La nature a horreur du vide. L’Ordre des kinésithérapeutes, comme le prophète, est apparu dans un ciel syndical vide de sens et de substance.
Depuis vingt ans, l’imagination était au pourvoir…
Le cahot spirituel entraîne toujours – c’est un fait sociologique constant – l’avènement de nouveaux cul-tes, sa petite cohorte de prédicateurs hallucinés et de lèches cul-te. Sans parler des enculteurs de mouches.
Les païens cotisants, tétanisés par deux décades de traversée de désert syndical, se sont mis à adorer le Veau d’Or-dre.
Il faut dire que Moïse, le guide des petites équipées syndicales, faisait son lourd et tardait à descendre, avec de bonnes nouvelles, du mont Conventionnel. Le larron, bien au chaud dans son Tricostéryl à jetons de présence, prenait son temps pour conter bluettes à Dame UNCAM. Il baguenaudait de-ci de-là, tel le belon chinois cramponné au stylo signataire.
Une crise identitaire profonde frappait alors dans les rangs, déjà bien clairsemés, des tribus dites « représentatives ». Tribus qui, au fond, ne représentaient plus qu’elles-mêmes.
Moïse (qui n’était pas la moitié d’un œuf) comprit que, cette fois, il ne s’en tirerait plus par une pirouette épistolaire ou par quelques fadaises populistes. Afin de ne pas redescendre les sacoches vides, de redynamiser une foi contestataire un poil flageolante et de faire revenir dans la Bergeaurie les brebis cotisantes, il devenait donc urgent de sortir presto un lapin du chapeau. Par un éclair de génie, il fit donc graver les tables de la Loi. L’idée l’Ordre était née !
L’ébullition phosphorique qui secoue le petit monde de la kinésithérapie, depuis un quinquennat, laisse songeur.
D’un syndicat à l’autre, de l’Ordre aux sociétés savantes de la kinésithérapie, c’est l’escalade aux effets d’annonces, la course exaltée à celui qui édifiera le bidule abstrus le plus brinquebalant, l’usine à gaz la moins intelligible, le tapir à roulettes qui fait coin-coin lorsqu’on lui tire la queue, pour épater la galerie…
Ordre, EPP, LMD, aides-kiné… tout le petit gratin, tout ce qui porte galon, veut « en être ».
Comme si nous n’avions pas déjà suffisamment à faire avec les blindés d’État, la récession drastique en acte, les référentiels, la sectorisation à venir, le gel de nos honoraires depuis onze ans ?
Non, assurément.
Il faut jouer aux apprentis sorciers…
Avant, il y a vingt ans, les choses étaient simples. Nous étions fiers (et nous pouvions l’être) de notre profession et de nos compétences. Nous avions un bon diplôme, durement acquis, une formation de qualité, et nous ne nous posions aucune interrogation métaphysique sur le rôle social que nous jouions – puisqu’il était évident – donc sur notre avenir.
Les syndicats signataires de la Convention ne cherchaient pas midi à quatorze heures. La revendication était quasi monosyllabique, donc d’une grande percussion : la réévaluation régulière de nos honoraires. Les brutes marchaient, les intellos coupaient les citrons sur la touche. Point/barre.
Malgré l’absence du « haut débit » et de son Inter pas toujours très Net, le peuple kiné comprenait fort bien un discours syndical primitif et fonctionnel ; celui du beurre dans la gamelle aux épinards. On le mobilisait donc avec moins de difficultés. On faisait de belles manifestations.
A présent, à moins d’avoir fait nippon première langue, bien malin le praticien qui pipe quid à la notice. Se mobiliser ? Mais à quel propos ? Sur quel sujet ? Avec qui ?!?
Les manifestations, aujourd’hui, ont tout de la congrégation des lépreux à crécelles qui vont passer dimanche aux fraises…
D’aussi loin que remontent nos écrits, nous l’avons toujours pronostiqué ; l’Ordre des kinésithérapeutes – tout du moins cet Ordre-là – loin d’être la locomotive de la profession, devrait, tôt ou tard, l’envoyer irrévocablement dans les décors.
