Archive pour mars 2010

Nous avons évoqué l’historique de la Sécurité Sociale (chapitre I), son organisation (chapitre II). Parlons, aujourd’hui, de son financement.

La vache à lait n’en peut mais… 

Colbert (qui n’était pas la moitié d’un œuf fiscal) disait : « l’art de lever l’impôt consiste à plumer les oies sans trop les faire crier ».

Le Pouvoir politique a en effet toujours eu pour préoccupation de s’assurer que ses prérogatives fiscales ne soient pas contestées. Cela l’a conduit à multiplier impôts indirects et taxes de toutes natures qui tendent à rendre l’impôt invisible, car totalement intégré aux prix des biens et des services. Le Pouvoir actuel (mais cela ne lui est pas propre) dans ses effets d’annonces très médiatisés où il claironne à qui veut l’entendre qu’il baissera l’impôt direct et la taxe professionnelle (oubliant pieusement au passage de mentionner la flambée sans précédant de l’impôt social, des taxes aux services – cartes d’identité, passeports, de l’écotaxe, etc.) ne fait que participer en cela à cet État d’esprit séculaire et à la duperie savamment entretenue à l’adresse des masses laborieuses.

En réalité, il s’agit purement et simplement d’un maquillage habile et progressif – d’un transfert stratégique - des prélèvements fiscaux vers les prélèvements sociaux. En aucun cas d’un allègement quelconque – bien au contraire – de la pression fiscale.

En ce sens – du moins est-ce ainsi vécu par les populations – l’impôt social (CSG, RDS, allocations familiales, assurances maladie, forfait hospitalier, forfait médical, cotisation retraite, cotisation chômage, etc.) de par son rôle moins allergisant, voir culpabilisant sur le citoyen (qui voudrait voir son système santé ou vieillesse s’effondrer ?), contrairement à l’impôt fiscal (TVA, impôts directs, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe sur les sociétés, etc.) moins bien toléré (qui souhaiterait payer toujours plus de voyages « présidentiels » à notre Nicolaï 1er, de radars sur nos routes, ou d’inspecteurs des impôts ?) joue à plein son rôle d’écran de fumée.

La sangsue fiscale se déguise pour nous plaire en « l’ami qui nous veut du bien » de nos retraites et de notre santé, camouflant au passage que, chaque jour davantage, notre pouvoir d’achat s’effondre au bénéfice des caisses de l’État.

La Sécurité sociale (et donc l’impôt social) à ce jour représente à elle seule la moitié des prélèvements obligatoires acquittés par les Français, 395 milliards d’euros, soit 22 ,2 % du PIB : pour la première fois, plus de la moitié de l’impôt (44 % du PIB) qu’acquittent les contribuables français sont perçus par la seule Sécurité sociale. À lui seul, le budget de la Sécurité sociale s’élève à 373,7 milliards d’euros, contre 276,3 milliards pour le budget de l’État. Nous comprenons mieux l’importance de ce haut personnage de l’État qu’est Monsieur Frédéric Van Roekeghem (actuel président reconduit de l’UNCAM) en tant que premier banquier de l’hexagone, et combien il convient de s’entendre davantage avec lui qu’avec son Ministre des Finances. Nous comprenons également la place tristement privilégiée (car de première tranchée) du médical en tant que fer de lance et victime patentée des négociations budgétaires.

Fidèle à la maxime de Colbert, l’État initie donc un glissement graduel et incolore d’une forme d’impôt vers une autre. Pour autant les ponctions sur la masse usinant et la pressurisation du contribuable n’en restent pas moins prégnantes et exponentielles, faisant de nous le pays le plus taxé au monde.

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Nombreux sommes-nous dans le médical (aidé en cela par les « points de bonification fidélité » de nos opérateurs) à avoir sacrifié aux muses de ce petit gadget technologique qu’est l’I-Phone, téléphone cellulaire de chez Apple, aux fonctions multiples (et souvent superfétatoires), mais qui permet de se connecter à « la toile » depuis n’importe quel point (ou presque) du globe. Ceci, pour qui – comme votre serviteur – refuse de laisser entrer l’hydre Internet chez soi, est relativement pratique, autorisant à relever ses mails ou à surfer (bien que très laborieusement) sur les sites de son choix.

