Archive pour mai 2011

Le 24/05/2011

Pollux     

                                                                                                    à Madame Chantal Brunel

                                                                                                    Députée de Seine-&-Marne

 

Chère Madame Brunel,

Nous avons été en lien, il y a quelques mois, au sujet de l’ostéopathie et de Monsieur Bernard Debré, que je souhaitais rencontrer.

Je reviens vers vous aujourd’hui en tant que représentant d’un site informatif sur la masso-kinésithérapie, profession en situation de grande crise, tant morale, qu’identitaire et financière.

La kinésithérapie est un métier noble au service des maux physiques de notre société. Son niveau de technologie hexagonale, du fait de ses enseignants et de ses praticiens, est réputé dans le monde entier. C’est grâce à elle, notamment, que nous ne voyons plus dans nos rues un certain nombre de handicaps, pieds-bots, scoliotiques, bossus, qui, pourtant – et vous ne pouvez que vous en souvenir – faisaient le cadre de notre quotidien il y a encore vingt ans.

C’est grâce à elle encore, et à sa mobilisation, que la crise hivernale de bronchiolite qui décime la santé de nos tout-petits, chaque année, est enrayée.

Mais la kinésithérapie, c’est aussi des millions de traumatisés de la vie et du travail qui, annuellement, passent entre nos mains et retrouvent, un peu plus vite ou un peu plus confortablement, le cours de leur existence.

Le bénéfice financier qu’en retire la Sécurité Sociale, par sa branche Maladie, mais également Accident du travail et Invalidité, est inestimable, mais, plus encore, le niveau de soulagement existentiel retrouvé par nos patients.

Pourtant, la kinésithérapie, telle que nous la connaissions et que nous l’aimions, vit ses derniers jours…

Notre acte de kinésithérapie (lettre-clé) n’a pas été réévalué depuis… 1998 !

Nous avons perdu presque 30% de notre pouvoir d’achat en ce délai.

Mais – plus inquiétant encore – rien, dans le biotope politique actuel, ne semble indiquer la moindre sortie de crise, et – pire encore – la moindre volonté de sortie de crise pour la kinésithérapie.

Alors, qu’élèves sages du médical, nous respectons, sans faillir et depuis bientôt une décennie, l’enveloppe globale des dépenses que l’UNCAM nous alloue annuellement, nous nous sommes vus, dernièrement, imposer, en sus, des référentiels particulièrement meurtriers, sériant toujours au plus près (bien sûr, dans le sens de la baisse drastique) notre activité.

La situation, pour beaucoup de consœurs et de confrères, est devenue éminemment critique, ballottés qu’ils sont entre le souhait de pratiquer avec honneur et probité leur art, et celui, par contrainte budgétaire, de ne plus pouvoir le faire. La qualité du travail s’en ressent, le temps consacré à nos patients idem. Patients qui, au final, sont les grands perdants de cette inexorable déliquescence de notre profession. Et, que dire de l’investissement professionnel, tant en formations post-graduées qu’en technologie et matériel, qui n’est plus, pour beaucoup d’entre nous, accessible ?

Il en ressort, à bas-bruits et dans l’indifférence (ou méconnaissance) généralisée de nos élus et de nos représentants, une lente et inexorable paupérisation de la profession de masseur-kinésithérapeute.

Pourtant, nous représentons à peine 3% des dépenses de santé pour 65 000 professionnels…

De quoi souffrons-nous, en vérité ?

D’une absence totale de présence et de participation au plus haut niveau de l’État. En effet, selon l’usage en notre pays, la représentativité médicale, tant au niveau des commissions que des élus, est essentiellement le fait des médecins et,  exceptionnellement, celui des paramédicaux.

Il en résulte une méconnaissance significative au niveau de nos dirigeants – par manque d’information et de débats – de la situation critique que traverse notre corporation et, par conséquent – osons le mot – une certaine indifférence à la cause des kinésithérapeutes. Notre « dossier » reste donc, sempiternellement, en attente. Mais, en attente de qui ou de quoi ? Nul ne le sait plus vraiment, ni davantage nos représentants syndicaux…

Je vous sais femme de convictions et de combats, je salue en vous l’élue défenderesse des causes difficiles, et – notamment – celle des femmes violentées. Vous avez su, en cette année passée, alerter et éveiller les consciences, avec fermeté et courage, sur ce fait éminemment dégradant pour notre société.

La kinésithérapie est à sa manière, elle aussi, une cause difficile, car violentée par les budgets d’Etat et ce, dans l’indifférence généralisée.