Ce que nous ne savions pas alors, c’est que cela se ferait au pas de charge et avec la régularité du métronome.
Entendons-nous bien : nous ne parlons pas de la très grande majorité des élus ordinaux, petites fées du logis oeuvrant, de la base, de manière souvent méritoire et parfaitement bénévole au chevet de la profession, mais d’un quarteron, somme toute très compté, de Grands Ordinateurs en place, indéboulonnables du haut de leur pyramide oligarchique, à qui revient – et à eux seuls – la responsabilité de faire la pluie et le beau temps sur l’avenir de notre métier.
Car – et personne ne peut plus en douter – bureau du CNO (Ordre national), de la FFMKR et du SNMKR/OK (nos syndicats signataires de la Convention), ne font plus qu’un, en une fusion d’intérêts communs, sans plus rien de distinctif.
L’Ordre, aujourd’hui, est un cartel intouchable, car d’obédience et de protection rapprochée syndicales.
La base syndicale (à même titre que la base ordinale) assiste – impuissante – à la dérive progressive de leurs institutions réciproques vers l’autocratie confraternelle.
Pour autant, l’Ordre, selon nous, est loin d’avoir atteint sa maturité ploutocratique ni son plus grand pouvoir toxique sur la profession. Car l’Ordre, bien que parfaitement décentrée de sa mission première, n’en a cure. Que le « verrouillage » de la head-office sur la base est total. Seule une révolution de palais pourrait inverser le cours des choses, au plus grand bénéfice de notre profession.
Le syndrome d’épuisement professionnel ou burn out, est une maladie caractérisée par un ensemble de signes, de symptômes et de modifications du comportement en milieu professionnel. Des modifications morphologiques, fonctionnelles ou biochimiques de l’organisme du sujet atteint sont observées dans certains cas. Le diagnostic de cet état de fatigue classe cette maladie dans la catégorie des risques psychosociaux professionnels et comme étant consécutive à l’exposition à un stress permanent et prolongé. Ce syndrome est nommé burn out syndrome chez les anglophones, d’où l’expression de burnout, et Karoshi (littéralement : « mort par excès de travail ») au Japon.
En 1969, le docteur Loretta Bradley est la première à désigner un stress particulier lié au travail sous le terme de burnout. Ce terme est repris en 1974 par le psychanalyste Herbert J. Freudengerger.
« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »
Herbert J. Freudengerger
Pour ces premiers observateurs, le syndrome d’épuisement professionnel vise principalement les personnes dont l’activité professionnelle implique un engagement relationnel comme les travailleurs sociaux, les professions médicales, et les enseignants.
L’étude de ces catégories professionnelles a conduit ces chercheurs à considérer les confrontation répétées à la douleur ou à l’échec comme des causes déterminantes dans les cas de manifestation de ce syndrome d’épuisement professionnel. Il est, à l’époque des premières observations, conçu comme un syndrome psychologique spécifique aux professions « aidantes ». Cette notion a prévalu quelque temps et a marqué durablement la conceptualisation du phénomène et l’orientation des premiers travaux de recherche. Mais les connaissances accumulées depuis ces premières observations ont conduit à étendre les risques de manifestations d’un syndrome d’épuisement professionnel à l’ensemble des individus au travail, quelle que soit leur activité.
