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Certains propos – et ceux de Monsieur Alain Minc en sont – prennent le nez.

Pire qu’une rame de métro Bastille-Nation surbondée à huit heures du mat’ par temps de pluie, où tout le monde sent le chien mouillé.

http://www.france-info.com/chroniques-parlons-net-2010-05-07-la-proposition-d-alain-minc-pour-financer-les-depenses-medicales-des-439091-81-264.html

Il y aurait, selon Monsieur Minc, de « très vieux » êtres humains « indolores » pour l’économie, car riches et autarciques financièrement (donc, que l’on peut encore soigner) et d’autres « préjudiciables » car monétairement dépendants de la solidarité communautaire (qu’il serait donc plus sage de laisser mourir rapidement, puisqu’ils n’ont pas de ressources propres pour sauver leur peau).

Qu’il serait souhaitable que le système de soins français sache faire la différence et intègre cette donnée économique afin de l’appliquer, pour son plus grand bénéfice, dans les meilleurs délais.

Bien sûr – qui le conteste ? – qu’il y a des vieux encore « viables » économiquement parlant, et d’autres qui « pèsent » sur le système des prestations sociales.

Des vieux qui ne coûtent pas un kopeck à la Société, qui participent encore activement au commerce en prenant des vacances avec leurs petits-enfants, en mangeant des glaces sur la croisette de Nice, main dans la main en regardant la mer, en achetant la dernière Clio à prêts bonifiés d’État ou des écrans plasma, et des vieux qui, du fond de leurs hospices, tétanisent les balances de la Santé.

Des vieux – politesse économique oblige – qui ont la décence de savoir tirer leur révérence en grands seigneurs et de mourir « en bonne santé » sans faire de tâche sur le coin du faire-part, et d’autres qui n’en finissent pas de clamser, la bouche ouverte, bavant tout leur saoul des glaires fluorescentes dans leurs mouroirs.

Pour autant, c’est oublier un peu vite que ces « très vieux », quelques qu’ils soient ou quoi qu’il advienne d’eux, ont, pour la plus part, participé durant un temps presque canonique, par leur dur labeur d’après-guerre, à l’économie, à notre éducation, à notre édification, au financement des routes départementales, à l’éclairage public, ou aux fleu-fleurs du rond-point de l’entrée de la ville.

Monsieur Alain Minc soi-même, très probablement, a été à la communale et est devenu l’incontournable chroniqueur-économiste que l’on sait, grâce à leur labeur anonyme, à leur sueur cotisante, à ces vieux qu’il désire à présent équarrir en fonction de leur conformité économique.

C’est oublier aussi les prestations sociales – souvent choquantes – qu’ils poursuivent de payer, ces vieux, bien que pensionnés, via la CSG, la RDS, la TVA, les taxes foncières, la taxe d’habitation, l’impôt sur le revenu, etc., sur leurs souvent maigres acquisitions et leur clapier en banlieue. Et, que dire du sabordage sans moralité fiscale aucune de leur héritage ? L’un des pillages d’État les plus honteux et les plus mis au banc du concert des nations dites « civilisées ». L’impôt sur l’impôt. Un vol manifeste.

Mais, en matière de flibusterie fiscale, la France n’a de leçon a recevoir de personne. L’on n’est pas le pays le plus imposé du monde, le plus répulsif en matière d’investissements étrangers, sans absence d’indécence fiduciaire.

C’est encore gommer le principe fondamental – et qui honore un pays – de solidarité  transgénérationnelle. Principe sans lequel nous reviendrions illico au temps des néandertaliens à massue et au « seul qui chasse, mange ».

Car, Monsieur Minc, la moralité d’un pays est communément admise, du moins par les contrées civilisées qui nous entourent, comme étant celle de savoir protéger ses faibles.

Vous dites encore, Monsieur Minc, que vous remerciez la Société (et, qu’entre vos lignes, vous trouvez cela aberrant) d’avoir dernièrement fait le « cadeau » de dépenser 100 000 euros pour que votre père de 102 ans vive encore quelques mois de plus ? Mais, votre père, en sa prime jeunesse, n’a-t-il pas fait d’identiques dons à la Société en participant à financer sa moralité et ses malades ?

