Archive pour juillet 2010
L’ébullition phosphorique qui secoue le petit monde de la kinésithérapie, depuis un quinquennat, laisse songeur.
D’un syndicat à l’autre, de l’Ordre aux sociétés savantes de la kinésithérapie, c’est l’escalade aux effets d’annonces, la course exaltée à celui qui édifiera le bidule abstrus le plus brinquebalant, l’usine à gaz la moins intelligible, le tapir à roulettes qui fait coin-coin lorsqu’on lui tire la queue, pour épater la galerie…
Ordre, EPP, LMD, aides-kiné… tout le petit gratin, tout ce qui porte galon, veut « en être ».
Comme si nous n’avions pas déjà suffisamment à faire avec les blindés d’État, la récession drastique en acte, les référentiels, la sectorisation à venir, le gel de nos honoraires depuis onze ans ?
Non, assurément.
Il faut jouer aux apprentis sorciers…
Avant, il y a vingt ans, les choses étaient simples. Nous étions fiers (et nous pouvions l’être) de notre profession et de nos compétences. Nous avions un bon diplôme, durement acquis, une formation de qualité, et nous ne nous posions aucune interrogation métaphysique sur le rôle social que nous jouions – puisqu’il était évident – donc sur notre avenir.
Les syndicats signataires de la Convention ne cherchaient pas midi à quatorze heures. La revendication était quasi monosyllabique, donc d’une grande percussion : la réévaluation régulière de nos honoraires. Les brutes marchaient, les intellos coupaient les citrons sur la touche. Point/barre.
Malgré l’absence du « haut débit » et de son Inter pas toujours très Net, le peuple kiné comprenait fort bien un discours syndical primitif et fonctionnel ; celui du beurre dans la gamelle aux épinards. On le mobilisait donc avec moins de difficultés. On faisait de belles manifestations.
A présent, à moins d’avoir fait nippon première langue, bien malin le praticien qui pipe quid à la notice. Se mobiliser ? Mais à quel propos ? Sur quel sujet ? Avec qui ?!?
Les manifestations, aujourd’hui, ont tout de la congrégation des lépreux à crécelles qui vont passer dimanche aux fraises…
D’aussi loin que remontent nos écrits, nous l’avons toujours pronostiqué ; l’Ordre des kinésithérapeutes – tout du moins cet Ordre-là – loin d’être la locomotive de la profession, devrait, tôt ou tard, l’envoyer irrévocablement dans les décors.
Ce que nous ne savions pas alors, c’est que cela se ferait au pas de charge et avec la régularité du métronome.
Entendons-nous bien : nous ne parlons pas de la très grande majorité des élus ordinaux, petites fées du logis oeuvrant, de la base, de manière souvent méritoire et parfaitement bénévole au chevet de la profession, mais d’un quarteron, somme toute très compté, de Grands Ordinateurs en place, indéboulonnables du haut de leur pyramide oligarchique, à qui revient – et à eux seuls – la responsabilité de faire la pluie et le beau temps sur l’avenir de notre métier.
Car – et personne ne peut plus en douter – bureau du CNO (Ordre national), de la FFMKR et du SNMKR/OK (nos syndicats signataires de la Convention), ne font plus qu’un, en une fusion d’intérêts communs, sans plus rien de distinctif.
L’Ordre, aujourd’hui, est un cartel intouchable, car d’obédience et de protection rapprochée syndicales.
La base syndicale (à même titre que la base ordinale) assiste – impuissante – à la dérive progressive de leurs institutions réciproques vers l’autocratie confraternelle.
Pour autant, l’Ordre, selon nous, est loin d’avoir atteint sa maturité ploutocratique ni son plus grand pouvoir toxique sur la profession. Car l’Ordre, bien que parfaitement décentrée de sa mission première, n’en a cure. Que le « verrouillage » de la head-office sur la base est total. Seule une révolution de palais pourrait inverser le cours des choses, au plus grand bénéfice de notre profession.
Le syndrome d’épuisement professionnel ou burn out, est une maladie caractérisée par un ensemble de signes, de symptômes et de modifications du comportement en milieu professionnel. Des modifications morphologiques, fonctionnelles ou biochimiques de l’organisme du sujet atteint sont observées dans certains cas. Le diagnostic de cet état de fatigue classe cette maladie dans la catégorie des risques psychosociaux professionnels et comme étant consécutive à l’exposition à un stress permanent et prolongé. Ce syndrome est nommé burn out syndrome chez les anglophones, d’où l’expression de burnout, et Karoshi (littéralement : « mort par excès de travail ») au Japon.
En 1969, le docteur Loretta Bradley est la première à désigner un stress particulier lié au travail sous le terme de burnout. Ce terme est repris en 1974 par le psychanalyste Herbert J. Freudengerger.
« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »
Herbert J. Freudengerger
Pour ces premiers observateurs, le syndrome d’épuisement professionnel vise principalement les personnes dont l’activité professionnelle implique un engagement relationnel comme les travailleurs sociaux, les professions médicales, et les enseignants.
L’étude de ces catégories professionnelles a conduit ces chercheurs à considérer les confrontation répétées à la douleur ou à l’échec comme des causes déterminantes dans les cas de manifestation de ce syndrome d’épuisement professionnel. Il est, à l’époque des premières observations, conçu comme un syndrome psychologique spécifique aux professions « aidantes ». Cette notion a prévalu quelque temps et a marqué durablement la conceptualisation du phénomène et l’orientation des premiers travaux de recherche. Mais les connaissances accumulées depuis ces premières observations ont conduit à étendre les risques de manifestations d’un syndrome d’épuisement professionnel à l’ensemble des individus au travail, quelle que soit leur activité.
