l’autre, que l’on n’a plus attache aucune, autre que conceptuelle et éthérée, avec la crème à masser, le patient pustuleux, les contraintes budgétaires d’un cabinet au bord de l’asphyxie, ou le salaire de mendigot d’un kiné hospitalier.
L’on vit dans sa tour d’ivoire doctrinale, gommant les réalités de terrain ; ces milliers de femmes et d’hommes qui se battent, au jour le jour, ne sachant plus que faire pour « fournir » encore, afin d’offrir à leur famille, à leurs enfants, un avenir décent, un cadre de vie agréable, des vacances respectables – juste retour de leur labeur ingrat aux heures interminables – sans devoir galvauder leur morale soignante et saccager en leur for intérieur – forcément en dégoût, tout du moins en conflit – leur probité soignante, pour y parvenir.
Car – et c’est bien cela qui nous est le plus pénible – dans cet appauvrissement progressif de notre vertu soignante, orchestré par un UNCAM soucieux d’économies budgétaires (attitude presque excusable en cette période de récession) et par la pusillanimité revendicative – afin de sauver leurs séants signataires et de rester les mignonnettes d’État – de nos deux syndicats dits « représentatifs » (ce qui, excusable, ne l’est plus du tout), c’est que ces consortiums d’intérêts éminemment privés, d’AGA, de formations continues, de mètres carrés parisiens, de donneurs d’ordres qui gagnent leur vie sur la bête cotisante sans n’avoir plus à toucher à un malade, ont altéré notre foi en nous-mêmes et en notre métier, faisant de nous, au quotidien, des délinquants conventionnels, pour espérer « s’en sortir ».
Nombreux sont ceux, parmi nous, qui, après dix ou vingt années de carrière respectable et morale au service de leurs patients, n’éprouvent plus aucune fierté, aujourd’hui, à aller au turbin et à devoir « abattre », comme bovins à l’abattoir, 25 patients/jour afin de pouvoir payer ric-rac leur EDF ou leur cotisation ordinale.
Mais, quel choix autre, à part celui de rester « vertueux » mais pauvre, et de devoir fermer son officine ?
Ventre affamé n’a pas d’oseille. Ordre ou sans Ordre, le fondement déontologique, en chacun de nous, se fissure, car par trop éloigné de nos réalités professionnelles.
Il se trouve toujours, bien sûr, d’un forum à l’autre, des pénitents de la première heure, des petites lavandières qui lavent plus blanc que blanc, pour donner leçon et nous expliquer que « nous gagnons bien notre vie, et que c’est honteux de se plaindre, même à 15 euros de la demi-heure ! ». L’on en rencontre même, de ces buandières vertueuses, défroquant sans vergogne notre déterminisme aux orties, pour légitimer des référentiels en tant « qu’outil statistique moral », en oubliant pieusement qu’une morale, nous autres, nous en avons peut-être une aussi…
Pour autant, nous doutons fortement que la vertu, à se vouloir à ce point rédemptrice et démonstrative, ne soit pas sœur du désir d’auto flagellation, ni que ces blancs cœurs, à vouloir toujours nous attirer vers le SMIC, n’aient pas davantage à voir avec l’épiscopat et la recherche du petit Jésus qu’avec le professionnel lucide. Ils pensent, sans doute, que de gagner soi-même une misère, ne pas être rémunéré à sa juste valeur, soignera mieux le patient ou empêchera l’Afrique de sombrer dans la famine et le Sida.
C’est ce que Stefan Zweig appelait la « pitié dangereuse ». Dangereuse surtout pour les autres, en vérité…
Pour la plus part d’entres-nous – nous voulons dire les thérapeutes en liens avec les réalités économiques d’un métier en perdition – en ce marasme des peintures du cabinet qui se défraîchissent, de l’appareil d’electro en panne qu’on ne peut plus remplacer faute de moyens, des patients en batterie comme poules pondeuses, l’Ordre, en notre morale malmenée, nous fait l’effet d’un cautère sur une jambe de bois. D’autant qu’il se pavane, lui, sans état d’âme, dans un luxe ostentatoire et plutôt malsain envers l’indigence exponentielle de la profession. Indigence dont tout démontre qu’il n’a cure…
En ce contexte délétère, cet Ordre, loin d’être vécu alors comme une planche de salut éthique, est conçu par (presque) tous comme un racket additionnel, une « danseuse » syndicale, un colifichet qui ne veut rien dire ni qui ne peut rien pour personne, si ce n’est alourdir toujours plus nos charges.