Ceci étant, ne soyons pas plus dupes que nécessaire de votre beau discours d’apparat. Vous faites, à présent, la fine bouche parce que votre papa a été sauvé in-extrémis par ledit « cadeau » de la Société. S’il était mort dans l’indifférence générale du corps-soignant, durant qu’il râlait à l’agonie sous d’horribles souffrances, les yeux révulsés de douleurs et s’urinant sur lui, je suppose que vos causeries de salon seraient un brin plus circonspectes.

Pourquoi votre sens exacerbé de la vertu budgétaire ne s’est-il pas exprimé avant que la facture médicale ne s’allonge et ne devienne par trop inconséquente pour votre père ? Pourquoi n’avez-vous pas – cohérent avec vous-même et avec vos propos – demandé la cessation in petto de ses soins, l’euthanasie pour raison salutaire d’économie nationale ? Ce précepte ne doit-il donc s’appliquer qu’aux « autres » ?…

En vérité, il est toujours plus aisé de fanfaronner lorsque le vent du boulet vous est passé au-dessus de la tête…

Vous laissez sous-entendre également que les « très vieux » (où, selon vous, commence la funeste démarcation ?) doivent financer le confort et la santé de leur fin d’existence sur leurs propres deniers. À défaut (s’ils sont pauvres) ils doivent avoir l’obligeance de savoir mourir hâtivement afin de ne pas trop peser sur les budgets d’État.

Selon vous, Monsieur Minc – puisque tel est votre propos sibyllin – à partir de quel âge un « très vieux » ou un « très pauvre » doit-il cesser de bénéficier de l’assurance maladie, de la solidarité nationale, et ne plus compter que sur ses propres ressources pour être traité avec un brin d’humanité pour finir son existence sans trop de souffrances ou de disgrâce physique et morale ?

Vos propos, Monsieur Minc, s’ils peuvent être entendus « économiquement » comme fondés, sont « humainement » inacceptables.

Car, après les « très vieux », qui mettrez-vous dans la prochaine charrette pour l’échafaud ? Les « presque très vieux » ? Les « pas encore si vieux que çà, mais quand même » ? Les « malades au long cours » ? Les « incurables » ? Les « infirmes » ? Les « chômeurs » ? Où, en ce glissement très significatif de la vertu morale, du progrès social, de la victoire de la raison sur la bête qui sommeille en nous, arrêterez-vous votre curseur « économique » et la décadence sociologique ?…

C’est pour cela qu’il existe certaines valeurs insécables, non transgressives – au-delà desquelles la plus part des gens raisonnables et vertueux ne s’aventurent pas – car les enfreindre, c’est entrebâiller la porte aux démons de la pensée, à ceux de votre sorte.

C’est pourquoi certaines âmes éclairées ont établi que l’existence humaine, irréductible en-soi à une notion d’âge, d’état de santé, de religion ou de race, en est une.

Alain, une MINC(e) affaire ?…

Pas tant que cela.

En vérité, les propos d’Alain Minc sont du barbarisme économique en branche.

La modélisation « progressiste » dont il se veut être le champion (calquée, en parfait petit artéfact studieux de l’ENA, sur le prototype nord-américain) n’est, en réalité, qu’un retour au moyen-âge du raisonnement. C’est de la cruauté post-moderne à visage « raisonnable ». Une économie dont l’être humain est le grand absent.

Alain Minc, sous ses allures réformatrices, est un conservateur de la première heure, un conformiste des privilèges dont, d’année en année, les interventions médiatiques se font poujadistes par défaut d’audience. À force d’avoir tant vendu sa peau aux uns et aux autres, hommes de gauche ou de droite, il ne peut plus la vendre qu’au diable.

Des élucubrations de cette nature, logorrhée « chic et choc », n’honorent pas la personne qui les tient, car elles fleurent bon le ségrégationnisme, la discrimination, et l’inégalité du citoyen devant la loi et les principes fondateurs de la Constitution et des droits de l’Homme : « Tous les Hommes naissent libres et égaux en droit ».

Pour autant, pour ce que nous en savons, il n’y a pas de date de « péremption » d’un humain face à la Constitution ?

