Grosse fatigue
Lorsque mon patient de la ville voisine, soit à vingt minutes de scooter de mon cabinet (4 euros), bronchitique (16.32 euros), pendu à son horloge et à ses « Feux de l’amour », m’annonça qu’au Portugal où il venait de passer ses vacances (six semaines, contre moi une seule, et en France) le kinésithérapeute, parfois deux, restait avec lui 1 heure 30, et qu’il n’entendait pas pourquoi je ne « m’alignais » pas (sous-entendu sur la concurrence), j’ai à peine réprimé un spasme.
Lorsque mon paraplégique m’a demandé à la fin de sa séance, la pogne déjà sur mon casque de scooter, de lui faire un « p’tit massage », j’ai réprimé un deuxième spasme.
Lorsque sur ces entre-faits, non sans avoir expédié mon repas et être malgré tout arrivé quelque dix minutes à la bourre à mon cabinet (et pour cause) j’eu le droit à un sermon goûteux sur les vertus de la ponctualité proféré par une sorte de fossile vivant extatique, colonel de réserve à la retraite, je réprimais donc mon troisième spasme de la journée.
Lorsque que ma bourge de service, celle des quartiers Sud de la ville, m’expliqua que ma balnéo était trop chaude et que cela lui avait collé la migraine (la même que celle du soir avec son mari ?) et cela une heure à peine après que l’autre, ma CMU des quartiers Nord, qui a paumé sa carte vitale depuis belle-lurette, m’ait dit avoir choppé « la mort » dans mon « bain » tant il y faisait froid…
Lorsque France Telecom, devenu depuis peu champion du harcèlement téléphonique, m’a laissé sur ma messagerie, pour le plus grand bonheur de mes patients, son troisième diktat de la journée pour retard de paiement (il est vrai, un oubli de quinze jours en pleines vacances)…
Lorsque mon banquier, l’homme qui vous prête des parapluies lorsqu’il fait beau et vous les reprend dès qu’il pleut, m’a écrit pour savoir quand je pensais renflouer mon découvert…
Lorsque la CPAM m’a réclamé 380 euros d’indus (datant de 2007 !), que je n’ai plus aucun moyen d’authentifier vu que mon fournisseur de logiciel, soucieux de justifier son racket annuel, a pensé utile de bidouiller et triturer sa « dernière mise à jour » tant et si bien qu’elle est devenue parfaitement imbittable…
Lorsque à 20.30 heures je suis enfin monté dans ma voiture (en leasing) et que j’ai cassé mon I-Phone (pas très costaud ces petites bêtes) en essayant de retrouver ma paire de lunettes, la dernière, que j’ai finalement retrouvé élégamment cintrée sous mon fessier…
… je dois dire, les amis, que j’eus alors comme une sorte de vague à l’âme…
Heureusement, je gardais à l’esprit l’image gratifiante de ce nourrisson, petite boule gluante et hurlante en toute confiance entre mes mains, me perçant les tympans à la chignole de 12, jouant de l’aigu comme certains jouent du Rap, tentant à tous prix de tomber de la table histoire de voir si mon assurance pro. couvrirait, me balançant à la figure son doudou et régurgitant sur ma chemise blanche des glaires verdâtres. Instants privilégiés s’il en est dans nos journées, où nous faisons alors enfin un peu soudure entre nous-mêmes et notre propre sérieux, et retrouvons foi en notre métier. Même si, chérubin probablement atteint de la Grippe A, je n’avais pas encore mes masques pour le soigner, vu qu’il faut aller les chercher à la préfecture (30 bornes), et que sa mère, sans doute affairée à d’autres préoccupations, n’a jamais songé depuis à me dédommager de mes services…
Fort heureusement, l’actualité est là pour vous donner un peu de baume au cœur.
L’UNCAM a passé en force les trois premiers référentiels. Bientôt toute la NGAP va y passer. Les calculs les plus optimistes envisage 30% de chute d’activité pour la profession…
Les syndicats signataires ont bien sûr donné de la voix, mais c’est l’histoire du petit chinois face aux tanks sur la place Tienanmen, à peine un cure-dent sous leurs chenilles…
Côté manouvriers, ça va être un carnage ! On va se la jouer massacre à la tronçonneuse ! De la boucherie ! De la surenchère permanente pour ne pas perdre ses parts de marché, ne pas faire partie de la charrette vers l’échafaud ou devoir monter à toute berzingue une pizzeria. La bave aux lèvres, ils vont tous se jeter sur mon bronchiteux à 90 minutes la séance…
Messieurs-dames du gouvernement, vous qui y teniez tant à votre séance de kinésithérapie « strictement individuelle » d’une heure trente payée au salaire de femme de ménage, et bien vous l’aurez !
Mais, pour une « Politique de Santé » scrupuleuse, clairvoyante, pérenne, humaine, pleine de « tact et mesure », respectueuse des acteurs de terrains et de leurs patients, prévoir un délai. Une fois de plus…
Gageons que faute de vocations hexagonales, il vous faudra rapidement faire appel aux kinésithérapeutes slovaques ou tchétchènes, comme vous le fîtes jadis pour les infirmières espagnoles ou les médecins roumains, dont, soit dit en passant, la plupart son retournés chez eux, vos conditions de travail et de salaire, même pour eux, restant inacceptables…
Essayez donc du côté de la Chine, c’est très « tendance ». Mais, un conseil, jetez aux oubliettes vos prétention de « norme NF »…
L’heure des comptes
Le temps des rêves et de la trêve fut bien court avant que de retourner sous la bourka administrative.
Deux ans, il n’a s’agit que de deux ans (chercher le corollaire ?) pour que dix années de fol-espoir d’émancipation s’effondrent comme château de sable.
Aujourd’hui, face à un Tout-Etat toujours plus oppresseur et oppressant, au retour du Roy en sa cour de Versailles, la kinésithérapie n’est plus à espérer gagner ses « lettres de noblesses » mais bel et bien à écoper le radeau de la Méduse en pleine bourrasque.
En une décennie, bien des hommes ont travaillé (en vain) aux chemins de la liberté. Disparition des feux-quotas, révision de la DEP, refonte de la nomenclature (NGAP 2000)…
Dans l’effervescence pionnière ambiante – aujourd’hui reléguées aux calendes grecques – certaines terres exotiques furent mêmes défrichées, comme la première intention thérapeutique, le LMD (licence – maîtrise – doctorat en kinésithérapie), ou la suppression définitive de la DEP contre notre « bilan-diagnostic ».
Bien sûr « on » ne songeait pas une seconde à revaloriser nos honoraires (aucune augmentation depuis 1998) mais au moins, et rien que cela était une sorte de respiration, « on » ne cherchait plus trop de poux dans la tête de nos maigres émoluments…
Aujourd’hui, nos conquérants sont collés aux piloris et réduis au rôle ingrat de pompiers de service de la maison « kinésithérapie ».
C’est la fin de l’embellie…
Nous ne savons rien de la manière dont l’UNCAM est capable de pervertir une convention. La seule chose que nous pouvons affirmer c’est que ses noirs desseins ne nous sont en aucun cas favorables, que la manipulation des débats est son quotidien, et que rien qui ne soit dûment signé avec elle (et même de ce qui l’est) ne peut surtout jamais être considéré comme acquis. Le respect de la « parole d’Etat », c’était à une autre époque…
À présent, toute action qui serait autre que celle, très basique, de « survie » est inutile. Ce serait perte d’énergie et offrande faite d’un flanc toujours plus fragilisé.
Il faut donc revenir en nos tranchées et pratiquer non plus l’offensive gaillarde de ballerines éthérées mais la résistance active. Du lourd. Du char russe.
Manifestations de rue (car, héla, c’est la seule rumeur d’affamés que Louis XVI entend de ses grilles).
Syndicalisation de masse (même si nos syndicats sont ce qu’ils sont, nous n’avons pas mieux en stock pour nous défendre).
Défense, coûte que coûte, de notre revalorisation en annexe à toutes nouvelles mesures coercitives sur la profession, harassée.
Il faut que les syndicats recouvrent le courage, celui de leurs pères, de savoir claquer la porte des négociations qui, de négociations, n’ont plus que le nom. Même au risque majeur de sortir de la convention et d’entraîner à nouveau la profession vers les turbulences d’Etat. Car, à bien y regarder, les dégâts collatéraux seraient-ils tellement plus critiques que ceux que nous supportons depuis deux ans ?
Que dirons-nous dans dix ans lorsque nous ne serons plus que des paramédicaux du fond de panier aux basques de la férule gouvernante ? Lorsque nos honoraires ne seront plus que pitance ? Lorsque 30 ou 40% de nos consœurs et confrères auront pointé à l’ANPE, rejoignant en cela leurs collègues de Belgique ?
Que nous ne savions pas ?
Pourtant, si, nous savions…
Nous sommes, et nous espérons que ce site le démontre, hommes de dialogue et de consensus, mais, loin de vouloirs jouer les incendiaires inconscients, nous pensons que « le processus diplomatique a atteint ses limites ».
La tect’Ordretonique des plaques
Comme nous l’avions annoncé en d’autres temps, d’autres lieux, l’Ordre sera bel et bien la ligne de fracture de nos syndicats.
A n’avoir pas su s’émanciper de « l’enfant prodigue », ni à se détacher de son omnipotence, il faut croire qu’il n’y a plus dans les ruelles désertées des centrales « représentatives » de pourfendeurs de la funeste politique de santé de l’UNCAM, de théoriciens du syndicalisme, ou de conquérants du progrès social, mais uniquement, comme un leitmotiv entêtant, d’hystériques « groupies » se pâmant comme vierges à hostie devant l’Ordre ou de honteux « anti-Ordre » rasant les murs. Les premiers prenant l’ascenseur oligarchique vers les paradis luxuriants, les seconds mordant la pomme et se débattant dans la glue veule des croche-pattes en tous genres (ceux des premiers, bien sûr)…
Voilà bien en quelle misère intellectuelle se résume notre présente vie conventionnelle : être « aux Ordres » ou ne pas l’être. Concepts progressistes, s’abstenir…
Qui autre que les kinésithérapeutes accepterait qu’un « Ordre », structure administrative communément de seconde zone relayée aux tâches ingrates de l’épistolaire et du recensement, phagocyte à ce point l’espace revendicatif et bousille de telle manière la représentativité et l’indépendance syndicale ?
Dans quel autre corps de métier un Ordre « parle » et « décide de tout » en lieu et place des centrales et de la vox populi dûment et démocratiquement élue (contrairement à l’Ordre) ?
Pourquoi accorder à cette structure de si peu d’importance une telle influente importance ?
