Certains propos – et ceux de Monsieur Alain Minc en sont – prennent le nez.
Pire qu’une rame de métro Bastille-Nation surbondée à huit heures du mat’ par temps de pluie, où tout le monde sent le chien mouillé.
Il y aurait, selon Monsieur Minc, de « très vieux » êtres humains « indolores » pour l’économie, car riches et autarciques financièrement (donc, que l’on peut encore soigner) et d’autres « préjudiciables » car monétairement dépendants de la solidarité communautaire (qu’il serait donc plus sage de laisser mourir rapidement, puisqu’ils n’ont pas de ressources propres pour sauver leur peau).
Qu’il serait souhaitable que le système de soins français sache faire la différence et intègre cette donnée économique afin de l’appliquer, pour son plus grand bénéfice, dans les meilleurs délais.
Bien sûr – qui le conteste ? – qu’il y a des vieux encore « viables » économiquement parlant, et d’autres qui « pèsent » sur le système des prestations sociales.
Des vieux qui ne coûtent pas un kopeck à la Société, qui participent encore activement au commerce en prenant des vacances avec leurs petits-enfants, en mangeant des glaces sur la croisette de Nice, main dans la main en regardant la mer, en achetant la dernière Clio à prêts bonifiés d’État ou des écrans plasma, et des vieux qui, du fond de leurs hospices, tétanisent les balances de la Santé.
Des vieux – politesse économique oblige – qui ont la décence de savoir tirer leur révérence en grands seigneurs et de mourir « en bonne santé » sans faire de tâche sur le coin du faire-part, et d’autres qui n’en finissent pas de clamser, la bouche ouverte, bavant tout leur saoul des glaires fluorescentes dans leurs mouroirs.
Pour autant, c’est oublier un peu vite que ces « très vieux », quelques qu’ils soient ou quoi qu’il advienne d’eux, ont, pour la plus part, participé durant un temps presque canonique, par leur dur labeur d’après-guerre, à l’économie, à notre éducation, à notre édification, au financement des routes départementales, à l’éclairage public, ou aux fleu-fleurs du rond-point de l’entrée de la ville.
Monsieur Alain Minc soi-même, très probablement, a été à la communale et est devenu l’incontournable chroniqueur-économiste que l’on sait, grâce à leur labeur anonyme, à leur sueur cotisante, à ces vieux qu’il désire à présent équarrir en fonction de leur conformité économique.
C’est oublier aussi les prestations sociales – souvent choquantes – qu’ils poursuivent de payer, ces vieux, bien que pensionnés, via la CSG, la RDS, la TVA, les taxes foncières, la taxe d’habitation, l’impôt sur le revenu, etc., sur leurs souvent maigres acquisitions et leur clapier en banlieue. Et, que dire du sabordage sans moralité fiscale aucune de leur héritage ? L’un des pillages d’État les plus honteux et les plus mis au banc du concert des nations dites « civilisées ». L’impôt sur l’impôt. Un vol manifeste.
Mais, en matière de flibusterie fiscale, la France n’a de leçon a recevoir de personne. L’on n’est pas le pays le plus imposé du monde, le plus répulsif en matière d’investissements étrangers, sans absence d’indécence fiduciaire.
C’est encore gommer le principe fondamental – et qui honore un pays – de solidarité transgénérationnelle. Principe sans lequel nous reviendrions illico au temps des néandertaliens à massue et au « seul qui chasse, mange ».
Car, Monsieur Minc, la moralité d’un pays est communément admise, du moins par les contrées civilisées qui nous entourent, comme étant celle de savoir protéger ses faibles.
Vous dites encore, Monsieur Minc, que vous remerciez la Société (et, qu’entre vos lignes, vous trouvez cela aberrant) d’avoir dernièrement fait le « cadeau » de dépenser 100 000 euros pour que votre père de 102 ans vive encore quelques mois de plus ? Mais, votre père, en sa prime jeunesse, n’a-t-il pas fait d’identiques dons à la Société en participant à financer sa moralité et ses malades ?
