Archive pour octobre 2011
Le 25/10/2011
Pollux
À, Monsieur François Hollande
Candidat socialiste aux présidentielles 2012
Monsieur,
Je suis masseur-kinésithérapeute depuis vingt-cinq ans, et dépositaire d’un site web d’informations professionnelles – Physioscope.fr – assyndical et apolitique, que me fait l’honneur de lire une partie conséquente des consœurs et des confrères de notre profession, ainsi que nos représentants.
Nous assistons, depuis quelques temps, à l’entrée en campagne électorale des candidats à la plus haute fonction de notre pays et, à ce titre, la vôtre, puisque votre parti politique vient de vous investir de cette haute mission.
La kinésithérapie, depuis bientôt treize ans, connaît un hiver sibérien.
Pas la moindre augmentation de nos honoraires depuis 1998, ce qui entraîne une perte (en valeur relative) de près de 30% du pouvoir d’achat de nos professionnels.
A contrario, bien qu’élèves très disciplinés des « enveloppes budgétaires annuelles » allouées à notre profession par l’UNCAM – enveloppes que nous respectons à la lettre depuis de nombreuses années – nous subissons, depuis 2005, un ensemble de nouvelles mesures, extrêmement délétères, qui « plombent » jour après jour nos conditions de travail et notre chiffre d’affaires.
C’est ainsi qu’à la perte de l’avantage social vieillesse (ASV) – véritable fondement originel de la Convention médicale unissant le praticien de santé à la Sécurité Sociale – et que vient d’abolir de manière inique, autoritaire, et anticonstitutionnelle, notre chef actuel de l’Etat, se sont ajouté un ensemble de mesures (et, nous pensons, évidemment, aux « référentiels kiné ») dont, nous ne discuterons pas ici le bien-fondé ou non, mais dont il est peut être utile de rappeler qu’ils « tombent » à un moment pour le moins peu opportun, puisque sur des dépenses déjà clairement « maîtrisées », et, donc, ne nécessitant pas de mesures coercitives supplémentaires.
Ajoutons à cela une « pression » constante, et bien moins « officielle », des CPAM sur le prescripteur en actes de masso-kinésithérapie, le médecin, harcelé administrativement (nous pesons nos mots) dès qu’il ose émettre une ordonnance de rééducation.
Tout cela aboutissant – comme d’inévitable – à une chute vertigineuse de la valeur de l’acte en masso-kinésithérapie, et, vous le comprenez aisément, à une accumulation de ces actes, donc à une qualité moindre des soins prodigués pour ne pas sombrer économiquement et devoir fermer nos cabinets. Car là est réellement l’enjeu : l’entorse à la conscience professionnelle, à l’idée que nous nous faisons de notre profession, ou le dépôt de bilan.
Mais, à cela – et sans doute plus inquiétant encore, pour ne pas dire plus attristant – nous assistons à une démoralisation sans précédent du professionnel (que vous retrouverez sans difficulté, si vous nous faites l’honneur de parcourir quelques instants les sites de dialogues inter-professionnels), qui ne voit plus d’issue viable à son activité, ni d’avenir possible.
Or, la kinésithérapie, qui est un beau métier, un métier noble au service de nos concitoyens, les aidant quotidiennement à franchir les affres de la maladie ou du handicap, à vivre mieux, à retrouver leur place dans une société active, ne mérite pas d’être traitée avec autant d’indifférence – peut-être de dédain ? – par les pouvoirs publics.
Ajoutons à cela que la kinésithérapie a fait la démonstration, depuis de nombreuses années, de sa capacité à s’adapter aux nouvelles demandes du patient, dans un élan évolutif de formations et de technologies, que personne ne conteste, plaçant la kinésithérapie française comme l’une des plus exemplaires au monde.
De cet effort considérable – souvent en formulation post-graduée, donc à nos frais supplémentaires – là encore, le professionnel se voit, en retour étatique, indifféré…
Nous comprenons la crise économique qui ébranle notre pays.
Nous comprenons que chacun doit participer à l’effort de redressement national.
En revanche, nous comprenons beaucoup moins – et cela nous choque même – qu’il y est, au sein de cet effort, deux poids deux mesures, que, tandis que certaines branches de la médecine (et, nous pensons, bien sûr, aux généralistes) se voient régulièrement confortées dans leur pouvoir d’achat, d’autres, comme la masso-kinésithérapie, assistent au gel plus que décennal de leurs honoraires.
Il s’en dégage un fort sentiment d’injustice sociale.