Dans cette conceptualisation du burnout, les facteurs individuels se voient attribuer un rôle important dans le développement du syndrome d’épuisement professionnel, car ce sont des individus engagés et dévoués à une cause qui sont frappés. Dans cette optique, le burnout est perçu comme la « maladie du battant ». En 1980, Freudenberger et Richelson le définissent ainsi :
« Un état de fatigue chronique, de dépression, et de frustration apporté par la dévotion à une cause, un mode de vie, ou une relation, qui échoue à produire les récompenses attendues et conduit en fin de compte à diminuer l’implication et l’accomplissement du travail. »
- Les différents symptômes rencontrés dans le burnout sont :
- les douleurs généralisées
- le manque d’attention
- l’insomnie
- l’irritabilité
- l’impatience
- l’épuisement physique et psychologique
- l’épuisement émotionnel ou physique
- la diminution de la productivité
- la surdépersonnalisation
- le manque de motivation pour se lever et aller travailler
- chute de l’estime de soi
- état de tristesse
- Désespoir
- anxiété.
La dépersonnalisation représente la dimension interpersonnelle du syndrome d’épuisement professionnel. Elle renvoie au développement d’attitudes impersonnelles, détachées, négatives, cyniques, envers les personnes dont on s’occupe. L’individu ne se sent plus concerné par son travail et dresse une barrière qui l’isole de ses clients et de ses collègues.
Cette attitude permet de s’adapter à l’effondrement de l’énergie et de la motivation. Les clients, les usagers, les patients, les élèves étant perçus sur un mode négatif, leurs demandes, leurs besoins apparaissent moins pressants, moins urgents à résoudre. Le terme de « dépersonnalisation » peut prêter à confusion vu qu’il désigne aussi l’état psychique où domine l’impression d’être étranger à soi-même. Le terme de « déshumanisation » aurait pu être choisi, mais sa connotation est évidemment trop extrême pour qu’il soit retenu.
Le manque ou la réduction de l’accomplissement personnel concerne à la fois la dévalorisation de son travail et de ses compétences, la croyance que les objectifs ne sont pas atteints, la diminution de l’estime de soi, et du sentiment d’auto-efficacité. La personne ne s’attribue aucune capacité à faire avancer les choses, convaincue de son inaptitude à répondre efficacement aux attentes de son entourage. L’accomplissement personnel représente la dimension auto-évaluative du syndrome d’épuisement professionnel.
L’épuisement émotionnel renvoie au manque d’énergie, au sentiment que les ressources émotionnelles sont épuisées. La personne est « vidée nerveusement » et a perdu tout son entrain ; elle n’est plus motivée par son travail qui devient dès lors une corvée. Elle ne réalise plus les tâches qu’elle effectue auparavant et en ressent frustrations et tensions. L’épuisement émotionnel est souvent lié au stress et à la dépression.
- Certaines personnes sont plus « à risque » que d’autres :
- personnes ayant des idéaux de performance et de réussite
- personnes liant l’estime de soi à leurs performances professionnelles
- personnes sans autre centre d’intérêt que leur travail
- personnes se réfugiant dans leur travail et fuyant les autres aspects de leur vie.
- Certaines professions sont plus « à risque » que d’autres, notamment celles :
- à fortes sollicitations mentales, émotionnelles et affectives
- à forte responsabilité notamment vis-à-vis d’autres personnes
- où l’on cherche à atteindre des objectifs difficiles, voire impossibles
- où il existe un fort déséquilibre entre les tâches à accomplir et les moyens mis en œuvre
- où il existe une ambiguïté ou un conflit de rôles.
Au niveau de la vie privée :
Les effets du syndrome d’épuisement professionnel débordent sur la vie privée. Contredisant l’idée que travail et vie privée sont des sphères séparées et autonomes, ce syndrome a des répercussions sur la sphère familiale et plus généralement sociale. Dans ses premiers comptes-rendus d’observation, Christina Maslach note que le syndrome d’épuisement professionnel engendre des divorces. Ceux atteints d’épuisement professionnel tendent à s’isoler de leurs amis.
Au niveau du travail :
Le syndrome d’épuisement professionnel contribue à augmenter l’insatisfaction au travail et à diminuer l’engagement. Des études longitudinales révèlent que les personnes atteintes d’épuisement professionnel sont moins impliquées et ont davantage l’intention de quitter leurs emplois que les autres. Chez des enseignants suivis plusieurs mois, l’épuisement émotionnel mesuré par le MBI prédit non seulement les intentions de quitter le travail, mais aussi le fait de le quitter effectivement.