Mais l’I-Phone reste un instrument coûteux et fragile, au service après-vente inexistant.

Lorsque, par inadvertance (c’est à dire à peu près trois fois par semaine en ce qui nous concerne), ce petit bijou, fraîchement acheté au prix du kilo de caviar, vous échappe des mains encrémées ou de la poche, et choit lamentablement sur le pavage (lorsque ce n’est pas tout bonnement dans la cuve des toilettes, comme cela est arrivé à un ami qui se reconnaîtra) vous découvrez alors un tout autre visage – sans tact(ile) cette fois - de la maison Apple ; le zéro réparation, la tête à Toto.

Lorsque vous appellerez le « service » clients d’Apple, une voix d’outre-tombe, car lointaine et probablement délocalisée au Maroc ou aux Indes (en Irlande, semble-t-il), répondra par une négative désespérante, et dans un français assez difficile à endurer, à toutes vos demandes, quelles qu’elles soient. Ne grattez pas plus avant, on vous enverra aux fraises…

Apple Monde (à la toute petite et très récente exception du remplacement des vitres brisées, exclusivement réservée – à tout seigneur tout honneur – au marché américain -) ne répare aucun I-Phone. Tel est sa politique commerciale carnassière et son sens aigu du service au client.

Seul vous sera proposé, en cas de défaut matériel avéré et si vous êtes encore dans le champ de la (courte) garantie, un échange standard. Dans tous les autres cas (hors-garantie, panne non contractuelle) il vous sera revendu un appareil neuf, à l’équivalent, contre 210 euros (somme forfaitaire, qu’il s’agisse d’un 3G ou d’un 3GS). Bref, le service après-vente d’Apple se résume à un magasin de vente en ligne.

La pilule – pour qui a acheté à peine un mois plutôt, pour159 euros, sa petite babiole, et qui n’a plus qu’une inutile bigorne entre les mains – est un peu amère à avaler…

Pour autant, et tous renseignements pris, l’I-Phone s’ouvre et se répare aussi aisément que n’importe quel autre téléphone cellulaire de n’importe quelle autre marque (cf. le lien en bas d’article). L’hyper sophistication du dit engin, n’autorisant prétendument pas sa réparation, n’est qu’un vil prétexte marchand, afin de vous faire bourse délier.

Changer la vitre brisée d’un I-Phone 3G (le plus fréquent, de très loin, des incidents) coûterait moins d’un euro de matière première et dix minutes à un technicien du consortium américain. Une connectique ? Moins encore. Autant dire, aux vues des milliards de dollars que l’I-Phone brasse et fait brasser, que cela n’intéresse pas.

Il s’agit donc, de la part d’Apple, d’une politique  – choquante – d’incitation à l’hyper consommation, entraînant de ce fait une hyper et inutile industrialisation.

A quand l’époque (peut-être plus si lointaine ?) où l’on exigera que l’on change de voiture lorsque l’on crève un pneu ?

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En 2008, Nicolaï 1er signifiait son entrée tonitruante en gouvernance par un acte d’une rare gredinerie envers le médical: l’abolition autoritaire et non négociée de l’ASV (Allocations Supplémentaires de Vieillesse). Autant dire – tel en son temps médiéval - Sa Sainteté le pape avec le trésor des templiers; le pillage en règle de nos noisettes cotisantes et l’autodafé de nos points retraites.

Cet acte de haute flibusterie gouvernementale, digne des heures les plus sombres de notre Histoire, s’est assis allégrement sur toutes considérations du Droit français et sur ce que la Vème  République tient pour plus sacré :  le respect de la parole d’État et de la démocratie.

Car (et Nicolaï est pourtant avocat) nul ne peut trahir, interpréter ou aménager, unilatéralement la Convention tripartite unissant le médical, l’UNCAM (Union des Caisses d’Assurance Maladie) et l’État, sans un avenant conventionnel dûment cosigné.