Les dernières négociations conventionnelles de cet automne, entre les représentants de la profession et l’UNCAM, sont un « modèle d’école » de ce mépris gouvernemental envers les 65 000 professionnels que nous sommes.
En échanges, et seulement en échange, de nouvelles contraintes coercitives, d’une brutalité sans précédent, entraînant, à court terme, de nouvelles économies drastiques sur le « dos » de la kinésithérapie (2% des dépenses de la Sécurité Sociale…), et d’autres mesures encore, portant atteinte à l’esprit même du libre-arbitre du praticien libéral (perte non-négociée et non-négociable de la liberté d’installation, que, là encore, nous ne discutons pas sur le fond) – l’UNCAM nous alloue une augmentation négligeable, presque insultante, de nos honoraires, que nous n’hésitons pas à baptiser aumône…
Le mépris d’Etat envers les professionnels de la masso-kinésithérapie vient d’atteindre son point d’orgue.
C’est pourquoi, Monsieur, face au désarroi de toute une profession, je souhaiterais connaître le positionnement qui serait vôtre envers l’avenir de la kinésithérapie, si, en 2012, le suffrage universel vous portait aux plus hautes responsabilités de la Nation ?
Vous comprenez bien que les professionnels du métier que, humblement, je représente ici, ne sauraient se satisfaire de vagues promesses sans engagement, ni d’une réponse qui « botte en touche ».
Votre réponse, ou votre absence de réponse, sera – soyez en assuré – relayée et communiquée à l’ensemble des médias de la profession et lue, sans doute avec beaucoup d’intérêt, par 65 000 masseurs-kinésithérapeutes, afin de leur permettre, en toute connaissance de cause, de définir qui peut être ou ne pas être le candidat porteur d’un nouvel espoir pour la kinésithérapie.
Je ne doute pas que vous anticipiez l’importance de vos mots sur nos maux, et, combien, dans une élection présidentielle traditionnellement sur le « fil du scrutin », qui se joue à peu de millions, voire de centaine de milliers de suffrages près, 65 000 masseurs-kinésithérapeutes, leurs proches, ainsi que les millions de patients qui transitent par leurs cabinets chaque année – et, premiers concernés par la qualité de leurs soins – peuvent avoir un impact non-négligeable sur l’enjeu final.
Ne vous méprenez pas, cela est dit, non afin de vous placer sous une « pression » quelconque, mais face à un réalisme qui sera celui auquel les candidats à la présidentielle seront affrontés, car il est évident qu’au delà des clivages politiques et idéologiques, les professionnels d’une kinésithérapie qui se porte si mal, se poseront la question en des termes simples de survie économique : « Qui est le meilleur candidat pour l’avenir de la kinésithérapie ? ».
Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur, en l’expression de mon plus grand respect.
Les pendules à leurre
Au cours de la dernière CSPD (commission paritaire départementale régissant les rapports conventionnels entre les professionnels de santé et les caisses de sécurité sociale), celle d’automne 2011, Monsieur le Directeur adjoint, face à nos confrères représentants, a eu la remarquable présence d’esprit d’appeler enfin un chat un chat. A plusieurs reprises, nos collègues, quelque peu médusés, se sont entendus dire qu’il (Monsieur le directeur adjoint, et donc, à travers lui, la sécurité sociale) était leur employeur, sous-entendu, qu’à ce titre, ils n’avaient qu’à suivre et à se plier.
Nous remercions ce haut dignitaire des caisses d’avoir eu la franchise – et le courage – de dire explicitement ce que d’aucuns – et depuis fort longtemps – soupçonnent tout bas, à savoir, que la sécurité sociale se voit, en son fort intérieur, bel et bien comme l’employeur des kinésithérapeutes.
C’est, bien sûr, une lourde désillusion pour ceux d’entre-nous qui imaginaient encore être membres d’une profession libérale, et, avoir, en fait d’employeurs, que leurs centaines de mini-patrons-patients.
Cela lève également un voile pudique sur des rapports conventionnels qui, depuis des lustres, non plus de « partenariat » que la douce rêverie que certains s’en font.
Un grand merci, donc, à Monsieur Tinet, pour cette remise des pendules à l’heure, et son franc-parler, que nous avons toujours apprécié (en toute sincérité, et pour l’avoir reçu en tête-à-tête, fort aimable, en nos locaux).
Au moins, avec une personne de son envergure, qui ne manie pas la langue de bois, la kinésithérapie du 77 sait où elle va…

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