Le syndrome d’épuisement professionnel contribue à la détérioration des relations entre collègues, mais aussi avec les clients, élèves et patients. Les médecins à l’épuisement professionnel élevé répondent moins aux questions des patients, les négligent davantage (ils ne discutent pas des différentes options de traitement par exemple), et commettent des erreurs qu’on ne peut attribuer à leurs manques de connaissances ou d’expérience.
* * *
En un maux comme en cent, chers consœurs et confrères, si vous avez supporté ce verbiage indigeste et lu jusqu’à cette ligne, ce n’est peut-être pas totalement un hasard…
L’Ordre des kinésithérapeutes ne cesse de nous surprendre par sa fermentation phosphorique. Une vraie pétrolette à neurones coudés.
Certains dossiers – et c’est tout à son honneur – sont défendus par l’Ordre avec une certaine efficacité, comme le LMD. D’autres, par excès d’ébullition (ou de bulles ?) relèvent de la camisole de force, ou du delirium très mince. Les « aides-kinés », sortes de gros lapins sortis du chapeau, en témoignent au pied levé.
Le LMD (licence/master/doctorat universitaires en kinésithérapie), donc le super Rambo-kiné, n’est pas encore dans les bacs – tant s’en faut – que l’Ordre, toujours très avant-gardiste, envisage déjà la « délégation des tâches subalternes » à une sorte d’esclave sous-qualifié : l’aide-kiné.
Bien entendu, toute personne d’un tant soit peu raisonnable se dirait qu’il convient de ne pas atteler les bœufs avant Ben Hur, qu’il serait sage, afin d’éviter qu’il se colle le râtelier de guingois dans l’arène romaine, qu’il arrête son char et attende l’hyper qualification avérée – et dûment rémunérée de retour – de la profession pour moufeter oreille. Que les référentiels à venir vont taillader dur dans le lard professionnel et notre chiffre d’affaires, qu’une nouvelle subrogation et éparpillement aux quatre vents de notre décret de compétence incitent à la prudence, tout du moins à l’attentisme.
Cà, c’est la position cartésienne.
Pas pour l’Ordre.
Car l’Ordre est omniscient.
Car l’Ordre, sorte de Yoplait-la-petite-fleur, réinvente chaque jour l’avenir.
Cette « vision » de l’aide-kiné est tellement hallucinée que même la FFMKR – pourtant pilier fondamentaliste de l’Ordre – marque son désaccord. Comprend-t-elle enfin que son professeur Barjot, dans ses expériences hybrides, a fait naître un Frankenstein, devenu à présent adulte et narcissique, qui bouffera tout le monde à la croque-au-sel sur son passage, maîtres y compris ?…
En réalité, « l’aide-kiné » n’a aucune sorte de résonance possible et imaginable dans le mode libéral. Que va-t-on lui déléguer ? La marche des canards qui font coin-coin en se tenant la main ? Ne passerons-nous pas plus de temps à lui expliquer par le menu ses faits et gestes qu’à le faire soi-même ? Une fois l’URSSAF, les charges sociales, les 35 heures, les congés payés, additionnés au bas de la fiche de salaire, sera-t-il vraiment, cet « aide-kiné », plus « rentable » qu’un assistant, pour autant qu’un assistant ait vocation à l’être ?
Évidemment non.
Sans oublier, fait indéniable, que se « déléguer », c’est aussi accepter, d’un point de vue juridique, les dégâts potentiels de ses sous-fifres…
De plus, référentiels obligent et à l’heure où 30% de gâteau à se partager va se volatiliser de la planète kiné, à couteaux tirés, est-ce judicieux de fractionner encore davantage notre bénéfice et de se mettre toujours plus en danger ?