En l’absence d’entente collégiale, et si chacun campe sur sa position, la Convention est dite « caduque », « gelée », ou l’avenant est « rejeté » et la vie conventionnelle poursuit son petit bonhomme de chemin. Toute autre manière de procéder relève de l’abus de pouvoir.

Bien qu’indirect, ce rapt caractérisé de fonds propres (nos retraites) au bénéfice des caisses du Pouvoir,  relève,  à l’évidence, de la justice internationale (cour européenne) puisque la nôtre, hexagonale, ne semble pas s’en émouvoir. Mais, hélas, aucun syndicat professionnel ne fut suffisamment téméraire jusqu’alors pour en tenter l’aventure.

Pour autant, nous comprenons fort bien qu’il s’agit là d’un précepte de plus haute envergure ; celui du bon fonctionnement de la démocratie et du respect des règles de droit commun, également applicables aux gouvernements, car garde-fous indispensables empêchant tout État de verser insidieusement sur les pentes glissantes et séduisantes du césarisme.

Car, comme qui vole un œuf vole un bœuf, il n’y a pas de « petite » entorse au Droit.

Qui vole un ASV, volera quoi demain ? Un suffrage universel ?

Qui bafoue un droit en bafouera quel autre ?…

Question…

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Nous rebondissons sur un article du souvent pertinent et toujours impertinent syndicat Alizé, reprenant lui-même un éditorial des « Chiennes de garde », les ex Laurent Ruquiettes :

Dans la catégorie  « violence et prostitution », La Meute (les chiennes de garde  a choisi la campagne de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, avec la tête chauve et souriante d’un homme ordinaire, le slogan « Je vois Céline tous les 15 jours et ça me fait un bien fou… », et la signature « Mon kiné… partenaire de ma santé durable ». Dévaloriser un métier en l’assimilant à la prostitution (cet homme « voit Céline », comme il pourrait aller « voir une prostituée ») fait de cet ordre professionnel peu soucieux de déontologie l’équivalent d’un proxénète.

Alors, Céline, kiné ou niké ?…

Dans le style médaille en nouille, publicité sexiste et avilissante, nous voilà donc bien rhabillé pour l’hiver. Nous mesurons aisément l’impact affligeant d’une telle campagne sur les populations et combien le regard de nos patients va devenir grivois et les mains baladeuses. Pourquoi pas, après tout, puisque même notre Ordre les y invite ?…

Merci, mon Renié, d’assurer si bien, avec ton équipe de déontologues aux manettes, la « promotion de la profession »…

Au royaume des « chauve qui peut »

 (Toute ressemblance ou projection fantasmée de cette publicité sur des personnes ou faits connus seraient purement fortuites et n’engagerait en aucun cas ni les idées ni les opinions des auteurs de cet article. Ou si peu).

Évidemment – même si la publicité « Céline » en prend tous les atours – nous n’imaginons pas une seconde que l’Ordre ait sciemment souhaité couper les jarrets de ses pairs.

Nous pensons davantage à empressement et à compromission.

Empressement, car l’Ordre se devait, afin de justifier de son racket annuel, de présenter enfin – après bientôt cinq années d’hibernation quasi cathartique – une feuille de route minimaliste et un semblant de « promotion » de la profession, l’une des principales missions (car autant oublier tout de suite la défense de nos prérogatives) pour laquelle il est mandaté.

L’incompétence du grizzli à peine dégivré au petit réveil printanier a fait le reste…

Compromission, car, référentiels obligent,  il n’était évidemment pas question, face à l’UNCAM, donc à l’État, et donc aux « senseurs », de faire démonstration d’une quelconque fringale en acte. L’air du temps ne s’y prête pas.

« Céline » se devait donc d’être une publicité incitative non motivante. Ou comment faire la promo de la kiné, mais pas à plus d’une séance par quinzaine, soit bien en deçà des réalités soignantes et nécessités de terrain, et donc de caresser dans le sens du poil les « référentiels » à venir et les politiques en place.