C’est, de mémoire institutionnelle, du jamais vu, voir un bouleversement constitutionnel particulièrement novateur et spécifique. Un putsch liberticide des « généraux » en tous les cas, relevant à coup sûr, pour peu qu’un juriste talentueux sache le mettre en gerbe et lever les lièvres, de la Cour d’Etat et de la dissolution immédiate.
L’Ordre ne sera donc surtout pas (et pour un long temps encore) les « lettres de noblesse » d’une profession mature, le point d’orgue de notre émancipation, mais l’effondrement de nos défenses corporatives face aux déferlantes d’Etat et la perte de substance de nos valeurs protestataires.
Hier, secousses pré-sismiques annonciatrices de l’éclatement syndical et symptôme du malaise ambiant, la création d’Alizé, pur artéfact de l’Ordre. Solution alternative, pluralisme des pensées, mais étiolement tout de même d’un tissu corporatif déjà bien fragile.
Aujourd’hui, branlant depuis des mois sur la faille ordino-tellurique, c’est la chute fracassante de la head-office du SNMKR. Pour autant, visiblement peu scrupuleux d’apprendre des erreurs du passé, son nouveau président par intérim, plus que jamais, met la barre « à l’Ordre » et se range sous le navrant boisseau…
A quand la Fédé ? Déjà biens des fissures s’amoncèlent dans la structure, même si l’omerta ambiante en retarde artificiellement les effets.
Mais « on » n’ouvre toujours pas les yeux, en pensant que l’orage passera.
Scoop, il ne passera pas, et personne n’en retirera pour sa propre Chapelle les marrons du feu.
Ce sera juste le chaos syndical généralisé…
Bien des volontés de bon-aloi se sont brisées et découragées face à cette vision funeste et particulièrement simiesque de l’hégémonie Ordinale, du carrièrisme ego-individuel et de l’apocalypse syndicale. Et pourtant ce déclin des valeurs revendicatives n’en est qu’à son début…
Pourtant, petits poulbots du syndicalisme, vous n’avez vraiment rien à gagner à frayer avec les gosses de bonne-famille de la rue Réaumur. Vous, c’est Opinel et sauciflard autours des piquets de grève, eux, c’est bulles de champagne et bulles de verre, de préférence Sécurit comme au GICARE, et séance de nage indienne en eaux troubles dans leur aquarium lyophilisé…
B’OrdroChanel, nous n’avons pas les mêmes valeurs…
Au pas de l’oie
C’est la rentrée.
Les premiers frimas se posent sur les campagnes et cristallisent en instants suspendus la rosée matinale et les larmes du monde. Fée Viviane se couvre de son manteau de zébu dans la forêt de Pimpon. Le GICARE et ses lumières scintillantes viennent de fermer leurs portes, encore pleins de bidules mirobolants, d’invendus et d’affriolantes hôtesses (one point for l’équarrisseur de cellulite !) qui auraient pourtant fait mieux, bien mieux, dans nos sinistres échoppes. Mais on est reparti avec sa fango et son petit sac d’électrodes. Une brouette de doc. en prime. L’année prochaine, peut-être ? Sûrement. Mais on ne s’était pas déjà dit çà l’année dernière ?…
L’heure est à « l’interactif ». De gros écrans LCD où le patient se voit glander en trois dimensions aux ordres d’un D2R2 visiblement sous amphètes. Bien pratique « l’interactif » pour aller fumer son clope ou discuter le bout de gras avec la mignonne à l’entorse de cheville. Et ça en jette des diodes plein les mirettes! Le D.E. (avec tact et mesure) ils le signent sans moufter !
La main de ma sœur, assurément, n’a plus cours que chez les beaufs…
Mais nous, revenus en nos provinces, « actifs » on a plutôt intérêt à l’être si on veut boucler la romaine cette année. C’est l’automne, les feuilles tombent comme hosties à confesse. CARPIMKO, tiers prévisionnel, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe professionnelle, c’est la grande valse des mendigotes de tous poils et des chancres mous du prosélytisme fiduciaire.
C’est le trimestre de tous les dangers, celui du triste retour au réalisme. Pas simple après la Côte D’azur…
Fondu au soleil glacé d’arrière-saison, le petit pécule si chichement amoncelé ! Dire qu’on croyait avoir de l’avance de trésorerie et qu’on se voyait déjà à Marrakech en famille pour fêter le Nouvel An…
On recommence à « gratter » son pare-brise pour aller gratter, à beugler comme putois sous la douche glacée, à ramasser quelques châtaignes bucoliques (et pas nécessaire d’être syndicaliste pour çà). Les salons de jardin se remisent, ainsi que les longues soirées diaphanes où l’on loukoumisait amoureusement aux douceurs vespérales. Il fait nuit d’encre et un crachin détestable lorsque l’on quitte sa manu-facture.
De factures, tiens, parlons-en! Ils sont tous devenus fous ou quoi ? Où ils nous pensent droit sortis de la cuisse à Couratier ? Une électrovanne de balnéo chez « tartempion » ou Something comme çà, c’est 91.30 euros hors taxe. Je trouve la même chez Le Prince L’enchanteur à 30 ! Pour des esturgeons à peler on ne nous prendraient pas ?…
Et que dire de notre « assistance informatique » et de ses dernières « mises à jour » à la mord-moi le gousset ? On change trois virgules, deux inter-faces graphiques pour justifier du racket annuel, sans oublier les petits bugs qui vont bien et vous rendent accros de la « hot-ligne » sonnante et trébuchante, et hop! l’affaire est dans le sac à malice ! VE les GArs, sans Epsiloguer, pour plus que vache à lait on ne nous tiendrait pas ?
Question…
Déjà l’on pianote nonchalamment sur son logiciel de compta et l’on jette un regard distrait sur ses premiers bilans, pas encore définitifs certes, mais déjà bien significatifs. Fichtre diantre ! C’est pire que ce qu’on pressentait ! C’est l’hécatombe ! L’hallali ! Le chiffre d’affaire en berne. La clientèle en quenouille. Ca rigole plus bien fort au royaume de la kiné. Pourvu que le quatrième trimestre soit un peu meilleur, histoire de rattraper le coup et le crédit du camping-car…
Pour Noël les enfants, finalement, on va peut-être rester à la maison. Les cocotiers, c’est as been.
Durant ce temps, bien loin de nos petites considérations mécréantes et manouvrières, nos nonces syndicaux signent à tout-va nos actes de décès. Référentiels, fin de la libre-installation, amen à l’ASV… Faut pas y voir à mal, dur-dur d’être un élu du peuple. Faut à la fois plaire au Bon Dieu, à ses Saints, et à tout le Saint-Frusquin. C’est un boulot pour acrobates de haute-volée…
Bien sûr, de temps à autres, une voix de vierge effarouchée s’élève de la fosse aux lions, bien vite dévorée par le « real-syndicalisme » du charnier carnassier…
Dès fois je me dis que si on ne signait plus rien ni ne cotisait plus à rien – bouderie générale ! – qu’on n’avait plus d’Ordre ou de centrales « représentatives », qu’on faisait la grève des tisaneries de l’UNCAM et des rencontres « con-ventionnelles » où l’on nous y prend plus souvent qu’à notre tour, il faudrait avoir un œil de lynx pour apercevoir une différence. A peine un poil de grenouille…
Mais bon, c’est l’automne. Et moi, l’automne, çà ne me rend pas rose, la banlieue c’est morose.
La misère est moins lourde à porter au soleil.
Ca doit être çà sans doute…
FFMKR
La résurrection ?
Nous ne sommes pas les derniers – cela n’est plus à démontrer – à savoir copieusement avoiner les fourrages pour séparer l’ivraie du bon grain. Et cela en notre naturelle générosité de faucardeur de fenaisons au geste ample, sans le moindre esprit partisan ou clanique. Pour autant, nous savons apprécier à sa juste valeur une action syndicale intelligente et pragmatique lorsque nous la rencontrons sur notre chemin.
A ce titre, c’est avec un réel plaisir que nous avons parcouru le compte-rendu du 46ème congrès de la FFMKR, tenu à Angers fin octobre. Congrès que, sans hésitation, nous qualifierons « d’historique ». Historique tant par la clairvoyance des sujets qui y furent débattus, que par leur bon-entendement. L’hypocrisie bon-enfant, les valses-hésitation, les pince-doigts rince-nez, les lourdeurs pesantes et castratrices de l’Ordre, semblent enfin être reléguée aux calendes grecs…
Mais surtout « historique » du fait notable que – pour la première fois depuis fort longtemps – un vent protestataire s’est enfin levé sur la fédé et qu’elle a, semble-t-il, retrouvé sa capacité – remisée de long-feu aux oubliettes – à dire « non ! ».
Les gouvernements passent et trépassent, infiniment cendres d’inconséquence. Le libéral demeure, tel qu’en lui-même depuis 1946, heure du trépas de « l’infirmière masseuse » et avènement du masseur-kinésithérapeute.
Nous avons traversé ces dernières décennies – les deux dernières années en particulier – une telle volonté d’Etat à vouloir nous éteindre, nous rabougrir, nous asphyxier, qu’il faut positionner nos vertus édificatrices au-delà des contingences et des éphémères et si changeants agités du bocal qui nous servent de « dirigeants » occasionnels.
Un homme, tout chef d’Etat qu’il soit, peut peu contre la volonté de 65 000 autres à subsister.
C’est avec autant de plaisir que nous avons entendu monsieur Alain Bergeau, président en fonction, clamer haut et fort l’attachement de sa centrale aux valeurs incompressibles du libéralisme.
A celles de la libre-installation du praticien sur le territoire français. Au refus catégorique d’une pression uniquement coercitive de la part de l’UNCAM au profit, bien plus perspicace, de mesures incitatives et d’aides financières au développement des zones sinistrées en kinésithérapeutes. Car le risque – très réel – et Angers semble l’avoir entendu, c’est que derrière ce projet de contrôle des flux migratoires se cache une fois encore – une fois de plus ! – une volonté de politique comptable de la Santé de la part de l’UNCAM.
A l’importance – devenu à présent urgentissime ! – de la mise en place du LMD (licence-maîtrise-doctorat) dans le cursus de nos études, car seule porte de sortie rationnelle vers l’évolution de nos qualifications, de notre indépendance et notre revalorisation.
