Archive pour mai 2011
Le 24/05/2011
Pollux
à Madame Chantal Brunel
Députée de Seine-&-Marne
Chère Madame Brunel,
Nous avons été en lien, il y a quelques mois, au sujet de l’ostéopathie et de Monsieur Bernard Debré, que je souhaitais rencontrer.
Je reviens vers vous aujourd’hui en tant que représentant d’un site informatif sur la masso-kinésithérapie, profession en situation de grande crise, tant morale, qu’identitaire et financière.
La kinésithérapie est un métier noble au service des maux physiques de notre société. Son niveau de technologie hexagonale, du fait de ses enseignants et de ses praticiens, est réputé dans le monde entier. C’est grâce à elle, notamment, que nous ne voyons plus dans nos rues un certain nombre de handicaps, pieds-bots, scoliotiques, bossus, qui, pourtant – et vous ne pouvez que vous en souvenir – faisaient le cadre de notre quotidien il y a encore vingt ans.
C’est grâce à elle encore, et à sa mobilisation, que la crise hivernale de bronchiolite qui décime la santé de nos tout-petits, chaque année, est enrayée.
Mais la kinésithérapie, c’est aussi des millions de traumatisés de la vie et du travail qui, annuellement, passent entre nos mains et retrouvent, un peu plus vite ou un peu plus confortablement, le cours de leur existence.
Le bénéfice financier qu’en retire la Sécurité Sociale, par sa branche Maladie, mais également Accident du travail et Invalidité, est inestimable, mais, plus encore, le niveau de soulagement existentiel retrouvé par nos patients.
Pourtant, la kinésithérapie, telle que nous la connaissions et que nous l’aimions, vit ses derniers jours…
Notre acte de kinésithérapie (lettre-clé) n’a pas été réévalué depuis… 1998 !
Nous avons perdu presque 30% de notre pouvoir d’achat en ce délai.
Mais – plus inquiétant encore – rien, dans le biotope politique actuel, ne semble indiquer la moindre sortie de crise, et – pire encore – la moindre volonté de sortie de crise pour la kinésithérapie.
Alors, qu’élèves sages du médical, nous respectons, sans faillir et depuis bientôt une décennie, l’enveloppe globale des dépenses que l’UNCAM nous alloue annuellement, nous nous sommes vus, dernièrement, imposer, en sus, des référentiels particulièrement meurtriers, sériant toujours au plus près (bien sûr, dans le sens de la baisse drastique) notre activité.
La situation, pour beaucoup de consœurs et de confrères, est devenue éminemment critique, ballottés qu’ils sont entre le souhait de pratiquer avec honneur et probité leur art, et celui, par contrainte budgétaire, de ne plus pouvoir le faire. La qualité du travail s’en ressent, le temps consacré à nos patients idem. Patients qui, au final, sont les grands perdants de cette inexorable déliquescence de notre profession. Et, que dire de l’investissement professionnel, tant en formations post-graduées qu’en technologie et matériel, qui n’est plus, pour beaucoup d’entre nous, accessible ?
Il en ressort, à bas-bruits et dans l’indifférence (ou méconnaissance) généralisée de nos élus et de nos représentants, une lente et inexorable paupérisation de la profession de masseur-kinésithérapeute.
Pourtant, nous représentons à peine 3% des dépenses de santé pour 65 000 professionnels…
De quoi souffrons-nous, en vérité ?
D’une absence totale de présence et de participation au plus haut niveau de l’État. En effet, selon l’usage en notre pays, la représentativité médicale, tant au niveau des commissions que des élus, est essentiellement le fait des médecins et, exceptionnellement, celui des paramédicaux.
Il en résulte une méconnaissance significative au niveau de nos dirigeants – par manque d’information et de débats – de la situation critique que traverse notre corporation et, par conséquent – osons le mot – une certaine indifférence à la cause des kinésithérapeutes. Notre « dossier » reste donc, sempiternellement, en attente. Mais, en attente de qui ou de quoi ? Nul ne le sait plus vraiment, ni davantage nos représentants syndicaux…
Je vous sais femme de convictions et de combats, je salue en vous l’élue défenderesse des causes difficiles, et – notamment – celle des femmes violentées. Vous avez su, en cette année passée, alerter et éveiller les consciences, avec fermeté et courage, sur ce fait éminemment dégradant pour notre société.
La kinésithérapie est à sa manière, elle aussi, une cause difficile, car violentée par les budgets d’Etat et ce, dans l’indifférence généralisée.