Ce fanatisme doctrinaire n’est pas sans rappeler la mentalité émergente – et indigne – de certaines mutuelles (pour, pudiquement, ne pas dire « assurances privées ») qui n’hésitent pas à proposer des tarifs avantageux et dégressifs à toute personne ne présentant pas de comportement supposé (selon leurs critères) à risques, type tabagisme, alcoolisme, et, par naturelle extension, cholestérol, diabète ou hypertension artérielle.

Lesdites mutuelles, et cela bien avant Alain Minc, ont été les premières à introduire en France la notion d’inégalité de l’individu face à son droit de recours aux soins pour raison d’inadéquation économique.

À quand le malade que la Société ne prendra plus en charge, selon les critères Minciens de l’improductivité et de coût trop élevé sur la collectivité ?

Nous y arrivons…

Tout cela, également, n’est pas sans entrer en résonance avec une certaine génétique qui – au nom de l’amélioration du génome humain (tiens, n’a-t-on pas déjà entendu, de par le passé vert-de-gris, ce genre d’idéologie ?) tend à éliminer in vitro toute tare fœtale (et donc tout fœtus supposé la porter) et qui – toujours par extension – préconise l’avènement de « l’enfant idéal » par avortement de « l’autre ».

Évidemment que les limites de la bioéthique sont on ne peut plus délicates à poser et que nous ne nous aventurerons qu’avec prudence sur ce terrain miné. Qu’entre ne pas faire naître un enfant trisomique (option qui peut sembler charitable à une certaine partie de la population) ou faire choisir aux parents le sexe de leur futur enfant ou la couleur de ses yeux (tendance actuelle que d’aucuns considèrent comme déraisonnable) tout n’est que question de critères et d’assentiment social en un point donné. En ces domaines, il n’y a pas de vérité « intemporelle », « d’admissible » ou « d’inadmissible » en soi – l’âme d’un mongol se discute telle moins que celle d’un enfant aux yeux verts, et inversement ? – mais un consensus. C’est pourquoi il convient de conserver des garde-fous (et les fous sont nombreux en ce domaine), des repères de morale clairement identifiés, infranchissables, et de savoir combattre « dans l’œuf » tous propos transgressifs à la Alain Minc et consorts.

Nous supposons, s’ils devaient être un jour aux manettes génétiques ou à celles de l’Assurance Maladie, que messieurs Ben Laden et Bush ne feraient pas naître ni mourir les mêmes humains. Et le « très vieux » d’Alain Minc serait sans doute le « juif » ou le « barbu » d’un autre…

Ce type de dérapage incontrôlé des mentalités, outre le fait d’être insidieusement pervers comme un poison que l’on distille, est profondément préjudiciable pour l’idée « moderne » que l’on se fait de l’humanisme.

Envisager les choses ainsi, c’est être un « humain » dans ce qu’il a de plus primitif. C’est le retour à la modélisation sociétale du « chasseur-cueilleur » en pagne.

Or, tout confirme dans l’Histoire des civilisations que le sens moral, loin d’être un frein à l’essor, est son indispensable pis aller. Qu’il n’y a pas d’économies prospères sans vertus prospères.

Aimer et protéger ses vieux, ses faibles, ses malades, ses chômeurs, c’est vénérer l’idée d’une Société qui s’inscrit dans la durée, la logique évolutionniste, puisque dans la paix sociale.

Le sectarisme entraîne la décadence, le chaos, car il porte en lui l’injustice, l’instabilité, le conflit, la violence, et que le Monde n’accorde pas de viabilité historique, outre que très éphémère, à cette manière de se comporter, et à ceux qui la colportent.

Curieusement – et j’en remercie en cela le Grand Architecte, qu’il soit Vishnou, Dieu, Allah, Renié, ou le Grand Iznogood – tout semble être fait sur cette Terre pour que la prospérité vienne à la vertu.

Et le ridicule, à ceux qui le méritent…

2 réponses à to “T’as de beaux vieux, tu sais ?…”

  • Djef dit :

    Bravo, Pollux, pour cet article et la dénonciation de ce poison, qu’est la pensée de M.Minc

  • Pollux dit :

    Merci Djef.

    Je viens de recevoir la dame de la Sécu. Les référentiels, c’est parti, pour le meilleur… et surtout pour le pire…

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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…