Au souci de ne pas perdre lien avec l’ostéopathie, car – ne l’oublions pas ! – importée dans l’hexagone puis développée par les seuls kinésithérapeutes – qui, seuls, auront essuyé les premiers plâtres, les premières chasses aux sorcières et leurs autodafés purificateurs – avant que d’autres pique-assiettes (ni-ni, médecins) marins d’eau douce en pères-pénards, viennent se greffer sur le système après la bataille et tirer la couverture sonnante et trébuchante à soi…
A la nécessité – devenue impérieuse ! – de la réévaluation financière d’une profession en berne depuis plus de onze années. Au refus de toute nouvelle négociation, de tout nouveau chantier conventionnel avec l’UNCAM, qui ne saurait avoir pour corollaire immédiat cet objectif et cette priorité.
A la volonté prégnante d’abolir une fois pour toutes cette scorie faite à la face de notre respectabilité, de notre compétence et de notre intégrité, qu’est la demande d’entente préalable. Car, évidemment, comment comprendre autrement la persistance de cet outil de contrôle archaïque qu’est la DEP si ce n’est à considérer que, pour l’UNCAM, le médecin-prescripteur et le kinésithérapeute sont des incompétents ou – pire ! – des malhonnêtes patentés ?…
Nous saluerons également le sursaut – certes un peu tardif (n’est pas Poulidor qui veut) mais sursaut tout de même – d’UNION (SNMKR/OK) qui, emboîtant le pas à la fédé (je marche dans les pas de mon père) semble devoir se positionner avec une presque égale fermeté, face à un UNCAM toujours aussi autocratique, rigolard, et à ses perfides « négociations » de roublard d’Etat.
A ce titre, mesdames et messieurs – une fois n’est pas coutume et je me réjouis d’avoir enfin l’occasion de le faire – je vous tire respectueusement mon chapeau !
Faisons simplement en sorte que – pour une fois – les mots ne restent pas lettres mortes, et que l’action rejoigne enfin la pensée.
Si je puis me permettre un conseil : il ne faut en aucun cas craindre ni hésiter à brandir la menace du « sortir » de la con-vention. Entre l’UNCAM et nous, nous ne sommes pas – nous autres kinésithérapeutes – ceux qui ont le plus à y perdre – loin s’en faut…
Vous me donnez enfin l’envie, les petits – et je ne pense pas être le seul – de me syndiquer !
Entre Alizé et ses coups salutaires d’Ordino-butoir, son combat crucial pour le LMD, la fédé qui retrouve enfin ses ailes contestataires, le SNMKR qui implose de l’intérieur pour mieux se remodeler ; après 15 années d’encéphalogramme plat, la vie syndicale redevient enfin un peu bandante !
Bon, et je vous en remercie, ce n’est pas encore ce soir que j’arrêterai mon petit blog de vaurien…
Au-delà de cette limite
votre ticket n’est plus valable…
C’est toujours d’un œil curieux que j’assiste, sur les différents sites ou forums folkloriques de la profession, aux sempiternels chicanes entre tenants de la real-kinésithérapie et celui du cœur des vierges, celles qui – en d’autres temps d’autres lieux – je baptisais de petites lavandières qui lavent plus blanc que blanc.
Les premiers, le plus humblement du monde, avouent presque honteusement, dans un »coming out » méritoire, mais le front tout de même bas et l’éthique en berne, qu’ils ne parviennent plus à couvrir leurs charges ni à extraire un honnête salaire de leurs interminables journées de zèle sans moyenner une légère entorse à la NGAP, une petite compression de leur clientèle, quelques dépassement d’honoraires devenus chroniques, et la femme de ménage foutue à la lourde, donc le cabinet un peu limite question hygiène.
L’eau de la balnéo, pour sûr, ils ne s’y plongeraient pas…
Les seconds, trottant gaiement sur les eaux du Jourdain, exultant, pointant du nez hautain l’indigent déontologique, nous expliquent subséquemment que, même à quinze euros nets de l’heure, il faut – et cela est de notre devoir jupitérien de paramédicaux – de gagner à la sueur de son front notre petit lopin de Paradis. Car, axiome convenue s’il en est, on est là pour en baver. Et, plus on en bave des ronds de chapeaux, meilleur est sa place au couvre-chef des martyres d’inCONséquence…
Ce qui leurs importe en finalité, à ces petites Mère Denis, çà n’est pas la juste reconnaissance de leurs mérites, ni l’émancipation d’une profession (car, après tout, un métier payé au tarif de dame pipi, tant que c’est celle du Vatican, est forcément un noble métier) ni même d’assurer le gîte et le couvert à leur famille, ou encore le respect de leurs patients, car ils n’ont aucune approche sémantique ni ne comprennent que, derrière l’argent, la revalorisation des nos actes (et donc de nos moyens), il y a forcément le respect – le respect du patient, et donc de soi.
C’est la pitié dangereuse, celle qui envoie au front les gaillards joyeux au son des tambours…
Brel avait un mot pour eux, ces gens qui sont « tellement nos frères », mais, curieusement, je ne m’en souviens plus…
Il ne faut pas chercher à mettre leur raisonnement en équation, c’est un truc de fétichistes ; ils cavalent après le Petit-Jésus. Ils ont un passif pas clair à se faire pardonner sur cette terre, une pomme d’Adam en travers de la gorge, et ils nous la font payer au prix fort. En d’autres occasions, ils collectionneraient les chaussures ou les dessous féminins…
Or, la morale, ça n’est pas « qu’une » question d’argent, même s’il y participe grandement.
Et l’argent ne fait pas la morale, même s’il y concourt largement.
Que ce soit à 30 euros de l’acte ou à 10, il y aura toujours des forbans de haut-vol qui compacteront la clientèle, feront n’importe quoi, et des bergeronnettes qui suspendront leurs gousses d’ail à la porte et allumeront des bâtonnets d’encens.
Or, ca n’est par parce que l’on est mendigote et qu’on se ballade culotte trouée qu’on est forcément plus vertueux. Ni l’inverse en vérité. Loin des idéaux extrèmes, l’argent est juste un curseur à faire basculer les vocations limites, ou, en d’autres termes, à cesser d’être pris pour des cons. Et, en ce domaine, chacun à son propre baromètre…
A contrario, il est plus facile de comprendre que l’on chaparde un poulet (ou un AMK) lorsqu’on est va nus pieds que prélat rotant et digérant son missel du dimanche…
Pour autant, pour la majorité d’entre-nous qui n’appartenons de fait ni aux brigands ni au cœur des pleureuses, qui vivons en toute simplicité notre métier, loin des finesses et des errances charismatiques, la problématique semble plutôt primitive : on soigne mieux, on se forme mieux, on investit mieux, et il est plus aisé de ne pas devoir faire entorse au quotidien à sa probité, de travailler en toute sérénité, de respecter son patient, à 30 euros de l’heure plutôt qu’à 15.
Pour ceux qui en disconviendraient, on embauche dur dans les lamaseries tibétaines…
Père Noël
Un léger coup de fatigue…
Voici revenir les fêtes que, d’aucun, secrètement espère.
Celles de la magie annuellement renouvelée. Le grand-écart entre ce qui est et ce qui fut, stigmatisant l’absence au quotidien d’une enfance à jamais révolue, et qui nous revient à la tronche comme boomerang douloureux. Ce à quoi pourrait ressembler notre ordinaire si nous n’avions pas perdu « en route » notre capacité à nous émerveiller et à faire de chaque jour un banquet joyeux.
Nous ne sommes plus des gamins et, pourtant, pour nos enfants, mais aussi (et peut-être surtout ?) pour nous, et en respect de racines familiales profondément enfouies dans notre sub-conscient nostalgique d’adultes, nous poursuivons la tradition. Seul moment de l’année où l’on s’autorise un instant – encore un instant – à lâcher notre petit costard trois-pièces de « grande-personne » pour devenir des consommateurs pithiatiques de futilités fugaces. On court les magasins, tout président de l’Ordre ou d’un syndicat « représentatif » que l’on soit, pour un ustensile frivole, un poil de grenouille, comme si notre cota d’oxygène en dépendait.
Quoi faire pour faire plaisir à ce vioc dont, au demeurant, on ne passe pas un coup de bigophone de l’année, même après son hospitalisation ?
Nous redevenons enfants, heureux et jubilatoires comme des bambins. Comme – rappelez-vous – avant que toute cette lourdeur crasse que l’on nomme la « responsabilisation » et le « poids de la conscience mature » nous tombent sur le rade et nous coupe à jamais des billes du préau, et les roupettes à notre innocence imaginaire.
Noël, nous l’attendons, même (et surtout) avec l’air de ne pas y toucher, dès le mois d’août et le retour du bronzage estival. Prochain rendez-vous à peu près identifiable sur notre calendrier avec le bonheur et l’insouciance.
Nous le préparons dès octobre.
Nous le prolongeons dans les esprits, vaille que vaille, à grands coups de crèche ou de sapin perdant ses épines, jusqu’en février.
On s’accroche comme l’on peut aux derniers fragments de poésie enfantine…
La neige.
Tombera-t-elle ?
Ne tombera-t-elle pas ?
Ce serait si beau sur le jardin et avec ces putains de guirlandes Ikéa vendues au prix de l’once d’or et ses queues interminables aux caisses.
Nous regarderons, l’œil embué, nos postérités insouciantes ouvrir les cadeaux en riant.
Nous lèverons le verre de l’amour avec nos pères, nos mères, nos proches, avant que la nuit glacée ne nous les arrache et ne les emporte loin de nous, puis être, statistiquement, la prochaine cible numérotée sur la liste.
Nous aimons à croire que la vie, un instant, un instant seulement, suspend son vol délétère.
Que l’existence est celle des contes de fées.
Que rien n’est véridique de cette réalité putride et fatale.
Que le monde des « adultes » n’est qu’une farce et attrape.
Qu’on va se réveiller en un univers sans douleur et sans peine, où les Bambis gambadent entre les roses fraîches.
Or et pourtant, Noël, c’est aussi celui des gueux, des traîne-misère, des sans-abri, qui mourront de froid dès décembre, tant ils sont empressés d’en finir avec la vaste plaisanterie, venant un peu altérer notre optimisme aux infos du 13 heures – salauds de rabat-joie ! Mais à peine, si à peine, un vrombissement d’acariens aphones…
C’est aussi celui de ces femmes et de ces hommes qui ont perdu un proche, l’être ou les êtres aimés, ceux pour qui, à jamais, la fête ne sera jamais plus la fête, mais un crève-cœur, une nausée indéfinissable. Le palpitant à jamais en hiver, comme un singe sur son banc de quai de gare. Voyageurs lourdés d’un express vers nulle-part. Ceux à qui les lumières du bonheur, ce bonheur présumé et obligé, mieux qu’un projecteur de la douane maritime à la recherche de Marie-Jeanne, éclaire et perfuse de mille dards le cœur ombragé. Noël, la joie et l’enchantement enfuis, comme une piqûre de rappel…
Noël, celui du service des urgences qui ne désemplira pas. Du petit bobo des filles-mères, de la petite vieille aux chats, aux crises d’éthylisme des paumés vociférant et titubant sur la voie-publique, les laissés-pour-compte des agapes, les chiens sans collier et sans pedigree, abandonnés le long des autoroutes des vacances…
Noël, le record mensuel des suicides. La Grande Faucheuse fait son beurre sur les heures de liesse populaire. Un bon train vaut mieux que deux tu ne l’auras pas…
A tous ceux-là, moi qui ai la chance d’être encore parmi les gens heureux, les jusqu’à présent presque épargnés de la vie, ceux qui attendent avec impatience cette nuitée féerique, je dédie ces quelques mots, ma tendresse et mes pensées.
