Archive pour juin 2010
L’Ordre des kinésithérapeutes ne cesse de nous surprendre par sa fermentation phosphorique. Une vraie pétrolette à neurones coudés.
Certains dossiers – et c’est tout à son honneur – sont défendus par l’Ordre avec une certaine efficacité, comme le LMD. D’autres, par excès d’ébullition (ou de bulles ?) relèvent de la camisole de force, ou du delirium très mince. Les « aides-kinés », sortes de gros lapins sortis du chapeau, en témoignent au pied levé.
Le LMD (licence/master/doctorat universitaires en kinésithérapie), donc le super Rambo-kiné, n’est pas encore dans les bacs – tant s’en faut – que l’Ordre, toujours très avant-gardiste, envisage déjà la « délégation des tâches subalternes » à une sorte d’esclave sous-qualifié : l’aide-kiné.
Bien entendu, toute personne d’un tant soit peu raisonnable se dirait qu’il convient de ne pas atteler les bœufs avant Ben Hur, qu’il serait sage, afin d’éviter qu’il se colle le râtelier de guingois dans l’arène romaine, qu’il arrête son char et attende l’hyper qualification avérée – et dûment rémunérée de retour – de la profession pour moufeter oreille. Que les référentiels à venir vont taillader dur dans le lard professionnel et notre chiffre d’affaires, qu’une nouvelle subrogation et éparpillement aux quatre vents de notre décret de compétence incitent à la prudence, tout du moins à l’attentisme.
Cà, c’est la position cartésienne.
Pas pour l’Ordre.
Car l’Ordre est omniscient.
Car l’Ordre, sorte de Yoplait-la-petite-fleur, réinvente chaque jour l’avenir.
Cette « vision » de l’aide-kiné est tellement hallucinée que même la FFMKR – pourtant pilier fondamentaliste de l’Ordre – marque son désaccord. Comprend-t-elle enfin que son professeur Barjot, dans ses expériences hybrides, a fait naître un Frankenstein, devenu à présent adulte et narcissique, qui bouffera tout le monde à la croque-au-sel sur son passage, maîtres y compris ?…
En réalité, « l’aide-kiné » n’a aucune sorte de résonance possible et imaginable dans le mode libéral. Que va-t-on lui déléguer ? La marche des canards qui font coin-coin en se tenant la main ? Ne passerons-nous pas plus de temps à lui expliquer par le menu ses faits et gestes qu’à le faire soi-même ? Une fois l’URSSAF, les charges sociales, les 35 heures, les congés payés, additionnés au bas de la fiche de salaire, sera-t-il vraiment, cet « aide-kiné », plus « rentable » qu’un assistant, pour autant qu’un assistant ait vocation à l’être ?
Évidemment non.
Sans oublier, fait indéniable, que se « déléguer », c’est aussi accepter, d’un point de vue juridique, les dégâts potentiels de ses sous-fifres…
De plus, référentiels obligent et à l’heure où 30% de gâteau à se partager va se volatiliser de la planète kiné, à couteaux tirés, est-ce judicieux de fractionner encore davantage notre bénéfice et de se mettre toujours plus en danger ?
Bref, « l’aide-kiné », c’est surtout une grosse galère administrative pour le plaisir hédoniste de se penser hissé d’un poil de col dans l’oligarchie médicale. Nous aurons enfin un « moins que nous » sur qui déverser notre bile de paramédicaux complexés…
« L’aide-kiné » ne prend son sens – et là est bien tout le danger – que dans le monde salarial, car toujours à la recherche d’un personnel sous-payé. Évidemment que, tôt ou tard, les cliniques, les centres de rééducations, les hôpitaux, vireront sans état d’âme les kinésithérapeutes qualifiés, supposés « surpayés », au bénéfice d’une sous-classe de « praticiens » tout au bas de la grille salariale. Des ersatz rémunérés en monnaie de singe.
Évidemment encore que l’Ordre, supposé faire la « promotion » de notre profession, prépare une fois de plus le linceul de sa confrérie.