« Ici et maintenant »
Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre.
L’avenir « représentatif » d’un syndicat (pour autant, qu’avenir, il en subsiste un) ne saurait donc s’entendre – s’il veut rester en phase avec les problématiques quotidiennes de la profession – dans son unique adoration envers un Ordre gourou (confiteor d’opérette dont tout le monde se fout) ni dans celui de parier sans cesse sur la transmutation à venir du métier, LMD, EPP, aides-kinés, etc. (dont tout le monde se fout également), afin de « mériter » un jour notre sale air.
Notre sale air, nous le respirons à pleins poumons au jour le jour, chaque matin en tournant la clé dans la serrure de nos cabinets. Nous n’allons pas faire de l’apnée durant une olympiade, car on nous promet – postulat de travail s’il en est – qu’un jour il sera moins nauséabond !
Il est surprenant, d’ailleurs, de voir combien nos représentants électifs semblent aimer si peu la kinésithérapie d’aujourd’hui, une profession pourtant d’extraction plus que canonique (1949) et issue de l’enseignement (dont ils n’ont pas à rougir) de nos maîtres, qu’il convient de toujours souhaiter la transfigurer en autre chose, un bidule plus alambiqué, plus clinquant – pour fuir, en quelque sorte, notre situation présente, vers les prairies aseptisées du « petit toubib » où l’herbe est supposée plus verte. Cette « lubie rédemptrice » est si prégnante qu’elle occupe à présent tout l’espace médiatique syndical, à défaut de le focaliser sur les tourments « de l’instant », c’est-à-dire sur une non-revalorisation devenue chronique, et particulièrement meurtrière.
Aimer sa profession c’est, avant tout, l’aimer « ici et maintenant », et de savoir la préserver en l’État. Non pas de la conspuer sans cesse en vertu de ce qu’elle deviendra – peut-être ? – un jour.
Plaidoyer pour une profession « manuelle et paramédicale »
Loin de vouloir castrer les élans novateurs des « beaux esprits », nous voudrions juste les recentrer en un débat pragmatique, afin que les encéphales en montgolfières perdent un peu de ce bel hélium qui les entraînent si haut, si loin de nous et de notre réalité usinant, pour un peu plus de terreau à bestiaux, celui du plancher des vaches où nous croupissons, spectateurs impuissants de leurs valses aériennes, et totalement vaines en tangibilité de tiroir-caisse.
Bien sûr, se projeter dans l’avenir, anticiper, inventer, fait partie du réseau créatif et prophylactique indispensable à l’adaptation d’un métier à une société en perpétuel mouvement. Pour autant, cela ne doit pas occulter ni faire oublier le présent, l’indigence de nos rémunérations, la difficulté journalière de tout un chacun à savoir rester encore un praticien « scrupuleux » face une crise financière et identitaire sans précédent, en troc d’idéogrammes prophétiques – véritables miroirs aux alouettes – pour un lendemain plus que chimérique.
A quoi cela servira-t-il de devenir tous des « docteurs en kinésithérapie » si, faute d’être correctement rétribués, il n’y a plus de vocations étudiantes, de cabinets de ville économiquement viables, et que l’on ne rencontrera plus dans les hôpitaux, les cliniques, les centres de rééducation, que des marchothérapeutes aides-kinés payés au lance-pierre où des petits Jésus aimant à se mortifier au sale air de crève-la-faim ?
Personnellement, je préfère être un manu aisé qu’un intellectuel pauvre. Et, en ce qui concerne la « condition sociale » et son petit apparat d’auto satisfecit pour soirées mondaines, croyez bien que sous le soleil des tropiques, un planteur à la main, j’oublie assez vite mon extraction roturière.
Plus de la moitié des avocats de la région parisienne vivent sous le SMIC. Je pense – vu de la Martinique où ils n’iront jamais – que cela leur fait une belle jambe de savoir qu’on les appelle « maître »…
Dans l’immédiat, à phosphorer ainsi à vide, à toujours détourner la problématique de sa véritable essence, la seule chose de concret que nous ayons obtenu, en deux décennies, c’est de transformer le vil plomb en Or-dre, une babiole parfaitement inopérante et particulièrement dispendieuse. Une verrue, en vérité, à la face déjà grimaçante de notre chiffre d’affaires.
Car, pour le reste, en onze ans de bilan syndical, c’est plutôt…
… la tête à Toto.