C’est pourquoi, chère Madame Brunel, je m’adresse à vous et vous confie pour étude, selon votre bon-vouloir, ce dossier de la kinésithérapie, en vous demandant de vouloir bien nous aider – et nous représenter – en notre combat contre la désaffection structurelle à notre cause et notre cheminement vers la reconnaissance, juste et méritée, de notre profession.
Aidez-nous à inverser la tendance et les mentalités ambiantes – sans fondement aucun – qui veulent que la kinésithérapie soit entraînée dans une sorte de spirale misérabiliste où, de jour en jour, et l’habitus aidant – nos décideurs la considèrent peu à peu comme une médecine secondaire, donc de « confort ».
Vous connaissez, Madame, le poids de l’inertie…
Je reste ouvert à tous débats à venir et organisations de rencontres sur le sujet – devenu désespéré – de la kinésithérapie. Mon humble position de représentant d’un site informatif (Physioscope.fr) m’autorisera, sans doute, à rassembler autour de vous toutes les forces vives de la représentativité professionnelle et syndicale du département, la Seine-&-Marne, que, vous et moi, aimons tant.
Je vous prie, chère Madame Brunel, de recevoir l’expression de mes hommages respectueux.
| Cher Monsieur,
Je suis très sensible aux termes de votre mail. Je pense que ce sujet important nécessite une conversation entre nous. Je suis toute prête à vous recevoir en compagnie des représentants de votre profession, si vous le souhaitez (ce serait mieux afin d’éviter tout hiatus). Il faut que : – nous analysions ensemble la raison d’un éventuel oubli de votre profession par les pouvoirs publics. Le seul fait de ne pas compter de députés ne suffit pas (car alors beaucoup de professions seraient délaissées puisque la fonction publique sous toutes ses formes écrase toutes les autres origines professionnelles) – les remèdes ; il faut que nous arrivions à proposer des solutions (naturellement sans charger les comptes de l’assurance maladie, déjà tellement mal en point) il vous suffira de téléphoner au .. .. .. .. pour convenir d’un RV. A bientôt Cordialement Chantal Brunel |
Le 30/05/2011
Chère Madame Brunel,
Je vous remercie de la diligence de votre réponse et me réjouis de votre disponibilité à notre cause.
Je prends soin de réunir autours de nous quelques représentants institutionnels départementaux de notre profession, afin de vous offrir un panel large des sensibilités, et je reviens vers vous dans les meilleurs délais.
Je vous prie, Madame, de recevoir l’expression de mes hommages respectueux.
Votre bien dévoué.
Essaie à nouveau :
1999 – non-réévaluation de nos honoraires…
2000 – non-réévaluation de nos honoraires…
2001 – non-réévaluation de nos honoraires…
2002 – non-réévaluation de nos honoraires…
2003 – non-réévaluation de nos honoraires…
2004 – non-réévaluation de nos honoraires…
2005 – non-réévaluation de nos honoraires…
2006 – non-réévaluation de nos honoraires…
2007 – non-réévaluation de nos honoraires…
2008 – non-réévaluation de nos honoraires…
2009 – non-réévaluation de nos honoraires…
2010 – non-réévaluation de nos honoraires…
2011…
On n’est jamais mieux asservi que par soi-même
Dans notre grand ensemble, nous partageons la conviction d’une nécessaire réforme de notre primo-formation en kinésithérapie, dispensée, aujourd’hui – pour son écrasante majorité – par des écoles privées, particulièrement onéreuses.
Les motivations de chacun sont diverses.
Certains ont conscience que trois années de formation – figées dans une modélisation rétrograde multi-décennale – ne suffisent plus à englober l’ensemble des connaissances actuelles de la masso-kinésithérapie, ni l’évolution tant technologique que sociétale de notre profession.
Il est en effet frappant de voir que la Formation Continue, obligatoire, et ses stages post-gradués, ne sont plus – comme le voudrait la théorie – une simple « actualisation » de nos connaissances, mais, dans la plupart des cas, une exploration totalement inédite de nouveaux champs de compétences (rééducation des troubles vestibulaires, drainage lymphatique, sensibilisation à l’ostéopathie, etc.), dont l’élève, contre toute normalité, n’a pas pu bénéficier au cours de ses études, du fait de leur brièveté.
Une statistique récente (2010) stigmatise également l’insuffisance de notre primo-formation : plus de 50% de la confrérie ressent le besoin, après le DE, d’acquérir de nouvelles compétences plus ou moins « diplômantes » pour exercer, avec sérénité, son art.