Alors, moi, je pose la question : l’Ordre, après avoir ratifié auprès de l’UNCAM le principe délétère des référentiels (car, même s’il en fut tenu à l’écart par la suite, en primo-intention il en a accepté l’aspect « déontologique »), nous assommer chaque année de 280 euros de cotisations (de loin le rapt le plus formidable du paramédical), nous avoir ridiculisé avec une campagne sous abribus « Céline » (se faisant même épingler honteusement comme le slogan le plus sexiste de l’année), s’être fait gausser au nez par les esthéticiennes avec sa distinction épistémologique – et sans effet aucun sur la concurrence déloyale – entre « massage » et « modelage », joué de la « démocratie opaque » en un sondage de la profession auquel personne n’a répondu, voilà à présent qu’il souhaite dilapider nos compétences en « aides-kinés ». Mais, où va-t-il donc s’arrêter ?…
L’Ordre, à mon sens, n’est pas tant dangereux de part l’idée anti-démocratique qu’il véhicule ou ses gabegies financières, que dans sa volonté prégnante à vouloir devenir le maître d’œuvres (le premier syndicat ?) de la profession, à souhaiter bâtir sans cesse – pour justifier de son existence – des usines à gaz.
Mais comment en vouloir vraiment à une poignée d’ex-syndicalistes, frustrés par trente années de carriérisme non représentatif, de soirées « révolutionnaires » à trois tondus et deux pelés à la MGC de Quimper, à présent armés, par cabriole du sort, d’un arsenal de TNT, de ne pas désirer faire un baroud d’honneur et foutre le feu à toute une profession en une immolation commune et rigolarde ?
C’est avec un certain amusement (car, de longue date, nous avons dépassé le stade de la consternation) que nous avons suivi les tribulations de nos joueurs de l’équipe de France de football en Afrique du Sud.
Non pas tant du fait de leur piètre prestation sur le terrain (que nous n’appellerons pas une contre-performance puisque, en toute honnêteté, personne ne pouvait se faire la moindre illusion sur la qualité de leur jeu) qu’en raison de l’environnement médiatico-politique qui, comme la mouche du coche, n’eut de cesse que de leur tourner la truffe au vinaigre.
La presse, toujours à la recherche d’un bon samaritain à lyncher en place de Grève, s’en est donnée à cœur joie. L’os Domenech était bien trop goûteux à ronger.
De leur côté, les politiques – qui, en ce mois de juin, n’avaient certainement pas d’autres dossiers plus brûlants à traiter, par exemple celui des retraites – sont (un poil opportunément ?) sortis de leur réserve pour sonner l’hallali et la mise à mort de la bête footballistique. De Rama Yade à Roselyne, tout le corpus gouvernemental, en rang d’oignons, y a été de sa petite banderille assassine.
Durant quinze jours, ça a été, en toute aumône et hosties populistes, la curée, le bénitier de tout ce que notre hexagone brasse de basses frustrations et de pensées sordides.
Nous avons entendu (et parfois, hélas, de sources officielles) les élucubrations les plus fantaisistes au sujet des « référentiels-kiné », allant du propos apocalyptique à celui d’une totale désinvolture. Or, de la désinformation naît l’obscurantisme, de l’obscurantisme le fantasme, et du fantasme les peurs les plus irrationnelles envers l’inconnu.
Une mise au point s’impose donc.
Le mythe de l’hyper-contrôle
Depuis le 28 mai 2010, six référentiels « opposables » sont au Journal Officiel, donc applicables. C’est-à-dire que six pathologies sont à présent codifiées en nombre maximum d’actes.
La prothèse totale de hanche, par exemple, c’est 15 séances. Si, pour une raison quelconque, un patient en nécessite davantage, il faudra alors revêtir sa petite robe de ténor du barreau pour aller défendre sa cause auprès du médecin contrôleur de la CPAM. Nous devrons faire un « dossier » de motivation. Le médecin contrôleur, en dernier ressort, reste celui qui tranche. Bien qu’il ait contre lui en amont l’avis (et l’ordonnance) d’un médecin prescripteur et l’opinion supposée éclairée d’un masseur-kinésithérapeute, que cela devrait induire chez lui un minimum de modestie, il n’a pas à justifier de sa décision. Pas de « dossier » pour lui. C’est donc une plaidoirie à charge.
600 manifestants au départ de la pelouse du champ de Mars, 1 200 à mi-chemin, peut-être plus encore arrivés devant le Ministère de la Santé. Le cortège s’est promené durant presque deux heures dans les rues de Paris, créant un boxon certain.
Venus en train, par car, ou à vélo, tous les syndicats de la profession et toutes les régions de France (PACA, Corse, Aquitaine, Nord-Pas-de-Calais, Alsace…) emmenés par une Bretagne survoltée, étaient représentés. Ce fut un défilé bon-enfant, festif, et placé sous le signe de la bonne humeur et de la dignité.
Arrivés devant le Ministère vers 17 heures, bien que l’accueil y fut un peu frais
les représentants de nos syndicats signataires, Messieurs Bergeau, D’Hayer et Gallo, furent reçus. Alizé, malgré son insistance, resta à la porte.