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Bravo Pollux
Une chose me surpend toujours :
-Un ventre affamé ne cesse de râler pour en devenir insupportable jusqu’à agir pour le substanter
-Une profession étouffée, martyrisée, victime d’un génocide honteux et programmé ne bouge pas, pourquoi ?
Je m’interroge sans cesse sur ce paradoxe, car la moindre usine, la moindre société, administration aurait mis à moins que cela le tablier au clou et les pavés dans les vitrines…
Où est notre dignité ?
Je partage le constat de KAGB. Mais quitte à me répéter,les MK sont très largement *désinformés* ,on leur ment depuis longtemps sur la réalité, l’acuité,et la récurrence de nos problèmes.
C’est,sans doute, un moyen pour nos “responsables” d’occulter leurs erreurs stratégiques,leur incurie. La critique est aisée,j’en conviens dans cette situation si complexe.
Même si nos confrères ne font pas beaucoup d’efforts. Il s’avère,donc, extrêmement difficile de les motiver à fortiori de les mobiliser massivement.
Les sites, blogs, forums,etc,marginaux(ce n’est pas péjoratif)n’ont pas la puissance de diffusion et d’information,ou ne s’en donnent pas les moyens.
Mais la situation me paraît tellement grave qu’il y a peut être du gain à moudre sur cette piste d’action.
C’est effectivement là le problème, gourgues, la diffusion…
Les sites, blogs, autres que syndicaux ou commerciaux, n’ont pas de ressources et en sont même souvent de leur poche (ce qui est notre cas). Difficile donc, dans ces conditions, de lutter contre le rouleau-compresseur de la désinformation syndicale et ordinale.
Ce n’est pas Nicolaï 1er qui nous contradira : qui détient les rennes de l’information détient la vérité…
A peine 10 à 20% de la profession surfent sur le Net en quête d’informations. Seul le support papier peut donc atteindre les autres. Mais, feuilles de choux + enveloppes + timbres + diffusion vers 40 000 adresses, je ne te dis pas le coût ni la main-d’oeuvre!
Est-on voué alors à attendre l’avènement d’un “médiapart” papier pour nous sortir de l’ornière ?
ou alors prendre la place de NicolaÏ 1er pour avoir les rennes de l’information ?
Cela me semble très difficile dans ce cas d’attendre un changement dans notre profession, non ?
C’est effectivement le côté désespérant de l’affaire…
encore une fois bravo Pollux !
Un de tes meilleurs papiers, Pollux, pas de doute y a tout là dedans! Et bravo de prendre en compte avec autant de clairvoyance les destinées des deux mondes (libéral et salarié) sans privilégier l’un d’eux…
Dans ta réponse à Gourgues tu estimes à 10-15 p.cent la proportion des MK qui assouvissent leur curiosité (politique ou professionnelle) sur le net. Sommes-nous si arriérés ? Ceci ne cadre pas avec le déclin de la presse papier (que je n’ai jamais beaucoup pratiquée, mea culpa, tout quinqua que je sois) ni avec celui de la poste (que je n’utilise quasiment plus, mea culpa ô combien, malgré mon grand respect pour les mots écrits). Je n’ai jamais reçu des ubus que quelques injonctions de payer, dont une seule en AR. Pas de propagande papier régulière.
Je suis d’accord,notre pollux est au sommet de sa forme avant les vacances!
Quant à la diffusion ,tres problématique en effet,internet prend du temps et peu d’argebnt, nous qui sommes tous bénévols mais la diffusion reste restreinte je suis d’accord avec Michel
Mais faire partirun publipostage sur 50000 libéraux a un cout exorbitant,on n’en a en effet pas les moyens.
Reste les textos,que nous avons testé avec l’opération”Kinés mains libres”,l’avenir est peut etre là,mais seulement pour des messages courts.
nous sommes informatisés au moins a 90% dans la profession
l’ordre connait notre courriel.
il est facile de les regrouper en listing
pourquoi ne pas commniquer avec la profession par ce moyen,rapide,economique.
pourquoi ne pas s’organiser autour de ce systeme qui va directement au coeur des cabinets??
Oui Christine et Marco.Il y a peu de chances que les syndicats historiques fassent cette démarche,et l’ordre non plus,du moins les états majors nationaux.Il faut voir, peut être, du coté des organes départementaux qui ont des listings ,et pas toujours la même position que leurs leaders.
oui, et pourquoi pas les URPS de mk?
asso loi 1901 avec un gros pactole à gérer, elles peuvent mettre en place des système de communication à l’échelon régional. C’est ce que nous allons tenter de faire.