Bref, « l’aide-kiné », c’est surtout une grosse galère administrative pour le plaisir hédoniste de se penser hissé d’un poil de col dans l’oligarchie médicale. Nous aurons enfin un « moins que nous » sur qui déverser notre bile de paramédicaux complexés…
« L’aide-kiné » ne prend son sens – et là est bien tout le danger – que dans le monde salarial, car toujours à la recherche d’un personnel sous-payé. Évidemment que, tôt ou tard, les cliniques, les centres de rééducations, les hôpitaux, vireront sans état d’âme les kinésithérapeutes qualifiés, supposés « surpayés », au bénéfice d’une sous-classe de « praticiens » tout au bas de la grille salariale. Des ersatz rémunérés en monnaie de singe.
Évidemment encore que l’Ordre, supposé faire la « promotion » de notre profession, prépare une fois de plus le linceul de sa confrérie.
Alors, moi, je pose la question : l’Ordre, après avoir ratifié auprès de l’UNCAM le principe délétère des référentiels (car, même s’il en fut tenu à l’écart par la suite, en primo-intention il en a accepté l’aspect « déontologique »), nous assommer chaque année de 280 euros de cotisations (de loin le rapt le plus formidable du paramédical), nous avoir ridiculisé avec une campagne sous abribus « Céline » (se faisant même épingler honteusement comme le slogan le plus sexiste de l’année), s’être fait gausser au nez par les esthéticiennes avec sa distinction épistémologique – et sans effet aucun sur la concurrence déloyale – entre « massage » et « modelage », joué de la « démocratie opaque » en un sondage de la profession auquel personne n’a répondu, voilà à présent qu’il souhaite dilapider nos compétences en « aides-kinés ». Mais, où va-t-il donc s’arrêter ?…
L’Ordre, à mon sens, n’est pas tant dangereux de part l’idée anti-démocratique qu’il véhicule ou ses gabegies financières, que dans sa volonté prégnante à vouloir devenir le maître d’œuvres (le premier syndicat ?) de la profession, à souhaiter bâtir sans cesse – pour justifier de son existence – des usines à gaz.
Mais comment en vouloir vraiment à une poignée d’ex-syndicalistes, frustrés par trente années de carriérisme non représentatif, de soirées « révolutionnaires » à trois tondus et deux pelés à la MGC de Quimper, à présent armés, par cabriole du sort, d’un arsenal de TNT, de ne pas désirer faire un baroud d’honneur et foutre le feu à toute une profession en une immolation commune et rigolarde ?
C’est avec un certain amusement (car, de longue date, nous avons dépassé le stade de la consternation) que nous avons suivi les tribulations de nos joueurs de l’équipe de France de football en Afrique du Sud.
Non pas tant du fait de leur piètre prestation sur le terrain (que nous n’appellerons pas une contre-performance puisque, en toute honnêteté, personne ne pouvait se faire la moindre illusion sur la qualité de leur jeu) qu’en raison de l’environnement médiatico-politique qui, comme la mouche du coche, n’eut de cesse que de leur tourner la truffe au vinaigre.
La presse, toujours à la recherche d’un bon samaritain à lyncher en place de Grève, s’en est donnée à cœur joie. L’os Domenech était bien trop goûteux à ronger.
De leur côté, les politiques – qui, en ce mois de juin, n’avaient certainement pas d’autres dossiers plus brûlants à traiter, par exemple celui des retraites – sont (un poil opportunément ?) sortis de leur réserve pour sonner l’hallali et la mise à mort de la bête footballistique. De Rama Yade à Roselyne, tout le corpus gouvernemental, en rang d’oignons, y a été de sa petite banderille assassine.
Durant quinze jours, ça a été, en toute aumône et hosties populistes, la curée, le bénitier de tout ce que notre hexagone brasse de basses frustrations et de pensées sordides.
Nous avons entendu (et parfois, hélas, de sources officielles) les élucubrations les plus fantaisistes au sujet des « référentiels-kiné », allant du propos apocalyptique à celui d’une totale désinvolture. Or, de la désinformation naît l’obscurantisme, de l’obscurantisme le fantasme, et du fantasme les peurs les plus irrationnelles envers l’inconnu.