Ceci étant, ne soyons pas plus dupes que nécessaire de votre beau discours d’apparat. Vous faites, à présent, la fine bouche parce que votre papa a été sauvé in-extrémis par ledit « cadeau » de la Société. S’il était mort dans l’indifférence générale du corps-soignant, durant qu’il râlait à l’agonie sous d’horribles souffrances, les yeux révulsés de douleurs et s’urinant sur lui, je suppose que vos causeries de salon seraient un brin plus circonspectes.
Pourquoi votre sens exacerbé de la vertu budgétaire ne s’est-il pas exprimé avant que la facture médicale ne s’allonge et ne devienne par trop inconséquente pour votre père ? Pourquoi n’avez-vous pas – cohérent avec vous-même et avec vos propos – demandé la cessation in petto de ses soins, l’euthanasie pour raison salutaire d’économie nationale ? Ce précepte ne doit-il donc s’appliquer qu’aux « autres » ?…
En vérité, il est toujours plus aisé de fanfaronner lorsque le vent du boulet vous est passé au-dessus de la tête…
Vous laissez sous-entendre également que les « très vieux » (où, selon vous, commence la funeste démarcation ?) doivent financer le confort et la santé de leur fin d’existence sur leurs propres deniers. À défaut (s’ils sont pauvres) ils doivent avoir l’obligeance de savoir mourir hâtivement afin de ne pas trop peser sur les budgets d’État.
Selon vous, Monsieur Minc – puisque tel est votre propos sibyllin – à partir de quel âge un « très vieux » ou un « très pauvre » doit-il cesser de bénéficier de l’assurance maladie, de la solidarité nationale, et ne plus compter que sur ses propres ressources pour être traité avec un brin d’humanité pour finir son existence sans trop de souffrances ou de disgrâce physique et morale ?
Vos propos, Monsieur Minc, s’ils peuvent être entendus « économiquement » comme fondés, sont « humainement » inacceptables.
Car, après les « très vieux », qui mettrez-vous dans la prochaine charrette pour l’échafaud ? Les « presque très vieux » ? Les « pas encore si vieux que çà, mais quand même » ? Les « malades au long cours » ? Les « incurables » ? Les « infirmes » ? Les « chômeurs » ? Où, en ce glissement très significatif de la vertu morale, du progrès social, de la victoire de la raison sur la bête qui sommeille en nous, arrêterez-vous votre curseur « économique » et la décadence sociologique ?…
C’est pour cela qu’il existe certaines valeurs insécables, non transgressives – au-delà desquelles la plus part des gens raisonnables et vertueux ne s’aventurent pas – car les enfreindre, c’est entrebâiller la porte aux démons de la pensée, à ceux de votre sorte.
C’est pourquoi certaines âmes éclairées ont établi que l’existence humaine, irréductible en-soi à une notion d’âge, d’état de santé, de religion ou de race, en est une.
Alain, une MINC(e) affaire ?…
Pas tant que cela.
En vérité, les propos d’Alain Minc sont du barbarisme économique en branche.
La modélisation « progressiste » dont il se veut être le champion (calquée, en parfait petit artéfact studieux de l’ENA, sur le prototype nord-américain) n’est, en réalité, qu’un retour au moyen-âge du raisonnement. C’est de la cruauté post-moderne à visage « raisonnable ». Une économie dont l’être humain est le grand absent.
Alain Minc, sous ses allures réformatrices, est un conservateur de la première heure, un conformiste des privilèges dont, d’année en année, les interventions médiatiques se font poujadistes par défaut d’audience. À force d’avoir tant vendu sa peau aux uns et aux autres, hommes de gauche ou de droite, il ne peut plus la vendre qu’au diable.
Des élucubrations de cette nature, logorrhée « chic et choc », n’honorent pas la personne qui les tient, car elles fleurent bon le ségrégationnisme, la discrimination, et l’inégalité du citoyen devant la loi et les principes fondateurs de la Constitution et des droits de l’Homme : « Tous les Hommes naissent libres et égaux en droit ».
Pour autant, pour ce que nous en savons, il n’y a pas de date de « péremption » d’un humain face à la Constitution ?