C’est pourquoi, chère Madame Brunel, je m’adresse à vous et vous confie pour étude, selon votre bon-vouloir, ce dossier de la kinésithérapie, en vous demandant de vouloir bien nous aider – et nous représenter – en notre combat contre la désaffection structurelle à notre cause et notre cheminement vers la reconnaissance, juste et méritée, de notre profession.

Aidez-nous à inverser la tendance et les mentalités ambiantes – sans fondement aucun – qui veulent que la kinésithérapie soit entraînée dans une sorte de spirale misérabiliste où, de jour en jour, et l’habitus aidant – nos décideurs la considèrent peu à peu comme une médecine secondaire, donc de « confort ».

Vous connaissez, Madame, le poids de l’inertie…

Je reste ouvert à tous débats à venir et organisations de rencontres sur le sujet – devenu désespéré – de la kinésithérapie. Mon humble position de représentant d’un site informatif (Physioscope.fr) m’autorisera, sans doute, à rassembler autour de vous toutes les forces vives de la représentativité professionnelle et syndicale du département, la Seine-&-Marne, que, vous et moi, aimons tant.

Je vous prie, chère Madame Brunel, de recevoir l’expression de mes hommages respectueux.

Cher Monsieur,

Je suis très sensible aux termes de votre mail. Je pense que ce sujet important nécessite une conversation entre nous. Je suis toute prête à vous recevoir en compagnie des représentants de votre profession, si vous le souhaitez (ce serait mieux afin d’éviter tout hiatus). Il faut que : – nous analysions ensemble la raison d’un éventuel oubli de votre profession par les pouvoirs publics. Le seul fait de ne pas compter de députés ne suffit pas (car alors beaucoup de professions seraient délaissées puisque la fonction publique sous toutes ses formes écrase toutes les autres origines professionnelles) – les remèdes ; il faut que nous arrivions à proposer des solutions (naturellement sans charger les comptes de l’assurance maladie, déjà tellement mal en point) il vous suffira de téléphoner au .. .. .. .. pour convenir d’un RV.

A bientôt

Cordialement

Chantal Brunel
Députée de Seine-et-Marne

 

Le 30/05/2011

Chère Madame Brunel,

Je vous remercie de la diligence de votre réponse et me réjouis de votre disponibilité à notre cause.

Je prends soin de réunir autours de nous quelques représentants institutionnels départementaux de notre profession, afin de vous offrir un panel large des sensibilités, et je reviens vers vous dans les meilleurs délais.

Je vous prie, Madame, de recevoir l’expression de mes hommages respectueux.

Votre bien dévoué.

Essaie à nouveau :

1999 – non-réévaluation de nos honoraires…

2000 – non-réévaluation de nos honoraires…

2001 – non-réévaluation de nos honoraires…

2002 – non-réévaluation de nos honoraires…

2003 – non-réévaluation de nos honoraires…

2004 – non-réévaluation de nos honoraires…

2005 – non-réévaluation de nos honoraires…

2006 – non-réévaluation de nos honoraires…

2007 – non-réévaluation de nos honoraires…

2008 – non-réévaluation de nos honoraires…

2009 – non-réévaluation de nos honoraires…

2010 – non-réévaluation de nos honoraires…

2011…

On n’est jamais mieux asservi que par soi-même 

Dans notre grand ensemble,  nous partageons la conviction d’une nécessaire réforme de notre primo-formation en kinésithérapie, dispensée, aujourd’hui – pour son écrasante majorité – par des écoles privées, particulièrement onéreuses.

Les motivations de chacun sont diverses.

Certains ont conscience que trois années de formation – figées dans une modélisation rétrograde multi-décennale – ne suffisent plus à englober l’ensemble des connaissances actuelles de la masso-kinésithérapie,  ni l’évolution tant technologique que sociétale de notre profession.

Il est en effet frappant de voir que la Formation Continue, obligatoire, et ses stages post-gradués, ne sont plus –  comme le voudrait la théorie – une simple « actualisation » de nos connaissances, mais, dans la plupart des cas, une exploration totalement inédite de nouveaux champs de compétences (rééducation des troubles vestibulaires, drainage lymphatique, sensibilisation à l’ostéopathie, etc.), dont l’élève, contre toute normalité, n’a pas pu bénéficier au cours de ses études, du fait de leur brièveté.

Une statistique récente (2010) stigmatise également l’insuffisance de notre primo-formation : plus de 50% de la confrérie ressent le besoin, après le DE, d’acquérir de nouvelles compétences plus ou moins « diplômantes » pour exercer, avec sérénité, son art.