L’influence, aujourd’hui, d’une telle funeste publicité sur tous patients prenant ordinairement le bus en compagnie de Céline, c’est qu’ils imaginent qu’avec une ordonnance de dix séances, même pour une prothèse totale de genou compliquée d’une AND turgescente sur fond de staphylocoque doré, ils nous font un cadeau royal, et que s’ils ne galopent pas comme capucin à confesse après trois rencards, c’est que nous sommes des escrocs… 

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Peut-être, tout comme nous, avez-vous reçu ces derniers jours le petit opuscule de la sécurité sociale nommé « Lettre d’information aux kinésithérapeutes » ? Une feuille de chou à l’allure inoffensive, anodine, pimpante et presque sympathique à l’œil. Un simple recto-verso sur papier recyclé (prémices de ce que nous serons bientôt nous-mêmes ?) mais qui, l’air de ne pas y toucher, signe notre arrêt de mort et en dit long sur le devenir de la profession et le sort que nous réservent les Banquiers de Bercy. En tous les cas, bien plus long que les discours lyophilisés et les déclarations policés de monsieur Frédéric Van de Roekeghem – actuel percepteur en chef de l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie).

Sur ce document officiel, les (mal)intentions de fond percent comme acné au front d’un jouvenceau.

Morceaux choisis

« Pour les actes en série, des référentiels vont déterminer, par pathologie, le nombre d’actes en deçà duquel l’entente préalable n’est pas nécessaire. Cinq référentiels ont déjà été élaborés. À terme, de tels référentiels concerneront la plus part des actes de rééducation ».

Il apparaît très nettement que, question « référentiels », le Rottekeghemweiler n’a pas du tout l’intention de lâcher prise ni d’en rester là. Les cinq premiers (référentiels), dans son esprit anthrokinophage, ne furent qu’un amuse-gueule, osselets de paramédicaux à gober. Le plat de résistance – l’osso-buco à l’os de kinés – est à suivre, que l’on nous assure copieux et sanguinolant à souhait.

Nous imaginons volontiers – et d’autant plus aisément que cela est écrit noir sur blanc – que, tôt ou tard, c’est l’ensemble de notre « champ de compétence » qui passera par les mandibules acérées de la médecine comptable. La PTH ou l’entorse de cheville n’ont été qu’un ballon d’essai afin de bien vérifier la manœuvrabilité de la profession et l’impuissance de ses syndicats à la défendre ou à « mobiliser » qui ou quoi que ce soit, à commencer par eux-mêmes.

Sur ce plan, le test est particulièrement probant : pas une mouche n’a décollé du tarmac contestataire. Juste l’habituel bêlement de l’ovin qu’on mène à l’équarrissoir…

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Référentiels kinés : attention ! Un train (de mesures) peut en cacher un autre...

Coup de coeur
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« Invictus »
Tout le Monde est là ?

Fiche technique :

- Réalisation : Clint Eastwood.
- Scénario : Anthony Peckham, d'après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin, traduit sous le titre Déjouer l'ennemi : Nelson Mandela et le jeu qui a sauvé une nation.
- Distribution : Warner Bros.
- Lieu de tournage : Afrique du Sud.
- Dates de sorties :
- Etats-Unis : 11 décembre 2009.
- France : 13 janvier 2010.
- Belgique : 13 janvier 2010.
- Durée : 02h12min
- Distribution : Morgan Freeman (Mandela), Matt Damon (François Pienaar).

Synopsis :

Fin des années 1990. Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, ne sait plus comment taire les remous raciaux qui opposent, avec une égale violence, les deux communautés – noire et blanche – de son pays. Les noirs, après des décennies d’humiliation, de brutalité et d’injustice sociale, sont attirés par les muses de la vengeance. Les blancs, très minoritaires, sont effrayés par le renversement des rapports de force, et s’enferment dans une ghettoïsation ultraréactive. À tout moment, le pays peut basculer dans une guerre civile sanglante, mettant définitivement un terme à des années de lutte pacifique de Mandela contre l’apartheid.

Les noirs glorifient le football et exècrent le rugby, sport national de « l’oppresseur blanc ». Vint alors, à Mandela, le projet « fou » de réunir l’ensemble d’une nation bichrome derrière une seule couleur, celle du drapeau Springbok, et un seul objectif, celui de remporter la coupe du monde de rugby, qui se joue, cette année-là, en Afrique du Sud.