Ce fanatisme doctrinaire n’est pas sans rappeler la mentalité émergente – et indigne – de certaines mutuelles (pour, pudiquement, ne pas dire « assurances privées ») qui n’hésitent pas à proposer des tarifs avantageux et dégressifs à toute personne ne présentant pas de comportement supposé (selon leurs critères) à risques, type tabagisme, alcoolisme, et, par naturelle extension, cholestérol, diabète ou hypertension artérielle.
Lesdites mutuelles, et cela bien avant Alain Minc, ont été les premières à introduire en France la notion d’inégalité de l’individu face à son droit de recours aux soins pour raison d’inadéquation économique.
À quand le malade que la Société ne prendra plus en charge, selon les critères Minciens de l’improductivité et de coût trop élevé sur la collectivité ?
Nous y arrivons…
Tout cela, également, n’est pas sans entrer en résonance avec une certaine génétique qui – au nom de l’amélioration du génome humain (tiens, n’a-t-on pas déjà entendu, de par le passé vert-de-gris, ce genre d’idéologie ?) tend à éliminer in vitro toute tare fœtale (et donc tout fœtus supposé la porter) et qui – toujours par extension – préconise l’avènement de « l’enfant idéal » par avortement de « l’autre ».
Évidemment que les limites de la bioéthique sont on ne peut plus délicates à poser et que nous ne nous aventurerons qu’avec prudence sur ce terrain miné. Qu’entre ne pas faire naître un enfant trisomique (option qui peut sembler charitable à une certaine partie de la population) ou faire choisir aux parents le sexe de leur futur enfant ou la couleur de ses yeux (tendance actuelle que d’aucuns considèrent comme déraisonnable) tout n’est que question de critères et d’assentiment social en un point donné. En ces domaines, il n’y a pas de vérité « intemporelle », « d’admissible » ou « d’inadmissible » en soi – l’âme d’un mongol se discute telle moins que celle d’un enfant aux yeux verts, et inversement ? – mais un consensus. C’est pourquoi il convient de conserver des garde-fous (et les fous sont nombreux en ce domaine), des repères de morale clairement identifiés, infranchissables, et de savoir combattre « dans l’œuf » tous propos transgressifs à la Alain Minc et consorts.
Nous supposons, s’ils devaient être un jour aux manettes génétiques ou à celles de l’Assurance Maladie, que messieurs Ben Laden et Bush ne feraient pas naître ni mourir les mêmes humains. Et le « très vieux » d’Alain Minc serait sans doute le « juif » ou le « barbu » d’un autre…
Ce type de dérapage incontrôlé des mentalités, outre le fait d’être insidieusement pervers comme un poison que l’on distille, est profondément préjudiciable pour l’idée « moderne » que l’on se fait de l’humanisme.
Envisager les choses ainsi, c’est être un « humain » dans ce qu’il a de plus primitif. C’est le retour à la modélisation sociétale du « chasseur-cueilleur » en pagne.
Or, tout confirme dans l’Histoire des civilisations que le sens moral, loin d’être un frein à l’essor, est son indispensable pis aller. Qu’il n’y a pas d’économies prospères sans vertus prospères.
Aimer et protéger ses vieux, ses faibles, ses malades, ses chômeurs, c’est vénérer l’idée d’une Société qui s’inscrit dans la durée, la logique évolutionniste, puisque dans la paix sociale.
Le sectarisme entraîne la décadence, le chaos, car il porte en lui l’injustice, l’instabilité, le conflit, la violence, et que le Monde n’accorde pas de viabilité historique, outre que très éphémère, à cette manière de se comporter, et à ceux qui la colportent.
Curieusement – et j’en remercie en cela le Grand Architecte, qu’il soit Vishnou, Dieu, Allah, Renié, ou le Grand Iznogood – tout semble être fait sur cette Terre pour que la prospérité vienne à la vertu.
Et le ridicule, à ceux qui le méritent…


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Bravo, Pollux, pour cet article et la dénonciation de ce poison, qu’est la pensée de M.Minc
Merci Djef.
Je viens de recevoir la dame de la Sécu. Les référentiels, c’est parti, pour le meilleur… et surtout pour le pire…