Certaines personnes avancent aussi – et à raison – que la kinésithérapie actuelle, engoncée dans son statut non évolutif antédiluvien, continuera de stagner – voire même de poursuivre sa lente et inexorable descente vers les bas-fonds d’une para médecine aliénée et non réévaluée – tant et aussi longtemps que nous ne serons pas en capacité de faire état d’une nouvelle hyper-qualification. Hyper-qualification que, pourtant, la plupart d’entre nous a acquise en post-graduée, sans en posséder nullement la légitime reconnaissance sociale et statutaire.

Il est fort prévisible, en effet, que la kinésithérapie, sous sa mouture actuelle, soit appelée – à court/moyen terme – à être considérée (et, ce type de propos est déjà florilège au plus haut niveau de l’État et des presses qui s’en rapportent) comme une thérapie de « confort », donc secondaire, destinée, par les temps de grande disette économique que nous traversons, à être éradiquée graduellement – mais sûrement – des budgets de la Sécurité Sociale. Les référentiels-kiné – supposés, à terme, sérier la kinésithérapie autour de quelques actes très codifiés et minimalistes – sont là pour le rappeler.

Certains enfin – dont nous faisons partie – constatent et condamnent l’injustice sociale – criante – qu’il y a, pour une fraction de la Société, à devoir financer sur ses propres deniers des études médicales, tandis que d’autres (médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.) bénéficient de leur pleine et entière gratuité. Cette forme d’iniquité sociétale interloque puisque, après tout, ne participerons-nous pas, une fois installés – et, nos ascendants n’ont-ils pas déjà participé ? – à l’impôt, pour être ainsi écartés – par une décision arbitraire et sans fondement autre qu’historique et empirique – d’un même droit à l’équité, celui dont bénéficient nos petits camarades ?

Les médecins, les pharmaciens, etc., une fois diplômés – et, c’est un fait qui n’est pas à démontrer – gagneront grandement mieux leur croûte quotidienne que nous autres, kinésithérapeutes. Pourtant, c’est à nous que revient l’insigne privilège de devoir – en sus –  financer nos études…

Ce fait – éminemment obscurantiste – est le fruit d’une situation purement causale, qui échappe à toute logique : celui de la main-mise d’une « niche sociale » – les consortiums d’écoles privées et les gras dividendes qu’il s’en dégage – sur une frange de la population estudiantine.

Seuls l’habitus, un grand laxisme du biotope environnant, et la capacité à savoir protéger ses privilèges de classe – via les syndicats que les écoles privées phagocytent (nous y reviendrons plus tard) – autorisent ce hold-up financier contre nature.

De plus, il apparaît moralement très choquant que la sélection naturelle en kinésithérapie se fasse d’abord par l’argent, davantage que par le mérite.

Donc – puisque nous semblons tous à peu près conscients de la nécessité, salutaire, de voir évoluer notre statut estudiantin – nous pouvons, légitiment, nous poser la question de sa non-réalisation et application ?

En vérité – et, c’est ce que nous tenterons de démontrer dans les chapitres à venir – cette stagnation de notre primo-formation est le fait non pas de la volonté et de l’intérêt de la très grande majorité du corpus MK – qui, au contraire, l’appelle de ses vœux – mais, d’une poignée de femmes et d’hommes, hélas pour nous aux manettes décisionnelles, qui freinent des quatre pieds – et, dans un unique objectif ego-financier –  toute réforme possible.

Qui sont donc ses « freins structurels » à notre évolution ?

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Nous voici rendus au terme de notre saga, retraçant la vie conventionnelle 2010. Comme l’exige l’usage, nous terminerons donc par le bouquet final.

A tout Seigneur tout honneur :

La fossilisation des céphalop’Ordres

En quoi, cette année encore, l’Ordre des kinésithérapeutes fut-il utile à la profession ? Question…

À part une foultitude d’actions juridiques et chicaneuses, par le biais de leur avocat maître Dorémifasollasido (curieusement, également chargé de cours de la Formation Continue kiné…), que ce soit contre Alizé jusque dans les URPS, ou les délinquants du « Tableau » – élargies dernièrement aux oublieux de la cotisation – les déconologues, une fois de plus, n’ont strictement rien bricolé de leurs dix doigts, en cet An de grâce 2010.

Il faut dire que, 2010, fut un excellent millésime pour le champagne, et que ne pas y consacrer toute son énergie eut été un crime…

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

Coup de coeur
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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…