Mais, deux écueils - et non des moindres – veulent venir faire achopper ce projet : d’une part, les Springboks sont loin d’être l’équipe de classe internationale que nous connaissons aujourd’hui, et ses chances de remporter le championnat sont quasi-inexistantes, d’autre part, l’hostilité de la population noire à se fédérer derrière ce projet, à saluer et à soutenir une équipe, longtemps symbole du Pouvoir blanc, est presque insurmontable.

La rencontre entre deux hommes, Mandela et François Pinard, le capitaine « blanc » de l’équipe des Springboks, sera déterminante et fera basculer l’Histoire…

Notre avis :

Foin de grand discours moralisateur et culpabilisant sur l’apartheid et le Pouvoir blanc de la fin du siècle dernier, ni sur le racisme en l’Afrique du Sud. Pas d’images-chocs sur la misère (réelle) des taudis noirs de Soweto, ni sur la violence (non moins réelle) d’un système boer (en grande partie issue de la colonisation néerlandaise) hautement ségrégationniste.

Ce film n’est pas là pour régler les comptes.
Juste une démonstration, pudique et sobre, sur la manière dont deux hommes avec une vision commune – celle de l’Universalité des droits – vont bousculer l’Histoire.

Mandela, en raison de ses idées politiques, a été enfermé durant vingt-sept ans dans une geôle de moins de dix mètres carrés et condamné aux travaux forcés par un Pouvoir qui avait érigé en système moral et économique la suprématie d’une race sur une autre.

À sa sortie de prison en 1990 (sous la pression et l’embargo politique internationale contre l’État ségrégationniste de Pretoria) Mandela, loin de vouloir se venger de ces « visages pâles » qui lui ont volé - pour des idées - presque trois décennies de son existence, ni ne souhaitant davantage devenir l’icône naturel d’un mouvement noir enclin à la violence envers l’oppresseur, prône le pardon et la réconciliation de toute une Nation.

Nelson Mandela est sorti de son enfer carcéral et de son état de disgrâce, pour entrer, directement, en État de grâce, un de ces pouvoirs d’élévation de la conscience, à la Soljenitsyne ou à la Gandhi (qui fit ses premières armes d’humaniste – peu de gens s’en souviennent – en tant qu’avocat de la minorité indienne, également persécutée en Afrique du Sud), à laquelle bien peu d’hommes, qui hantent pourtant nos manuels d’Histoire, ont accès.

Morgan Freeman, plus Mandela que nature, éclaire l’écran de sa sobriété. Inspiré, investi, emprunt de modestie, nous sentons, à l’évidence, qu’il s’agit là, pour lui, du rôle d’une vie.

Matt Damon sonne juste et simple, comme toujours, en plus d’être beau gosse à vous filer des complexes.

Clint Eastwood (le réalisateur) nous offre un pur joyau. L’un des rares films qu’il nous a été donné de vouloir revisionner dès le générique de fin.

Les racistes ou les antiracistes n’y trouveront pas leur compte, dans cette oeuvre. Pas d’image de violence, pas de plaidoyer, ni discours lénifiants, encore moins d’apologies philanthropiques. L’homme des bois de l’Est nous conte, tant dans l’esprit (Mandela) que dans le muscle (François Pienaar), l’aventure d'humains « virils », dans le meilleur sens du terme. Des hommes qui ne se couchent ni en mêlée ni devant les fusils de l’oppresseur, ni – surtout – ne se résignent au fatalisme. Des hommes qui, après s’être tant castagnés, s’embrassent à la fin du match.

D’une image frugale et sans fard, sans guimauve sentimentale hollywoodienne, n’en faisant jamais trop, Eastwood cisèle tant l’Histoire que celle du petit monde du rugby. Et, nous ne pouvons que nous étonner que ce soit à un Nord-Américain (pays où ce sport est quasiment inconnu) qu’il revienne de transcender avec tant de brio le fameux précepte : « le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes, le rugby un sport de brutes pratiqué par des gentlemen ».

Au terme de ce film, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur ce dont sont capables les hommes, dès qu’ils cessent d’être moins égotiques, pour savoir unir leurs forces autour d’une même bannière, plutôt que d’en faire des baillons.

