Archive pour février 2010
Le chaînon (financier) manquant
L’État – l’œil de Moscou – omnipotent, omniprésent, omniscient, est en toute chose.
Normal, direz-vous, nous sommes en démocratie, donc en pays de libertés.
Riches de cet axiome, nous pouvons commencer à réfléchir.
Il convient tout d’abord de se rappeler que la sécurité sociale est un « mammouth » – doux euphémisme – un sumotori élevé aux hormones de croissance et body-buildé dans les succur-sales de l’ENA. Son budget, à lui seul, est égal ( et même un poil supérieur) à tous ceux, confondus, de la Nation (éducation nationale, armée, etc.).
Nous parlons donc ici d’un État dans l’État. D’une seconde douce France, pays de mon enfance…
Eric Van Roeckeghem, le « patron » de la Sécu, est l’un des financiers les plus puissants, les plus intransigeants de l’Hexagone. C’est un lycanthrope, dont le seul rugissement peut pétrifier illico des milliers de thérapeutes et leurs pauvres patients. Un homme avec qui il faut « compter » et, surtout, qui « compte » sur nous. Nous avons donc tout intérêt – pardonnez l’expression – à ne pas trop lui faire dans les bottes budgétaires – ce que nos syndicats, éminemment intuitifs, ont promptement compris. Car nos syndicats – et cela n’est plus à démontrer – ont en la matière (justement celle que l’on ne doit pas mettre dans les bottes du budget) une sorte de sixième sens.
La sécurité sociale – et malgré l’air de Madone et le mal qu’elle se donne – est en maldonne. Elle est d’un fondement structurellement inégalitaire, car, en France, il existe trois grands régimes (plus quelques broutilles) face auxquels ni cotisants ni ayants droit ne sont logés à la même enseigne. C’est ce que l’on appelle (comme pour la retraite) les niches sociales, non pas issues de la justice sociale (ça se saurait) mais du plus grand pouvoir à savoir défendre ses prérogatives de caste, donc à coller les Mickettes à l’Etat. Et, à ce jeu, les kinés sont vraiment des petits Mickeys…
- Le Régime général : salariés et travailleurs assimilés à des salariés soit environ 80% de la population.
- Le Régime des travailleurs non salariés non agricoles (appelé Régime social des indépendants ou RSI): artisans, commerçants et professions libérales. À compter du 1er juillet 2006, les régimes de retraite des commerçants (ex Organic), de retraite des artisans (ex Cancava), de maladie des non-salariés non agricoles (ex Canam) sont fusionnés au sein du Régime social des indépendants (RSI). Depuis le 1er janvier 2008, ces travailleurs indépendants bénéficient d’un Interlocuteur social unique (ISU) pour lequel les URSSAF sont centres de paiement.
- Le Régime agricole (au sein de la Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci a la particularité de couvrir des employeurs (exploitants agricoles) et des salariés (salariés agricoles).
- Sur le bord de l’assiette, divers régimes spéciaux, antérieurs au régime général et qui ont refusé de s’y fondre lors de sa création : cadres, sénateurs, Assemblée nationale, SNCF, RATP, EDF-GDF, Banque de France, clercs et employés de notaires, port autonome de Bordeaux, Caisse des français de l’étranger, régime local d’Alsace et de Moselle, régime des marins, des mineurs, etc.
Du myhte à la réalité
Le « trou de la Sécu » est-il un mythe ? Si oui, à qui ce « mythe » sert-il ?
Le médical – bouc-émissaire tout désigné par les pouvoirs publics – en est-il réellement le seul responsable ? Existe-t-il des manières – une fois pour toutes – de colmater ce fichu « trou » afin de revenir à l’équilibre financier ? Pourquoi ne sont-elles pas mises en œuvre ?
Autant d’énigmes qui trottent dans l’imaginaire collectif sans jamais rencontrer de réponse ni de certitude fiable. Juste de « l’on-dit ».
Sur les semaines à venir, à travers plusieurs thématiques, Physioscope vous propose de revêtir votre petit costume de spéléologue et de venir sonder avec nous le gouffre abyssal, afin de mieux appréhender les enjeux financiers et les méandres oniriques de la « Maison Sécu », un État dans l’État, au budget à lui seul supérieur à tous ceux, confondus, de la Nation.
Nous sommes des êtres éminemment sociables. Plus, çà en deviendrait presque indécent.
Nous n’étripons plus ni ne répandons la barbaque, bave aux lèvres et plastrons sanglants, à la hache sur les champs de bataille, nous y préférons le stylo signataire, Mont Blanc de préférence. L’index, quitte à se le prendre (b)analement, est manucuré.
L’arène, les combats de gladiateurs, le mano à mano, les pognes dans la tripaille, n’ont plus cours, civisme oblige. Aujourd’hui, un décret d’énarque famélique vitrifie en quelques lignes bien plus d’êtres qu’aucune légion de Huns ne saurait le faire en un siècle.
Des centaines de milliers d’enfants meurent chaque année en Afrique, cuisses de moineaux faméliques, bide de buveur de bière teutons, non plus des guerres tribales, mais de l’indice CAC 40 et des spéculateurs sur l’orge et sur le blé. C’est le retour de la fourrure. À Manhattan, l’on se paie ses Ferrari en peau de Mauritaniens.
A Bercy, c’est en poil de kinés.
Étrangler une famille de kinésithérapeute à main nue, c’est toujours embarrassant et assez difficile à expliquer autour du gigot dominical à Marie-Chantal et aux trois gosses au retour de la messe. Mais en anéantir quelques milliers d’un arrêté, cela n’empêche personne de se coucher au soir dans ses petits draps (de Madame) roses…
Réforme : le pilote est un libéral de choc

Doté de superpouvoirs, le patron des caisses de Sécu, Frédéric Van Roekeghem, veut redresser les comptes en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur deux.
Les directeurs des caisses primaires l’appellent déjà « Rocky ». Nommé en novembre 2004 à la tête de la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), Frédéric Van Roekeghem, 47 ans, est un directeur général doté de pouvoirs sans précédent. C’est lui qui, désormais, fixe l’orientation générale de l’action des CPAM. C’est à lui que les directeurs doivent rendre des comptes. Ainsi en a décidé la loi de réforme de la Sécurité sociale entrée en vigueur le 1er janvier 2005, dont il a été l’un des principaux architectes, lorsqu’il était directeur de cabinet du ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy.



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