Certaines personnes avancent aussi – et à raison – que la kinésithérapie actuelle, engoncée dans son statut non évolutif antédiluvien, continuera de stagner – voire même de poursuivre sa lente et inexorable descente vers les bas-fonds d’une para médecine aliénée et non réévaluée – tant et aussi longtemps que nous ne serons pas en capacité de faire état d’une nouvelle hyper-qualification. Hyper-qualification que, pourtant, la plupart d’entre nous a acquise en post-graduée, sans en posséder nullement la légitime reconnaissance sociale et statutaire.
Il est fort prévisible, en effet, que la kinésithérapie, sous sa mouture actuelle, soit appelée – à court/moyen terme – à être considérée (et, ce type de propos est déjà florilège au plus haut niveau de l’État et des presses qui s’en rapportent) comme une thérapie de « confort », donc secondaire, destinée, par les temps de grande disette économique que nous traversons, à être éradiquée graduellement – mais sûrement – des budgets de la Sécurité Sociale. Les référentiels-kiné – supposés, à terme, sérier la kinésithérapie autour de quelques actes très codifiés et minimalistes – sont là pour le rappeler.
Certains enfin – dont nous faisons partie – constatent et condamnent l’injustice sociale – criante – qu’il y a, pour une fraction de la Société, à devoir financer sur ses propres deniers des études médicales, tandis que d’autres (médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.) bénéficient de leur pleine et entière gratuité. Cette forme d’iniquité sociétale interloque puisque, après tout, ne participerons-nous pas, une fois installés – et, nos ascendants n’ont-ils pas déjà participé ? – à l’impôt, pour être ainsi écartés – par une décision arbitraire et sans fondement autre qu’historique et empirique – d’un même droit à l’équité, celui dont bénéficient nos petits camarades ?
Les médecins, les pharmaciens, etc., une fois diplômés – et, c’est un fait qui n’est pas à démontrer – gagneront grandement mieux leur croûte quotidienne que nous autres, kinésithérapeutes. Pourtant, c’est à nous que revient l’insigne privilège de devoir – en sus – financer nos études…
Ce fait – éminemment obscurantiste – est le fruit d’une situation purement causale, qui échappe à toute logique : celui de la main-mise d’une « niche sociale » – les consortiums d’écoles privées et les gras dividendes qu’il s’en dégage – sur une frange de la population estudiantine.
Seuls l’habitus, un grand laxisme du biotope environnant, et la capacité à savoir protéger ses privilèges de classe – via les syndicats que les écoles privées phagocytent (nous y reviendrons plus tard) – autorisent ce hold-up financier contre nature.
De plus, il apparaît moralement très choquant que la sélection naturelle en kinésithérapie se fasse d’abord par l’argent, davantage que par le mérite.
Donc – puisque nous semblons tous à peu près conscients de la nécessité, salutaire, de voir évoluer notre statut estudiantin – nous pouvons, légitiment, nous poser la question de sa non-réalisation et application ?
En vérité – et, c’est ce que nous tenterons de démontrer dans les chapitres à venir – cette stagnation de notre primo-formation est le fait non pas de la volonté et de l’intérêt de la très grande majorité du corpus MK – qui, au contraire, l’appelle de ses vœux – mais, d’une poignée de femmes et d’hommes, hélas pour nous aux manettes décisionnelles, qui freinent des quatre pieds – et, dans un unique objectif ego-financier – toute réforme possible.
Qui sont donc ses « freins structurels » à notre évolution ?
Nous voici rendus au terme de notre saga, retraçant la vie conventionnelle 2010. Comme l’exige l’usage, nous terminerons donc par le bouquet final.
A tout Seigneur tout honneur :
La fossilisation des céphalop’Ordres
En quoi, cette année encore, l’Ordre des kinésithérapeutes fut-il utile à la profession ? Question…
À part une foultitude d’actions juridiques et chicaneuses, par le biais de leur avocat maître Dorémifasollasido (curieusement, également chargé de cours de la Formation Continue kiné…), que ce soit contre Alizé jusque dans les URPS, ou les délinquants du « Tableau » – élargies dernièrement aux oublieux de la cotisation – les déconologues, une fois de plus, n’ont strictement rien bricolé de leurs dix doigts, en cet An de grâce 2010.
Il faut dire que, 2010, fut un excellent millésime pour le champagne, et que ne pas y consacrer toute son énergie eut été un crime…



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