Nous ne pensons, évidemment pas, à nos centrales - celles de la kinésithérapie - ni à leurs sempiternelles guerres claniques pour le Pouvoir. Moins encore à la sinistralité d’une profession, à laquelle vingt années d’apartheid syndical l’ont conduit…

Mais, ne désespérons pas, peut-être qu’un Mandela et un François Pinard feront un jour leur apparition dans le firmament de la kinésithérapie ?…

Bio express de Mandela :

Nelson Rolihlahla Mandela – « Madiba », de son nom tribal – est né le 18 juillet 1918 à Mvezo(Est de la province du Cap, Afrique du Sud). Il fut l'un des meneurs historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid et président de la République d’Afrique du Sud, de1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.
Nelson Mandela intègre l'African National Congress (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national afrikaner, arrivé au pouvoir par les urnes en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l'appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale, notamment après les émeutes de Soweto, en juin 1976.
Après vingt-sept années de prison, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie non raciale dans le pays.
Élu premier président noir d'Afrique du Sud en 1994, il continue avec succès la politique de réconciliation nationale. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active.
Œuvrant depuis contre le sida, qui lui a pris un fils, il est aujourd'hui une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme.

A la Une
dsk

Télé-irréalité

Plus libidineux que « l’Ile de la tentation », plus énigmatique que « Secret story », plus people que « La ferme des célébrités », avec une fin, à prévoir, aussi rocambolesque et précipitée que « Carré viiip », le PAF nous a concocté notre petite guimauve de l’été, brassant son remugle de bas instincts et caressant le voyeurisme dans le sens du mauvais poil : « L’affaire DSK ».

Sous nos yeux hallucinés, nous découvrons « en live », instant après instant, sous les feux d’une caméra continue (à quand, dans la douche de DSK ?), l’entrechoquement des mondes, celui de notre conscience du réalisme, fracassé par la chute vertigineuse et parfaitement improbable – des sommets d’une future présidence hexagonale aux six mètres carrés d’une geôle outre-Atlantique – d’un homme. Ce n’est plus « Le déclin de l’empire américain », mais bel et bien celui du nôtre, tant cocardier que conceptuel.

La sidération passée (qui, une fois encore, fut, selon nous, davantage celle de la remise en question brutale de notre « échelle du probable » que celle de la possible perversion liée à tout homme), la basse-cour – et, parfois, la très basse-cour – politico-médiatique s’est mis en branle.

Les gens à l’âme grossière et injurieuse, au nom d’un populisme franchouillard du « on nous cache tout, on nous dit rien » furent, et sans surprise, aux créneaux, égaux à eux-mêmes.

Les calculateurs en stratégie politique ne le furent pas moins, qui de se couvrir d’une fausse pudeur de chaste nonne, mais ô combien jubilatoire, qui d’appeler haut et fort (trop haut et trop fort, peut-être, pour être parfaitement sincère ?) au respect de la présomption d’innocence.

Qui, encore – écornant au passage, sans vergogne, la respectabilité, encore de mise à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, de l’un ou de l’autre des deux potentiels bourreaux ou victime – d’en appeler au complot international, à la mise en scène d’une « aventurière », ou, encore, à l’évidente culpabilité d’un « pervers patenté ».

En vérité, la meilleure posture, nous semble-t-il, est de se taire. Car, que savons-nous, factuellement, de la situation ? Un homme français de stature internationale a été incriminé par une jeune femme américaine, employée à l’hôtel Sofitel de New York, d’abus sexuels sur sa personne à l’occasion de son office. Point/barre.

Tout le reste – et ne serait-ce qu’en faire appel à des supputations, des pronostiques, à l’analyse chirurgicale des circonstances, à « l’historique » des protagonistes – est déjà un acte de dénigrement et de diffamation envers l’un ou l’autre des acteurs de cette triste affaire, car il implique un cheminement mental vers une hypothétique conclusion, qui, dans l’instant, échappe pourtant à tous.

La pudeur commande de laisser cheminer, en toute réserve et silence, les rouages policiers et la justice américaine, et de ne tirer de conclusions – si l’on souhaite en tirer – qu’une fois l’écheveau démêlé.