Je dédie ma peine, aussi. Par procuration, et par anticipation.
Révérence gardée.
Je voudrais vous dire à tous, mes presque sœurs et frères, puisque de la même ethnie corporative qui, pourtant, se déchirent inutilement à longueur de posts sur les sites divers et variés ; profitez, par chaque pore de votre fragile derme, du bonheur. Engrangez les émotions. Absorbez la vie, goulûment, sans retenue, tant qu’il y en a. Car elle vous est comptée, assurément.
Il est dur et douloureux d’exister. Trop de tristesse pour si peu de bonheur. Le commerce de la vie est peu « équitable ». La condition humaine est avant tout une condition souffrante. Et c’est justement parce que cela est dur et douloureux, que l’on peut être fier lorsque l’on y parvient, à être juste humain, sans s’y perdre en chemin.
Savoir s’aguerrir sans se durcir, et savoir conserver sa capacité d’émerveillement et de fragilité, malgré les fatalités humainement insurmontables, les revers, les coups-bas et tous ces cons qui avilissent « l’idée du Monde » de leur conscience de pourceaux.
Voilà bien tout le challenge.
Les Chinois disent qu’il faut avoir chuté et s’être relevé sept fois pour savoir marcher…
Etre « humain » veut dire que l’on a conscience qu’entre l’infiniment Petit et l’immensément Grand, nous devons juste trouver notre place, avec pudeur, grandeur et humilité. Ni plus, ni moins. Mais c’est dans ce « ni plus ni moins » que se blottissent toute la poésie et la beauté de l’existence et toute notre grandeur d’âme.
Et à vous, Ordre et syndicats, que j’avoine copieusement à longueur de colonnes mais qui avez au moins le mérite d’exister, de vous battre pour un idéal, même s’il est parfois bien autre que le mien, je vous offre la trêve des confiseurs. Nous reprendrons le fil de nos légers différents, version non-édulcorée soyez-en assurés, sous les hospices d’une Année Nouvelle.
Joyeux Noël à vous tous, mes sœurs et mes frères d’armes et de larmes.
SUPER-UNION
Un syndicat aux Ordres ?
Dans le dernier Kiné.Presse de décembre 2009, l’organe officiel d’UNION, et surtout du SNMKR en concombre masqué, pas moins de 6 pages sur 35 sont consacrées directement ou indirectement à la promo du Sieur Couratier et à sa cour des card’ordinaux versaillais.
Ordre par-ci, Ordre par-là, de vrais petits enfants de cœur…
Nous savons, bien évidemment, que Renié, président actuel de l’Ordre, est un pur produit des pépinières SNMKR et qu’il roule pour elles. Pour autant l’Ordre ne possède-t-il pas ses propres filières médiatiques qu’il soit indispensable de lui prêter main-forte ? Est-il absolument nécessaire de réduire ainsi un syndicat au passé pourtant glorieux et d’intérêt supposé collectif au rôle d’hygiaphone aux « Ordres » et se compromettre à la promotion d’un simple individu et à son concept ?
Syndicalisme et Ordre ne font pas bon ménage. C’est l’UNION du feu et des grosses-huiles. L’un invente l’avenir, l’autre l’enterine. L’Ordre a toujours été la pierre d’achoppement du SNMKR et la limite de son émancipation. S’étonner ensuite de n’être toujours que le Poulidor de service?…
Erreur de stratégie, dernière banane flambée du pithécanthrope, bras d’honneur du marsupilami ?
Le mieux est l’ennemi du bien.
Tristan, tu nous manques vraiment. Reviens vite aux « affaires » et reprends ton petit bâton de Maréchal ! Sans toi (déjà qu’avec) ils font vraiment n’importe quoi…
Le dégoût
Nous lisions il y a peu de temps sur un forum professionnel la révolte d’un parent qui ne trouvait pas « preneur » chez les kinésithérapeutes en soin à domicile pour son enfant atteint de difficultés respiratoires aiguës. Il avait, semble-t-il, épuisé toutes les pages jaunes du secteur, et se retrouvait le bec dans l’eau. Sans voiture, par temps de neige, premier cabinet à 6 kilomètres. Son désespoir était total, et il nous en faisait part de manière poignante.
Nous comprenons sans difficulté une telle détresse. Se retrouver du jour au lendemain avec sa douce progéniture bavant tel l’exorciste des glaires fluorescentes sur la moquette du salon, poussant des râles de chat castré, et que la planète entière des blouses-blanches semble s’en taper la coquillette, il y a de quoi paniquer et s’en écœurer. Rien ne nous touche plus que ce qui touche à nos enfants (à part leurs bagnoles, pour certains demeurés).
Nous, nous sommes des praticiens aguerris, usés à ce genre de micro-drames, pour autant il ne faut pas perdre de vue combien cette situation est anxiogène pour un parent béotien. Combien elle peut blesser et créer un sentiment d’injustice. C’est la « médecine froide » à laquelle, tout un chacun dans sa souffrance élémentaire, a été confronté un jour ou l’autre, et que nous détestons.
Pour autant, au-delà de notre compassion fort-naturelle, rendre les kinésithérapeutes responsables de cette situation (puisque tel semblait-être le propos du parent) est une erreur de jugement. Ce parent, et surtout son enfant, sont victimes de l’inconséquence d’Etat et de sa Politique de Santé. Mais ils ne le savent pas car, forcément, nous sommes en tête de gondole…
Voilà pourquoi depuis fort longtemps – surtout en une période où l’UNCAM fait la promotion de l’hospitalisation à domicile (non-pas pour raison humanitaire cela va sans dire, mais de moindre coût), hospitalisation où le kinésithérapeute libéral joue de toute évidence un rôle important – nous expliquons qu’à force de mépriser la revalorisation de l’acte à domicile les kinésithérapeutes ne se déplaceront plus.
Donc, acte, ils ne se déplacent plus.
Il fallait être très stupide pour ne pas anticiper le phénomène…
L’acte à domicile, la plupart du temps, est inconfortable. Loin de notre écurie, les conditions de travail sont mauvaises, les fauteuils forcément trop bas pour nos lombaires, les serviettes pour se laver les mains, douteuses, les exigences du malade identiques voire pires (l’ennemi est sur son territoire!), et l’on perd beaucoup de temps en d’inutiles préambules. Sans parler de l’inévitable toubib ou infirmier sempiternellement dans nos pattes, des « feux de l’amour » dont il faut voir la fin, ou du dessert dont il faut supporter l’engloutissement tel Joe-la-tortue sans partir en combustion spontanée. A 4 euros le déplacement, nous ne rentrons pas même dans nos frais kilométriques. De plus, si l’on respecte la NGAP (et nous sommes tenus de le faire) l’on doit consacrer strictement le même temps individuel (plus le déplacement) au patient à domicile qu’au cabinet, sans pour autant pouvoir bénéficier du temps-caché en « chevauchement » de soins inscrits dans la nomenclature et donc dans nos droits. Le domicile, c’est de « l’individuel » pur et dur, payé roupies de sansonnet. Perte sèche…
Poursuivre de se déplacer à domicile, c’est accepter d’être pris par l’Etat pour des cons, ou avoir faim et courir après son chiffre d’affaires…
L’Etat, via l’UNCAM, en refusant de prendre en considération la réalité de la situation et ses difficultés, ni de la revaloriser, a crée de toutes-pièces cette carence dramatique, ces drames et désespérances humaines, du soin à domicile. La responsabilité n’incombe à personne d’autre. L’UNCAM se fout ouvertement de nous. Le kinésithérapeute n’a pas à se « responsabiliser » de cette situation, ni à baisser le front en lieu et place de la Politique de Santé. Il n’y a pas marqué « la poste » ni « corvéables à merci » sur nos fronts.
Même les apôtres ont leurs limites…
Lorsque pour un médecin (payant l’essence au même prix) le kilométrage passé dans sa voiture pour aller au domicile de ses patients est bientôt payé dix fois plus que le nôtre.
Lorsqu’un ex-président méprisable et quelconque de l’UNCAM, pour justifier d’une telle différence de défraiement des frais kilométriques entre médecins et kinésithérapeutes fut capable d’avancer, sans pouffer de rire ni de honte, l’argumentation qu’un toubib au volant de sa voiture produit un « acte intellectuel » contrairement au notre considéré comme « manuel ».
Il ne faut pas s’étonner de la résultante.
Les « manuels » vous saluent bien, Frédéric…
Cher monsieur Van de Requiem, président actuel de l’UNCAM, on ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Vouloir vaille que vaille faire son petit-beurre sur le dos de la kinésithérapie est parfaitement incompatible avec le maintien d’une para-médecine de qualité. De vos décisions financières – puisqu’elles ne sont jamais motivées que par cela – des tragédies humaines naissent chaque jour, des nouveau-nés suffoquent dans leurs glaires, des petites vieilles restent figées comme statues de sel dans leur fauteuil, en route directe vers le crématorium. En avez-vous seulement conscience, au soir, lorsque vous vous couchez l’âme en paix dans vos petits draps roses ?
Et vous, question bronchiolite, vos enfants, çà va bien ?…
Qui sera khalife à la place du Khalife ?
Incontestablement l’Ordre, avec son petit pensum « Répondre aux besoins de santé et garantir la qualité des soins par une formation et un exercice rénovés » déposé sur le bureau sinistériel de Madame Rose, vient de voler la vedette (et dans les plumes) aux syndicats signataires.
En chassant très loin de ses palais pontificaux, la petite armada déontologique a envahit – sans la moindre résistance – les terres revendicatrices.
Il faut dire qu’envahir était tentant. Les prélats syndicaux, hypnotisés par l’ascenseur social ordinal, ont depuis fort longtemps fait allégeance et perdu toute capacité de révolte ou esprit de résistance.
