Archive pour avril 2010
L’inertie de la profession depuis près deux décennies face à ce que d’aucuns appellent pudiquement sa « stagnation conjoncturelle », mais que nous concevons davantage comme un génocide programmé par les hussards d’État, avec opposition quasi anecdotique de nos syndicats « représentatifs », laisse pantois.
Seuls, une activité toujours plus frénétique, des arrangements au jour le jour avec la morale déontologique et les flexibilités de la NGAP, les dépassements d’honoraires (faisant de nous les champions d’une médecine à deux vitesses et des délinquants conventionnels patentés) nous autorisent encore à mitonner, chacun dans son arrière-cuisine, un chiffre d’affaires en relative bonne santé.
C’est oublier que nous vendons notre âme (soignante) au diable, notre vertu aux banquiers de l’UNCAM, et la peau de nos patients, devenus depuis lors « clients », aux orties.
C’est négliger que, pour obtenir ce chiffre d’affaires, nous travaillons 25% de plus qu’en 1999, nous rognons toujours plus sur notre temps-libre, notre droit à exister autrement que par le labeur, à être présents à nos proches, ou – dans le meilleur des cas – compressons idoine notre clientèle, nos investissements professionnels, et la qualité de nos services.
C’est également omettre que les prochains référentiels kinés, lorsqu’ils seront véritablement opérationnels (c’est à dire demain matin) ne nous autoriseront plus à travailler 25% de plus, mais, sans doute – selon les pronostics en vigueur – 30% de moins.
Et, 30% d’activité de moins sur des honoraires non réévalués (donc dévalués) de 25% en 11 ans, cela va commencer à peser lourd dans la balance…
Or, et c’est bien là le drame, rien ne démontre aujourd’hui que ces honoraires ne resteront pas encore « gelés » pour les dix années à venir…
Nous serons donc bientôt – gros Jean comme devant – face à la réalité, notre réalité, économique, nue et sans fard, d’un taux/horaire jamais renégocié, et de son insondable décrépitude, depuis 20 ans.
Nous serons face à la valeur intrinsèque de notre syndicalisme, et à ce qu’il n’a pas su faire pour nous depuis deux décennies.
50% d’entre nous – survie oblige – poursuivrons de galvauder toujours un peu plus un boulot rémunéré à prix de manouvriers, tandis que d’autres, peut-être plus naïfs, plus moraux, les lavandières de l’acte individuel au tarif conventionné, les petits apôtres à consommer sur place entre deux tranches de gens bons, ou issus d’un pâturage plus merdoyant, iront pointer à Pôle-Emploi, inscrire leur famille aux restos du cœur – faute, candidement, d’en avoir sans doute trop eu ? – pour le meilleur et, surtout, pour le pis, celui de la vache, asséchée, en fin de traite.
Foin de grand discours, il convient parfois d’être simple pour faire entendre clairement comment, depuis 1998, l’État conduit à grands coups de non-réévaluation le génocide programmé de la profession de masseur-kinésithérapeute, vécue comme secondaire et non plus alternative (ou auxiliaire, si l’on préfère) de la médecine.
Une déliquescence voulue, budgétisée, et menée tambour battant par les gouvernances successives depuis plus de onze ans, et contre laquelle, loin de savoir l’endiguer, nos syndicats représentatifs poursuivent de pratiquer la politique de l’autruche signataire, la minauderie contestataire, et le double langage électoraliste, afin de sauvegarder leurs séants mandatés et leurs échoppes en berne.
Le dévoiement caractérisé d’un Ordre des kinésithérapeutes de sa mission première, chassant bien loin de ses terres originelles, et vécu par les intéressés comme le nouvel hygiaphone et plan de carrière syndical, n’a en rien arrangé les choses, mais, au contraire, nous précipite, plus grand-train que jamais, vers le chaos. Car, loin de participer au renouveau et à la promotion de la profession, l’Ordre polit jusqu’à l’inaudible le discours syndical et tétanise l’oligarchie protestataire. Tout président ou membre honoraire d’une quelconque centrale qui s’aventurerait à tenir le discours ici présent se verrait (ou s’est vu, car nous parlons, hélas, par empirisme) immédiatement reconduit au ban de toute promotion ordinale, et donc, par voie d’inféodation, syndicale.
Personne, à ce jour, ne peut prétendre jouer un rôle de premier plan dans l’un de nos deux syndicats signataires (FFMKR et UNION) si ses intérêts ne sont pas en relation ad hoc avec ceux de l’Ordre, ou si, pour le moins, il ne sait pas tenir sa langue. Ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés populistes.