En revanche, face à ce cirque politico-médiatique, cette diarrhée de mots et d’images, ce déballage ordurier des uns sur les autres, ce manque absolu de retenue, il nous semble que les interrogations soulevées – et qui, pour le coup, sont de fond, et laisseront derrières elles, si non-résolues, de lourds stigmates – sont bien ailleurs.

S’il est un fait qui semble relativement établi – mais, sans jamais atteindre à la gravité de ce qu’il lui est actuellement reproché – c’est que DSK est un homme, et depuis fort longtemps, sujet à une sexualité compulsive et « border-line ». Cela semble être de notoriété publique dans le petit monde de la politique et de la presse, et appelle, évidemment, à un certain nombre d’interrogations :

Pourquoi nos brillants journalistes, habituellement si prompts à se présenter en donneurs de leçons, se sont-ils - et dans un bel ensemble – tus depuis toutes ces années ? Était-il acceptable, à leurs yeux, de laisser filer droit vers la présidence de notre beau pays et vers ses plus hautes responsabilités, un homme réputé dans le « sérail » pour son déséquilibre psychique ? Vont-ils – que DSK soit ou non reconnu responsable des faits qui lui sont actuellement reprochés – accepter la part de responsabilité qui est leur, de par leur silence complice, dans le risque potentiel qu’ils laissaient courir – par non-information ou rétention d’information – à toute une nation ? Va-t-on enfin réfléchir à cette regrettable tradition tout hexagonale, « la loi du silence » et « l’omerta » – domaine où la transparence médiatique américaine nous donne la leçon – dès l’instant que l’on touche à une personnalité du Pouvoir, ou pire, à des événements aussi tragiques que le nuage radioactif de Tchernobyl et ses milliers de mors français sub-conséquents, que la presse, inféodée, a pourtant aidé, de concert avec le politique, à s’arrêter à nos frontières ? Que dire, encore, du sang contaminé ? Du laboratoire Serbier ?…

Comment le Parti Socialiste – non moins au fait des perversions de son champion – a-t-il pu soutenir la candidature de DSK pour les présidentielles, et désiré placer à la tête de notre État, un homme à ce point (si l’on en croit les propos) pathologique ? En raison des meilleures chances de victoire qu’il représentait contre Nicolas Sarkozy ? Serait-ce alors, qui motive ce parti, l’obtention du Pouvoir, qu’importe l’individu et le prix de la conscience ?…

Également, même si l’on ne peut décemment pas reprocher à DSK de faire – une dernière fois ? – un « baroud d’honneur » par l’usage de son possible confort et étalage de sa fortune, au travers de « prisons » somptuaires, et qui, pour lui, seront – peut-être ? – l’antichambre de dizaines d’années « au placard », l’on doit légitimement se poser la question d’un Parti Socialiste, et de ses valeurs supposées populaires, qui se rangeait derrière un homme à l’évidence aussi éloigné – de par son mode de vie et sa fortune – de son électorat traditionnel. Là encore, qu’importe l’individu et ses convictions, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la victoire ?

Nous aurions également, à l’occasion – si l’on ose dire – de ce fait-divers, aimé voir le pays s’engager dans des débats de fond salutaires, portant, notamment, sur le contraste, qui interpelle, entre la justice américaine et la nôtre, pour – peut-être ? – en tirer quelques leçons réformatrices envers notre poussiéreux système procédurier, qui date de Napoléon.

Nous sommes frappés – mais ce ne sont là que quelques pistes – de voir l’équité du système américain par rapport au nôtre :

Il est clair que « l’étiquette » du justiciable importe peu pour nos amis transatlantiques. Qu’il soit patron du FMI ou simple citoyen, il se retrouve sur un banc de commissariat, coincé entre un voleur d’autoradios et un couple en scène de ménage. Sommes-nous absolument certains qu’il en aurait été ainsi en France ? Que l’affaire DSK n’aurait pas été « étouffée » ou traité de manière « confidentielle », voire, si « confidentielle » qu’il n’y aurait – peut-être ? – plus eu d’affaire du tout ? Question…