Mais l’Ordre, sans doute trop en « terrain conquis », a poussé cette fois-ci le bouchon un poil trop loin. En affichant sans vergogne son leadership et sa main-mise sur les centrales signataires, en se positionnant en maître incontesté du syndicalisme de la profession, il a mouché plus d’une sensibilité au passage…
Inévitablement, réponse du Bergeau à la bergère, une insurrection farouche à l’Ordreccupant risque bien de voir le jour, et la fragile trinité Ordre/FFMKR/UNION de voler en éclat dans un bain de sang.
Plus que jamais le trône éjectable du bon Roy Renié est désirable et désiré.
Reste donc à savoir qui sera le prochain khalife à la place du Khalife, ce qui promet un pugilat retentissant, chaque patron de groupuscule visant désespérément à y placer ses pions.
Même UNION, le syndicat le plus vassalisé à l’Ordre, n’est pas sans commencer à entrevoir qu’il protège en son sein une vipère, dont la morsure lui sera tôt ou tard fatale.
Quoi qu’il advienne, la question qui se posera au prochain Khalife est de taille, et de sa capacité à y répondre avec perspicacité dépendront la stabilité et la vigueur revendicatrice de toute une profession. L’Ordre, « super-syndicat », usurpera-t-il définitivement le terroir des centrales, ou retournera-t-il enfin à sa mission première, celle, certes noble mais très circonscrite par les textes, du recensement des diplômes et du bon respect de la déontologie ?
Bref, ce qui ne devrait-être, si logique était respectée et si l’Ordre savait ego garder, qu’un tout petit Landerneau du paysage de la kinésithérapie…
Car – et j’attire là-dessus l’attention de Monsieur René Couratier, son actuel président – le risque majeur d’un « Ordre-syndical » tel que nous le vivons ces dernières années, c’est de vider jusqu’à la dernière goutte les centrales historiques de leur substance revendicative au profit d’une méga-structure, totalement décentrée de sa mission première, et qui ne pourra pas durablement « tenir » une posture aussi hybride face à l’Etat.
Tôt ou tard, à la moindre erreur ou attitude vécue par trop impertinente à son égard, le gouvernement rappellera l’Ordre à ses missions premières et le sifflera hors du terrain de jeu syndical. Que se passera-t-il alors si les centrales ont été préalablement totalement asséchées de leur sang protestataire ?
Une profession sans défense, livrée pieds et poings liés aux hussards d’Etat…
Médical
Le Fort Knox des Budgets d’Etat
Les dépenses de la kinésithérapie sont relativement stables depuis plusieurs années.
Si l’on peut toujours concevoir quelques aménagements, le double-zéro après la virgule, RIEN ne justifiait la création de mesures aussi brutales et coercitives que sont les « référentiels-kiné » et dont personne ne peut aujourd’hui prévoir, de près ni de loin, les conséquences sur le train de vie des cabinets libéraux (77% de la profession).
Rien, si ce n’est l’appétence insatiable des derniers gouvernements à considérer le médical comme leur réserve d’or dormant et le « régulateur-tampon » des déficits d’Etat. Nous voyons bien en cette période de crise planétaire et de disette des « rentrées fiscales » – et sans que notre comportement financier puisse être jugé « déviant » – combien de nouvelles mesures astreignantes pleuvent sur nos pauvres têtes…
Même si, de prime-abord, cela peut en surprendre plus d’un, depuis la fin des années 1980 l’idée a prit forme dans les circonvolutions fiévreuses du cerveau législateur que les mannes financières colossales qui transitent par le médical peuvent être source de bénéfices, tout du moins d’économies (ce qui revient au même), et devenir une « plate-forme financière », sorte de gamelle commune où viendraient ripailler bien d’autres budgetophages sociaux que les blouses blanches. Pour cela – idée lumineuse – il suffisait d’augmenter les gains, de limiter les frais, et de répartir différemment les subsides, la Sécu devenant Grand Trésorier du royaume (son budget, de mémoire, étant à lui seul l’équivalent de celui de l’Etat).
Donc l’impôt « social » est né (CSG, RDS, franchise médicalisée, etc.) bien mieux toléré par le populéum suant et usinant que l’impôt direct (on cotise pour sauver « sa » Sécu, « ses » soins, et non plus pour le salaire de ces « feignants de l’administration » ou les repas « d’affaires » du maire).
Parallèlement la nécessité de « contrôler » tout azimut les hommes en blanc s’instaura.
Finalement, pour bien lier la sauce et faire passer en douceur le suppositoire d’Etat, il convenait de créer un vent d’anxiété collective. C’est ainsi que le grand méchant « Trou de la Sécu », sorte de monstre horrifique peu ou mal identifié vînt de ce jour chroniquement hanter les chaumières via le tube cathodique…
Que l’on « tonde » le médical, certes. Nous ne savons nous y opposer. Que l’on s’assoit sur la santé, le confort de vie, voir tout bonnement sur la vie de nos concitoyens, re-certes. Là encore personne n’a voix au chapitre. Mais que l’« on » cesse tout du moins de nous prendre pour des décérébrés, et qu’« on » ait la pudeur et l’humanité de ne pas nous mentir…
S’il s’agissait réellement de « contrôler » les dépenses du médical – ce qui peut se concevoir, voire même s’avérer indispensable – il existe bien d’autres manières de s’y prendre, d’avantages respectueuses des acteurs de terrain et de leurs patients, que d’appauvrir incessamment le praticien et la qualité de ses soins (- 57% de pouvoir d’achat pour le seul kinésithérapeute en 30 ans). A commencer, mesure basique s’il en est, par savoir « anticiper » – mot semble-t-il inconnu au lexique de nos institutionnels – les flux démographiques de la population et ceux du monde-soignant. Pour cela, rien de plus simple, il suffit de croiser deux courbes, de les projeter sur un diagramme anticipatif, et de prévenir l’infrastructure nécessaire.
Le Gap, dont on nous demande constamment d’assumer les dérapages, c’est que le budget annuel alloué à la kinésithérapie repose sur une réalité économique et non sociale. « On » ne cherche pas à savoir si la population française vieillit et donc devient nécessiteuse – et je dis bien nécessiteuse – de soins d’autonomie, ni si la pandémie de grippe A nous enverra tous au front, mais de combien sera le PNB. Il s’ensuit, évidemment, un trou béant d’illogismes analytiques et d’incohérences sociétales en parfait déphasage avec les réalités de terrain… que l’« on » nous fait payer au prix fort.
Nous ne sommes pas coupables ni avons à pâtir de notre succès. Nous n’avons pas à rougir d’être d’utilité publique et plébiscités en tant que tel. Mais l’Etat, lui, est hautement responsable de feindre de ne pas l’entendre, de ne pas prendre en compte les souhaits de ces concitoyens, de ne pas savoir prévenir ni user avec souplesse des numerus clausus et des flux migratoires de professionnels. Bref, de n’avoir aucune Politique de Santé, mais une politique plus honteusement « comptable »…
Nous arrivons donc à cette absurdité anthropomorphique que, justement parce que nous sommes nécessaires et indispensables à la Communauté, donc que nous pesons toujours plus (pas beaucoup plus) sur le budget médical, il convient de nous éradiquer à grandes-eaux…
Si la kinésithérapie, sans doute plus que tout autre corps dans le médical, prendra de pleine-face le déficit fiscal de la « Crise », ce n’est certes pas parce que cela est juste ou qu’elle est inutile, mais parce qu’elle en est le Petit Poucet, que ses capacités d’opposition et de nuisance face à l’oppresseur d’Etat sont quasi-nulles et, cela est bien connu, que les prédateurs s’attaquent toujours en premier à l’animal le plus chétif du troupeau…
Par Ordre
a(na)lphabétique
A l’instar de nos grands Académiciens, l’Ordre semble s’être piqué au jeu du dictionnaire.
La première cession fut celle du A.
A comme An zéro et Avènement (loi de santé publique du 9 août 2004).
Mais aussi comme Autocratie, Arrogance et Argent facile, intronisation en force au mépris du souhait de toute une profession, et cotisation la plus onéreuse (et de très loin) de tout le paramédical.
La seconde fut celle du B.
B comme Boulettes, Bévues, Bourdes, Balourdises.
Ce fut l’inénarrable fiasco du « procès de Toulouse », la montée en puissance d’Alizé, le syndicat anti-ordre, que personne n’a su ni prévoir ni enrayer, et celle de la com. catastrophique (que l’on pourrait également ranger dans les C tant à elle-seule elle mérite deux chapitres).
Mais également celle des Boulets, des Burnes, et du Bricolage, et nous ne pensons évidemment pas à un certain président de CDO, dont l’Ordre et la ville rose se seraient volontiers passés de la Bublicité…
La troisième est celle du C, placé sous l’égide des arts.
C comme Code de déontologie, ce monument de la littérature (best-seller vendu à 50 000 exemplaires dès sa première parution !)
Comme Cinéma, celui que nous fit à l’affiche la Câline Céline sous les abribus.
Comme Chorégraphie, celles des valses-hésitations de ce jeune (presque) premier, Renié Couratier, et de sa petite farandole des Chaises musicales.
Souhaitons que le quatrième opus, celle du D, soit consacré au Dialogue retrouvé, aux Débats constructifs et à la Démocratisation de l’Ordre. Mais nous en Doutons fort car, assurément et avec peu de Doute, elle sera également celle de Didier Aimes-nous…
A moins qu’elle soit tout bonnement celle du Début du Déclin…
Vivement le Z et son Zapping…
Le (Van) Requiem de la kinésithérapie

C’est en rang serré et dans un sympathique dés-Ordre (où diable était-il donc passé d’ailleurs, cela ne lui ressemble pas ?) que nos warriors signataires, au coup de sifflet, se sont rendus à la petite convocation du directeur de l’UNCAM, ce 17 septembre.
But du jeu ; marquer trois pions contre son camp.
Ce fut fait aisé et l’affaire rapidement ficelée, le savoir-faire (à défaut de le faire savoir) ne manquant pas à nos champions du syndicalisme triomphant. Question d’entraînement.
Rien de neuf, donc, sur le terrain. La cohésion d’ensemble, la discipline, l’allégeance à l’arbitre et l’esprit d’équipe furent, une fois de plus, remarquables.