Bien qu’encore embryonnaire, cette démonstration de force et d’unité, à l’heure où l’UNCAM vient de présenter ses trois nouveaux référentiels (lombalgie, méniscectomie, rupture de la coiffe des rotateurs) pour validation par la HAS, démontre qu’il est – peut-être ? – encore possible pour la kinésithérapie de savoir se mobiliser et s’unir pour défendre sa peau (bien compromise par les temps qui courent) et celle de ses patients.
Quelques remarques cependant :
- Alors que la kinésithérapie traverse la crise la plus grave (et peut-être fatale) de son Histoire, à peine 2 à 3% de nos collègues se sont déplacés pour manifester leur inquiétude et leur mécontentement.
- Très peu de « jeunes » dans le cortège, mais une majorité de « quadras » ou plus. Ce qui semble indiquer que la génération montante de la kinésithérapie est peu touchée ou informée de la gravité des situations. C’est très inquiétant pour le devenir de la profession.
- Si la « hache de guerre » semble devoir s’enterrer à minima entre la Fédé et l’UNION, et qu’un semblant d’entente cordiale (du moins de façade) pointe le bout de son nez, Alizé – pourtant troisième force de représentativité – poursuit de toute évidence d’être le syndicat « maudit » et boudé. Cela est très dommageable, tant pour nos confrères libéraux/salariés, que pour l’idée que l’on se fait de l’alliance des forces si utile en ces temps de disette. D’autant, bien que délibérément tenu à l’écart de la kermesse par les deux syndicats signataires, FFMKR et UNION – ce qui n’est pas fair-play – qu’Alizé a fait démonstration de solidarité, de savoir mettre son mouchoir sur sa susceptibilité au nom d’une cause d’intérêt général qui dépasse nos divergences claniques, en présentant une délégation certes discrète mais présente – ce qui est tout à son honneur.
- Paris pue toujours autant.
L’itinéraire de la manifestation du 10 juin 2010 qui devait débuter à 14h30 de la gare Montparnasse (rue du départ) pour s’achever devant le ministère de la santé (angle avenue Duquesne, avenue de Ségur) vient d’être unilatéralement modifié par la Préfecture de police.
Après avoir arrêté le 26 mai dernier, rue par rue, un trajet en parfait accord avec les services de la direction de l’ordre public et de la circulation, c’est aujourd’hui, à 72 heures de la manifestation, qu’unilatéralement la préfecture de police vient de décider de modifier l’itinéraire. Devant l’exaspération générale, il a été répondu : « c’est çà ou rien du tout ».
Il semblerait que des craintes de débordements subsistent (voir manifestation des infirmiers anesthésistes il y a quelques jours à la gare Montparnasse).
L’horaire ne change pas, chacun devra être en place au plus tard vers 14h, au parc du champ de Mars, Place Jacques Rueff, 75007 Paris et la manifestation s’achèvera bien au ministère de la santé.
Informations complémentaires:
Pour vous rendre de la gare Montparnasse au champ de Mars, prendre le métro, ligne en direction de Charles de Gaulle-Etoile et descendre à la station Bir-Hakeim (Grenelle) puis vous rendre à pieds sur le lieu de départ, Place Jacques Rueff soit un total de 15 minutes environ. Prix d’un billet de métro : 1,6 €.
Cette tentative de déstabilisation de la manifestation à la dernière minute démontre que le gouvernement craint l’ampleur de celle-ci. Loin de vous laisser décourager, venez encore plus nombreux !
Ce soir-là, en mon échoppe, entre chien et loup, à l’heure où tous les AMK sont gris, je devais rencontrer l’émissaire départemental de l’empaleur de paramédicaux, l’horrifique Comte de TransUncamie, Frédéric Von Requiem.
Autant dire que je serrais grave les fesses.
Je savais que cette créature méphistophélique avait la capacité de réduire mon cabinet en cendre d’un simple souffle ardent ou de construire sur mon pas-de-porte, juste à l’emplacement de mon paillasson, un centre de rééducation pimpant neuf de quinze étages avec piscine olympique et masseuses thaïlandaises en pagne.
Préventivement, j’avais étalé sur mon bureau – bien en vue – tout ce que ma petite panoplie bigote comporte de bimbeloteries ; crucifix, gousse d’ail, eau bénite, pieux en bois…
A l’appel de toutes les centrales syndicales
Alizé
FFMKR
UNION (SNMKR/OK/SNKG)
MANIFESTATION NATIONALE des MASSEURS-KINESITHERAPEUTES
JEUDI 10 JUIN à PARIS
Rendez- vous à la gare Montparnasse, à 14 heures ( rue du départ )









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