Dans cette conceptualisation du burnout, les facteurs individuels se voient attribuer un rôle important dans le développement du syndrome d’épuisement professionnel, car ce sont des individus engagés et dévoués à une cause qui sont frappés. Dans cette optique, le burnout est perçu comme la « maladie du battant ». En 1980, Freudenberger et Richelson le définissent ainsi :
« Un état de fatigue chronique, de dépression, et de frustration apporté par la dévotion à une cause, un mode de vie, ou une relation, qui échoue à produire les récompenses attendues et conduit en fin de compte à diminuer l’implication et l’accomplissement du travail. »
- Les différents symptômes rencontrés dans le burnout sont :
- les douleurs généralisées
- le manque d’attention
- l’insomnie
- l’irritabilité
- l’impatience
- l’épuisement physique et psychologique
- l’épuisement émotionnel ou physique
- la diminution de la productivité
- la surdépersonnalisation
- le manque de motivation pour se lever et aller travailler
- chute de l’estime de soi
- état de tristesse
- Désespoir
- anxiété.
La dépersonnalisation représente la dimension interpersonnelle du syndrome d’épuisement professionnel. Elle renvoie au développement d’attitudes impersonnelles, détachées, négatives, cyniques, envers les personnes dont on s’occupe. L’individu ne se sent plus concerné par son travail et dresse une barrière qui l’isole de ses clients et de ses collègues.
Cette attitude permet de s’adapter à l’effondrement de l’énergie et de la motivation. Les clients, les usagers, les patients, les élèves étant perçus sur un mode négatif, leurs demandes, leurs besoins apparaissent moins pressants, moins urgents à résoudre. Le terme de « dépersonnalisation » peut prêter à confusion vu qu’il désigne aussi l’état psychique où domine l’impression d’être étranger à soi-même. Le terme de « déshumanisation » aurait pu être choisi, mais sa connotation est évidemment trop extrême pour qu’il soit retenu.
Le manque ou la réduction de l’accomplissement personnel concerne à la fois la dévalorisation de son travail et de ses compétences, la croyance que les objectifs ne sont pas atteints, la diminution de l’estime de soi, et du sentiment d’auto-efficacité. La personne ne s’attribue aucune capacité à faire avancer les choses, convaincue de son inaptitude à répondre efficacement aux attentes de son entourage. L’accomplissement personnel représente la dimension auto-évaluative du syndrome d’épuisement professionnel.
L’épuisement émotionnel renvoie au manque d’énergie, au sentiment que les ressources émotionnelles sont épuisées. La personne est « vidée nerveusement » et a perdu tout son entrain ; elle n’est plus motivée par son travail qui devient dès lors une corvée. Elle ne réalise plus les tâches qu’elle effectue auparavant et en ressent frustrations et tensions. L’épuisement émotionnel est souvent lié au stress et à la dépression.
- Certaines personnes sont plus « à risque » que d’autres :
- personnes ayant des idéaux de performance et de réussite
- personnes liant l’estime de soi à leurs performances professionnelles
- personnes sans autre centre d’intérêt que leur travail
- personnes se réfugiant dans leur travail et fuyant les autres aspects de leur vie.
- Certaines professions sont plus « à risque » que d’autres, notamment celles :
- à fortes sollicitations mentales, émotionnelles et affectives
- à forte responsabilité notamment vis-à-vis d’autres personnes
- où l’on cherche à atteindre des objectifs difficiles, voire impossibles
- où il existe un fort déséquilibre entre les tâches à accomplir et les moyens mis en œuvre
- où il existe une ambiguïté ou un conflit de rôles.
Au niveau de la vie privée :
Les effets du syndrome d’épuisement professionnel débordent sur la vie privée. Contredisant l’idée que travail et vie privée sont des sphères séparées et autonomes, ce syndrome a des répercussions sur la sphère familiale et plus généralement sociale. Dans ses premiers comptes-rendus d’observation, Christina Maslach note que le syndrome d’épuisement professionnel engendre des divorces. Ceux atteints d’épuisement professionnel tendent à s’isoler de leurs amis.
Au niveau du travail :
Le syndrome d’épuisement professionnel contribue à augmenter l’insatisfaction au travail et à diminuer l’engagement. Des études longitudinales révèlent que les personnes atteintes d’épuisement professionnel sont moins impliquées et ont davantage l’intention de quitter leurs emplois que les autres. Chez des enseignants suivis plusieurs mois, l’épuisement émotionnel mesuré par le MBI prédit non seulement les intentions de quitter le travail, mais aussi le fait de le quitter effectivement.
Le syndrome d’épuisement professionnel contribue à la détérioration des relations entre collègues, mais aussi avec les clients, élèves et patients. Les médecins à l’épuisement professionnel élevé répondent moins aux questions des patients, les négligent davantage (ils ne discutent pas des différentes options de traitement par exemple), et commettent des erreurs qu’on ne peut attribuer à leurs manques de connaissances ou d’expérience.
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En un maux comme en cent, chers consœurs et confrères, si vous avez supporté ce verbiage indigeste et lu jusqu’à cette ligne, ce n’est peut-être pas totalement un hasard…