La Fédé, toujours capitaine en titre, signa la feuille de match comme un seul homme et sans hausser sourcil. Puis, de retour en ses terres, trépigna du pied selon son habitude et en appela dans ses tribunes au courroux et au soulèvement des masses usinant (contenu le courroux, tout de même). Il faut bien conserver son image de syndicat revendicateur. Le populisme, c’est un métier…
UNION, hybride bicéphale mi-OK mi-SNMKR ratifia au Gallo. Il faut dire que le « grand frère », le SN, par trop occupé par son petit jeu des chaises musicales, fut le grand absent de ces pseudos négociations uncamiènnes. Ses préoccupations, ces temps-ci, semblant bien autres que la défense de la corporation.
Il faut dire à son actif qu’actuellement la mer est particulièrement calme et sans une ride pour la kinésithérapie. Autant profiter de l’accalmie pour se refaire une petite santé…
Mais, après tout, raison lui est donnée, pourquoi s’y rendre à cette « négociation » ?
Le match, comme toujours avec l’UNCAM, est truqué d’avance et l’arbitre acheté.
Sachez tout de même, Monsieur Van Requiem, que vu des tribunes vous n’êtes pas beau-joueur. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire…
Le cadre conventionnel
C’est un secret de polichinelle ; la profession traverse une crise financière et identitaire sans précédent.
Perte de 50% de notre pouvoir d’achat en trente ans.
Onze années de non-revalorisation de notre lettre-clé (1998).
Une « NGAP 2000 » qui a modifié, certes, quelques actes de la nomenclature, mais en a profité insidieusement pour diminuer notre taux-horaire en exigeant toujours plus de présence « individuelle » auprès du patient.
Une chute considérable de nos retraites avec l’abolition de l’ASV.
L’avènement d’un Ordre boulimique et, dans l’instant, sans effet sur notre quotidien professionnel autre que coûteux.
La mise en place progressive des « référentiels-kiné ».
Sous peu, la probable perte de notre liberté d’installation.
Nous serions tentés de dire : « N’en jetez plus ! ». Mais, hélas, « on » en jette encore et encore…
L’illusion du « travailler toujours plus pour gagner la même chose » et des dépassements d’honoraires devenus pratiquement institutionnalisés ont longtemps camouflé cette vérité et leurré le professionnel sur sa réalité économique et la paupérisation progressive de son activité. En trois décennies, nous avons imperceptiblement mais consciencieusement « compacté » notre clientèle/heure ou – pour ceux du dernier cercle de la kinésithérapie individuelle – pratiquement doublé nos horaires de travail pour parvenir à « sortir » malgré tout un niveau pécuniaire quasi à l’identique des années 1980. Sauf à considérer les Stakhanovistes, force est de reconnaître que nous avons graduellement troqué le maintien de notre chiffre d’affaire contre une baisse considérable de notre qualité de vie et de nos libertés.
Mais l’enclos conventionnel, harassé, frise les limites de sa plasticité, et le cheptel, l’écume aux lèvres, menace à tout instant de le rompre.
Lorsque le SNMKR (l’un des deux syndicats signataires des conventions) titre « Négocier a t-il encore un sens ? », loin d’y voir comme certains du défaitisme, nous y apercevons au contraire une note de réalisme et une prise de conscience. Et la prise de conscience, c’est le début du changement.
Il serait, à notre sens, suspect et partisan de pointer du doigt telle ou telle centrale représentative dans ce navrant constat et cette logique de l’échec entamés maintenant depuis trois décennies. Les responsabilités ou, pour tout dire, les irresponsabilités, sont largement partagées en ce domaine. C’est l’accumulation au jour le jour des petites défaites, des mal-négociations, d’une certaine permissivité, voir d’une lâcheté chronique, envers l’UNCAM, des rivalités de clocher, des luttes intestines pour le pouvoir, de la médiocrité de certains, de carence du sens visionnaire, qui ont fait le lit de notre grande déroute.
Chacun, à sa manière, a participé à retirer sa petite pierre de l’édifice kiné…
Mais c’est aussi, et cela est à la décharge de nos syndicats, la passivité endémique et l’absence totale de réactivité de la part d’une profession uniquement concernée par son ego d’affaire et auto-centrée sur son petit pas-de-porte de boutiquier.
Aujourd’hui, un nouveau « chantier » pharaonique, vital pour l’avenir de la profession, s’ouvre avec l’UNCAM. Il y aurait-là, certainement, pour des hommes courageux et éclairés, la possibilité de refaire valoir nos droits, notre identité, de parler haut et fort, et de rompre avec trente années d’échecs diplomatiques. Il y aurait-là, certainement, la possibilité d’organiser un consortium syndical s’exprimant - une fois n’est pas coutume - d’une seule voix, intelligible. Il y aurait-là, certainement, la possibilité de mettre dans la balance la menace d’une rupture unilatérale de la Convention si l’on poursuit de nous prendre pour des moutons à tondre, en ne perdant pas de vue que nous n’étions finalement pas moins bien traités lorsque nous n’y étions plus, sous sa coupe…
Mais, avons-nous ces hommes courageux et éclairés ? Là est toute la question…
Involution
Le tour de passe-passe du kinésithérapeute libéral, peu ou prou et qu’importe les extra et les spécialités locales, est d’environ 17 euros sur l’ensemble du territoire.
Si l’on respecte au pied de la lettre « l’esprit » de la NGAP, nous verrons deux patients de l’heure, soit un bénéfice hors charges de plus ou moins 35 euros.
Or, de ces charges, parlons-en ! Que l’on prenne le problème comme on le veut, moi, à la fin de l’année, j’ai lâché 50% de mon maigre pactole aux divers pique-assiettes. Il me reste donc à peine plus de 15 euros de l’heure pour payer mes impôts directs, la TVA sur mes cahouettes, l’EDF, et le toilettage de mon pitbull (que j’ai baptisé – allez comprendre quel Van m’a poussé ? – Roek).
Arrivé à ce point de notre réflexion, et après vingt ans de bons et loyaux services de vache à peler, une idée salutaire m’a brusquement traversé l’esprit ; ma femme de ménage (20 euros de l’heure charges comprises) me coûte plus cher que je ne gagne en temps équivalent de bagne !
Sur la grille de départ, moteurs arrêtés, déjà elle me fout une toise…
Donc, comme je suis un garçon pragmatique et soucieux de justice économique – et surtout d’arrêter d’être pris pour un pigeon à traire – je l’ai, moyennant une engueulade en portugais dont la pudeur m’interdit ici de reproduire les sons exotiques, remerciée.
Après la secrétaire il y a trois ans, puis le comptable l’année dernière, ça commence à faire un peu Beyrouth au cabinet ces temps-ci…
Bien sûr, depuis, je me tape la balayette (nippone) deux fois par semaine, les chewing-gums de ces salopiots incurables collés sous les sièges de la salle d’attente, les revues rayon recettes déchirées par leurs mères, et le trône à récurer (car – allez savoir pourquoi ? – « ils » ne viennent qu’une demi-heure par jour chez vous, mais « ils » ne peuvent s’empêcher de déposer leur offrande dans vos wc ! Là, il y a un vrai problème d’autonomie de vol…).
Seulement, arrivé en fin de mois – et je suis bien payé de mes efforts ! – c’est avec ravissement que je place mes quatre billets de cent euros dans ma petite tirelire à vacances – ceux qui allaient jadis à mon ex-femme de ménage et chez Nicolaï. Bien que, par goût cette année, j’aie préféré m’acheter avec mon petit pécule chichement gagné de la taxe carbone et 15% d’augmentation de mon foncier…
Alors, Nicolaï, tu as bien raison d’écarter de l’allégement de la taxe professionnelle ces parasites du système que sont les libéraux – à la lanterne les aristos ! – car nous, pour sûr, on n’embauche plus bien fort. On serait même plutôt, par les temps qui courent, dans la débauche tout azimut…
Ca me fait juste un tout petit peu mal au filochard de savoir, qu’en plus, on va devoir se les tartiner tes nouvelles taxes diverses et variées pour compenser le manque à gagner de tes coffres…
D’habitude avec toi, les paramédicaux, on n’est juste que perdants. Mais là – bonjour l’artiste ! – c’est au carré que tu nous la joue l’Arlésienne !
Tes « solutions » pour relancer l’activité des entreprises, dis Nicolaï, tu les fais aussi en packs glycérinés ?…
One point pour la kiné!
L’avantage d’un blog aussi confidentiel que le mien, c’est que l’on peut s’autoriser à certains messages d’ordre personnels sans que personne ne vous colle illico au piloris. Alors, pourquoi s’en priver?
Habituellement, je n’ai pas un grand béguin, il faut bien l’avouer, pour les agapes télévisuelles telle Miss France.
Pour autant, j’ai suivi la dernière mouture de ce week-en, bières ouvertes et pizza dégoulinant entre les doigts, avec la plus grande attention.
Normal, direz-vous, lorsque Malika, Miss Normandie et donc notre nouvelle reine de beauté nationale, est la fille prodigue d’un de nos confrères kinésithérapeute préféré (et, accessoirement, la filleule de votre serviteur).
Je connais un papa qui doit être bien fier ce soir et marcher sur un petit nuage rose !
Et un Pollux qui regrette amèrement d’avoir dit un jour que si elle continuait, Malika, de s’empifrer avec les meringues, elle deviendrait un boudin. Comme quoi ma vision de l’avenir accepte quelques singularités…
Alors, toutes mes félicitations et un gros bisou sur le front à Gilles et Armelle, les parents de cette bien jolie plante et, bien sûr, à notre impératrice. Je suis fier, fier, fier, de la famille Ménard!
Gillou, je dois bien te l’avouer, en vingt-cinq ans d’amitié, on peut dire que tu m’auras surpris plus qu’à ton tour ! Et surprendre encore Pollux, ça n’est pas donné à tout le monde…
As-tu songé à combien tu pourrais négocier à présent un léger don de ta personne aux banques du sperme ? Sûrement plus qu’au prix de l’AMK…
P.S. : Malika, si tu parcours ces quelques lignes, je fais un petit apéro-bouffatoire pour les vingt ans du cabinet. Penses-tu qu’entre le Festival de Cannes et l’inauguration du Mondial de foot en Afrique du Sud, Madame de Fontenay te laisserait t’échapper une seconde pour animer ma soirée ? Si tu pouvais venir avec ta petite écharpe tricolore et ta casquette en rubis, çà ferait trop top chez les betteraviers !
Re-P.S. : Au passage, si tu pouvais me gauler le numéro de portable de Miss Provence…
La joyeuse épopée des samouraïs de la kinésithérapie
L’AMK en berne flotte sur la marmite.