Une mise au point s’impose donc.
Le mythe de l’hyper-contrôle
Depuis le 28 mai 2010, six référentiels « opposables » sont au Journal Officiel, donc applicables. C’est-à-dire que six pathologies sont à présent codifiées en nombre maximum d’actes.
La prothèse totale de hanche, par exemple, c’est 15 séances. Si, pour une raison quelconque, un patient en nécessite davantage, il faudra alors revêtir sa petite robe de ténor du barreau pour aller défendre sa cause auprès du médecin contrôleur de la CPAM. Nous devrons faire un « dossier » de motivation. Le médecin contrôleur, en dernier ressort, reste celui qui tranche. Bien qu’il ait contre lui en amont l’avis (et l’ordonnance) d’un médecin prescripteur et l’opinion supposée éclairée d’un masseur-kinésithérapeute, que cela devrait induire chez lui un minimum de modestie, il n’a pas à justifier de sa décision. Pas de « dossier » pour lui. C’est donc une plaidoirie à charge.
600 manifestants au départ de la pelouse du champ de Mars, 1 200 à mi-chemin, peut-être plus encore arrivés devant le Ministère de la Santé. Le cortège s’est promené durant presque deux heures dans les rues de Paris, créant un boxon certain.
Venus en train, par car, ou à vélo, tous les syndicats de la profession et toutes les régions de France (PACA, Corse, Aquitaine, Nord-Pas-de-Calais, Alsace…) emmenés par une Bretagne survoltée, étaient représentés. Ce fut un défilé bon-enfant, festif, et placé sous le signe de la bonne humeur et de la dignité.
Arrivés devant le Ministère vers 17 heures, bien que l’accueil y fut un peu frais
les représentants de nos syndicats signataires, Messieurs Bergeau, D’Hayer et Gallo, furent reçus. Alizé, malgré son insistance, resta à la porte.
Bien qu’encore embryonnaire, cette démonstration de force et d’unité, à l’heure où l’UNCAM vient de présenter ses trois nouveaux référentiels (lombalgie, méniscectomie, rupture de la coiffe des rotateurs) pour validation par la HAS, démontre qu’il est – peut-être ? – encore possible pour la kinésithérapie de savoir se mobiliser et s’unir pour défendre sa peau (bien compromise par les temps qui courent) et celle de ses patients.
Quelques remarques cependant :
- Alors que la kinésithérapie traverse la crise la plus grave (et peut-être fatale) de son Histoire, à peine 2 à 3% de nos collègues se sont déplacés pour manifester leur inquiétude et leur mécontentement.
- Très peu de « jeunes » dans le cortège, mais une majorité de « quadras » ou plus. Ce qui semble indiquer que la génération montante de la kinésithérapie est peu touchée ou informée de la gravité des situations. C’est très inquiétant pour le devenir de la profession.
- Si la « hache de guerre » semble devoir s’enterrer à minima entre la Fédé et l’UNION, et qu’un semblant d’entente cordiale (du moins de façade) pointe le bout de son nez, Alizé – pourtant troisième force de représentativité – poursuit de toute évidence d’être le syndicat « maudit » et boudé. Cela est très dommageable, tant pour nos confrères libéraux/salariés, que pour l’idée que l’on se fait de l’alliance des forces si utile en ces temps de disette. D’autant, bien que délibérément tenu à l’écart de la kermesse par les deux syndicats signataires, FFMKR et UNION – ce qui n’est pas fair-play – qu’Alizé a fait démonstration de solidarité, de savoir mettre son mouchoir sur sa susceptibilité au nom d’une cause d’intérêt général qui dépasse nos divergences claniques, en présentant une délégation certes discrète mais présente – ce qui est tout à son honneur.
- Paris pue toujours autant.


