Les droits de l’accusation et de la défense américaines sont strictement analogues ; procureurs et avocats se retrouvent, côte à côte, en bas, dans la « corbeille ». Il faut venir dans les tribunaux français pour découvrir un Procureur de la République (donc, l’accusation) haut perché à la droite du Bon-Dieu (le président du tribunal), tandis que l’avocat de la défense croupit avec son client au parterre. Cela implique, d’entrée sur les jurés, un ascendant moral – tout à fait anormal – de la présomption de culpabilité sur la présomption d’innocence, et un rapport de force injuste et déséquilibré au bénéfice de l’inculpation.

L’on donne, dernièrement, de grandes leçons aux Américains sur leur supposé irrespect médiatique de la présomption d’innocence (menottes de DSK, déballage télévisuel, etc.), tandis qu’ici, cette présomption d’innocence n’existe pas même dans nos prétoires…

Une justice américaine où la culture du « plaider coupable », outre sa vertu expiatoire toute anglicane, fait que 80% des inculpations ne vont pas jusqu’au procès, qui sont autant de désencombrement des tribunaux et d’économie pour le contribuable.

Une justice américaine où les peines sont additionnelles – jusqu’à sembler, parfois, confiner à l’absurde, comme de condamner un justiciable à plusieurs centaines d’années d’emprisonnement – mais qui a le grand mérite de reconnaître à chaque individualité, aussi nombreuses soient-elles, son statut de victime, son préjudice, et son droit à réparation, contrairement à la France où les peines « plafonnées » à la nature et non à la quantité de l’acte, renie ce droit.

Bien sûr, la justice américaine, c’est aussi la barbarie d’une peine de mort qui reste encore en application dans certains états. Mais, c’est également la « vraie » perpétuité, qui, contrairement à nous, ne relâche pas dans la nature, après un maximum de vingt-trois années non compressibles, ses délinquants les plus extrêmes et incurables, ouvrant la porte au nombre insupportable de récidives qui défrayent les chroniques. « Fausse perpétuité » à la française qui, au final, entretient de manière regrettable, au sein de notre société, le désir, pour certains, de revenir sur ce formidable acquis, ce pas vers l’humanisme et la grandeur d’un pays à savoir ne pas s’abaisser au niveau de ses bourreaux, qu’est « l’abolition ».

Nous finirons par une dernière remarque, tant la liste ne peut être exhaustive :

Dans ce cirque médiatique et judiciaire (et, cette observation vaut autant pour les États-Unis que pour la France), il apparaît clairement, pour sa défense, qu’il vaut mieux être célèbre et fortuné, qu’issu d’un ghetto misérable et d’une minorité ethnique. Lorsque l’on voit le différentiel des moyens mis en œuvre (stars du barreau, enquêteurs privés, millions distribués à profusion, pour DSK) face à l’indigence d’une simple femme de ménage de couleur, l’on est en droit de se demander si le rapport des forces est vraiment équitable, et si, au final, la « justice » l’est également pour tous ? La phrase de Jean de La Fontaine (sans mauvais jeux de mots) n’est-elle toujours pas, cruellement, d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ?…

A l’heure où vous lirez ces lignes, il est fort probable que nous saurons qui, de l’employée du Sofitel ou du patron du FMI, est la véritable victime de cette affaire, et nous pourrons, alors, faire le compte des positions par trop hâtives et opportunistes de certains, qui en dit davantage sur leur mentalité que sur une vérité non encore connue. Mais, d'ores et déjà, il est une autre victime de ce déballage médiatique éhonté, qui, selon nous, ne fera jamais la Une des journaux ; le droit, pour tout être, à ne pas être diffamé pour ce qu’il n’est pas (ou, pas encore). Bref, le sens moral.

Il y a tant d’autres questions sociétales, que l’affaire DSK soulève, mais nous laisserons la dernière – à nos yeux, la plus fondatrice – au doux et délicieux Jean d’Ormesson, reçu, il y a quelques soirs, dans une émission tardive : « Le Monde est déjà si brutal et si violent. Et si l’on cessait de jeter les gens en pâture aux chiens ? »…