La littérature syndicale en cette fin d’année, que ce soit celle des Bergeronnettes ou de l’UNION qui fait pleurer (ne parlons plus, une fois pour toutes, du SNMKR qui, pour l’heure, cherche désespérément les clés de son Solex) est aux chuchotements virilement protestataires. On caquette dans les coulisses, on jacasse dans la pénombre, on confabule dans les travées, on se pousse mutuellement du coude, on épistole à tours de bras, on invective dans ses colonnes à l’émeute populaire, on assure que si rien ne change on quittera – cette fois-ci, craché-juré, c’est promis ! – la table des négociations. Bref, on se saoule à sa propre logorrhée comme poilus au gros rouge avant que de ne surtout jamais monter au front…
C’est la jacquerie des acariens aphones, la révolte des ballerines, l’insurrection des lapereaux.
Pas de risque cependant pour les Hauts-Maréchaux des centrales, bien terrés dans leur bunker plaqué en pépites cotisantes, le Van du boulet passera assurément au-dessus de leurs oreilles averties, et le parachute est doré. Seuls les troufions des premières tranchées manouvrières et les majorettes du décorum se feront dégommer comme petits soldats de plomb à ouverture de chasse. La corvée des latrines, c’est eux, les kinés du landernau, qui vont se la gaufrer…
Durant ce temps, certes moins verbeux mais bien plus pragmatiques, les syndicats de la médecine claquent à l’en dégonder la porte de l’UNCAM et ébranlent l’édifice gouvernemental. Vent-de-Requiem, médusé, en est de ses sabots fourchus et commence fébrilement à compter ses jetons de présence pour un reclassement en zone rurale. Dame Rose entame lyne funèbre, le doigt déjà sur le fusible à faire sauter…
Lorsque la kiné morigène, l’UNCAM allume ses fumigènes.
Lorsque la médecine gronde, l’UNCAM creuse sa tombe.
Ca n’est évidemment pas aux nôtres de syndicats de la kinésithérapie qu’un tel manque de sens civique et de courtoisie gouvernementale incomberait. Nous, en bons samaritains de la para-médecine troglodyte, nous préférons le tact et la mesure des honoraires de mendigotes et batifoler culs-nus par devers les campagnes arborescentes, plume d’autruche en troufignon, gloussant comme dindon de la farce à 15.30 euros de l’acte ou à BAC+2 dans les grilles salariales. Car soit, contrairement aux autres professions forcément vénales du médical, on renâcle à gagner honorablement sa vie à la sueur de nos mains. Gagner de l’argent sur la santé des autres, c’est caca !
Nous, nous sommes les âmes bien-nées qui n’attendent pas la revalorisation du nombre des années…
On est les dentellières, les petites lavandières qui lavent plus blanc que blanc. On travaille pour la beauté du geste, l’emphase, la grandiloquence, et parce qu’il faut bien qu’on assume en lieu et place du corpus soignant, forcément corrompu, cette histoire de pomme, de serpent et de gonzesse qui la croque. Sans parler du coup-de-pied au derche hors du paradis terrestre…
Et quoi dire de tous ces petits hindous qui gambadent avec des cannes anglaise en allumettes ? C’est forcément de la faute Originelle de la kinésithérapie. Honte à toi vil masseur aux honoraires de femme de ménage ! Le Tiers-monde crève de faim et tu ne travailles que dix heures par jours à 3 000 euros brut par mois ! Nécessairement cela n’a rien à voir avec les ophtalmos ni les chirurgiens qui gagnent dix fois notre salaire sans le moindre état d’âme…
Pour autant sont-ils moins agissants ou moins humains que nous, n’apportent-ils pas autant ou davantage de confort aux existences souffrantes ? Sont-ils moins « professionnels » ? Là, je joue mon joker.
Je crois bien qu’ils sont surtout moins benêts.
Mais, inutile de vilipender plus avant, nous avons les syndicats, l’Ordre et la lettre-clé que nous méritons.
Cendres d’inconséquence s’infiltrant au travers des mailles de nos faiblesses et de notre laisser-faire endémique, ils sont le reflet exact de nos choix ou – le plus souvent – de nos non-choix cotisants et adhérents. De notre absence d’implication dans la vie conventionnelle. De notre indifférence inconcevable à notre propre cause. A celle de nos familles.
Un ami syndicaliste du feu SNMKR (ou de ce qu’il en reste) me disait un jour : « Le kiné n’a pas encore suffisamment souffert pour être solidaire. Tant que l’acte moyen ne sera pas à 7 euros et le nombre d’actes drastiquement limité, il ne bougera pas ses fesses ».
Mais, rassurons-nous, les référentiels, dès qu’ils seront dûment appliqués, et la poursuite d’une non-revalorisation plus que décennale, devraient quelque peu accélérer les prises de conscience…
UNCAM
L’ogre conventionnel
Il faut bien garder à l’esprit que l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie) n’est pas un « partenaire » conventionnel au sens où l’on aimerait l’entendre, mais un banquier d’Etat. Et, comme tout banquier, seul l’argent dicte sa froide conduite.
Son objectif, par l’intermédiaire de Frédéric Van de Roekeghem son actuel directeur (mais, au poil de grenouille près, ce fut égal des précédents et sans doute des futurs) est avant tout comptable.
L’UNCAM ne pense pas, elle dépense… avec grande parcimonie.
Elle n’a pas d’états d’âme, juste des Etats d’âme, ni pour mission première de savoir si la kinésithérapie va à vau-l’eau et de la doter des moyens d’éviter le marasme (çà, c’est le boulot des syndicats) mais de la maintenir dans une enveloppe financière âprement négociée (oukasifiée par Bercy, en vérité) et d’éviter – coûte que nous coûte – l’inflation des soins.
Pour autant, il serait erroné d’imaginer l’UNCAM comme un ogre sanguinaire voulant manger à la croque-au-sel les petits kinés. L’UNCAM se fout royalement de la kinésithérapie. Nous sommes, tant que nous restons dans son cadre budgétaire, le cadet de ses soucis. Il s’agit juste d’un « partenaire » particulièrement rugueux et qui veille avec vigilance sur les cordons de la bourse.
Comment se passe une « négociation » Conventionnelle ?
Elle est tri-partite – le pot de vaseline étant au milieu de la table – et nécessite donc, comme son nom ne l’indique pas, trois signatures et un suppositoire.
Il y a d’un côté (dans l’ombre en général) un représentant quelconque de la mère tape-dur en petit tablier rose, le banquier, et les dindons de la farce. Les dindons sont, historiquement, nos deux syndicats signataires et représentatifs de la profession, FFMKR et SNMKR (ce dernier, plus une poignée d’adhérents du syndicat OK, s’étant rebaptisé UNION). Il va sans dire que le suppositoire et la vaseline, c’est pour eux…
La salle des « négociations » a une porte, que l’on peut claquer ou non selon son humeur.
Pour entériner un quelconque décret ou une modification de la Convention (avenant) il y a généralement un rêche monologue entre le banquier (qui veut évidemment nous entuber dans les grandes envergures) et les représentants de la profession. L’un parle, les autres obtempèrent en regardant leur montre.
Ensuite, une fois le désaccord signé le fusil sur la tempe, tout ce petit monde se fait la bise et le paquet épistolaire atterrit sur le bureau d’un ayant droit de Jocelyne (sous Jospin, c’était un ayant gauche). Après nouvelle analyse (l’Etat a toujours le dernier maux) si cela convient, sa majesté des mouches paraphe définitivement.
Le décret prendra application au jour + 1 (allez comprendre pourquoi ? Le temps que le périodique arrive aux DOM-TOM, je suppose) de sa parution au « Journal officiel ».
Il est à noter que ce fameux jour peut varier considérablement selon le contenu de l’avenant. Il peut se manifester très rapidement (si l’Etat nous a vilement gaufré) ou très tardivement – voire jamais – si la profession a obtenu une quelconque augmentation des ses émoluments de mendigotes. Car – et c’est là une curiosité – les « dossiers » ont une sorte de capacité intrinsèque à savoir traîner plus ou moins longuement sur les bureaux ministériels.
Celui de notre réévaluation, pour exemple, prend la poussière depuis onze ans et sert de porte-soucoupes aux tisaneries du Ministère.
Autre petite singularité des « négociations » (mais, pour le coup, nous la partageons avec l’ensemble des autres professions) c’est que la signature d’un seul syndicat représentatif entérine le désaccord. Tout le philistinisme de l’UNCAM consiste donc à savoir surfer sur les dissensions entre nos deux compères majoritaires (ce qui, en soit, n’est pas bien compliqué vu qu’ils n’aspirent qu’à se foutre sur le blaze) et de donner à Alain pour retirer à Xavier qui, dès-lors, courera derrière le stylo signataire au Gallo…
La carotte, c’est les mannes abyssales de la Formation Continue.
Le bâton, c’est la menace de rompre la Convention (donc, plus de carotte).
Or, le champion toute catégorie WWF de la Formation Continue, n’en disconvenons pas, c’est la Fédé.
Intuitivement, nous comprenons bien comme il est peu aisé pour les Bergeronnettes d’avoir le champ (de carottes) libre sans un minimum de concessions à l’Etat et baisser culotte revendicative.
Il n’y a pourtant que deux moyens répertoriés, pour l’UNCAM, de tenir nos syndicats par les roubign’Ordre (ah oui, je l’avais oublié celui-là… donc trois) ; la brosse à reluire face à la concurrence et les fifrelins.
Tant que nos syndicats signataires auront besoin de l’argent d’Etat – et donc de rester dans la Convention – pour subsister (et la Fédé, en ce domaine, est bien plus engluée que le SNMKR) c’est la mort du petit-cheval contestataire.
C’est pour quoi nous proposons de longue date (mais autant s’adresser à des mules aphasiques) l’intersyndicale de front-commun et la reprise du « marché » de la Formation Continue par une entreprise indépendante des centrales mais d’intérêt collectif à la profession. Elle serait, par exemple, gérée par un directoire mixte, voir multipartite.
Cela sous-entend, bien évidemment, que certains syndicats acceptent de s’appauvrir et de ne plus faire leur petit beurre qu’avec les cotisations adhérentes, les AGAs, la presse et la vente de quelques porte-clés. Et çà, gageons que ce n’est pas pour demain…
L’écume des jours
Cela ne fait plus de secret pour personne, 2009 sera la première année de « croissance négative » de la profession. Et ce, malgré près de 2 000 professionnels supplémentaires (primo-diprimés, collègues belgo-immigrants) la ba(ta)ve aux lèvres, venus s’étriper la galette hexagonale à AMK tiré. Les plaques fleurissent, les chiffres d’affaires dépérissent…
Les indices ne sont pas encore rendus officiels et le seront sans doute jamais (et pour cause, évitons de publier ce qui fâche) mais il s’agirait entre 2008 et 2009 d’une baisse des dépenses – donc d’activité de la masso-kinésithérapie – de 1.5% à 5% (il semble que le chiffre à retenir soit de 3.5%).
Dans le grand bain de la « crise planétaire » – ou celle que l’on essaie de nous faire avaler – liée à la déroute du collectif bancaire, cela, notre participation à la déflagration générale et à l’effort de redressement collectif, pourraient presque paraître dérisoire, même justifiable, sauf que…
Sauf que les « référentiels – qui diagnostiquent près de 30% de chute de notre activité lorsqu’ils seront efficients – ne le sont pas encore. C’est pour cette année.
Sauf que l’EPP (Evaluation des Pratiques Professionnelles), lorsqu’elle sera en pratique, laisse entrevoir pour bon nombre d’entres-nous un retour chapitré sur les bancs de l’école ou de la Formation Continue juteuse des syndicats signataires, faute de reconduction de son droit à exercer (qui saurait rêver d’un meilleur « quota » ?).
Sauf que notre lettre-clé n’a pas été réévaluée depuis onze ans, durant que le « coût » de la vie, lui, galopait cahin-caha sa petite existence, et augmentait de 25%. En 1998 je payais mon « petit noir » quatre francs. Aujourd’hui, en 2010, au même café, je le paie 1.20 euro (soit 7.80 francs). Moi, mon AMK est toujours à 2.04 euros…
A ce stade de notre réflexion, il n’est évidemment plus question pour nous « d’effort de guerre » juste et adapté, mais de pillage en coupes réglées de nos ressources et d’être le cochon-tirelire d’un Grant-Tout qui nous échappe. De toute évidence, « quelqu’un » fait sa pelote de laine sur notre dos…
De tous les maux qui montrent leur bout de nez pour 2010, et qui devraient en toute logique éradiquer les plus faibles d’entres-nous, nous n’avons pour le moment à subir « que » la pression itérative des caisses d’assurance maladie sur le prescripteur. Aucun texte, aucun amendement, aucune obligation légale, juste du non-dit entre quatre-yeux du médecin contrôleur au médecin prescripteur. Et le résultat, pour l’UNCAM, dépasse déjà toute espérance ! Imaginons donc ce qu’il adviendra de nous lorsque le Journal Officiel et sa cohorte de mesures castrantes prendront le relais…
Dans l’imaginaire collectif, beaucoup parmi nous conceptualisent que le généraliste ne prescrit pas – ou plus – car il est intéressé financièrement à la chose, et qu’il touche le « chèque de la honte ». C’est une méprise, un lieu commun. Le généraliste, dans son grand ensemble, n’appointe pas un fifrelin en cette affaire. Seul le motive la loi du moindre emmerde, du plus petit harcèlement administratif des caisses, convocations, courriers, ou mises en demeures de devoir se justifier. Il lui appartient de respecter un « profil prescripteur » ou l’enfer contrôleur se déchaîne contre lui et affole les gyrophares UNCAMiens.
Il existe cependant une toute petite poignée de toubibs – car médecins, à mon sens, est encore leur faire trop d’honneur – qui « en croque » indiscutablement. C’est vraiment portion congrue du biotope médical (pour tout vous dire, en Seine-et-Marne, plus grand département de France, il n’y en a qu’un ou deux). Ils ont un nom très particulier, qui dans l’instant m’échappe (car, curieusement, même l’abjecte est nommé) genre « médecins-référentiels » ou « médecins collabos» ou quelque chose comme çà (j’y aurais largement préféré le doux nom – ô combien plus opportun – de médecins banquiers). Ils ont passé (et signé) un contrat avilissant avec la sécurité sociale contre argent sonnant et trébuchant, dont l’objet est de toucher quelques euros en échange de leur moindre prescription. Ce sont en général des toubibs en mal de carrière ou de clientèle, dont le seul talent professionnel n’aura pas suffit à leur assurer pitance. Ils font donc appel à des artifices rémunérateurs.
Ce type de « médecins » ne gagne pas sa vie ni ne fait profession en soignant ses contemporains, mais en ne les soignant surtout pas. Le stylo ordonnancier (et donc le patient) est vécu comme une source de revenus. C’est le pompier pyromane, ou le joueur de foot cul-de-jatte.
Bien sûr, nous pouvons toujours imaginer, dans ce petit amas de Jésus-Christ rédempteurs ou de praticiens vénaux, que certains aient une vision macro-économique, une vertu budgétaire chevillée au corps et le souhait impérieux de participer à redresser les comptes de la Sécu et donc de la Nation. Mais pourquoi, alors, passer contrat juteux et toucher aumônes de leur philanthropie ? Tout cela devient éminemment suspect…
La réalité c’est que l’UNCAM n’avait nul besoin des « référentiels » ou de l’EPP – et de l’Ordre encore moins – pour épargner une partie des défaillances de la rentrée de l’impôt social sur le rade du kinésithérapeute. Une bonne petite pétoche bien sonnée, collée aux prescripteurs – et tout le démontre – suffisait grandement.
Le reste, c’est juste l’histoire d’un kinonocide programmé, auquel – et ce n’est pas faute de l’avoir démontré tout au long de ces colonnes – vous devez, consœurs et confrères, vous préparer sans vous laisser surprendre. De votre capacité à anticiper l’avenir dépendra votre capacité à survivre. Ce qui est certain, c’est que le kiné de demain ne sera pas celui d’aujourd’hui, ni nous ne serons aussi nombreux à ripailler à l’auge commune.
L’avenir de la profession, c’est beaucoup d’à peler pour peu de revenus…
Référentiels
Plus dur sera le chut !!!
Tout d’abord, lorsque j’ai décroché le téléphone, la voix était si suave, si sirupeuse, presque hypnotique, que j’ai pensé un instant qu’on essayait une énième fois de me refourguer un système d’alarme, des fenêtres en plexiglas, ou de nouveaux placements financiers pour payer moins d’impôts, ce qui correspond à peu près à 50% des appels quotidiens au cabinet – les mains dans la crème jusqu’aux yeux – et donc de mes jurons de charretier.
Que nenni ! Il s’agissait d’une charmante dame patronnesse de la caisse primaire d’assurance maladie venue dispenser, hosties en pogne et grelot charismatique, la bonne parole et prendre lien avec mon cabinet afin de nous expliquer à quelle sauce anthropophage nous serons bientôt croqués par les référentiels-kinés (qui ne sont pourtant toujours pas au Journal Officiel), et combien nous devons nous estimer joyeux de devoir transformer nos prochaines vacances aux Antilles (si chaudes, si humides, si galvaudées) en camping-caravaning revigorant à Paimpol-les-trois-églises, flotte à 13°, téguments distaux bleus en plein cagnard d’août…
Hélas, pour cette gente émissaire des oukases gouvernementaux, s’il est un domaine en lequel Pollux domine à peu près son sujet et monte illico au filet pour un passing-shot, c’est bien celui des référentiels, du beau discours d’enfumage et des entourloupes de la HAS et de l’UNCAM.
Après onze années de non-réévaluation, d’irrévérences caractérisées de la Convention, de mépris patenté d’État envers la profession de masseur-kinésithérapeute, il faudrait être un brin naïfs pour croire encore que les CPAM nous veulent un quelconque bien, ou que les tisaneries de l’UNCAM aient à envier en quoi que ce soit aux suppositoires érigés en palabres glycérinés…
Pourtant, la problématique est d’une duplicité toute évangélique.
L’UNCAM et la HAS conduisent au pas de charge la profession vers toujours plus de devoirs (EBP, référentiels) et toujours moins de droits, sans jamais prendre en considération, en ce dossier, l’aspect revalorisation de nos honoraires.
Et lorsque, par erreur, l’on commence à s’accrocher et à comprendre par trop bien de quoi il relève en vérité, l’on nous sort illico son missile communiquant, en la personne de Monsieur Pierre Trudelle, notre ex-confrère et éminent physiothérapeute anglo-saxon de la HAS, et son l’article 32 518 alinéa 125 du Code ouzbek de la fameuse revue du « Donald & Mickey superior institut of enfumage therapie », in Serbo-Croate dans le texte, pour nous clouer le bec et rabattre notre gueux caquet.
Des colonnes de chiffre en langue de Shakespeare, c’est imparable…
Dame Sécu, rapidement consciente qu’elle ne parviendra pas à m’esbaudir ni à m’instruire de grand chose sur lesdits référentiels – outre le fait qu’ils deviennent à présent efficients et qu’à partir de maintenant il me faut envisager 30% d’activité de moins dans l’année – nous avons donc badiné plaisamment sur les sujets qui fâchent.
Quid des centres de rééducations et des cliniques du département (le 77, en l’occurrence) qui ouvrent, en toute illégalité et mépris des Conventions, de plus en plus large leurs portes à une clientèle extérieure ? À t-on conscience des « réseaux » (pour rester politiquement correct) chirurgiens/établissements de rééducation, dont le risque majeur est de vider les villes de son contenu de libéraux à bas prix et de produire à terme une kinésithérapie à dix fois son coût actuel ? Conçoit-on combien la « concurrence » est déséquilibrée entre structures financées par l’État – donc par l’argent de la collectivité – et les kinésithérapeutes particuliers qui se sont érigés à la seule force de leurs deniers ? A-t-on conscience du mur vers lequel ce genre de permissivité précipite la santé de ville, et de l’engagement tricheur des CPAM à prétendre vouloir endiguer ce phénomène ?
La réponse fut instructive : « Nous en avons conscience, certes, mais nous n’y pouvons rien… ».
Quid des ordonnances qui, depuis dix ans, devraient ne plus être ni quantitatives ni qualitatives, et de l’engagement de la CPAM à faire pression sur le médecin prescripteur afin qu’il en soit ainsi ?
La réponse fut non moins instructive…
Moyennant quoi, vite dépassée par la tournure de la conversation (sensée, de toute évidence, s’adresser à un parterre de béotiens candides et pétrifiés d’effroi face à l’aspect officiel de la démarche), Dame Sécu me propose de me rapprocher de la Commission Paritaire de mon département, les Dupond & Dupont de la représentativité organique. Je lui rétorque que, si cette Commission avait la moindre influence sur les décisions médicales locales, cela se saurait depuis longtemps, et que, quitte à m’adresser à un sonotone, autant que ce soit celui du bon Dieu qu’à celui de ses saints…
Dame patronnesse s’engage alors mordicus à m’obtenir un rdv avec le n°1 de la santé du département. La classe !
Je ne manquerai, évidemment pas, de vous tenir informé de cette séance de langue de bois.
























